Etienne Toublanc

1897 - 1987

Informations générales
  • Né le 8 décembre 1897 à Le cellier (Loire-Inférieure - France)
  • Décédé le 24 avril 1987 à Saint-géréon (Loire-Atlantique - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Loire-Inférieure
Groupe
Centre républicain d'union paysanne et sociale
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Loire-Inférieure
Groupe
Centre républicain d'action paysanne et sociale et des démocrates indépendants
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Loire-Atlantique
Groupe
Paysan

Biographies

Biographie de la IVe République

TOUBLANC (Etienne, Marie, Joseph)
Né le 8 décembre 1897 au Cellier (Loire-Inférieure)
Décédé le 2 avril 1987 à Saint-Géréon (Loire-Atlantique)

Député de la Loire-Inférieure de 1948 à 1958

Etienne Toublanc est né et a vécu au cœur de la région viticole d’Ancenis, capitale du val de Loire nantais. Ses parents étaient commerçants mais possédaient aussi quelques hectares de vignes, dont il a hérité et dont il a fait le noyau d’une plus grosse exploitation. Il a été élève au collège Saint-Joseph d’Ancenis, jusqu’au brevet d’études. Mobilisé à l’automne 1919, il épouse Marie Subileau, d’un an son aînée, issue comme lui du Cellier, mais du milieu agricole. Il en aura cinq enfants, nés de 1921 à 1931 : trois de ses fils poursuivront son activité viticole et, pour le dernier, syndicale comme président de la Fédération nationale des appellations d’origine des vins de qualité supérieure (VDQS) ; un autre deviendra missionnaire catholique, de la congrégation des Montfortains, à Madagascar. Sa fille épousera un industriel de l’alimentation du bétail.
Dans l’entre-deux-guerres, son activité est celle d’un viticulteur et plus généralement d’un agriculteur. Il accroît fortement les arpents reçus de ses parents et en fait une exploitation d’une trentaine d’hectares, dont huit en vigne, devenant un gros producteur du Muscadet selon les critères de l’époque. Il cesse son activité professionnelle en 1949, transmettant l’exploitation à ses deux aînés, après son accession à l’Assemblée nationale. Il est un militant actif du syndicalisme agricole, animant depuis 1936 le syndicat viticole du nord de la Loire, à l’origine des appellations contrôlées Muscadet de la Loire et VDQS Coteaux d’Ancenis. Il a aussi été président de l’Union agricole de l’Ouest, coopérative de stockage de céréales associant des commerçants en produits agricoles et des agriculteurs. Le premier président de cette coopérative, Pierre Charles, commerçant à Saint-Mars-la-Jaille, sera élu député poujadiste en 1956. Ancien combattant, Etienne Toublanc se montre dépité de n’être pas mobilisé en 1939. Il participe aux organismes de gestion et de répartition, créés pendant l’Occupation et ses nombreuses démarches auprès des administrations lui valent l’estime des milieux agricoles. De surcroît, il a la réputation d’un « brave homme ». C’est cette notoriété, utile à une époque où la représentation proportionnelle joue sur l’addition de clientèles spécifiques, qui lui vaut de recevoir en 1946 les premières sollicitations de différentes tendances politiques.
Dans les jours précédant l’élection constituante du 2 juin 1946, Etienne Toublanc accepte, peut-être sans en connaître exactement l’origine, de figurer au second rang d’une liste d’Union sociale et paysanne conduite par l’ancien membre du Parti social français (PSF), Paul Porcher, et formée en majorité de membres de la Réconciliation française (RF). La « RF », parti des derniers fidèles du colonel de La Rocque, bénéficie de quelque influence résiduelle à Nantes. Mais les attaques dont elle est l’objet de la part du Parti républicain de la Liberté (PRL), qui lui dispute cet héritage parmi d’autres et qui critique sa propagande de division, l’amènent à retirer sa candidature. En vertu de la loi électorale, son retrait, obtenu sous la pression particulière du député Félix-Jacques Chombart de Lauwe, entraîne celui de toute la liste et la marginalisation définitive de la RF. Si la liste torpillée portait aussi le titre de « paysanne », les enfants d’Etienne Toublanc ne se souviennent pas d’une activité particulière de leur père au sein du Parti paysan à ce moment-là. En mai 1946, les Renseignements généraux (RG) le cataloguent : « Républicain indépendant – catholique », tout en précisant qu’on ne lui connaissait pas d’engagement politique antérieur. Le 10 novembre 1946, il est candidat sur la liste d’Union nationale, Parti républicain de la Liberté, Union gaulliste et Unité paysanne. Conduite par Félix, pour lequel il a peu d’estime, mais qui impose ses arbitrages brutaux, elle est surtout marquée par l’autorité morale d’Olivier de Sesmaisons, avec qui il aura des relations chaleureuses. Avec 98 916 voix, soit 29,7 % des suffrages exprimés, elle assure la réélection des deux premiers, ainsi que du maire de La Baule, René Dubois. Placé au quatrième rang, Etienne Toublanc n’est pas élu mais, deux ans plus tard, le passage de Dubois au Conseil de la République lui permet d’accéder à l’Assemblée nationale – non sans que Félix ait cherché à arracher son désistement pour le cinquième candidat, plus à sa convenance.
L’élection d’Etienne Toublanc à l’Assemblée nationale est validée le 17 décembre 1948. Il s’inscrit au groupe du Centre républicain d’action paysanne et sociale, présidé par Paul Antier jusqu’en octobre 1950, puis par Camille Laurens. Ses relations avec ce dernier resteront sans chaleur. En revanche, il devient un fidèle de Paul Antier. Il n’a pas adhéré à l’intergroupe du Rassemblement du peuple français (RPF), contrairement à ses collègues de liste électorale, Sesmaisons et Félix (provisoirement pour ce dernier, jusqu’en 1949) ; la nuance est toutefois mince puisqu’ils votent comme lui, et comme Antier, l’investiture des divers présidents du Conseil : Georges Bidault le 27 octobre 1949, Henri Queuille le 30 juin 1950. Il est membre de la commission de la reconstruction et des dommages de guerre (1949-1950), de la commission du ravitaillement (1949-1950), de la commission des boissons (1950-1951) et de la commission de l’éducation nationale (1951). Il est appelé à figurer sur la liste des jurés de la Haute-Cour de justice, le 14 juin 1949. Durant cette législature déjà entamée, il dépose deux propositions de loi et deux propositions de résolution. Elles ont trait aux dommages de guerre, à l’amélioration des allocations familiales agricoles, au secours exceptionnel à apporter aux victimes des orages de grêle et au code du vin. En revanche, il n’intervient pas en séance.
Le 17 juin 1951, il est réélu sur la liste d’Entente, union des indépendants, des paysans et des républicains nationaux et du Rassemblement du peuple français, derrière Olivier de Sesmaisons et devant les nouveaux députés Michel Raingeard et Maurice Grimaud : le succès de l’union s’exprime aussi par les 120 044 suffrages recueillis (37,1 % des exprimés). Etienne Toublanc y représente le Parti paysan d’union sociale, qu’il préside à l’échelle départementale et dont il assure la propagande dans son journal L’Echo d’Ancenis. La vallée de la Loire et l’arrondissement sont la base de son influence, au point que le congrès national du Parti paysan en septembre 1950 a eu lieu à Ancenis. Etienne Toublanc se tient à l’écart du RPF, auquel Sesmaisons et Raingard appartiennent jusqu’à leur rupture de 1952, mais aussi de l’Union nationale républicaine (UNR), formation départementale fédérant le courant modéré - que ces derniers représentent - bientôt rattaché au Centre national des Indépendants et paysans (CNIP), et les conservateurs membres ou proches du Comité de la droite. Politiquement en 1951, le député de la Loire-Inférieure envisage, à l’instar de Paul Antier, un soutien conditionnel au RPF, dans la mesure où le général de Gaulle s’éloignerait d’une politique du pire et accepterait de former un gouvernement parlementaire d’union anticommuniste. Si cette perspective est vite exclue, il ne subit pas beaucoup l’ascendant national des Indépendants, malgré sa sympathie locale et personnelle pour Sesmaisons, et suit Antier dans son orientation strictement corporative.
Dans la nouvelle assemblée, il s’est inscrit au groupe du Centre républicain d’action sociale et paysanne et des démocrates indépendants, présidé par Camille Laurens. Il le quitte en novembre 1951 pour le groupe Paysan d’union sociale qu’Antier vient de créer avec une vingtaine de membres et apparentés. Après la réunification au sein du groupe Indépendant paysan en juillet 1952, il participe derechef à sa scission au profit du groupe Paysan, présidé par Jean Pupat, mais dont Antier demeure le chef de file. Devant les grands scrutins politiques toutefois, il se conforme de plus en plus souvent à l’orientation de ses collègues modérés de la Loire-Inférieure, dans la seconde moitié de la législature. Si, dans un premier temps, il s’est distingué de leur abstention à valeur oppositionnelle en votant l’investiture de René Pleven le 8 août 1951 et pour celle d’Edgar Faure qui échoue le 18 janvier 1952, il rejette avec eux celle de Pierre Mendès France, le 17 juin 1954 ; il s’abstient dans le débat sur les accords de Genève (motion Delbos-Valabrègue), contrairement à Antier qui vote pour ; il vote les motions préjudicielles Dronne et Barrachin sur les accords franco-tunisiens le 8 juillet 1955 ; il se sépare également d’Antier en approuvant les accords de Paris sur le réarmement allemand ; en revanche, comme lui, il vote l’ordre du jour Depreux, approuvant la politique marocaine du gouvernement le 8 octobre 1955.
Durant la législature 1951-1955, il est membre de la commission des boissons (1951-1955), de la commission de la marine marchande et des pêches (1951-1952) et de la commission de la presse (1955). Le 3 août 1951, il est désigné, par la première commission précitée, pour représenter l’Assemblée nationale au sein de la commission consultative de la viticulture. Il dépose quatre propositions de loi, une proposition de résolution et deux rapports au nom de la commission des boissons. Tous ces textes portent sur des questions viticoles de nature technique ou parfois locale, comme pour la création d’un Comité interprofessionnel des vins d’origine du pays nantais par exemple. Un texte fait exception ; il concerne le recouvrement des cotisations familiales agricoles. Il n’intervient, en séance publique, qu’une fois, dans la discussion du projet de loi relatif aux prestations viniques, le 3 août 1954. Enfin, il est nommé secrétaire de l’Assemblée nationale en 1954 et en 1955.
En 1953, Etienne Toublanc est élu maire de sa commune de Saint-Géréon, dont il est conseiller municipal depuis 1947. Mais, malgré ou à cause du programme étroitement professionnel inspiré par Antier, il n’est pas à l’abri de concurrents localistes ou démagogiques dans la région d’Ancenis. Autour de son bastion, Dorgères, dont il a toujours rejeté l’extrémisme, relance en 1952 la contestation des cotisations familiales agricoles, dans la ligne de son agitation d’avant-guerre. Une Union démocratique des Indépendants, mêlant minoritaires de droite, modérés et radicalisants, s’enracine dans le même secteur ; en 1956, elle inspire une liste d’Action urbaine et rurale dont les voix font défaut à la liste Sesmaisons-Raingeard-Toublanc, déjà très affaiblie dans l’arrondissement par la poussée poujadiste.
Le 2 janvier 1956, Etienne Toublanc est de nouveau réélu malgré le fort recul de la liste d’Union des Indépendants et Paysans, ramenée à 98 948 voix, soit seulement 26,7 % des suffrages exprimés et qui perd son quatrième député. Dans la nouvelle assemblée, Etienne Toublanc est de nouveau membre de la commission des boissons (1956-1958), mais cette fois-ci, exclusivement. Il est nommé secrétaire de l’Assemblée nationale en 1956 et en 1957. Il dépose deux propositions de loi et deux propositions de résolution sur diverses questions agricoles : aide aux agriculteurs et maraîchers de la Loire-Inférieure, indemnités de congé aux agriculteurs, commerçants et artisans, report des annuités dont ils sont redevables aux jeunes agriculteurs rappelés sous les drapeaux, indemnisation des viticulteurs du département de la Loire-Atlantique. Il siège au groupe Paysan, de plus en plus réduit autour de Paul Antier, lequel y a admis Dorgères et plusieurs poujadistes. Dans quelques scrutins fondamentaux toutefois, comme souvent dans la seconde législature, il est plus proche de ses collègues Indépendants Sesmaisons et Raingeard. Avec eux, et à la différence d’Antier, il vote la ratification des traités de Rome, le 9 juillet 1957. Il ne prend pas la parole en séance publique.
Le 15 avril 1958, Etienne Toublanc refuse la confiance au gouvernement de Félix Gaillard, ce qui correspond à une censure de fait, contre le renvoi à la suite des interpellations sur les « bons offices ». Le 13 mai, il vote contre l’investiture de Pierre Pflimlin. Le 1er juin, il vote celle du général de Gaulle et, le 2, la loi conférant les pleins pouvoirs à son gouvernement ainsi que la modification de l’article 90 de la Constitution, autorisant sa réforme. Il n’est pas candidat aux élections législatives des 23 et 30 novembre 1958, le nouveau mode de scrutin majoritaire, le découpage des circonscriptions et l’émiettement électoral apparu dans le secteur d’Ancenis depuis 1956 lui étant défavorables. Il s’abstient de toute prise de position politique par la suite, sur l’évolution algérienne non plus que sur la politique du général de Gaulle – quoique ses sentiments d’ancien combattant de Verdun le conduisent à regretter le traitement fait naguère au maréchal Pétain –. Il reste maire de Saint-Géréon jusqu’en 1977 et demeure apprécié dans les milieux agricoles et ruraux de la région, où ses interventions à titre privé dépassent largement le cercle de sa commune. Il disparaît le 2 avril 1987 à Saint-Géréon, dans sa quatre-vingt-dixième année.

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