Michel Debré

1912 - 1996

Informations générales
  • Né le 15 janvier 1912 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 1er août 1996 à Montlouis-sur-loire (Indre-et-Loire - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 5 mai 1963 au 8 février 1966
Département
La Réunion
Groupe
Union pour la nouvelle République-UDT
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 5 mars 1967 au 7 mai 1967
Département
La Réunion
Groupe
Union démocratique pour la V° République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 23 juin 1968 au 12 août 1968
Département
La Réunion
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 4 mars 1973 au 2 avril 1978
Département
La Réunion
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 12 mars 1978 au 22 mai 1981
Département
La Réunion
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 21 juin 1981 au 1er avril 1986
Département
La Réunion
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 16 mars 1986 au 14 mai 1988
Département
La Réunion
Groupe
Rassemblement pour la République

Mandats au Sénat ou à la Chambre des pairs

Sénateur
du 7 novembre 1948 au 19 juin 1955
Sénateur
du 19 juin 1955 au 4 octobre 1958

Gouvernement

Chef du Gouvernement
du 8 janvier 1959 au 14 avril 1962

Fonds d'archives

La majeure partie des archives de Michel Debré est conservée par le Centre d’histoire de la Fondation nationale des sciences politiques sous la cote DE et couvre la période 1930-1993. Ce fonds a fait l’objet d’une donation en 1993 et représente près de 123 mètres linéaires. Il est partiellement inventorié et fait l’objet de plusieurs inventaires analytiques et répertoires numériques détaillés. Ces archives reviennent sur la totalité de la carrière politique de Michel Debré, en tant que maire d’Amboise, député de la Réunion, sénateur d’Indre-et-Loire, ministre et Premier ministre. Les documents sont communicables sur autorisation. De plus amples renseignements sur ce fonds sont disponibles sur le site Internet du Centre d’histoire.

Une petite partie des archives Michel Debré, représentant 2 mètres linéaires, est conservée aux Archives départementales d’Indre-et-Loire sous la cote 168 J. Ces documents couvrent la période 1936-1984 et concernent principalement les Mémoires de Michel Debré et la préparation de la réforme de la fonction publique. On y trouve également des photographies et des films. Ce fonds, actuellement en cours de classement, est décrit dans un répertoire numérique détaillé provisoire. Les documents sont communicables sur autorisation du directeur des Archives départementales. De plus amples renseignements sur ce fonds sont disponibles sur le site Internet des Archives départementales d’Indre-et-Loire.

Biographies

Biographie de la Ve République

DEBRE (Michel)
Né le 15 janvier 1912 à Paris-7e
Décédé le 2 août 1996 à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire)

Sénateur d'Indre-et-Loire de 1948 à 1958
Garde des Sceaux, Ministre de la Justice du 1er juin 1958 au 8 janvier 1959
Premier ministre du 8 janvier 1959 au 14 avril 1962
Député de la Réunion de 1963 à 1988
Ministre de l’Economie et des finances du 8 janvier 1966 au 31 mai 1968
Ministre des Affaires étrangères du 31 mai 1968 au 20 juin 1969
Ministre d’Etat, ministre de la Défense nationale du 22 juin 1969 au 28 mars 1973

Michel Debré naît le 15 janvier 1912 à Paris. Son père, le professeur Robert Debré, membre de l’Académie de médecine et de l’Académie des sciences et fondateur de l’Ecole de la pédiatrie française, a introduit la recherche à l’hôpital et a été à l’origine d’une réforme profonde du système médical. Sa mère, Jeanne Debat-Ponsan, fille du peintre Edouard Debat-Ponsan, républicain engagé, fut l'une des premières femmes internes et chefs de clinique des hôpitaux de Paris.

Entre les deux guerres, Michel Debré est haut fonctionnaire de la République. Après le lycée Montaigne, puis le lycée Louis-le-Grand, il suit les cours de la faculté de droit, et de l'école des sciences politiques. Docteur en droit, il est reçu en 1934 au concours du Conseil d'Etat, dont il devient maître des requêtes. Il y découvre, comme il l’écrit dans ses mémoires, « une conception de l’Etat à la fois nationale, tolérante et démocratique ». En 1937, il est secrétaire général de la commission de révision douanière créée par Charles Rist, puis chargé de mission auprès de Paul Reynaud, ministre des finances dans le troisième cabinet Daladier.

Lorsque la guerre éclate, il est mobilisé comme officier de cavalerie ; fait prisonnier, il s'évade et rejoint au Maroc le secrétaire général Emmanuel Monnick.

De retour en France, il s'engage dans la Résistance, et passe à la clandestinité à la fin de l'année 1942. En 1943 et 1944, il relaie en France les décisions du gouvernement de la France libre, installé à Londres, puis à Alger. Il siège alors au comité directeur du mouvement « Ceux de la Résistance », et élabore les structures administratives de la future France libérée.

Son action durant cette difficile période lui vaut la médaille des évadés, la croix de guerre, la rosette de la Résistance, et le grade d'officier de la Légion d'honneur.

Au mois d'août 1944, il est nommé commissaire de la République de la région d'Angers puis, l'année suivante, chargé de mission auprès du général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire.

Il rédige alors les statuts des Instituts d'études politiques, et de l'Ecole Nationale d'Administration.

Après une tentative infructueuse aux législatives du 10 novembre 1946, en Indre-et-Loire, il est chargé de préparer le statut du territoire de la Sarre, puis est nommé, en 1947, secrétaire général des affaires allemandes et autrichiennes, poste qu'il occupe jusqu'à son élection au Conseil de la République, le 7 novembre 1948, dans le département d'Indre-et-Loire : il mène alors la liste de concentration républicaine pour l'Union et le Rassemblement du peuple français (RPF), qui remporte au second tour les deux sièges à pourvoir.

Le mandat de sénateur occupé par Michel Debré de 1948 à 1958 a été consacré, pour l'essentiel, à dénoncer avec véhémence les méfaits du système politique instauré par la Constitution du 27 octobre 1946, méfaits singulièrement accentués par les « délices et poisons» du régime des partis, qui réitère, selon lui, les errances qui ont conduit à sa perte la IIIe République.

À ce titre, la tribune que confère le Conseil de la République aux philippiques de Michel Debré illustre l'essence même de la démocratie, offrant légitimité élective et capacité d'expression à l'un des adversaires les plus déterminés des institutions en place.

Il rejoint alors le groupe du Rassemblement des gauches républicaines (RGR), jusqu'à la création, le 11 août 1951 du groupe du RPF, et siège à la Commission des affaires étrangères et à celle du suffrage universel. Son premier acte législatif est le dépôt d'une proposition de résolution visant à modifier le règlement du Conseil de la République.

Ce dépôt sera suivi de très nombreux autres, visant à corriger, autant que faire se peut, les dérives du fonctionnement de l'assemblée vers une contestation, nocive à ses yeux, des compétences de l'exécutif. D'une inlassable activité, il s'efforce, par ses interventions, questions, et propositions de loi ou de résolution, d'infléchir et d'éclaircir la position des gouvernements successifs sur les grandes questions du moment, notamment le fonctionnement des institutions, l'outre-mer, ou la politique étrangère.

Ainsi il s'alarme vivement du projet de Communauté européenne de défense (CED), lors du débat consécutif à sa question orale sur ce sujet, en juin 1952.

Le fonctionnement de la communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), le développement de l'Union française, l'avenir du Maroc et de la Tunisie, l'évolution de la guerre d'Indochine font ainsi l'objet de ses principales interventions.

Réélu dès le premier tour, le 19 juin 1955, en tête de la liste d'Union républicaine et sociale, il accède au mois de juillet suivant à la présidence du groupe des Républicains sociaux qui remplace celui du RPF. La Commission du suffrage universel lui confie le rapport sur la résolution tendant à décider la révision de certains articles de la Constitution, résolution qui sert ultérieurement de base à la révision constitutionnelle du 3 juin 1958.

Mais bientôt, c'est la politique algérienne du gouvernement, dont il stigmatise le manque de fermeté, qui se trouve au cœur de ses interventions.

Ces dernières années de la IVe République sont décisives dans la carrière politique de Michel Debré et permettent en partie de comprendre sa place singulière au sein de la famille gaulliste en 1958-1959. S’il siège au Conseil de la République depuis novembre 1948 et y appartient aux différents groupes gaullistes, il ne s’est pas impliqué outre mesure dans la vie du Rassemblement du peuple français, que de Gaulle a fondé en avril 1947. Il désapprouve en partie la tactique suivie par le général de Gaulle pour ébranler la IVe République et préconise notamment, à la veille des élections législatives de juin 1951, que le RPF s’accommode de la loi des apparentements. Ce spécialiste des dispositions électorales juge certes « scélérates » les dispositions votées quelques semaines avant le scrutin à l’instigation d’Henri Queuille (loi du 9 mai 1951 relative aux apparentements), mais la fin -changer de régime- l’emporte à ses yeux sur la nature des moyens démocratiques utilisés pour y arriver. Entré au Conseil de direction du RPF en 1952 seulement, ce n’est qu’après la mise en sommeil de ce mouvement en 1953 que Michel Debré s’investit plus directement dans l’action politique et partisane, en dehors du Parlement. La lutte contre la Communauté européenne de défense le conduit à se démultiplier, tenant des réunions publiques et publiant de nombreuses tribunes dans la presse, jusqu’au 30 août 1954. Il s’impose ensuite comme un défenseur résolu de l’Union française et du maintien de l’Algérie dans la France. Michel Debré n’est pas isolé dans ces combats et rien n’est plus faux que l’image communément répandue par ses adversaires du sénateur qui « prêche dans le désert » à la fin de la IVe République. Il est un de ces orphelins du gaullisme qui organisent, à compter de 1953, des déjeuners réguliers à la maison de l’Amérique latine, et qu’on appellera bientôt les « barons » : Jacques Soustelle, Jacques Chaban-Delmas, Jacques Foccart, Georges Pompidou, Olivier Guichard et Roger Frey. Mais il est surtout un de ceux qui assurent progressivement le lien entre les gaullistes et les milieux « nationalistes », d’une part, voire avec certains éléments de l’armée. Il participe à la fondation de l’Union pour le salut et le renouveau de l’Algérie française (USRAF) en 1956 : ce mouvement lui devrait son nom. Il prend également l’opinion à partie en publiant un pamphlet à succès, Ces princes qui nous gouvernent, en 1957, et en créant avec Pierre Battesti Le Courrier de la colère, en novembre de la même année. Ce journal se fait assez vite connaître pour la violence de ses attaques contre la IVe République et la politique de celle-ci en Afrique du Nord. Michel Debré organise surtout des réunions discrètes, dans lesquelles l’avenir de la France et de l’Algérie sont discutés… Dans ce que d’aucuns nomment « activisme », un Michel Debré retrouve probablement beaucoup des engagements, des pratiques, des émotions et des discours qui furent les siens à l’époque de la Résistance. Enfin, malgré cet engagement passionné en politique, Michel Debré ne perd pas le contact avec les élites de l’administration française. Pendant cette période de la fin de la IVe République, il rencontre régulièrement d’anciens résistants passés ou revenus au service de l’Etat en 1944-1945. Par l’intermédiaire de ses amis Pierre Racine et Henri Bourdeau de Fontenay, Michel Debré conserve par ailleurs un lien très fort avec cette Ecole nationale d’administration qu’il a lui-même imaginée en 1945 et qui forme depuis les jeunes élites administratives.

Le sénateur d’Indre-et-Loire apparaît donc logiquement comme un des hommes-clefs de la transition démocratique qui se joue d’abord entre le 13 mai et le 1er juin 1958, puis entre le 1er juin, date d’investiture du général de Gaulle comme président du Conseil, et l’adoption de la Constitution de la Ve République par référendum le 28 septembre 1958. Partisan affirmé de l’Algérie française, ils rassurent ceux qui doutent déjà que les convictions du général de Gaulle en la matière soient assez solides. Juriste de haut vol et bon connaisseur de la haute fonction publique, il apporte au nouveau régime sa compétence de légiste, tout en aidant les ministres du cabinet de Gaulle (juin 1958-janvier 1959) à s’entourer de collaborateurs efficaces. Lui occupe le ministère de la justice dans ce gouvernement, ce qui signifie qu’il a alors pour tâche de superviser l’écriture d’une nouvelle Constitution. La procédure suivie pour ce faire rompt radicalement avec la tradition constitutionnelle française. Là où le pays avait toujours choisi jusque-là de confier à une Assemblée nationale ad hoc le mandat de rédiger une Constitution, c’est à trois petits groupes que revient la tâche d’imaginer la Ve République. Un groupe de juristes, souvent jeunes et majoritairement issus du Conseil d’Etat, écrit une première mouture du texte sous la direction du garde des Sceaux. Les ministres d’Etat du gouvernement examinent ensuite le projet et l’amendent lors de réunions présidées par le général de Gaulle. Quant aux parlementaires, ils sont notamment présents au sein d’un Comité consultatif constitutionnel présidé par Paul Reynaud : ce comité participe, lui aussi, à l’écriture de la Constitution. La méthode suivie est donc complexe, presque secrète, et surtout rapide : trois épithètes qui s’appliquaient mal à l’écriture des constitutions en France depuis la Révolution. En cet été 1958, Michel Debré paraît hésiter un temps sur l’esprit à donner à la Ve République : régime parlementaire ou présidentiel ? C’est alors au second que vont ses préférences, même s’il admire le parlementarisme britannique. Pour autant, lorsque la loi fondamentale est soumise aux Français le 28 septembre 1958, Michel Debré est convaincu, comme d’autres « auteurs » de la Constitution de 1958 tels Guy Mollet ou Pierre Pflimlin, d’avoir créé un modèle de parlementarisme rationalisé. Un de ses apports les plus importants au texte fondateur de la Ve République est la délimitation stricte du domaine de la loi. Dans son article 34, la Constitution en distingue, en effet, les domaines respectifs de la loi et du règlement. Cette innovation juridique, qui borne assez strictement le pouvoir du Parlement, était une vieille idée de Michel Debré.

Après l’adoption de la Constitution de la Ve République ont lieu des élections législatives, les 23 et 30 novembre 1958. Le choix a été fait de rétablir le scrutin d’arrondissement majoritaire à deux tours pratiqué pendant l’essentiel de la IIIe République. Michel Debré aurait pu se présenter dans la 3e circonscription d’Indre-et-Loire : elle comprend, en effet, le canton d’Amboise, dont il a été élu conseiller général pour la première fois en 1951. Mais il y renonce pour se consacrer tout entier à sa tâche gouvernementale à l’automne 1958. Michel Debré prépare alors une grande réforme de la justice : le 22 décembre 1958, une première série d’ordonnances modernise et simplifie la carte judiciaire. C’est également en ce début d’hiver 1958 qu’est créé un Centre national d’études judiciaires dévolu à la formation des magistrats, qui préfigure l’Ecole nationale de la magistrature.

En janvier 1959 entre officiellement en vigueur la Constitution de la Ve République. Le général de Gaulle a été élu président de la République quelques semaines plus tôt et choisit Michel Debré comme Premier ministre le 8 janvier 1959. Celui-ci dispose a priori d’un pouvoir très étendu, comme en témoigne le fait qu’il compose lui-même son gouvernement, le général de Gaulle approuvant l’essentiel de ses choix. Le nouveau pouvoir a alors un grand dessein, dont procèdent deux exigeantes priorités. Pour que « la France soit la France », selon une tautologie gaullienne, il convient en effet qu’elle trouve une issue au conflit algérien et qu’elle réforme rapidement son économie, son système éducatif et sa protection sociale. L’accord est complet entre le général de Gaulle et Michel Debré sur ce schéma global d’action. Dans le détail, les relations entre l’ancien chef de la France Libre et son Premier ministre sont empreintes de respect et même d’affection. Mais Michel Debré, tout déférent qu’il soit avec de Gaulle, n’en abandonne pas pour autant son autonomie de jugement ni sa capacité d’initiative. Il multiplie au contraire les notes et projets de réformes à l’intention de l’Elysée, au point que de Gaulle s’en agace parfois. Quant aux ministres de ce chef de gouvernement passionné et tout d’une pièce, ils doivent s’attendre à être sans cesse interrogés sur les dossiers qu’ils ont à suivre et « nourris » de nouvelles idées pour réformer le pays. Michel Debré est donc très éloigné du rôle de simple « chef d’état-major » imaginé plus tard par certains chefs de l’Etat pour leurs premiers ministres et n’entend pas non plus se cantonner aux questions intérieures. Cet exercice de la responsabilité de chef du gouvernement tient à la fois au tempérament de Michel Debré et au fait qu’avant 1962, la Ve République n’est pas encore entrée de plain-pied dans la voie de la présidentialisation.

Au total, l’action conduite entre janvier 1958 et avril 1962 est d’une telle ampleur qu’on a pu parler d’un « moment consulaire » de la Ve République, en référence à l’œuvre réformatrice de Bonaparte Premier consul. En matière de politique éducative, Michel Debré poursuit notamment deux objectifs : réduire le fossé entre les filières générales et l’enseignement plus technique dans le secondaire et le supérieur, d’une part ; refermer la « querelle scolaire » entre laïcs et cléricaux, d’autre part. Son rôle dans ces réformes est d’autant plus grand que le ministère de l’éducation nationale change plusieurs fois de titulaire entre 1959 et 1962. Sont ainsi créés les collèges et lycées agricoles, afin que ceux qu’on appelait autrefois les « cultivateurs » soient mieux formés et participent à la modernisation de l’agriculture nationale. Quant à la loi dite « Debré » du 31 décembre 1959 sur les rapports entre l’Etat et les établissements d’enseignement privés, elle consacre l’idée du libre choix par les parents, de l’enseignement public et privé, et encadre les rapports de ce dernier avec l’Etat. Le fils du professeur Robert Debré ne se montre pas moins soucieux de la politique sanitaire et souhaite en particulier que le lien entre la recherche et la pratique des soins soit mieux assuré : c’est tout l’objectif des Centre hospitaliers et universitaires (CHU) institués par l’ordonnance du 30 décembre 1958 relative à la création de centres hospitaliers universitaires, à la réforme de l’enseignement médical et au développement de la recherche médicale. Les exemples de cette ardeur réformatrice pourraient être multipliés, et l’implication personnelle de Michel Debré soulignée sur des questions aussi diverses que le remembrement agricole ou la création du Centre national d’études spatiales (CNES).

L’autorité du Premier ministre est strictement bornée en revanche par celle du général de Gaulle dès lors qu’il s’agit de l’Algérie. Michel Debré croit longtemps possible de ramener l’ordre en Algérie en y couplant une politique sociale ambitieuse à une lutte sans merci contre le Front de libération nationale (FLN). Il est un partisan résolu de l’ « association » entre la France et l’Algérie, au moins jusqu’au début 1961. L’ancien patron du Courrier de la colère ne prend pas complètement la mesure du tournant que constitue la référence à « l’autodétermination » dans l’allocution que de Gaulle prononce le 16 septembre 1959. Il se rend certes en Algérie lors de la semaine des Barricades, en janvier 1960, mais y constate surtout les difficultés croissantes que rencontre le pouvoir civil pour être obéi. Avec la nomination de Louis Joxe comme ministre d’Etat chargé des affaires algériennes en novembre 1960 s’accentue une forme de dessaisissement de Michel Debré. Il reste très présent dans le processus de prise de décision, mais n’a pas l’initiative dès lors qu’il s’agit des questions algériennes. Il est difficile de dater avec précision le moment où le Premier ministre prend conscience de l’irréversibilité de la progression vers l’indépendance de l’Algérie : lors du putsch des généraux, en avril 1961, ou quelques mois plus tard, à la fin de l’été 1961 ? Le paradoxe veut donc qu’un ancien croisé de l’Algérie française ait à assumer le retrait progressif de la France de ses derniers territoires en Afrique du nord et c’est sur le mode du déchirement douloureux que Michel Debré passe l’hiver 1961-1962 à l’hôtel Matignon. Le 14 avril 1962, il quitte ses fonctions de Premier ministre, moins d’un mois après la signature des accords d’Evian. Il est remplacé par Georges Pompidou, dont il avait pensé un temps faire son ministre des finances en 1960.

À 51 ans, Michel Debré n’imagine pas de rejoindre le Conseil d’Etat, de se consacrer à des tâches administratives ou de passer au privé. Plus populaire auprès des militants gaullistes que dans l’opinion, il envisage peut-être à cette époque de succéder un jour au général de Gaulle. Quoi qu’il en soit, il souhaite renouer au plus vite avec la politique active. Après avoir fait vigoureusement campagne en faveur du « oui » au référendum du 28 octobre 1962 relatif à l’élection du président de la République au suffrage universel direct, il se présente aux législatives dans la 3e circonscription d’Indre-et-Loire en novembre 1962. Le député sortant de l’Union pour la nouvelle République (UNR) Gilbert Buron accepte d’être son suppléant. Au 1er tour, l’ancien Premier ministre rassemble 41,6% des suffrages exprimés et arrive en tête dans 7 des 9 cantons de la circonscription. Mais là où Gilbert Buron avait affronté une candidate communiste quatre ans plus tôt au second tour, c’est le radical Fernand Berthouin qui est le mieux placé derrière Michel Debré le 18 novembre 1962. Alors qu’aucun accord électoral n’a été passé entre radicaux et communistes, le maire du Grand-Pressigny bénéficie du retrait de l’ancienne députée Madeleine Boutard et d’une forte hausse de la participation (+18,3%) au second tour. Seul candidat de l’opposition face à Michel Debré, il défait assez nettement (53,3%) l’ancien Premier ministre le 25 novembre 1962.

Michel Debré ressent durement cet échec face à un modeste élu local, mais reste déterminé à revenir au Parlement. Aussi accepte-t-il la proposition qui lui est faite de porter les couleurs gaullistes dans la 1ère circonscription de la Réunion, à l’occasion de l’élection législative partielle du 5 mai 1963. Le scrutin du 18 novembre 1962 a en effet été annulé par le Conseil constitutionnel au vu de nombreuses irrégularités constatées lors du vote. Au terme d’une campagne brève mais très active, 80,8% des électeurs de la 1ère circonscription de la Réunion font confiance à Michel Debré plutôt qu’au communiste Paul Vergès pour les représenter à l’Assemblée nationale. Cette victoire très nette, dès le 1er tour, ouvre la « double vie » électorale de Michel Debré, qui cumule mandats locaux à Amboise et mandat parlementaire obtenu à la Réunion. Au reste, l’énergie de l’ancien Premier ministre et ses capacités d’intervention auprès du pouvoir métropolitain lui permettent de jouer pendant plus de vingt ans, dans le département d’outre-mer dont il est l’élu, un rôle qui dépasse de loin celui de « simple » député. Il jette toutes ses forces dans le combat pour l’équipement et l’aménagement de la Réunion, s’engage en faveur de son développement économique et croit notamment pouvoir affirmer que l’Ile souffre à l’époque d’un problème de surpopulation.

Membre du groupe UNR-UDT de l’Assemblée nationale à partir de mai 1963, Michel Debré se montre très actif au Palais-Bourbon. Il dépose notamment une proposition de loi visant à faciliter l’expropriation des terrains où sont construits des bidonvilles (21 novembre 1963), ainsi que deux autres textes concernant les départements d’outre-mer, dont la Réunion. Il prend la parole à quinze reprises en séance publique entre l’été 1963 et l’automne 1965. Il aborde en ces circonstances beaucoup des thèmes qui marquent, jusqu’à la fin des années 1980, ses interventions dans la vie publique. Le 12 juillet 1963, lors du débat sur une question orale qu’il a posée au ministre de la santé, Michel Debré insiste notamment sur l’importance des problèmes démographiques dans la vie d’une nation, émet le souhait que la France compte un jour 100 millions d’habitants et s’alarme du déséquilibre croissant entre population active et population non active dans l’hexagone. Il juge que l’aménagement du territoire doit être au service d’une « conception unitaire de l’Etat », et non renforcer certaines baronnies locales (27 novembre 1963) et que l’Etat a à jouer un rôle d’aiguillon, d’organisateur et de planificateur en matière économique (25 novembre 1964 et 4 novembre 1965). Enfin, Michel Debré s’affirme comme un « réaliste » en matière de relations internationales, en ce sens qu’il comprend presqu’exclusivement les affaires du monde en termes de « rapports de forces » (17 juin 1965). Ses votes sont conformes à ceux du groupe gaulliste de l’Assemblée nationale : il vote pour l’autorisation de ratification du traité de l’Elysée, qui consacre la réconciliation franco-allemande (13 juin 1963) comme l’encadrement du droit de grève dans les services publics (26 juillet 1963) ou la réforme du mode de scrutin pour les élections municipales (17 juin 1964). Il approuve également la transformation du service militaire en service national (26 mai 1965).

En « réserve de la République » depuis avril 1962, Michel Debré brûle de gouverner à nouveau. La formation du 3e gouvernement Pompidou, après la réélection du général de Gaulle comme président de la République en décembre 1965, lui en offre l’occasion. Il prend en effet la responsabilité du ministère de l’économie et des finances à compter du 8 janvier 1966, succédant à son ancien protégé Valéry Giscard d’Estaing. Michel Debré manifeste très vite le souci de rompre avec la logique de prudence qui avait inspiré le plan de stabilisation de septembre 1963. Il consacre ses efforts à la relance de l’investissement et prend en outre de multiples initiatives : création d’une Commission des opérations de bourse (COB), lancement du « Plan Calcul » de développement d’une industrie informatique française, enfin accélération de la concentration dans les banques et compagnies d’assurances sous l’impulsion de l’Etat. Le style du nouveau ministre de l’économie et des finances tranche à première vue avec celui de son prédécesseur : au dirigisme de l’un, les journaux opposent volontiers, après 1966, le libéralisme de l’autre. Mais dans le détail, les politiques conduites par Valéry Giscard d’Estaing puis Michel Debré sont marquées du sceau d’une remarquable stabilité quant aux objectifs. Pour l’un comme pour l’autre, la modernisation du pays passe momentanément par une intervention résolue de l’Etat dans l’économie ; mais le fonctionnement libéral de cette dernière n’est en aucun cas remis en cause par Michel Debré, pas plus que par son prédécesseur.

Brillamment réélu député de la Réunion dès le 1er tour de scrutin en mars 1967 (79,1%), Michel Debré conserve son portefeuille dans le 4e gouvernement de Georges Pompidou. En tant que ministre de l’économie et des finances, il participe notamment à la préparation de l’ordonnance du 17 août 1967 relative à la « participation des salariés aux fruits de l’expansion des entreprises », en liaison avec l’Elysée et Matignon. Le texte rend obligatoire la participation des salariés aux bénéfices dans les entreprises de plus de 100 salariés. Il intervient également dans l’élaboration de l’ordonnance du 21 août 1967 relative à l’organisation administrative et financière de la sécurité sociale. Mais les événements de mai 1968 révèlent tout le paradoxe du statut dont jouit Michel Debré au sein de la famille gaulliste et dans les milieux gouvernementaux. Respecté pour sa hauteur de vue, sa capacité de travail hors du commun et son excellente connaissance des rouages de l’Etat, il est redouté pour son intransigeance. Lorsque des négociations s’ouvrent entre le gouvernement et les représentants des syndicats pour trouver une issue à la crise sociale, les 25 et 26 mai 1968, Michel Debré ne fait pas partie de la délégation ministérielle. Cette absence surprenante du ministre de l’économie et des finances tient à l’idée que le Premier ministre Georges Pompidou se fait du tempérament de Michel Debré : son manque de souplesse et sa propension à dramatiser les enjeux nationaux auraient, à son sens, compromis l’issue des négociations. Amer, le ministre de l’économie et des finances décide alors de quitter la rue de Rivoli, mais accepte de ne pas rendre sa démission publique pour ne pas ajouter un peu plus de confusion à la crise. Après la signature de ce qu’on appelle les « accords de Grenelle », Michel Debré estime au reste que le patronat et les représentants du gouvernement ont cédé trop de terrain face aux syndicats de salariés, au risque de compromettre durablement la croissance économique. Le 30 mai 1968, le ministre de l’économie et des finances virtuellement démissionnaire d’une France paralysée par les grèves défile, en tête du flot gaulliste, le long des Champs-Elysées, aux côtés d’André Malraux, de Maurice Schumann et de Jacques Foccart. Lors du remaniement ministériel du 31 mai 1968, Michel Debré ne quitte pas le gouvernement, contrairement aux gaullistes Christian Fouchet et Alain Peyrefitte, précédemment ministres de l’intérieur et de l'éducation nationale. Il change simplement de portefeuille et prend celui des affaires étrangères, cependant que Maurice Couve de Murville, son prédécesseur au Quai d’Orsay, lui succède au ministère de l’économie et des finances.

Michel Debré connaît une réélection facile, au premier tour, dans la 1ère circonscription du département de la Réunion, le 23 juin 1968. Malgré la présence de quatre autres candidats, contre un seul en mars 1967, 78,9% des suffrages exprimés se portent sur le ministre des affaires étrangères, investi par l’Union pour la défense de la République (UDR). Michel Debré conserve le Quai d’Orsay dans le gouvernement que forme Maurice Couve de Murville en juillet 1968. Mais il n’est pas complètement à son aise dans ses nouvelles fonctions diplomatiques. Il se passionne, comme à chaque fois qu’il a à exercer des fonctions exécutives, pour l’organisation et la réforme de son ministère. Il y crée notamment une structure de réflexion et de prospective qui deviendra, quelques années plus tard, le Centre d’analyse et de prévision (CAP). Michel Debré vit mal la démission du général de Gaulle après l’échec du référendum du 27 avril 1969. Dans ces conditions, le groupe des « barons » ne peut plus que se défaire au rythme des ambitions et des réussites de ses membres, qui se réclament tous d’une certaine fidélité au gaullisme.

Après avoir soutenu loyalement Georges Pompidou aux élections présidentielles des 1er et 15 juin 1969, Michel Debré accepte d’être dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas, avec le portefeuille de la défense nationale. Mais c’est à la condition expresse non seulement de devenir ministre d’Etat et d’occuper le second rang dans la hiérarchie gouvernementale mais surtout d’obtenir le plein exercice des fonctions de ministre de la défense nationale. Car, en principe, selon l'article 21 de la Constitution, c'est le Premier ministre qui est « responsable de la défense nationale ». En revanche la qualité de ministre d’Etat est surtout honorifique, mais elle confère ainsi à Michel Debré, comme à tout ministre d’Etat, la possibilité de s’exprimer sur des sujets qui ne relèvent pas strictement de sa compétence dans le cadre du Conseil des ministres, possibilité que l’intéressé n’avait pas manqué de saisir dès son retour au gouvernement, en 1966, avant même de bénéficier de la qualité de « ministre d’Etat ». Michel Debré peut également compter sur l’appui du fidèle André Fanton, qui fut son collaborateur à l’époque du Courrier de la colère et entre au gouvernement de Jacques Chaban-Delmas comme « secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de la défense nationale ».

Michel Debré conduit plusieurs réformes d’envergure pour moderniser l’armée et transformer les rapports entre les civils et les militaires. En juin 1970, il défend devant l’Assemblée nationale un projet de loi qui réduit à 12 mois la durée du service national, tout en s’efforçant d’établir plus d’égalité face à la conscription. Le texte supprime, en effet, les sursis et réforme le système des dispenses. Mais l’annonce de la fin des sursis et des dispenses suscite une importante contestation chez les appelés. Au printemps 1971, le texte voté moins d’un an plus tôt est donc complété par une loi établissant un code du service national ; la loi dispose que les pupilles de la Nation sont désormais exemptés du service national et réforme le statut des objecteurs de conscience tel qu’il avait été encadré en décembre 1963. Enfin, Michel Debré fait voter au printemps 1972 une loi portant statut général des militaires. L’objectif est de mettre en ordre les nombreux textes réglementaires et législatifs relatifs à la condition militaire. Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, l’ancien Premier ministre se montre également un défenseur passionné de la force de frappe face à une gauche qui n’a pas encore effectué son aggiornamento sur le sujet au début des années 1970. Mais, solidaire de l’action du gouvernement, il réserve ses critiques sur des sujets de « politique générale » au Conseil des ministres et à des rencontres en tête-à-tête avec le président Georges Pompidou. Il ne manque pas, par exemple, de faire valoir ses réserves au printemps 1972 sur les modalités de création des régions, avant la discussion du projet de loi portant création et organisation des régions ; dans un autre registre, Michel Debré regrette que le premier élargissement de la Communauté économique européenne, au 1er janvier 1973, n’ait pas donné lieu à une renégociation du traité de Rome qui aurait permis d’abandonner une fois pour toutes l’horizon d’une Europe intégrée pour faire franchement le choix d’une Europe des Etats.

C’est avec un nouveau suppléant, en la personne du maire de Saint-Denis Auguste Legros, que Michel Debré sollicite le renouvellement de son mandat parlementaire en mars 1973. Depuis 1966 et son retour au gouvernement, la 1ère circonscription de la Réunion était, en effet, représentée à l’Assemblée nationale par l’avocat Henry Sers. L’ancien Premier ministre est certes réélu dès le 1er tour, le 4 mars 1973, mais avec une majorité un peu moins confortable (62%) que lors des trois scrutins précédents. Au lendemain de ces législatives, Georges Pompidou confirme Pierre Messmer à Matignon –il y a succédé à Jacques Chaban-Delmas en juillet 1972 sans que ce changement de gouvernement affecte à l’époque Michel Debré, confirmé comme ministre d’Etat, ministre de la défense nationale-. Or, dès la fin 1972, Michel Debré avait fait valoir au président de la République son souhait de redevenir Premier ministre ou, à défaut, ministre de l’économie et des finances. Les équilibres internes à la majorité imposant de conserver Valéry Giscard d’Estaing rue de Rivoli, l’élu de la Réunion n’a d’autre choix que de demeurer ministre de la défense nationale ou de quitter le gouvernement. Il préfère donc retrouver les bancs de l’Assemblée nationale -et sa liberté de parole-.

Michel Debré s’inscrit au groupe de l’Union des démocrates pour la République (UDR) et appartient à tous les groupes se réclamant du gaullisme politique au Palais-Bourbon jusqu’en 1988. Peu après avoir quitté le gouvernement, il envisage de se présenter au secrétariat général de l’UDR, car il se sait très populaire auprès des cadres et des militants gaullistes. Mais Georges Pompidou lui-même l’invite à n’en rien faire : Michel Debré donnerait au poste de secrétaire général une dimension qui excéderait de beaucoup la conception strictement « administrative » qu’en a le président de la République. Le député de la Réunion abandonne donc cette idée, et laisse Alexandre Sanguinetti devenir en 1973, pour un an, secrétaire général de l’UDR.

À l’Assemblée nationale, Michel Debré siège à la Commission des finances, de l’économie générale et du plan sous la cinquième législature de la Ve République (1973-1978). Il dépose six propositions de loi en cinq ans, que ce soit pour suggérer la nationalisation de l’électricité dans le département de la Réunion (28 juin 1973) ou la création d’un ministère de la science (9 octobre 1974), conduire une politique résolue en faveur de la recherche et l’équipement informatiques en France (20 mai 1975) ou instituer un « service civil » complétant le service national (29 octobre 1975). Formé à la démocratie parlementaire sous la IIIe République, auprès de Paul Reynaud, puis comme sénateur sous la IVe République, Michel Debré avait marqué quelques réticences, au moment de la rédaction de la Constitution de la Ve République, quand il s’était agi de supprimer le droit d’interpellation. Il est donc significatif qu’il recoure volontiers aux questions orales avec ou sans débat (8 entre 1973 et 1978) ainsi qu’aux questions au gouvernement instituées en 1974 pour interroger l’exécutif (17 sous la 5ème législature). Au-delà, Michel Debré est un député particulièrement présent dans l’hémicycle, où il intervient une dizaine de fois par an en moyenne dans les années 1970. Ses sujets de préoccupation sont variés, même si on peut y distinguer des constantes. Ainsi des problèmes monétaires : lors de la séance publique du 19 décembre 1973, l’ancien ministre de l’économie et des finances souligne ainsi les dangers de la « dérégulation » de l’ordre monétaire international à la suite de la suspension de la convertibilité en or du dollar, en 1971, et de l’adoption du système des changes flottants en mars 1973. Il préconise pour sa part le retour à des parités monétaires fixes et à un étalon commun de valeur (séances des 24 octobre 1973, 22 janvier 1974 et 4 juin 1975).

Les critiques de Michel Debré à l’encontre de l’exécutif ne se font incisives qu’après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à l’Elysée au printemps 1974, et plus encore après le départ de Jacques Chirac de Matignon, à l’été 1976. L’intransigeance du député de la Réunion dès lors qu’il est question de la « grandeur » de la France ne va jamais, en effet, jusqu’à l’indiscipline publique vis-à-vis des formations politiques se réclamant du gaullisme, du moins jusqu’en 1981. Bien qu’il désapprouve le passage de sept à cinq ans du mandat présidentiel, Michel Debré ne prend la parole, lors du débat consacré à cette réforme le 16 octobre 1973, que pour contester la constitutionnalité d’amendements déposés par le député centriste du Nord Georges Donnez. Lors du vote, il s’abstient volontairement plutôt que de voter contre comme Maurice Couve de Murville ou Christian Fouchet. Il ne souhaite pas en effet « gêner » le président Georges Pompidou ou se brouiller avec lui. Déjà très malade, le président de la République lui propose du reste de le nommer président du Conseil constitutionnel en février 1974. Michel Debré n’est-il pas un des pères, sinon le principal auteur, de la Constitution de la Ve République ? Mais l’intéressé décline cette responsabilité. Il se refuse à observer le « devoir de réserve » indispensable à l’exercice de la fonction, car il estime que sa place est « dans la mêlée », c’est-à-dire dans la vie politique active. C’est finalement un autre « baron » du gaullisme que Georges Pompidou nomme rue de Montpensier, en la personne du député de Paris Roger Frey.

Après avoir soutenu Jacques Chaban-Delmas aux élections présidentielles du printemps 1974, Michel Debré adopte, à l’égard de Jacques Chirac, une attitude plus conciliante que celle d’autres gaullistes de la fidélité. Il approuve les termes de sa déclaration de politique générale (6 juin 1974). Son opposition ou ses réserves portent sur des questions aussi graves que l’équilibre des pouvoirs dans la Constitution du 4 octobre 1958 ou le respect de la vie. Il ne prend ainsi pas part au vote portant sur l’extension de la saisine du Conseil constitutionnel, le 10 octobre 1974. Enfin, s’il s’oppose à la loi sur l’interruption volontaire de grossesse à l’automne 1974, c’est dans un style plus « retenu » et moins péremptoire que celui qu’il adopte plus tard. Le 27 novembre 1974, c’est en exprimant en effet son respect et son estime pour le ministre de la santé Simone Veil qu’il ouvre son propos sur la question en séance publique. Michel Debré ne conteste pas la nécessité de prendre en compte certaines situations de détresse extrême pour décider d’interrompre médicalement une grossesse. Mais il refuse que dans la loi l’appréciation en revienne aux médecins, plutôt qu’à « un grand service social (…) compétent pour tous les aspects sociaux de la maternité ». Il prédit qu’ « en fin de compte », avec la solution retenue, « la femme se décidera comme elle l’entendra » et qu’ « il lui suffira de trouver un médecin qui accepte de faire l’opération » pour avorter. Il regrette enfin que la loi ne s’accompagne pas, dans son deuxième chapitre, de mesures encourageant la maternité. Lors du scrutin du 28 novembre 1974, il vote contre le projet de loi à l’Assemblée nationale. C’est à nouveau au nom d’une certaine conception de la famille qu’il s’abstient volontairement lors du scrutin sur le divorce par consentement mutuel (4 juin 1975). A partir de 1976-1977, l’Europe devient un des grands combats de Michel Debré. Plus de vingt ans après la lutte acharnée qu’il avait conduite contre la Communauté européenne de défense (CED), l’ancien Premier ministre s’oppose en effet, avec vigueur, à l’élection des membres de l’assemblée des communautés européennes au suffrage universel direct. Cette réforme lui semblerait inspirée par une logique « supranationale et fédérale » (séance du 14 juin 1977). Il approuve cependant, comme la quasi-totalité des députés, le projet de loi relatif à l’élection des représentants à l’assemblée des communautés européennes, le 21 juin 1977 : mais il s’agit d’un texte qui limite en apparence les prérogatives de ce « législatif européen ».

En novembre 1977, Michel Debré lance un « Comité français pour l’indépendance et l’unité de la France », en vue de préparer les élections européennes de 1979. Les positions de Jacques Chirac, qui a fondé le Rassemblement pour la République (RPR) avec son soutien, en décembre 1976, se rapprochent des siennes en 1977-1978. Très critique vis-à-vis de l’exécutif, Michel Debré s’abstient volontairement lors du vote sur le programme du gouvernement de Raymond Barre, le 28 avril 1977.

Faute de volontaire, ou peut-être parce qu’ils pensent encore pouvoir se concilier l’ancien Premier ministre, les soutiens de Valéry Giscard d’Estaing, rassemblés au sein de l’Union pour la démocratie française (UDF) n’opposent pas de candidat à Michel Debré dans la 1ère circonscription de la Réunion, aux législatives de mars 1978. Le sortant est donc réélu dès le 1er tour, avec 63,3% des suffrages exprimés. Peu après, le 29 avril 1978, disparaît, dans sa quatre-vingt-seizième année, le professeur Robert Debré, père de l’ancien Premier ministre.

Michel Debré continue de désavouer publiquement la politique, en particulier économique, de Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre sous la sixième législature de la Ve République (1978-1981). Lors des journées parlementaires du RPR à Biarritz, le 27 septembre 1978, Michel Debré invite les gaullistes à déposer une motion de censure contre le gouvernement de Raymond Barre -alors qu’il a approuvé la déclaration de politique générale du Premier ministre, le 20 avril 1978-. Les « barons du gaullisme » sont alors divisés sur l’attitude à adopter vis-à-vis du président Giscard d’Estaing et de sa politique. Jacques Chaban-Delmas et Olivier Guichard jugent en effet infondées et excessives les critiques de Michel Debré ou de Jacques Chirac. Ces divergences sont révélées au grand jour par « l’appel de Cochin » : ce texte de Jacques Chirac, qui attaque violemment la politique européenne de Valéry Giscard d’Estaing, est rendu public le 6 décembre 1978. Pour sa part, Michel Debré en apprécie l’esprit et la lettre. Ce rapprochement avec Jacques Chirac se traduit à l’occasion des élections européennes du 10 juin 1979, lors desquelles Michel Debré figure en seconde position derrière le président du RPR sur la liste « Défense des intérêts de la France en Europe (DIFE) ». La campagne de cette liste se fait sur des thèmes chers à Michel Debré, comme l’indépendance nationale ou la nécessité d’une politique économique volontariste ; à tel point que des membres du RPR, comme l’ancien ministre de l’agriculture Michel Cointat, s’alarment de ce que la formation gaulliste devienne « une secte debréiste ». La liste Chirac-Debré n’obtient cependant que 16,3% des voix le 10 juin 1979, loin derrière les 27,20% de la liste emmenée par Simone Veil. L’échec est si net que Jacques Chirac comprend la nécessité de ne pas « s’enfermer » dans un discours que l’opinion perçoit, à tort ou à raison, comme anti-européen. L’été 1979 marque donc, pour Michel Debré, un début de marginalisation au sein du RPR, et plus largement du gaullisme politique.

Le député de la Réunion est très présent à l’Assemblée nationale entre 1978 et 1981. Il y dépose pas moins de huit propositions de loi, dont un texte tendant à rendre obligatoire l’enseignement de « l’histoire nationale » dans les écoles collèges et lycées (8 octobre 1980). Il fait entendre avec constance ses critiques à l’encontre d’une orientation trop « fédéraliste » de la construction européenne (séances des 8 juin, 2 novembre et 11 décembre 1978) et de l’insuffisante « fermeté » de la diplomatie française (15 décembre 1978). Michel Debré plaide surtout en faveur d’un « protectionnisme extérieur au marché commun pour une politique communautaire de soutien et de défense du marché européen » (séance du 29 novembre 1978). Il reconnaît la valeur du « Plan Barre » de 1976, mais l’estime insuffisant pour faire face à une compétition économique internationale impitoyable, la guerre économique. Michel Debré préconise notamment de réduire drastiquement les déficits de l’Etat et de la sécurité sociale en agissant sur les dépenses : il rappelle à cette occasion qu’un Etat dont les finances ne sont pas saines n’est, aux yeux des économistes, pas un Etat réellement souverain.

Ces préoccupations de « politique générale » ne l’écartent pas de ses commettants réunionnais : il ne manque pas une occasion de demander l’application d’une législation identique en métropole et dans les départements d’outre-mer en ce qui concerne la santé, la scolarité et les équipements de base (séances des 31 octobre 1979 et 11 juin 1980). Fin connaisseur des règlements et défenseur méconnu du parlementarisme, l’ancien Premier ministre s’insurge enfin contre le choix fréquent de la conférence des présidents d’organiser « des débats importants » « sans en informer d’une manière précise les députés » et « alors qu’il y a peu de parlementaires en séance » (séance du 27 novembre 1979). Ses rappels au règlement sont fréquents. Il vote à nouveau contre la loi sur l’interruption volontaire de grossesse le 29 novembre 1979, ne prend pas part au scrutin relatif aux moyens susceptibles de favoriser la participation des femmes aux élections municipales (20 novembre 1980) et est excusé lors du vote sur la loi « sécurité et liberté » (18 décembre 1980).

Michel Debré est convaincu que nul ne pourra, aux élections présidentielles du printemps 1981, porter mieux que lui-même un discours exigeant en faveur de la reconquête, par la France, de sa propre souveraineté et de sa « grandeur ». C’est en homme libre, qui entend se situer au-dessus des partis, qu’il se lance dans le combat présidentiel, le 30 juin 1980. Il a choisi sa mairie d’Amboise pour annoncer cette décision. Très vite, de nombreux gaullistes historiques se rallient à sa candidature, même si le président de l’Assemblée nationale Jacques Chaban-Delmas s’en tient à une sympathie réservée. D’autres, comme Pierre Messmer, soutiennent Jacques Chirac dès son entrée en lice, en février 1981. Michel Debré peut en revanche compter sur la fidélité de son ami Christian de La Malène, premier adjoint au maire de Paris. Jusqu’au bout, Michel Debré espère dissuader Jacques Chirac de se présenter à l’élection présidentielle du printemps 1981. Mais dès la fin de l’hiver 1981, on compte pas moins de trois candidats se réclamant du gaullisme à l’élection présidentielle, puisque Marie-France Garaud, ancienne conseillère de Georges Pompidou, a fait connaître sa décision de se présenter en octobre 1980. Michel Debré a beau présenter un programme économique très crédible et faire campagne avec détermination dans toute la France, il échoue à rassembler sur son nom plus de 1,66% des voix au 1er tour de l’élection présidentielle, le 26 avril 1981. Ce résultat sévère est vécu douloureusement par Michel Debré comme par ses soutiens.

Après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République et la dissolution par celui-ci de l’Assemblée nationale, Michel Debré choisit néanmoins de poursuivre ses activités politiques en sollicitant le renouvellement de son mandat de député dans la 1ère circonscription de la Réunion. La concurrence, au 1er tour, du président du Conseil général de la Réunion, l’UDF Pierre Lagourgue, le prive d’une élection au 1er tour. Il ne rassemble plus que 37,1% des suffrages exprimés le 14 juin 1981. Une semaine plus tard, le bon report des voix UDF et une hausse significative de la participation (+4,4%) lui assurent un succès confortable (59,2%).

Michel Debré n’est pas moins actif à l’Assemblée nationale entre 1981 et 1986 qu’auparavant. Mais l’écho que reçoivent ses prises de positions se réduit, à mesure que l’ancien Premier ministre est de plus en plus associé, dans l’opinion, à une certaine « orthodoxie gaulliste » plus qu’à la promesse d’une alternative au pouvoir socialiste. Le député de la Réunion donne notamment de la voix à l’occasion de deux débats mettant en cause l’organisation des pouvoirs en France. Dès le 27 juillet 1981, il s’oppose avec vigueur au projet de loi relatif aux droits et libertés des communes, des départements et des régions. Il reproche au texte de ne plus donner aux préfets –ou, ainsi que le gouvernement souhaite les rebaptiser, aux « commissaires de la République »- le pouvoir de faire respecter les « intérêts nationaux » face aux conseils municipaux, généraux et régionaux. Dans sa première rédaction, la loi défendue par le ministre de l’intérieur Gaston Defferre « permet », selon lui, « à une section du peuple de s’attribuer l’exercice de la souveraineté ». Fidèle à ses convictions, Michel Debré, qui a toujours compris la centralisation comme une exigence démocratique, rappelle donc, au cours de la deuxième séance du 27 juillet 1981, que la souveraineté ne peut se diviser.

Le député de la Réunion use de toutes les ressources du règlement de l’Assemblée nationale pour mettre en difficulté les gouvernements de Pierre Mauroy puis, après 1984, de Laurent Fabius, et notamment des questions orales avec ou sans débat, les rappels au règlement et les questions préalables. Michel Debré s’en prend au projet de loi instituant la représentation proportionnelle dans le cadre départemental comme nouveau mode de scrutin pour les élections législatives, au printemps 1985, soit un an à peine avant le vote de mars 1986. L’ancien Premier ministre a, il est vrai, toujours dénoncé la légèreté avec laquelle les questions de technique électorale et de mode de scrutin étaient abordées en France. En l’espèce, il craint que la proportionnelle ne compromette l’émergence d’une majorité à l’Assemblée nationale et ne conduise au retour du « régime des partis ». C’est pourquoi, avec d’autres élus gaullistes comme l’ancien Garde des sceaux Jean Foyer, il demande que le président de la République saisisse les Français par référendum sur cette modification de la loi électorale (24 avril 1985).

Michel Debré s’oppose à l’abolition de la peine de mort le 18 septembre 1981. Pour le reste, ses votes sous cette 7ème législature de la Ve République sont conformes à ceux des élus RPR dans leur ensemble. Il ne fait pas partie de ceux qui considèrent la perspective d’une « cohabitation » entre un gouvernement de droite et un président de gauche comme un attentat contre la Constitution, à la veille des législatives du 16 mars 1986. A 75 ans révolus, l’ancien Premier ministre conduit la liste commune RPR-UDF à la Réunion, pour ce scrutin qui a lieu à la proportionnelle. Mais, contesté par le divers droite André Thien Ah Koon, la liste Debré n’est soutenue que par 36,9% des électeurs. Elle devance certes la liste communiste de Paul Vergès, mais n’obtient que 2 des 5 sièges disponibles, pour Michel Debré et Jean-Paul Virapoullé. Les 17,1% obtenus par André Thien Ah Koon lui permettent, à lui aussi, d’être élu.

La huitième législature de la Ve République voit un phénomène familial inédit se produire au Palais-Bourbon : pour la première fois depuis 1958, un père et ses deux fils siègent à l’Assemblée nationale. Deux des fils de Michel Debré sont en effet élus députés le 16 mars 1986 : Bernard dans l’Indre-et-Loire et Jean-Louis dans l’Eure. Michel Debré siège brièvement (avril-octobre) à la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale en 1986. Il est en outre nommé membre de la délégation parlementaire pour les problèmes démographiques en avril 1986, puis du comité directeur du fonds d’investissement des départements d’outre-mer en juillet 1986. Il est chargé de deux rapports sur des propositions de loi relatives aux questions d’immigration et de sécurité et dépose trois propositions en 1986 également. Mais il est d’autant plus marginalisé au sein du RPR que le « créneau » de l’orthodoxie gaulliste y est très officiellement occupé par Pierre Messmer, président du groupe gaulliste à l’Assemblée nationale de 1986 à 1988. Après la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République, l’ancien Premier ministre est dissuadé par certains de ses amis ou anciens alliés politiques de se présenter aux législatives des 5 et 12 juin 1988. Il se rallie à leurs recommandations, non sans amertume et tristesse.

Michel Debré avait commencé la publication de ses mémoires en 1984. Deux autres tomes paraissent en 1988, année où il est élu à l’Académie française. Il y succède à Louis de Broglie, le 24 mars 1988 et se consacre à la suite de ses souvenirs. Battu aux élections municipales de mars 1989 à Amboise, il abandonne en 1992 son dernier mandat électif, celui de conseiller général d’Indre-et-Loire. Malade, il ne s’exprime plus guère dans les médias, sinon pour dénoncer l’emploi de l’expression « peuple corse » dans un projet de loi défendu par le ministre de l’intérieur Pierre Joxe, au début des années 1990. Il a la joie de voir ses deux fils entrer au gouvernement : Bernard Debré comme ministre de la coopération en 1994, puis Jean-Louis comme ministre de l’intérieur en 1995. Cet homme patriote jusqu’à la grandiloquence, ardent jusqu’à l’imprécation, rigoureux jusqu’à la raideur et cependant grand admirateur des pièces de Labiche et de Feydeau s’éteint à 84 ans, le 2 août 1996, dans sa maison de Montlouis-sur-Loire. Les hommages au père de la Constitution de la Ve République sont alors très nombreux, mêlant parfois, chez les néo-gaullistes du RPR, un rien de mauvaise conscience.

Michel Debré était commandeur dans l’ordre de la Légion d’honneur, titulaire de la croix de guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance avec rosette.

Œuvres :
- Refaire la France (sous le pseudonyme de Jacquier ; en coll. avec M. Emmanuel Monick) (Plon, 1944)
- Demain la Paix (sous le pseudonyme de Jacquier ; en coll. avec M. Emmanuel Monick) (Plon, 1945)
- La mort de l’État républicain (Gallimard, 1947)
- Projet de pacte pour une Union d’États européens (Nagel, 1947)
- La République et son pouvoir (Nagel, 1950)
- La République et ses problèmes (Nagel, 1952)
- Ces princes qui nous gouvernent (Plon, 1957)
- Refaire une Démocratie, un État, un Pouvoir, 1958
- Au service de la nation (Stock, 1963)
- Jeunesse, quelle France te faut-il ? (Plon, 1965)
- Le gaullisme (en collaboration avec Jean-Louis Debré) (Plon, 1967)
- Lettres à des militants sur la continuité, l’ouverture et la fidélité, 1970
- Une certaine idée de la France (Fayard, 1972)
- Combat pour les élections (Plon, 1973)
- Une politique pour la Réunion (Plon, 1974)
- 1975 Ami ou ennemi du peuple (Plon)
- La Réunion préservée... La Réunion convoitée ! 1976
- Français, choisissons l’espoir (Albin Michel, 1979)
- Lettre ouverte aux Français sur la reconquête de la France (Albin Michel, 1980)
- Trois Républiques pour une France. Tome I : Combattre (Albin Michel, 1984)
- Trois Républiques pour une France. Tome II : Agir, 1946-1958 (Albin Michel, 1988)
- Trois Républiques pour une France. Tome III : Gouverner, 1958-1962 (Albin Michel, 1988)
- Entretiens avec le général de Gaulle, 1961-1969 (Albin Michel, 1993)
- Trois Républiques pour une France. Tome IV : Gouverner autrement (Albin Michel, 1993)
- Trois Républiques pour une France. Tome V : Combattre toujours, 1969-1993 (Albin Michel, 1994)



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