Pierre, Ernest Pinard

1822 - 1909

Informations générales
  • Né le 10 octobre 1822 à Autun (Saône-et-Loire - France)
  • Décédé le 12 septembre 1909 à Bourg-en-bresse (Ain - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Second Empire - Corps législatif
Législature
IVe législature
Mandat
Du 23 mai 1869 au 4 septembre 1870
Département
Nord
Groupe
Majorité dynastique

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Ministre, député au Corps législatif de 1869 à 1870, né à Autun (Saône-et-Loire) le 10 octobre 1822, il étudia le droit à Paris et fut reçu docteur.

Inscrit au barreau de Paris, secrétaire de la conférence des avocats, il entra bientôt dans la magistrature (2 mars 1849) comme substitut du procureur impérial à Tonnerre; il passa en la même qualité à Troyes (décembre 1851), à Reims (décembre 1852), et à Paris (29 octobre 1853). Substitut du procureur général à Paris en 1859, procureur général à Douai (3 octobre 1861), il fut rappelé à Paris le 5 mai 1866 avec le titre de conseiller d'Etat. Pendant le cours rapide de cette brillante carrière, M. Pinard avait eu à intervenir dans plusieurs causes importantes et s'était signalé par l'ardeur de son zèle pour la dynastie : outre les affaires Doudet, Pescatore, du duc d'Aumale contre Mme de Clerq relativement à la possession de la forêt de Vallée, le procès Mirès (avril 1862), l'affaire de la femme Doize, appelée à si fâcheux retentissement, avaient contribué à mettre en relief le talent du magistrat, que le gouvernement fit chevalier de la Légion d'honneur le 11 novembre 1858, et officier le 12 août 1862. Au conseil d'Etat, M. Pinard s'attacha avec plus d'activité que jamais à servir les intérêts de la politique impériale.

Chargé de préparer l'exposé des motifs de la loi sur la révision des arrêts criminels et correctionnels, votée en mai 1867, et celui de la célèbre loi sur la presse qui suivit la lettre du chef de l'Etat en date du 19 janvier, il eut, de plus, à soutenir comme commissaire du gouvernement, devant le Corps législatif, la discussion de la première de ces deux lois : la seconde fut renvoyée à la session suivante.

Dans l'intervalle (14 novembre 1867), M. Pinard avait été appelé à prendre, en remplacement du marquis de La Valette, le portefeuille de l'Intérieur, malgré le rapport confidentiel défavorable de M. Rouher à l'empereur. En cette qualité, il défendit au parlement la loi sur la presse dont il était en partie l'auteur (janvier-février 1868), et présenta également une loi sur le droit de réunion (mars et mai 1868). Mais les rigueurs et les tracasseries de son administration dans la mise en pratique des lois votées lui créèrent bientôt une situation difficile : la suppression de l'autorisation préalable avait permis à M. Henri Rochefort de publier son célèbre pamphlet, la Lanterne, dont le succès fut immense. M. Pinard eut l'imprudence d'entrer en lutte avec son auteur, lutte qui ne fit qu'augmenter la vogue du pamphlet et l'impopularité du ministre. Ce dernier usa sans profit de tous les moyens que l'administration possédait encore, interdit la vente sur la voie publique du Courrier français, feuille démocratique, et multiplia les poursuites contre les journaux indépendants, qui le qualifiaient ainsi : «Petit, mais rageur.» Une autre campagne non moins retentissante fut entreprise par lui contre les manifestations en l'honneur de l'ancien représentant Baudin au cimetière Montmartre (2 novembre 1868), puis contre les souscriptions, organisées pour élever un monument à sa mémoire : les groupes qui se rendaient à la tombe furent dissipés par la force, on fit des arrestations ; l'Avenir national, le Réveil; la Revue politique furent traduits en police correctionnelle, et Gambetta eut l'occasion de prononcer, la 13 novembre, le plaidoyer qui le rendit célèbre. A la même époque, les journaux officieux répandirent le bruit que les républicains se proposaient de faire, le 3 décembre, une manifestation nouvelle à la tombe de Baudin. Ce jour-là, M. Pinard envoya au cimetière toute la garde de Paris ainsi que des régiments mandés de Versailles, de Compiègne, qui attendirent inutilement, l'arme au bras, l'émeute qui ne vint pas. Cet excès de zèle, dont s'égaya l'opposition, mécontenta le gouvernement, et M. Pinard dut donner sa démission (17 décembre 1868).

A titre de compensation, l'empereur voulut le nommer sénateur, mais il refusa, se fit inscrire au barreau de Paris, et, le 24 mai 1869, se présenta comme candidat au Corps législatif dans la 7e circonscription du Nord, qui l'élut par 18,006 voix (29,825 votants, 35,939 inscrits), contre 6,910 à M. Chapellier et 4,830 à M. Stiévenard. Sa profession de foi réclamait « l'intime alliance de l'ordre et de la liberté ». Il adhéra à « l'empire libéral », appuya la politique de M. Emile Ollivier; émit, le 9 février 1870, cette opinion qu'une réunion n'est vraiment privée que lorsque les personnes réunies se connaissent entre elles, soutint (23 juin) la nomination des maires par le pouvoir, et vota la guerre contre la Prusse.

La révolution du 4 septembre le rendit à la vie privée. Il se retira à Autun. Arrêté dans cette ville au commencement de 1871, sous l'inculpation de menées bonapartistes, il fut transféré à Lyon, resta onze jours en prison, et partit pour Genève. Elu conseiller général d'Autun (1870-1883), il rentra au barreau de Paris, où il n'a pas retrouvé au banc de la défense le succès qu'il avait obtenu comme magistrat. Lors des élections législatives de 1876, M. Pinard obtint, sans être élu, 4,146 voix dans la 1re circonscription d'Autun, sur 11,385 votants.

Commandeur de la Légion d'honneur (1868). Ses Oeuvres judiciaires ont été publiées en 1884.


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