Christophe, Léon, Louis Juchault de Lamoricière

1806 - 1865

Informations générales
  • Né le 5 février 1806 à Nantes (Loire-Inférieure - France)
  • Décédé le 11 septembre 1865 à Prouzel (Somme - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 10 octobre 1846 au 24 février 1848
Département
Sarthe
Groupe
Opposition
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 26 mai 1849
Département
Sarthe
Groupe
Cavaignac
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 13 mai 1849 au 2 décembre 1851
Département
Sarthe
Groupe
Droite

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député de 1846 à 1848, représentant en 1848 et en 1849, ministre, né à Nantes (Loire-Inférieure) le 5 février 1806, mort au château de Prouzel (Somme) le 11 septembre 1865, fils de Sylvestre Juchault de Lamoricière et de dame Désirée de Robineau, il fit ses études au collège de Nantes, entra à l'Ecole polytechnique en 1824, passa (1826) comme élève sous-lieutenant du génie à l'Ecole d'application de Metz, et fit partie (1830) de l'expédition d'Alger comme lieutenant du génie.

Nommé capitaine (1er novembre 1830), il devint (1833) directeur du premier bureau arabe créé par le général Avizard, en raison de la connaissance qu'il avait acquise des divers dialectes arabes; la confiance avec laquelle Lamoricière se présentait au milieu des Arabes, une simple canne à la main, ramena peu à peu les tribus voisines, et, comme il ne dédaignait pas d'appuyer parfois ses raisons de coups de canne, on ne le connut que sous le nom de « Bou-Arona » (père du bâton). Chargé de reconnaître Bougie, il monta lui-même à l'assaut de la place, et devint chef de bataillon dans les zouaves (2 novembre 1833). Le 25 octobre 1835, il écrivait d'Alger à son ami Genty de Bussy : « J'ai été proposé pour le grade de lieutenant-colonel, je vous prie de vous en occuper. Vous pouvez vous appuyer sur ce que j'ai été mis trois fois à l'ordre de l'armée dans le même mois : la première fois, pour avoir sauvé le jeune Bro, la deuxième, pour avoir dirigé et complètement fait réussir un coup de main de nuit sur un village de la montagne; la troisième fois, pour avoir, devant toute l'armée, enlevé avec mon bataillon le plateau de l'Afroun où était le camp de Sidi-el-Hadj, qui était fort de plus de deux mille hommes. » Sa promotion de lieutenant-colonel lui fut envoyée le 31 décembre suivant, et il passa colonel, toujours aux zouaves, le 11 novembre 1837, à la suite du siège de Constantine, où il s'était distingué et avait été blessé par l'explosion d'une mine. Rappelé à Paris en 1839, et renvoyé en Afrique en 1840, il prit part (mai) au combat de Mouzaïa, et fut promu (21 juin) maréchal de camp. Mis à la tête de la division d'Oran, il mérita par son courage dans l'expédition de Mascara un éloge particulier du maréchal Bugeaud (5 juin 1841) pour ses talents d'administrateur et sa bravoure militaire. Habile à la guerre de surprises, il ravitailla Mascara malgré les troupes d'Abd-el-Kader, soumit (1843) l'importante tribu des Flittas, fut promu lieutenant-général (9 avril 1843), battit les Marocains à Lalla-Maghrnia (30 mai 1844), fut fait commandeur de la Légion d'honneur, contribua, pour une large part, à la victoire d'Isly (14 août 1845), et, en novembre suivant, reçut du maréchal Bugeaud, qui se rendait en France, le gouvernement intérimaire de l'Algérie.

Notre entreprise coloniale rencontrait alors dans les Chambres françaises une vive opposition : Lamoricière, qui avait de son côté des idées personnelles sur le système de colonisation, résolut de les porter à la tribune, et dans ce but, il se présenta aux élections générales du 12 août 1846, dans le premier arrondissement de Paris, comme candidat de l'opposition modérée, mais il échoua avec 493 voix, contre 750 à M. Casimir Périer, candidat du ministère. Il se représenta le 10 octobre 1846, dans le 4e collège de la Sarthe (Saint-Calais) qui avait à pourvoir au remplacement de M. Gustave de Beaumont, optant pour le collège de Mamers. « Je n'ai d'autre but, en entrant à la Chambre, écrivait-il à cette occasion, que d'expliquer au pays ce qu'il faut qu'il sache sur l'affaire d'Afrique.» Il fut élu cette fois par 207 voix sur 369 votants et 408 inscrits, fit, à la Chambre, une opposition discrète, parla sur l'organisation de l'Algérie et sur l'avancement des officiers nommés à des fonctions spéciales, et ne tarda pas à retourner en Afrique, où il organisa l'expédition qui aboutit à la prise de la Smala d'Abd-el-Kader par le duc d'Aumale.

Lamoricière fut nommé grand-officier de la Légion d'honneur (14 janvier 1848). Il fit partie des combinaisons ministérielles proposées in extremis par Louis-Philippe à la révolution de février; il alla même sur le boulevard, en colonel de la garde nationale, le 24 au matin, proclamer le ministère Odilon Barrot-Thiers, dont il faisait partie; mais, à la première barricade, on refusa de l'écouter et de le laisser passer. Après l'abdication, il voulut encore annoncer aux insurgés la régence de la duchesse d'Orléans ; son cheval tomba, frappé de balles, et lui même fut blessé d'un coup de baïonnette.

Il adhéra au gouvernement provisoire, refusa le portefeuille de la Guerre, et, le 23 avril 1848, fut élu, dans le département de la Sarthe, député à l'Assemblée nationale, le 6e sur 12, par 82,644 voix sur 114, 212 votants. Il prit place parmi les partisans du général Cavaignac, fit partie du comité de la guerre, commanda, aux journées de juin, la division de l'armée de Paris qui se battit dans les faubourgs Saint-Martin et du Temple, eut trois chevaux tués sous lui, et fut appelé (28 juin) au ministère de la Guerre. Il put alors faire prévaloir ses idées sur l'Algérie, fit voter (septembre 1848) un crédit de 50 millions pour l'organisation de colonies agricoles en opposition avec les colonies militaires jusqu'alors en faveur, créa une commission de révision de la législation dans la colonie, paya les indemnités dues pour expropriation aux indigènes, constitua les municipalités, créa des préfectures, et fit prévaloir le régime civil. Au point de vue militaire, il proposa de substituer au remplacement militaire une taxe payée à l'Etat au profit des soldats appelés sous les drapeaux; combattu par M. Thiers, ce système, qui devait être adopté plus tard par le second Empire, fut alors repoussé. Comme représentant, Lamoricière vota pour le rétablissement du cautionnement, contre le droit au travail, s'abstint sur l'impôt progressif, et se prononça contre les deux Chambres, contre l'amendement Grévy, pour la proposition Rateau, contre la diminution de l'impôt du sel, pour la suppression des clubs.

Formellement hostile à la candidature présidentielle du prince Louis-Napoléon, il quitta le ministère, le 19 décembre 1848, après cette élection, et fut réélu, le 13 mai 1849, représentant de la Sarthe à l'Assemblée législative, le 1er sur 10, par 69,680 voix sur 103,029 votants et 135,640 inscrits. Le même jour, il fut également élu dans la Seine, le 6e sur 28, par 121,632 voix sur 281,140 votants et 378,043 inscrits. Il opta pour la Sarthe, vota l'autorisation de poursuites contre les représentants compromis (13 juin 1849) dans l'affaire des Arts et Métiers, fut nommé président du « Cercle constitutionnel » fondé par Dufaure, et fut envoyé en mission extraordinaire par le président de la République auprès de l'empereur de Russie, qui appuyait alors l'Autriche en guerre contre la Hongrie révoltée. La chute du ministère Odilon Barrot lui fit donner sa démission d'envoyé à Saint-Pétersbourg ; il revint siéger à l'Assemblée, se montra partisan de l'exploitation du chemin de fer de Lyon par l'Etat, parla (19 avril 1850) en faveur de la déportation des condamnés, et déposa un amendement (rejeté) interdisant d'accorder de nouvelles grâces aux transportés sans le concours de l'Assemblée. Il soutint (16 juillet) l'amendement de Lartigue sur la liberté de la vente des journaux sur la voie publique, fut élu (22 juillet) membre de la commission de permanence, se mêla aux discussions relatives à notre colonie d'Afrique, et se prononça (19 juillet 1851) contre la révision de la Constitution, et (17 novembre) pour la proposition des questeurs.

Arrêté dans la nuit du 2 décembre 1851, il fut incarcéré à Mazas, puis à Ham, et, en vertu du décret du 9 janvier 1852, banni, et conduit à Cologne. Il refusa en termes très vifs, par une lettre publiée dans les journaux du temps (mai), le serment réclamé par le nouveau gouvernement aux officiers qui voulaient rester en activité, et habita successivement Coblentz, Mayence, Wiesbaden, Ems. Aux élections pour le nouveau Corps législatif (29 février 1852), il se laissa porter, comme candidat de l'opposition dans la 2e circonscription de la Seine, et n'obtint que 2,343 voix contre 12,189 au candidat otficiel élu, M. Dewinck, et 4,874 à M. Mortimer Ternaux. Il avait déjà perdu son fils aîné en mars 1850; un second fils, en pension à Paris, étant dangereusement malade en novembre 1859, l'empereur fit télégraphier à Lamoricière l'autorisation de rentrer : son fils était mort lorsqu'il arriva.

Resté en France, Lamoricière accueillit, en 1860, les ouvertures du gouvernement pontifical qui lui offrait le commandement en chef de son armée. Après avoir demandé et obtenu l'autorisation de l'empereur, il prit possession de son commandement (8 avril 1860), réforma l'administration, se trouva en lutte avec le cardinal Antonelli, et parvint à réunir une armée de 16.000 hommes. Battu à Castelfidardo (18 septembre), par les Piémontais sous les ordres de Cialdini, il parvint à se jeter dans Ancône, avec une faible colonne; la place s'étant rendue (28 septembre) à l'amiral Persano, Lamoricière fut laissé en liberté sous la condition de ne pas porter les armes contre les troupes piémontaises pendant un certain temps. De retour à Rome, il s'occupa encore de réformes militaires, et publia, à ce propos, un rapport qui mettait à nu le désordre administratif du gouvernement pontifical. Lamoricière revint en France, et se retira dans son château de Prouzel, où il se consacra entièrement jusqu'à sa mort à l'éducation de ses jeunes enfants.

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