Louis, Nicolas Lemercier

1755 - 1849

Informations générales
  • Né le 23 décembre 1755 à Saintes (Charente-Inférieure - France)
  • Décédé le 11 janvier 1849 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 mars 1789 au 30 septembre 1791
Baillage
Saintes (Type : Sénéchaussée)
Groupe
Tiers-Etat

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député en 1789, et au Conseil des Anciens, membre du Sénat conservateur, pair de France, né à Saintes (Charente-inférieure) le 23 décembre 1755, mort à Paris le 11 janvier 1849, d'abord conseiller du roi, il succéda à son père, vers 1778, dans la charge de lieutenant général criminel de la sénéchaussée de Saintonge et siège présidial de Saintes.

Partisan, comme beaucoup de juristes, des principes de la Révolution, il fut chargé, en 1789, de résumer les doléances du tiers-état de sa sénéchaussée, et fut élu, le 21 mars, député du tiers aux Etats-Généraux. Il prit place parmi les constitutionnels, vota l'abolition de l'hérédité des charges judiciaires, et défendit la constitution civile du clergé.

Elu, le 11 septembre 1792, après la session, juge au tribunal de district de Montlieu, puis président du tribunal criminel de la Charente-inférieure, il traversa la Terreur sans être inquiété, et fut rappelé aux mêmes fonctions au tribunal criminel de son département, du 24 vendémiaire an IV à l'an VI.

Le 21 germinal de la même année, il fut élu député de la Charente-inférieure au Conseil des Anciens par 282 voix (305 votants). Secrétaire de cette assemblée en l'an VII, il fit plusieurs discours en l'honneur de l'armée d'Egypte, lut des rapports sur les droits de bac, sur le commerce de l'horlogerie, sur l'établissement des conseils de guerre, combattit l'impôt sur le sel, demanda une réduction du traitement des fonctionnaires publics applicable aux frais de guerre, et dénonça à la vindicte des bons citoyens l'assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt. Devenu président des Anciens, il occupa précisément le fauteuil le 18 brumaire, et il seconda de tout son pouvoir le coup d'Etat du général Bonaparte. Il fit partie le lendemain, 19 brumaire, de la Commission intermédiaire des Anciens, et fut nommé membre du Sénat conservateur, le 3 nivôse suivant, à la création de ce corps.

Le Publiciste du 25 brumaire avait publié sur son compte un panégyrique des plus élogieux, auquel un de ses compatriotes répondit par un pamphlet qui donne le ton de la polémique à cette époque.

« Dans un temps où les vues avaricieuses de la cupidité pouvaient être secondées par la dévotion, l'astucieux Lemercier eut constamment soin d'en appliquer le masque: il ne paraissait jamais en public que la tête penchée, les yeux inondés des larmes de la componction; sa démarche était lente et modeste, son langage mielleux et séduisant. Habituellement prosterné au pied des autels, il ne cessait de fatiguer le ciel par ses longs soupirs et ses humbles gémissements. Point de confrérie dont il ne fût associé, point de processions qu'il n'accompagnât. Il portait la bigoterie à un tel point d'exactitude que sa sainte face était, le dimanche et les fêtes, absolument inaccessible au rasoir de son barbier ; il était en un mot un répertoire complet de toutes les vertus évangéliques. Mais que de si belles espérances cachaient de vices et de noirceurs! Tantœne animis cœlestibus irœ!

A peine l'Eglise gallicane eut-elle tombé sous les coups de la philosophie, que Lemercier, à qui désormais l'extérieur de la religion devenait inutile et même dangereux, figura parmi ses ennemis les plus acharnés; il ne quitta point ce ton insinuant, cet air doucereux dont il s'était flatté de tirer un si bon parti sous l'ancien régime; il les convertit en une charlatanerie populacière qui lui valut l'honneur de siéger avec les premiers représentants de la nation. Nous n'arrêterons point l'attention du lecteur sur sa conduite dans cette nouvelle carrière; il nous suffira de remarquer que l'Assemblée constituante était composée d'un trop grand nombre d'hommes illustres pour que Lemercier y pût paraître avec quelque distinction; hâtons-nous de le reporter dans sa ville natale; c'est là que nous l'allons voir briller de tout son éclat.

Il revint à Saintes dans ces terribles jours où le trop fameux Robespierre jetait les premiers fondements de son affreuse puissance. Les Jacobins le serrèrent dans leurs bras comme un frère vraiment digne d'être associé à leurs exploits; et plus d'une fois il eut la gloire de présider leurs sanguinaires délibérations. Il se familiarisa de plus en plus avec les individus qui composaient la tourbe révolutionnaire de ces contrées : les Exclusifs tressaillaient de joie en le voyant dans la rue, dans les places publiques, entouré de leurs sicaires, et tendant amicalement la main à des assassins avérés, à des êtres couverts depuis longtemps d'opprobre et d'ignominie. Cet héroïque dévouement aux sectaires effrénés de l'anarchie et du brigandage ne demeura pas sans récompense; ils lui confièrent différents emplois qu’il remplit à leur grande satisfaction. Le 9 thermidor, qui étourdit quelques instants les complices de la tyrannie qui venait d'être écrasée, ne déconcerta pas notre caméléon : toujours attentif à prendre le ton et le langage de la faction dominante, il accueillit cette journée avec la même allégresse que depuis il manifesta en apprenant les désastreux attentats du 18 fructidor. »


Ces attaques n'entravèrent point la carrière politique de M. Lemercier, que son dévouement au nouveau régime protégeait suffisamment. Président du Sénat en l'an X, chevalier de la Légion d'honneur, commandeur de l'ordre en l'an XII, doté de la sénatorerie d'Angers la même année, membre de la commission administrative du Sénat en 1806, créé comte de l'Empire le 26 avril 1808, et grand-officier de la Légion d'honneur le 30 juin 1811, il fut un des plus empressés à adhérer à la déchéance de l'empereur (avril 1814) et au retour des Bourbons, qui récompensèrent ce dévouement toujours en éveil par le titre de pair de France (4 juin 1814).

Ayant été tenu à l'écart pendant les Cent-jours, il reprit sa place à la Chambre haute à la seconde Restauration, vota pour la déportation dans le procès du maréchal Ney, et prit fréquemment la parole, notamment dans les discussions sur la liberté de la presse, sur la contrainte par corps, sur le serment des fonctionnaires, etc. Il vota la loi du sacrilège, et, en 1828, demanda la révision annuelle des listes électorales.

La révolution de juillet demanda à son dévouement un nouveau sacrifice : il prêta serment au gouvernement de Louis-Philippe, se prononça contre le procès des ministres de Charles X, et siégea peu au Luxembourg en raison de son grand âge. Grand-croix de la Légion d'honneur en 1837, il fut rendu à la vie privée par la révolution de 1848, et mourut moins d'un an après, à 94 ans.