Jean Bertrand

1916 - 1983

Informations générales
  • Né le 15 novembre 1916 à Auboué (Meurthe - France)
  • Décédé le 2 octobre 1983 à Auboué (Meurthe-et-Moselle - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 12 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Meurthe-et-Moselle
Groupe
Communiste

Biographies

Biographie de la Ve République

BERTRAND (Jean)
Né le 15 novembre 1916 à Auboué (Meurthe-et-Moselle)
Décédé le 2 octobre 1983 à Auboué

Député de Meurthe-et-Moselle de 1967 à 1968

La vie de Jean Bertrand est placée sous le signe de la lutte politique et syndicale en faveur de la cause des mineurs et sidérurgistes de sa Lorraine du fer natale.
Jean Bertrand est né le 15 novembre 1916 à Auboué, petite localité située dans la vallée de l’Orne. Appartenant aux territoires mosellans non annexés par l’Empire allemand lors du Traité de Francfort de 1871, Auboué est rattachée à cette date au département de la Meurthe qui devient celui de la Meurthe-et-Moselle. Au cœur du Bassin de Briey, Auboué connaît une industrialisation rapide dans les années 1900, liée à l’extraction d’un riche gisement ferrifère situé dans son sous-sol et à l’exploitation sidérurgique du minerai dans trois hauts fourneaux implantés sur place. En 1913, la mine d’Auboué, propriété de la Société des hauts fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson, est la plus productive des mines de fer françaises. Ancien village rural devenu en quelques années une cité minière, Auboué se trouve confrontée à de multiples tensions socioculturelles et politiques engendrées par sa très rapide mutation économique. La population ouvrière, en grande partie constituée d’immigrés d’origine italienne, doit affronter des conditions de travail et de vie difficiles, en particulier en matière de logement, et entretient des relations souvent conflictuelles avec le patronat et les pouvoirs publics locaux. Le père de Jean Bertrand, Pierre Bertrand, mineur qualifié originaire du bassin charbonnier de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), était proche du mouvement ouvrier local en lutte dans les années 1910-1911. La mère de Jean Bertrand, Henriette Goudemand, qui avait travaillé comme institutrice, quitte cette profession pour élever les nombreux enfants du couple, huit au total. A la naissance de Jean Bertrand, Auboué est occupée depuis plus de deux ans par l’armée allemande, entrée dans la ville dès le 5 août 1914. Incorporés au Reich, ses habitants sont l’objet d’une politique de germanisation, active notamment à l’école. Le front, stable depuis l’invasion, est situé à trente kilomètres à l’ouest, près de Verdun. Ce n’est qu’après l’armistice du 11 novembre 1918 que les Alliés sont entrés à Auboué.
Très bon élève à l’école primaire, Jean Bertrand bénéficie, une fois obtenu le certificat d’études primaires (CEP), d’une bourse patronale pour aller étudier à l’Ecole de la métallurgie à Nancy puis à Châlons-sur-Marne. Il acquiert le certificat d’aptitude professionnelle (CAP) d’ajusteur et celui de dessinateur. Major de sa classe, il est admissible au concours d’entrée de l'École nationale des arts et métiers de Châlons-sur-Marne, mais échoue finalement aux épreuves d’admission. Il exerce alors la profession de dessinateur industriel.
Jean Bertrand adhère au parti communiste français en 1934. Durant cette période fondamentale pour le développement de l’organisation communiste en Lorraine qu’est le milieu des années 1930, il contribue activement à la création des Jeunesses communistes de Briey. Egalement membre de la Confédération générale du travail (CGT), il participe à son implantation dans les entreprises sidérurgiques. Militant politique et syndical dynamique, il accède rapidement à des responsabilités. Dès 1936 en effet, il devient secrétaire de section et membre du conseil syndical de son entreprise. Il joue un rôle important dans les grèves du Front populaire et les accords signés dans les usines de Pont-à-Mousson.
Jean Bertrand est mobilisé dans l’armée d’active en août 1939. Il continue son activité de militant auprès de la troupe, notamment en défendant le Pacte germano-soviétique et en distribuant des tracts. Avec un autre membre de son unité, il écrit une lettre à l’avocat Alexandre Zévaès pour exprimer son soutien aux 44 députés communistes emprisonnés pour tentative de reconstitution de parti politique interdit, et dont Maître Zévaès a été l’un des défenseurs lors du procès à huis clos qui s’est tenu à Paris en mars 1940.
Pendant la bataille de France, les Allemands font prisonnier Jean Bertrand dans les Vosges, à l’hôpital de Portieux. Interné en Bavière, malade, il tente plusieurs fois de s’évader. Il se livre également à du sabotage et participe à un réseau de résistance. Jean Bertrand est finalement libéré par les troupes américaines le 1er mai 1945, puis envoyé en convalescence pendant un mois en Norvège.
De retour en Lorraine, il assure la direction du secrétariat départemental du Mouvement unifié de la résistance (MUR) et du Front national, et reprend ses activités au sein du PCF. Membre à partir de 1945 du comité fédéral, il devient permanent à partir de 1950 et, en 1952, accède au bureau fédéral.
La conquête de mandats électoraux par Jean Bertrand commence à la Libération, d’une manière originale. Pendant son absence, la fédération de la Meurthe l’a en effet présenté et fait élire sur la liste communiste aux élections municipales d’Auboué de mai 1945. Majoritaires au conseil municipal avec 12 sièges contre onze, les élus PCF ont manqué le poste de maire du fait de l’absence de la voix de Jean Bertrand, au profit de la droite qui l’emporta au bénéfice de l’âge. Quelques années plus tard, en 1953, confirmant l’influence électorale du PCF dans cette commune à forte population ouvrière, Jean Bertrand remporte finalement la mairie d’Auboué.
Candidat malheureux aux élections cantonales d’avril 1958 puis aux sénatoriales en mai 1958, il est le suppléant de Maurice Kriegel-Valrimont, candidat aux élections législatives de novembre 1958, conseiller municipal de Nancy et député de Meurthe-et-Moselle depuis octobre 1945. Candidat dans la 6ème circonscription (cantons d’Audun-le-Roman, Chambley-Bussières, Conflans-en-Jarnisy), arrivé en tête au premier tour, il est battu au second par Roger Devemy, candidat démocrate social chrétien, ancien député de la Saône-et-Loire sous la IVème République et établi depuis peu à Nancy comme négociant en matériaux. Sa défaite a plusieurs facteurs : le retour au scrutin d’arrondissement et l’isolement du PCF, provoqué par l’opposition très radicale de celui-ci au retour du général de Gaulle au pouvoir. Louis Dupont, ancien second de liste élu derrière Maurice Kriegel-Valrimont en 1956, est battu lui aussi, à Longwy, et pour la première fois depuis 1945 la Meurthe-et-Moselle n’a pas de député communiste. Cependant, cette défaite de novembre 1958, en mettant un terme à la carrière politique parlementaire de Maurice Kriegel-Valrimont, qui quitte le PCF trois ans plus tard, ouvre de nouvelles perspectives électorales au maire d’Auboué.
Aux élections législatives anticipées de novembre 1962, celui-ci se porte candidat au nom du PCF dans la même circonscription, avec pour suppléant Lucien Caro, maire de Piennes et conseiller général. En lice pour le premier tour figurent quatre autres candidats, un socialiste, un indépendant de gauche et deux candidats se présentant sans étiquette, dont Hubert Martin, médecin radiologue et maire de Briey. Avec 13 353 des 34 813 suffrages exprimés, soit 38.36% des voix, Jean Bertrand devance nettement les autres candidats, Hubert Martin arrivé deuxième ne totalisant que 26.41% des voix. Au second tour, le candidat du PCF est battu par Hubert Martin qui, bénéficiaire d’un report de voix très large en sa faveur, double son score du premier tour et rassemble 51,48% des voix
Jean Bertrand, qui a été élu en 1964 conseiller général du canton de Briey, se porte candidat aux législatives suivantes, celles des 5 et 12 mars 1967, toujours dans la 6ème circonscription de Meurthe-et-Moselle. Il a choisi comme suppléant René Kieffert, mineur et maire de Mancieulles. Dans sa profession de foi, il se présente, élu et militant communiste, comme le meilleur défenseur des couches ouvrières de sa terre natale, aussi bien contre la « nouvelle Wehrmacht » de l’Allemagne de l’Ouest, dont il rappelle avoir refusé l’installation de bases sur le sol français, que « face à De Wendel et à Sidelor ». Il critique « le pouvoir gaulliste bénéfique pour les grands monopoles », responsables selon lui de la suppression de milliers d’emplois dans les mines et la sidérurgie en Lorraine, et reprend les principaux thèmes nationaux du PCF que sont les nationalisations, la volonté d’une véritable politique de progrès économique et social, la critique de l’impérialisme américain et l’opposition à la force de frappe atomique française.
Au premier tour, avec 16 809 des 40 520 suffrages exprimés, soit 41,48 % des voix, Jean Bertrand arrive en deuxième position derrière le député sortant Hubert Martin (42.95%), qui se présente comme Républicain indépendant d’action sociale, devançant nettement Michel Girand, candidat présenté par Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) et Jean Garnier, candidat Républicain de progrès. Au second tour, bénéficiant du désistement du candidat FGDS en sa faveur, Jean Bertrand gagne l’élection avec 51,6% des voix.
Elu dans l’ancien fief électoral du maître de forges François de Wendel, qui fut député de la circonscription de Briey pendant vingt ans sous la IIIème République, Jean Bertrand rejoint le Palais-Bourbon sous la troisième législature de la Vème République. Il s’inscrit au groupe communiste le 3 avril 1967, et est nommé membre de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales.
L’activité parlementaire de Jean Bertrand, seul député communiste de Meurthe-et-Moselle durant cette législature, est déterminée par le contexte économique et social très difficile que connaît sa circonscription. Depuis le début des années 1960, le secteur minier lorrain est en effet touché par la récession économique, accompagnée de grèves et de licenciements. Entre 1961 et 1967, la sidérurgie est confrontée, elle aussi, à des pertes massives d’emplois. C’est donc logiquement que Jean Bertrand, reprenant le flambeau de Louis Dupont, député PCF de Longwy entre 1964 et 1967, axe son action au Palais-Bourbon sur la défense des intérêts des travailleurs de ces deux secteurs en crise. Il dépose ainsi sur le bureau de l’Assemblée le 19 décembre 1967 une proposition de loi portant statut du sidérurgiste. Le 20 avril 1967, intervenant sur la déclaration de politique générale du gouvernement, il dénonce l’insuffisance des mesures prises face aux licenciements provoqués selon lui par la concentration industrielle, alors que parallèlement d’importants investissements miniers français sont réalisés en Afrique, en particulier dans la Société des mines de fer (SOMIFER) au Gabon et dans les Mines de fer de Mauritanie (MIFERMA). Relayant les revendications syndicales, il réclame une véritable formation professionnelle, un reclassement efficace des ouvriers, le maintien au régime minier des ouvriers de surface, le paiement des jours chômés. Il propose aussi un abaissement de l’âge de la retraite et une réduction des horaires de travail pour permettre la sauvegarde de l’emploi en Lorraine. En conclusion, Jean Bertrand rappelle que le groupe communiste considère la nationalisation comme seule véritable solution à la crise. Dans le même ordre de préoccupation, il prend part le 10 mai 1967 au débat sur la question orale relative à la situation des mines de fer et de la sidérurgie. Il insiste à cette occasion sur la nécessité d’une politique étatique de développement économique, financée notamment par les nationalisations, qui favoriserait l’implantation de nouvelles industries, la construction d’infrastructures permettant de désenclaver les bassins miniers et sidérurgiques, et la réalisation d’un vaste effort de formation en faveur des jeunes générations arrivant en masse sur le marché du travail lorrain.
Durant l’exercice de son mandat, Jean Bertrand se conforme aux consignes de vote du groupe communiste auquel il appartient.
En avril 1968, il est victime d’un accident cérébral qui provoque une paralysie de son côté droit. Il récupère ses facultés, mais use à nouveau ses forces lors du mouvement de grèves de mai-juin 1968.
Bien qu’affaibli physiquement, et dans un contexte défavorable de peur sociale et de division des gauches, Jean Bertrand se présente aux élections législatives anticipées des 23 et 30 juin 1968 pour le renouvellement de son mandat. Son suppléant est à nouveau René Kieffert. Au premier tour, il arrive en seconde position derrière le candidat des Républicains indépendants Hubert Martin, avec 13 754 des 38 148 suffrages exprimés, soit 36,05% des voix. Au second tour, avec 46,62% des voix, Jean Bertrand est battu. La Meurthe-et-Moselle n’aura pas de député communiste sous la IVème législature.
Jean Bertrand ne se représente pas aux élections générales de 1973, laissant la candidature du PCF à Gilbert Schwartz, maire de Jarny, qui remporte l’élection au second tour contre Hubert Martin. Jean Bertrand reste cependant maire d’Auboué et conseiller général du canton de Briey jusqu’en 1979.
Parallèlement à sa carrière électorale, Jean Bertrand remplit des fonctions actives au sein du PCF. Secrétaire fédéral de 1957 à 1959, il occupe en 1962 le poste de secrétaire à la propagande. Il assure également des responsabilités syndicales, en particulier comme secrétaire de l’Union locale CGT (UL-CGT) du Bassin de Briey de 1947 à 1951, et de l’Union des syndicats des travailleurs de la métallurgie (USTM) de Meurthe-et-Moselle. Jean Bertrand quitte le secrétariat de la fédération du PCF de Meurthe-et-Moselle en 1964. Il vit très négativement l’intervention des troupes soviétiques en 1968 et adopte une attitude critique envers l’URSS, que renforce un voyage qu’il y accomplit en 1971. Il manifeste également des désaccords avec le PCF, en particulier à l’égard de son secrétaire général Georges Marchais. En 1971, invoquant des ennuis de santé, il quitte le comité fédéral. Il conserve cependant sa carte du parti.
Atteint par un cancer, Jean Bertrand décède à Auboué le 2 octobre 1983 à l’âge de 66 ans.
Jean Bertrand s’était marié en août 1946 avec Yolande Giannini, née en 1926 à Homécourt en Meurthe-et-Moselle, de parents immigrés d’origine italienne, et qui travaillait comme sténo-dactylo à l’usine Pont-à-Mousson d’Auboué. Jean Bertrand et sa future épouse s’étaient rencontrés au PCF, auquel Yolande avait adhéré en août 1944. Trois ans après leur mariage, en 1949, Jean Bertrand et sa femme ont une fille, devenue institutrice. Yolande Bertrand a été membre du comité de la Fédération de Meurthe-et-Moselle et a rempli comme son époux des fonctions électives, en tant que conseillère générale du canton d’Homécourt de 1973 à 1985, et que maire d’Auboué de 1983 à 1989. Après la disparition de son mari en 1983, poursuivant le mouvement de désaccord entamé par celui-ci à l’égard du PCF, elle participe à la création du courant des « reconstructeurs ». Yolande Bertrand est décédée le 27 juin 2006 et a été enterrée au cimetière d’Auboué aux côtés de son époux.

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