Raymond Roques

1902 - 1991

Informations générales
  • Né le 8 juillet 1902 à Labastide-beauvoir (Haute-Garonne - France)
  • Décédé le 4 février 1991 à Villefranche-de-lauragais (Haute-Garonne - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Haute-Garonne
Groupe
Mouvement républicain populaire

Biographies

Biographie de la IVe République

ROQUES (Jean, Raimond)
Né le 8 juillet 1902 à Labastide-Beauvoir (Haute-Garonne)
Décédé le 4 février 1991 à Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne)

Député de la Haute-Garonne de 1946 à 1951

Les racines de Raimond Roques plongent dans le Haut-Languedoc, à savoir le Lauragais, d’où l’orthographe occitane de son prénom. Il est, du reste, locuteur de cette langue qu’il défend jusqu’à sa retraite, en tant qu’examinateur d’occitan pour l’épreuve facultative du baccalauréat. Sa famille est de formation médicale mais, à la Faculté de Toulouse, il s’oriente vers le droit - il obtient une licence - et la philosophie, en devenant titulaire d’un diplôme d’études supérieures. Il enseigne d’abord cette dernière matière, avant d’embrasser, comme le grand-père de son épouse, la carrière d’avoué. Il plaide à Villefranche-de-Lauragais et à Toulouse, de 1930 à 1971. Il est bientôt rompu aux litiges ruraux. Père de trois enfants, nés entre 1926 et 1940, il s’engage dans la Résistance, comme agent de liaison, et y gagne le titre de premier résistant de Villefranche-de-Lauragais.
Sa carrière politique se limite à un mandat de député lors de la première législature de la Quatrième République, sous l’étiquette MRP. Les mandats locaux semblent ne pas l’avoir intéressé, mais l’engagement politique apparaît comme une tradition familiale. Le frère de sa belle-mère, Henri Auriol, a lui même été député sous la Troisième République. La cousine germaine de son épouse a épousé Jean-Louis Tixier-Vignancour.
Le Mouvement républicain populaire peine à trouver un leader en 1945 et 1946 dans ce département marqué par le poids du radicalisme et par la figure du socialiste Vincent Auriol. En 1945, la liste est conduite par Pierre Dumas. Elle ne recueille que 47 191 voix, ce qui ne permet pas à Raimond Roques, en quatrième position, d’être élu à la première Assemblée nationale constituante. En juin 1946, c’est Gilbert Getten, un proche d’Edmond Michelet, qui mène la bataille pour le MRP ; Raimond Roques, deuxième, échoue, bien que 60 595 suffrages se soient portés sur cette liste, en vue des élections à la deuxième Constituante. Enfin, en octobre 1946, malgré un score en baisse (47 002 voix : les démocrates d’inspiration chrétienne souffrent de la liste dissidente « Union Gaulliste » de Gilbert Getten), le MRP obtient deux sièges : l’un pour Alfred Coste-Floret, qui s’impose à partir de cette date dans le département, et le second pour Raimond Roques, qui a bénéficié de l’élargissement du nombre de députés de la Haute-Garonne. La situation du MRP paraît donc bien fragile dans ce département, même s’il y tient son congrès national en 1948, Raimond Roques ayant l’honneur d’ouvrir la séance inaugurale par un discours où il proclame sa foi en l’humanisme chrétien, pour répondre aux questions soulevées par le matérialisme contemporain. Il se réclame de la tradition de Lamartine et de Marc Sangnier, nourrie par la philosophie de Bergson.
A l’Assemblée nationale, il appartient à six commissions, ce qui est fort rare : famille, population et santé publique (1946-1949) ; pensions (1946) ; justice et législation (1948-1951) ; éducation nationale (1949-1950) ; suffrage universel, règlement et pétitions (1950-1951) ; immunités parlementaires (1949-1951). Le 4 février 1947, il est nommé à la commission chargée de proposer des mesures de grâce amnistiante en Algérie. Il est aussi appelé à figurer sur la liste des jurés de la Haute Cour de justice, le 20 mai 1947. Il s’investit plus particulièrement dans la commission de la justice et de la législation, où son sens des réalités juridiques prend toute sa valeur. Au nom de cette commission, il présente le 9 juillet 1948 un rapport sur les naturalisations et, les 11 mai et 31 décembre 1950, deux rapports dont un supplémentaire tendant à la nullité de certains actes déclaratifs de propriété intervenus pendant l’occupation au profit d’étrangers. Un dernier rapport a été signé par le député démocrate-chrétien de la Haute-Garonne, qui tend à permettre la tierce opposition à l’encontre de certaines décisions judiciaires (4 mai 1951). Ce bon connaisseur des litiges qui embarrassent les tribunaux civils présente également un rapport sur le droit de passage chez un voisin pour adduction d’eau potable (2 mai 1951). Il est aussi l’auteur de trois propositions de loi : modification des articles du Code civil relatifs aux dispenses des prohibitions matrimoniales (16 juin 1949) ; modification de la loi du 5 octobre 1946 relative à l’élection des membres de l’Assemblée nationale (apparentements) ; bénéfice de l’exonération fiscale de 25 ans pour les immeubles construits pendant la période 1942-1945.
Raimond Roques intervient à six reprises en séance, au moment de la discussion relative aux locations-gérances de fonds de commerce (8 novembre 1949) ou sur le projet de loi portant amnistie relative aux faits de collaboration. En effet, cet homme du verbe défend dans l’hémicycle, le 2 novembre 1950, l’amnistie pour ceux qui ont été condamnés pour avoir trahi leur patrie entre 1940 et 1944. Faisant référence à l’épisode athénien du renversement de la Tyrannie des Trente - les autorités athéniennes ayant refusé de savoir qui avait collaboré avec l’ennemi lacédémonien -, Raimond Roques conclut que l’oubli des fautes est «la meilleure façon de triompher de l’adversaire». Ses initiatives sont particulièrement remarquées à l’occasion de la discussion du statut du fermage et du métayage, à partir du 17 novembre 1950. Il défend huit amendements et un sous-amendement et explique son vote à deux reprises. C’est toutefois le 20 octobre 1949 que Raimond Roques marque le droit électoral français : sa proposition de loi introduit la possibilité d’apparentement des listes à l’occasion des élections législatives. Il dépose ainsi deux amendements au projet de loi en discussion, texte relatif à l’élection des membres de l’Assemblée nationale, le 21 décembre 1950. Ils visent à prévoir l’apparentement des listes et précisent l’opinion du député MRP sur le panachage associé au vote préférentiel. Lui-même reconnaît qu’il a eu l’idée de présenter cette solution des apparentements pour débloquer la situation, en se remémorant un article du Bulletin de l’Union pour l’Action morale qui la défendait dès l’entre-deux-guerres. On sait le succès qu’a eu cette initiative. Il la défend âprement au Palais Bourbon : l’apparentement permet aux petits partis de soutenir leurs alliés en dessinant une coalition de gouvernement apte à assurer le pouvoir, car «la considération de la justice électorale ne suffit pas, il faut joindre celle de l’efficacité» (21 décembre 1950). Il rappelle que les apparentements ont déjà été évoqués en France en 1910, qu’ils fonctionnent en Belgique et que l’Assemblée nationale elle-même y a recours pour désigner les membres des commissions. Sa dernière intervention à l’Assemblée nationale a trait aux comptes spéciaux du Trésor, le 19 avril 1951.
Au sein du groupe parlementaire MRP, il fait partie de ceux qui défendent ardemment le Traité Atlantique, soulignant que l’isolationnisme des Etats-Unis constitue l’une des plus graves menaces pour l’Europe. Par ailleurs, si les apparentements permettent de sauvegarder une majorité de gouvernement, ils ne permettent pas, ironie du sort, à Raimond Roques de conserver un second siège au MRP dans la Haute-Garonne, lors des élections de 1951 : il ne recueille que 24 479 voix. Cet échec marque la fin de sa carrière politique. L’ancien député reprend son activité d’avoué jusqu’en 1971, tout en continuant à militer pour la langue occitane. De 1962 à 1966, il assume les fonctions de directeur de l’hebdomadaire toulousain, Le Midi.
Il meurt à Villefranche-de-Lauragais le 4 février 1991.

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