Guy, Alcide Mollet

1905 - 1975

Informations générales
  • Né le 31 décembre 1905 à Flers (Orne - France)
  • Décédé le 3 octobre 1975 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Socialiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 12 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 30 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 11 mars 1973 au 3 octobre 1975
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Parti socialiste et radicaux de gauche

Gouvernement

Chef du Gouvernement
du 1er février 1956 au 10 juin 1957

Biographies



Né le 31 décembre 1906 à Flers (Orne)
Décédé le 3 avril 1975 à Paris


Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Pas-de-Calais)

Député du Pas-de-Calais de 1946 à 1958 Ministre d'Etat du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947

Ministre d'Etat chargé du Conseil de l'Europe du 12 juillet 1950 au 10 mars 1951

Vice-président du Conseil chargé du Conseil de l'Europe du 10 mars au 11 août 1951

Président du Conseil du 1er février 1956 au 13 juin 1957

Vice-président du Conseil du 15 mai 1958 au 31 mai 1958

Ministre d'Etat du 1er juin 1958 au 8 janvier 1959



Guy Mollet était le fils d'une couturière devenue concierge et d'un tisserand qui mourut des suites de ses blessures de guerre. Boursier, il suivit les cours du lycée de Flers. A 17 ans, il obtint les baccalauréats de philosophie et de mathématiques. L'année même il adhéra à la SFIO, sous l'influence de Ludovic Zoretti, personnalité dominante de la fédération du Calvados. Maître d'internat, puis répétiteur, il se lança dans l'action syndicale. Le hasard d'une mutation l'installa durablement à Arras où il enseigna l'anglais. En 1930 il se maria avec une militante socialiste. A peine libéré du service militaire, il s'engagea activement dans la campagne des législatives de 1932. En 1934, il se fit initier par une loge du Grand Orient. Jusqu'à la guerre, il ne cessa de mener son combat syndical et politique.

Mobilisé le 26 août 1939, le pacifiste Guy Mollet participa à la campagne de France. Blessé en mai 1940, il fut fait prisonnier. Libéré en 1941, il prit part à la Résistance dans le cadre de l'OCM (Organisation civile et militaire). Son activité lui valut d'être arrêté et d'être interné durant deux jours. Après quoi il passa à la clandestinité. Il participa à la libération de la Normandie au sein des FFI. Regagnant Arras, il y fut secrétaire du comité départemental de libération, directeur politique du journal Libre Artois et membre de la municipalité provisoire.

En 1945, il fut élu maire d'Arras, puis président du Conseil général. En août 1945, il participa pour la première fois de sa vie au congrès de la SFIO. Il s'y fit remarquer en demandant que les socialistes démissionnent du gouvernement de Gaulle. Du fait de son action durant le conflit mondial, Guy Mollet fut honoré de diverses décorations : Croix de guerre, médaille de la Résistance, Légion d'honneur.

Aux élections du 21 octobre 1945 pour la première Assemblée nationale constituante, Guy Mollet dirige la liste SFIO dans la 2e circonscription du Pas-de-Calais (Arras-Béthune). Avec 137 508 voix (sur 361 413 suffrages exprimés) la liste arrive en tête, devançant celle du PC, menée par Auguste Lecœur, et celle des chrétiens démocrates du Mouvement républicain populaire (MRP), conduite par Jules Catoire. Elle obtient trois des huit sièges de la circonscription. Nommé membre de la Commission de la Constitution, Guy Mollet s'y montre très actif et c'est naturellement qu'il en prend la présidence en février 1946. Son intransigeance contribue à faire rejeter le projet constitutionnel par le MRP. Guy Mollet mène campagne dans son département en faveur du Oui au référendum de mai 1946.

Aux élections du 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée nationale constituante, Guy Mollet dirige de nouveau la liste socialiste. Le jeu se complique. Ce ne sont plus deux, mais quatre listes que le maire d'Arras doit affronter. Cette nouveauté ne modifie guère les résultats. La circonscription conserve les mêmes élus, les deux listes nouvelles (celle du RGR et celle de l'union des républicains du Nord et du Pas-de-Calais) n'ayant pas réussi leur percée. Guy Mollet retrouve la Commission de la Constitution. Il y joue un rôle très modeste, car son attention est consacrée à la bataille interne de son parti. S'imposant alors comme le leader de l'aile gauche de la SFIO, il prône l'unité d'action avec le PC et dénonce les dérives de la direction blumiste. Au congrès de la fin du mois d'août il fait rejeter le rapport moral présenté par le secrétaire général Daniel Mayer. Le 4 septembre, par 16 voix contre 14, Guy Mollet est élu par le comité directeur secrétaire général de la SFIO. Sa position à la tête du parti ne va jamais être remise en cause durant toute la IVe République.

Aux législatives de novembre 1946 quatre listes s'affrontent dans la 2e circonscription du Pas-de-Calais. A celles des formations du tripartisme s'ajoute une liste « d'union gaulliste et d'union des républicains » laquelle réussit à obtenir un siège (le nouveau siège dont la circonscription dispose). La liste Mollet retrouve ses trois élus. Mais de scrutin à scrutin son score s'est érodé (elle n'a plus que 105 619 voix) alors que les résultats communistes se sont améliorés (le PC obtient 131 605 voix en novembre 1946).

Les bons résultats nationaux du PC compliquent la formation du nouveau gouvernement. Faute d'arriver à constituer un cabinet tripartite, on laisse Blum composer un ministère socialiste homogène. Guy Mollet y est ministre d'Etat (à l'instar d'Augustin Laurent). Blum remet sa demission après l'élection de Vincent Auriol à la présidence de la Republique. Jusqu'à la fin de la décennie Guy Mollet ne participe à aucun gouvernement. De même son activité parlementaire est modeste. Il ne fait partie d'aucune commission, ne dépose ni proposition de loi, ni proposition de résolution et intervient rarement en séance.

Il se consacre essentiellement à la direction du parti et à ses mandats locaux. Pour lui les élections municipales de 1947 n'ont pas été faciles, mais il a réussi à manœuvrer pour rester maire. Ainsi fera-t-il aussi en 1953. En revanche, il cesse d'être président du conseil général en 1948.

En juillet 1949, il est élu membre de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe. Le 25 novembre de la même année, intervenant dans la discussion des interpellations sur la politique allemande, il développe devant l'Assemblée nationale ses conceptions d'une Europe dirigée conjointement par la France et la Grande-Bretagne. Il déclare : « On entend de plus de plus fréquemment parler d'ententes régionales, d'union continentale, d'une Europe avec l'Allemagne et sans l'Angleterre. Disons tout de suite notre refus. » Le 11 juillet 1950, il prend part aux débats sur l'investiture de René Pleven. Dans le cabinet formé par celui-ci il devient ministre d'Etat chargé du Conseil de l'Europe. Participant à Rome en novembre 1950 au comité des ministres du Conseil de l'Europe, il peut constater le blocage de l'institution du fait de la mauvaise volonté des Britanniques. De ceux-ci, Guy Mollet peut déclarer le 14 novembre devant l'Assemblée : « L'attitude qu'ils ont adoptée à l'égard du Conseil de l'Europe est une attitude de réserve inexplicable dans laquelle ils ont tort. » Le 6 mars 1951 le ministère Pleven tombe. Le président Auriol désigne Guy Mollet pour former le nouveau gouvernement. Il se présente devant l'Assemblée nationale le même jour. Dans sa déclaration d'investiture il se prononce notamment pour une réforme de la Constitution. Il n'obtient qu'une majorité relative (286 voix contre 259, mais la majorité constitutionnelle est à 311 voix). Après cet échec, Guy Mollet participe au débat d'investiture du nouveau président du Conseil désigné, Henri Queuille. Vice président du Conseil dans le nouveau gouvernement, Guy Mollet conserve ses attributions ministérielles précédentes.

Aux élections de juin 1951, Guy Mollet dirige à nouveau la liste SFIO dans la deuxième circonscription du Pas-de-Calais. Celle-ci affronte une liste communiste, une liste RPF, une liste dite « de l'union des indépendants, des paysans, des républicains nationaux et du RGR », une liste MRP et une liste conduite par l'UDSR. Ces deux dernières sont apparentées à la liste Mollet. L'alliance n'obtient que 156 674 voix alors que la majorité absolue est à 190 143 suffrages. Avec 25,5 % des suffrages exprimés, la liste SFIO arrive en deuxième position. Elle est devancée par la liste communiste (36,4 % des suffrages). L'écart s'est encore creusé entre les partis ouvriers rivaux qui ne se sont pas ménagés durant la campagne. « Vous chasserez de la représentation du département les Lecœur et autres valets moscoutaires », disait la profession de foi socialiste. En fait, si la SFIO a conservé ses trois sièges, le PC en a gagné un.

Comme durant la précédente législature, Guy Mollet ne fait partie d'aucune commission et ne dépose aucun texte. Il est élu membre de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe (qu'il va présider d'avril 1954 à avril 1956), puis membre de l'Assemblée de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). C'est à la politique européenne qu'il consacre ses principales interventions en séance (16 et 19 février 1952, 20 novembre 1953, 31 août 1954, 8 octobre 1954, 29 décembre 1954). Il ne cesse de plaider en faveur de la participation britannique à la construction européenne. Mais, pour l'heure, il se résigne à l'Europe des Six. Contrairement aux thèses des socialistes allemands du SPD, à une Allemagne réunifiée et neutralisée, il préfère une RFA intégrée au bloc occidental. Défenseur de la Communauté européenne de défense (CED), il bataille pour que la SFIO soutienne le traité. Mais il ne peut empêcher que la moitié des députés de son parti manifeste un avis contraire. Après le vote du 30 août enterrant la CED, Guy Mollet se rallie au projet de Mendès France (création d'une armée allemande fortement encadrée dans le cadre de l'OTAN et de l'UEO). Sous la houlette de son secrétaire général la SFIO fait une cure d'opposition de mars 1952 à décembre 1955. Cette cure est rompue par la parenthèse représentée par le ministère Mendès France : le parti socialiste soutient celui-ci, mais à l'instigation de Guy Mollet refuse de participer au gouvernement.

Cinq listes sont en lice dans la seconde circonscription du Pas-de-Calais aux législatives du 2 janvier 1956. La liste Mollet affronte des listes poujadiste, CNIP, MRP et communiste. Aucun apparentement n'est conclu. Bien qu'ayant perdu pour cause d'épuration son leader historique, Auguste Lecœur, la liste du PC arrive en tête avec 35,6 % des suffrages exprimés. Par rapport à 1951, la liste socialiste gagne plus de 40 000 voix et recueille 33 % des suffrages exprimés. En son sein ce n'est pas Guy Mollet, mais le docteur Schaffner (maire de Lens) qui obtient le meilleur score. Ce dernier n'est pas élu, car il n'est que quatrième de la liste.

Au niveau national Guy Mollet et Pierre Mendès France sont les principaux chefs du Front républicain. La nouvelle Assemblée étant plus à gauche que la précédente, le président Coty appelle Guy Mollet à former le gouvernement, estimant en particulier que, du fait de ses positions européennes, le secrétaire général de la SFIO est plus à même d'obtenir le soutien du MRP que le leader radical. Est constitué un ministère de Front républicain. Le 31 janvier 1956, Guy Mollet se présente devant l'Assemblée nationale. Sur la question algérienne il tient un discours balancé, soulignant qu'il faut « maintenir et renforcer l'union indissoluble entre l'Algérie et la France métropolitaine », mais aussi « reconnaître et respecter la personnalité algérienne. » Il est largement investi (par 420 voix contre 71). Gouvernement de Front républicain, le ministère Mollet est un gouvernement de minorité. Mais il bénéficie à l'origine d'un double soutien. Soucieux de sortir du ghetto, le PC a voté l'investiture. Quant au MRP, désireux de ne pas trop se marquer à droite et d'aider cet « européen » qu'est Guy Mollet, il appuie de ses votes la nouvelle équipe. Ce gouvernement de minorité va être le plus long de la IVe République.

Une relance sociale est menée. La troisième semaine de congés payés est accordée. Un fonds national de solidarité est fondé. Financé notamment par la « vignette automobile » créée à l'occasion, il doit garantir un minimum vital aux personnes âgées, aux invalides et aux handicapés. Le gouvernement doit poser à plusieurs reprises la question de confiance pour faire voter ces deux lois sociales.

Le gouvernement Mollet fait aboutir en mars 1956 les indépendances marocaine et tunisienne. Avec la loi-cadre Defferre il amorce la décolonisation de l'Afrique noire. Il poursuit le rapprochement franco-allemand et la construction européenne. La question sarroise est réglée par l'accord de juin 1956. Le gouvernement associe l'Assemblée aux négociations des traités européens. Des débats sont organisés : en juillet 1956 sur l'Euratom, en janvier 1957 sur le Marché commun. A chaque fois le président du Conseil explique les enjeux et justifie sa politique européenne. En juillet 1956 - fait rarissime - deux non-parlementaires (Jean Perrin et Louis Armand) sont montés à la tribune pour défendre le projet Euratom. Le 25 mars 1957 sont signés les traités de Rome (traités instituant le Marché commun et l'Euratom).

Mais la guerre d'Algérie s'aggrave. A maintes reprises Guy Mollet intervient sur ce sujet devant l'Assemblée. Le 16 février 1956 il rend compte du remplacement du général Catroux par Robert Lacoste au poste de ministre résidant en Algérie et annonce l'instauration du collège unique. Il prend part au débat sur les pouvoirs spéciaux (8 12 mars 1956) et pose la question de confiance : le gouvernement obtient une large majorité (465 voix contre 49). Tout en développant l'effort militaire, Guy Mollet suggère que la solution politique repose sur le triptyque : « Cessez-le-feu, élections, négociations. » Guy Mollet doit aussi justifier devant les députés l'expédition de Suez. Le 31 octobre 1956 le gouvernement obtient sur ce sujet un large soutien de l'Assemblée : 368 voix contre 182.

A l'intérieur du Front républicain qui se délite, les critiques ne manquent pas contre Guy Mollet et notamment contre sa politique algérienne. Certains ministres démissionnent (Pierre Mendès France, Alain Savary). Quant au PC, il ne tarde pas à retourner à l'opposition. De ce fait, le chef du gouvernement pour garder une majorité doit avoir l'appui d'une partie au moins des modérés. Plus ou moins d'accord avec la politique extérieure du ministère, le CNIP reproche à celui-ci la crise financière. Celle-ci amène le gouvernement à augmenter la pression fiscale. Il pose la question de confiance sur le sujet. Le 21 mai, n'ayant obtenu que 213 voix (contre 250), il démissionne.

Le cabinet Mollet est remplacé par un cabinet Bourgès-Maunoury. Après la chute de celui-ci, le président Coty appelle Guy Mollet à former le nouveau gouvernement. Le 28 octobre 1957 le leader socialiste présente devant l'Assemblée nationale un ministère fort de 42 membres. L'investiture lui est refusée (227 voix contre 290). Guy Mollet joue un rôle actif dans la crise finale qui emporte la IVe République. Décidé à défendre le régime, il entre dans le gouvernement Pflimlin le 15 mai 1958 en tant que vice-président du Conseil. Le 16, il soutient devant l'Assemblée le projet déclarant l'état d'urgence sur le territoire métropolitain.

L'évolution de la situation l'amène cependant à accepter le retour au pouvoir du général de Gaulle. Il est un des caciques du régime qui en négocient avec lui les conditions. Il est nommé ministre d'Etat du gouvernement que l'ancien chef de la France libre présente à l'Assemblée le 1er juin. Il parvient à ce que la moitié des députés socialistes vote l'investiture, puis les pleins pouvoirs et enfin la révision constitutionnelle. A l'instar des trois autres ministres d'Etat il joue un rôle intéressant dans l'élaboration de la Constitution de la Ve République, promouvant ce parlementarisme rationalisé qui tente de tirer les leçons des défaillances du régime précédent. Parallèlement Guy Mollet doit affronter une crise au sein de son parti qu'abandonnent des hommes comme Daniel Mayer ou Alain Savary. La fin du gouvernement de Gaulle met un terme à la carrière ministérielle de Guy Mollet, mais ni à sa carrière parlementaire, ni à son action à la tête de la SFIO. Il va, d'autre part, rester vice-président de l'Internationale socialiste, poste qu'il occupe depuis 1951.



MOLLET (Alcide, Guy)
Né le 31 décembre 1906 à Flers (Orne)
Décédé le 3 avril 1975 à Paris

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Pas-de-Calais)
Député du Pas-de-Calais de 1946 à 1975
Ministre d'Etat du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947
Ministre d'Etat chargé du Conseil de l'Europe du 12 juillet 1950 au 10 mars 1951
Vice-président du Conseil chargé du Conseil de l'Europe du 10 mars au 11 août 1951
Président du Conseil du 1er février 1956 au 13 juin 1957
Vice-président du Conseil du 15 mai 1958 au 31 mai 1958
Ministre d'Etat du 1er juin 1958 au 8 janvier 1959

Guy Mollet était le fils d'une couturière devenue concierge et d'un tisserand qui mourut des suites de ses blessures de guerre. Boursier, il suivit les cours du lycée de Flers. A 17 ans, il obtint les baccalauréats de philosophie et de mathématiques. L'année même il adhéra à la SFIO, sous l'influence de Ludovic Zoretti, personnalité dominante de la fédération du Calvados. Maître d'internat, puis répétiteur, il se lança dans l'action syndicale. Le hasard d'une mutation l'installa durablement à Arras où il enseigna l'anglais. En 1930 il se maria avec une militante socialiste. A peine libéré du service militaire, il s'engagea activement dans la campagne des législatives de 1932. En 1934, il se fit initier par une loge du Grand Orient. Jusqu'à la guerre, il ne cessa de mener son combat syndical et politique.

Mobilisé le 26 août 1939, le pacifiste Guy Mollet participa à la campagne de France. Blessé en mai 1940, il fut fait prisonnier. Libéré en 1941, il prit part à la Résistance dans le cadre de l'OCM (Organisation civile et militaire). Son activité lui valut d'être arrêté et d'être interné durant deux jours. Après quoi il passa à la clandestinité. Il participa à la libération de la Normandie au sein des FFI. Regagnant Arras, il y fut secrétaire du comité départemental de libération, directeur politique du journal Libre Artois et membre de la municipalité provisoire. En 1945, il fut élu maire d'Arras, puis président du Conseil général. En août 1945, il participa pour la première fois de sa vie au congrès de la SFIO. Il s'y fit remarquer en demandant que les socialistes démissionnent du gouvernement de Gaulle. Du fait de son action durant le conflit mondial, Guy Mollet fut honoré de diverses décorations : Croix de guerre, médaille de la Résistance, Légion d'honneur.

Aux élections du 21 octobre 1945, Guy Mollet dirige la liste SFIO dans la 2e circonscription du Pas-de-Calais (Arras-Béthune). Avec 137 508 voix (sur 361 413 suffrages exprimés) la liste arrive en tête, devançant celle du PC, menée par Auguste Lecoeur, et celle des chrétiens démocrates du Mouvement républicain populaire (MRP), conduite par Jules Catoire. Elle obtient trois des huit sièges de la circonscription. Nommé membre de la Commission de la Constitution, Guy Mollet s'y montre très actif et c'est naturellement qu'il en prend la présidence en février 1946. Son intransigeance contribue à faire rejeter le projet constitutionnel par le MRP. Guy Mollet mène campagne dans son département en faveur du Oui au référendum de mai 1946.

Aux élections de juin 1946 Guy Mollet dirige de nouveau la liste socialiste. Le jeu se complique. Ce ne sont plus deux, mais quatre listes que le maire d'Arras doit affronter. Cette nouveauté ne modifie guère les résultats. La circonscription conserve les mêmes élus, les deux listes nouvelles (celle du RGR et celle de l'union des républicains du Nord et du Pas-de-Calais) n'ayant pas réussi leur percée. Guy Mollet retrouve la Commission de la Constitution. Il y joue un rôle très modeste, car son attention est consacrée à la bataille interne de son parti. S'imposant alors comme le leader de l'aile gauche de la SFIO, il prône l'unité d'action avec le PC et dénonce les dérives de la direction blumiste. Au congrès de la fin du mois d'août il fait rejeter le rapport moral présenté par le secrétaire général Daniel Mayer. Le 4 septembre, par 16 voix contre 14, Guy Mollet est élu par le comité directeur secrétaire général de la SFIO. Sa position à la tête du parti ne va jamais être remise en cause durant toute la IVe République.

Aux élections législatives de novembre 1946, quatre listes s'affrontent dans la 2e circonscription du Pas-de-Calais. A celles des formations du tripartisme s'ajoute une liste d' « union gaulliste et d'union des républicains » laquelle réussit à obtenir un siège (le nouveau siège dont la circonscription dispose). La liste Mollet retrouve ses trois élus. Mais de scrutin à scrutin son score s'est érodé (elle n'a plus que 105 619 voix) alors que les résultats communistes se sont améliorés (le PC obtient 131 605 voix en novembre 1946).
Les bons résultats nationaux du PC compliquent la formation du nouveau gouvernement. Faute d'arriver à constituer un cabinet tripartite, on laisse Blum composer un ministère socialiste homogène. Guy Mollet y est ministre d'Etat (à l'instar d'Augustin Laurent). Blum remet sa démission après l'élection de Vincent Auriol à la présidence de la République. Jusqu'à la fin de la décennie Guy Mollet ne participe à aucun gouvernement. De même son activité parlementaire est modeste. Il ne fait partie d'aucune commission, ne dépose ni proposition de loi, ni proposition de résolution et intervient rarement en séance.

Il se consacre essentiellement à la direction du parti et à ses mandats locaux. Pour lui les élections municipales de 1947 n'ont pas été faciles, mais il a réussi à manoeuvrer pour rester maire. Ainsi fera-t-il aussi en 1953. En revanche, il cesse d'être président du conseil général en 1948.
En juillet 1949, il est élu membre de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe. Le 25 novembre de la même année, intervenant dans la discussion des interpellations sur la politique allemande, il développe devant l'Assemblée nationale ses conceptions d'une Europe dirigée conjointement par la France et la Grande-Bretagne. Il déclare : « On entend de plus de plus fréquemment parler d'ententes régionales, d'union continentale, d'une Europe avec l'Allemagne et sans l'Angleterre. Disons tout de suite notre refus. » Le 11 juillet 1950, il prend part aux débats sur l'investiture de René Pleven. Dans le cabinet formé par celui-ci il devient ministre d'Etat chargé du Conseil de l'Europe. Participant à Rome en novembre 1950 au comité des ministres du Conseil de l'Europe, il peut constater le blocage de l'institution du fait de la mauvaise volonté des Britanniques. De ceux-ci, Guy Mollet peut déclarer le 14 novembre devant l'Assemblée : « L'attitude qu'ils ont adoptée à l'égard du Conseil de l'Europe est une attitude de réserve inexplicable dans laquelle ils ont tort. » Le 6 mars 1951 le ministère Pleven tombe. Le président Auriol désigne Guy Mollet pour former le nouveau gouvernement. Il se présente devant l'Assemblée nationale le même jour. Dans sa déclaration d'investiture il se prononce notamment pour une réforme de la Constitution. Il n'obtient qu'une majorité relative (286 voix contre 259, mais la majorité constitutionnelle est à 311 voix). Après cet échec, Guy Mollet participe au débat d'investiture du nouveau président du Conseil désigné, Henri Queuille. Vice-président du Conseil dans le nouveau gouvernement, Guy Mollet conserve ses attributions ministérielles précédentes.

Aux élections de juin 1951, Guy Mollet dirige à nouveau la liste SFIO dans la deuxième circonscription du Pas-de-Calais. Celle-ci affronte une liste communiste, une liste RPF, une liste dite de l' « union des indépendants, des paysans, des républicains nationaux et du RGR » , une liste MRP et une liste conduite par l'UDSR. Ces deux dernières sont apparentées à la liste Mollet. L'alliance n'obtient que 156 674 voix alors que la majorité absolue est à 190 143 suffrages. Avec 25,5% des suffrages exprimés, la liste SFIO arrive en deuxième position. Elle est devancée par la liste communiste (36,4% des suffrages). L'écart s'est encore creusé entre les partis ouvriers rivaux qui ne se sont pas ménagés durant la campagne. « Vous chasserez de la représentation du département les Lecœur et autres valets moscoutaires » , disait la profession de foi socialiste. En fait, si la SFIO a conservé ses trois sièges, le PC en a gagné un.

Comme durant la précédente législature, Guy Mollet ne fait partie d'aucune commission et ne dépose aucun texte. Il est élu membre de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe (qu'il va présider d'avril 1954 à avril 1956), puis membre de l'Assemblée de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). C'est à la politique européenne qu'il consacre ses principales interventions en séance (16 et 19 février 1952, 2O novembre 1953, 31 août 1954, 8 octobre 1954, 29 décembre 1954). Il ne cesse de plaider en faveur de la participation britannique à la construction européenne. Mais, pour l'heure, il se résigne à l'Europe des Six. Contrairement aux thèses des socialistes allemands du SPD, à une Allemagne réunifiée et neutralisée, il préfère une RFA intégrée au bloc occidental. Défenseur de la Communauté européenne de défense (CED), il bataille pour que la SFIO soutienne le traité. Mais il ne peut empêcher que la moitié des députés de son parti manifeste un avis contraire. Après le vote du 30 août enterrant la CED, Guy Mollet se rallie au projet de Mendès France (création d'une armée allemande fortement encadrée dans le cadre de l'OTAN et de l'UEO). Sous la houlette de son secrétaire général la SFIO fait une cure d'opposition de mars 1952 à décembre 1955. Cette cure est rompue par la parenthèse représentée par le ministère Mendès France : le parti socialiste soutient celui-ci, mais à l'instigation de Guy Mollet refuse de participer au gouvernement.

Cinq listes sont en lice dans la seconde circonscription du Pas-de-Calais aux législatives du 2 janvier 1956. La liste Mollet affronte des listes poujadiste, CNIP, MRP et communiste. Aucun apparentement n'est conclu. Bien qu'ayant perdu pour cause d'épuration son leader historique, Auguste Lecoeur, la liste du PC arrive en tête avec 35,6% des suffrages exprimés. Par rapport à 1951, la liste socialiste gagne plus de 40 000 voix et recueille 33% des suffrages exprimés. En son sein ce n'est pas Guy Mollet, mais le docteur Schaffner (maire de Lens) qui obtient le meilleur score. Ce dernier n'est pas élu, car il n'est que quatrième de la liste.
Au niveau national Guy Mollet et Pierre Mendès France sont les principaux chefs du Front républicain. La nouvelle Assemblée étant plus à gauche que la précédente, le président Coty appelle Guy Mollet à former le gouvernement, estimant en particulier que, du fait de ses positions européennes, le secrétaire général de la SFIO est plus à même d'obtenir le soutien du MRP que le leader radical. Est constitué un ministère de Front républicain. Le 31 janvier 1956, Guy Mollet se présente devant l'Assemblée nationale. Sur la question algérienne il tient un discours balancé, soulignant qu'il faut « maintenir et renforcer l'union indissoluble entre l'Algérie et la France métropolitaine », mais aussi « reconnaître et respecter la personnalité algérienne. » Il est largement investi (par 420 voix contre 71). Gouvernement de Front républicain, le ministère Mollet est un gouvernement de minorité. Mais il bénéficie à l'origine d'un double soutien. Soucieux de sortir du ghetto, le PC a voté l'investiture. Quant au MRP, désireux de ne pas trop se marquer à droite et d'aider cet « européen » qu'est Guy Mollet, il appuie de ses votes la nouvelle équipe. Ce gouvernement de minorité va être le plus long de la IVe République.

Une relance sociale est menée. La troisième semaine de congés payés est accordée. Un fonds national de solidarité est fondé. Financé notamment par la « vignette automobile » créée à l'occasion, il doit garantir un minimum vital aux vieux, aux invalides et aux handicapés. Le gouvernement doit poser à plusieurs reprises la question de confiance pour faire voter ces deux lois sociales.

Le gouvernement Mollet fait aboutir en mars 1956 les indépendances marocaine et tunisienne. Avec la loi-cadre Defferre il amorce la décolonisation de l'Afrique noire. Il poursuit le rapprochement franco-allemand et la construction européenne. La question sarroise est réglée par l'accord de juin 1956. Le gouvernement associe l'Assemblée aux négociations des traités européens. Des débats sont organisés : en juillet 1956 sur l'Euratom, en janvier 1957 sur le Marché commun. A chaque fois le président du Conseil explique les enjeux et justifie sa politique européenne. En juillet 1956 - fait rarissime - deux non-parlementaires (Jean Perrin et Louis Armand) sont montés à la tribune pour défendre le projet Euratom. Le 25 mars 1957 sont signés les traités de Rome (traités instituant le Marché commun et l'Euratom).

Mais la guerre d'Algérie s'aggrave. A maintes reprises Guy Mollet intervient sur ce sujet devant l'Assemblée. Le 16 février 1956 il rend compte du remplacement du général Catroux par Robert Lacoste au poste de ministre résidant en Algérie et annonce l'instauration du collège unique. Il prend part au débat sur les pouvoirs spéciaux (8-12 mars 1956) et pose la question de confiance : le gouvernement obtient une large majorité (465 voix contre 49). Tout en développant l'effort militaire, Guy Mollet suggère que la solution politique repose sur le triptyque : « Cessez-le-feu, élections, négociations. » Guy Mollet doit aussi justifier devant les députés l'expédition de Suez. Le 31 octobre 1956 le gouvernement obtient sur ce sujet un large soutien de l'Assemblée : 368 voix contre 182.

A l'intérieur du Front républicain qui se délite, les critiques ne manquent pas contre Guy Mollet et notamment contre sa politique algérienne. Certains ministres démissionnent (Pierre Mendès France, Alain Savary). Quant au PC, il ne tarde pas à retourner à l'opposition. De ce fait, le chef du gouvernement pour garder une majorité doit avoir l'appui d'une partie au moins des modérés. Plus ou moins d'accord avec la politique extérieure du ministère, le CNIP reproche à celui-ci la crise financière. Celle-ci amène le gouvernement à augmenter la pression fiscale. Il pose la question de confiance sur le sujet. Le 21 mai, n'ayant obtenu que 213 voix (contre 250), il démissionne.

Le cabinet Mollet est remplacé par un cabinet Bourgès-Maunoury. Après la chute de celui-ci, le président Coty appelle Guy Mollet à former le nouveau gouvernement. Le 28 octobre 1957 le leader socialiste présente devant l'Assemblée nationale un ministère fort de 42 membres. L'investiture lui est refusée (227 voix contre 290). Guy Mollet joue un rôle actif dans la crise finale qui emporte la IVe République. Décidé à défendre le régime, il entre dans le gouvernement Pflimlin le 15 mai 1958 en tant que vice-président du Conseil. Le 16, il soutient devant l'Assemblée le projet déclarant l'état d'urgence sur le territoire métropolitain. L'évolution de la situation l'amène cependant à accepter le retour au pouvoir du général de Gaulle. Il est un des caciques du régime qui négocient avec lui les conditions de ce retour. Il est nommé ministre d'Etat du gouvernement que l'ancien chef de la France libre présente à l'Assemblée le 1er juin. Il parvient à ce que la moitié des députés socialistes vote l'investiture, puis les pleins pouvoirs et enfin la dévolution du pouvoir constituant. A l'instar des trois autres ministres d'Etat il joue un rôle intéressant dans l'élaboration de la Constitution de la Ve République, promouvant ce parlementarisme rationalisé qui tente de tirer les leçons des défaillances du régime précédent. Parallèlement Guy Mollet doit affronter une crise au sein de son parti qu'abandonnent des hommes comme Daniel Mayer ou Alain Savary. La fin du gouvernement de Gaulle met un terme à la carrière ministérielle de Guy Mollet, mais ni à sa carrière parlementaire, ni à son action à la tête de la SFIO. Il va, d'autre part, rester vice-président de l'Internationale socialiste, poste qu'il occupe depuis 1951.

Secrétaire général du parti socialiste SFIO depuis 1946, ancien président du Conseil de la IVe République de 1956 à 1957 et devenu ministre d’État du général de Gaulle dans le gouvernement que celui-ci présente à l’Assemblée nationale le 1er juin 1958, Guy Mollet acquiert à cette date une stature d’homme d’État. Mais il se trouve affaibli jusque dans son propre parti qui connaît alors une scission, solde à la fois les divergences sur l’Algérie et sur son rôle dans le retour au pouvoir du général de Gaulle. Pour une partie de la gauche, et surtout pour la jeunesse militante, son image est ternie à jamais.

Durant quatre années, Guy Mollet symbolise une opposition modérée au régime, puis, après la fin de la guerre d’Algérie, entre dans une opposition résolue, dès lors que l’élection du président de la République au suffrage universel lui apparaît comme contradictoire avec l’esprit des institutions qu’il a contribuées à mettre en place. Secrétaire général de la SFIO jusqu’en 1969, et maire d’Arras, il reste, sans discontinuité sous la Ve République, député de la 1ère circonscription du Pas-de-Calais, de 1958 à son décès en 1975.

Après avoir appelé à voter « oui » au référendum de 1958, et bien que s’étant situé sur les affiches électorales comme « à l’avant-garde de la Ve République », l’élection des 23 et 30 novembre 1958 au scrutin majoritaire dans la 1ère circonscription du Pas-de-Calais n’en est pas moins difficile pour le ministre d’État candidat de la SFIO. Certes, comme beaucoup de membres de son parti, il voit au 1er tour son nombre de suffrages assez nettement progresser par rapport à 1956 (17 522 contre 14 905), aux dépens essentiellement du communiste Gaston Coquel qui perd 3 000 voix (11 143 contre 14 581 voix en 1956). Mais il n’obtient que 38 % des suffrages exprimés et doit affronter, au second tour – sans « discipline républicaine » du fait du maintien de son adversaire communiste –, le candidat MRP, Roger Poudonson, qui dispose d’une réserve de voix suffisante pour le battre. En effet, les trois candidats à sa droite ont totalisé au premier tour 17 395 suffrages. Guy Mollet l’emporte pourtant au scrutin de ballottage, avec 20 561 suffrages contre 17 993 à Poudonson, bénéficiant certes du retrait du candidat gaulliste, comme l’ont souvent prétendu ses adversaires qui arguent de prise de position de l’UNR en la faveur du ministre du général de Gaulle, mais surtout grâce à un nouveau recul des communistes qui, en dépit du maintien de l’ancien député Gaston Coquel, n’obtiennent plus que 8 285 voix.

Durant les cinq législatures, il siège à la Commission des affaires étrangères et, durant quinze années, il limite son travail parlementaire à une action de terrain dans sa circonscription, doublée d’une série d’interventions nationales. Ce n’est que durant la dernière législature qu’il dépose deux propositions de lois, sans jamais se voir confier de rapports ou d’autres fonctions.

Les positions politiques de Guy Mollet vis-à-vis de la pratique gaulliste de la Ve République se sont cristallisées durant la première législature, période également où son action parlementaire fut la plus importante. Le groupe socialiste, laminé à la suite des législatives, comprenant peu d’orateurs, à l’exception du président du groupe Francis Leenhardt et d’André Chandernagor.

Guy Mollet, qui a pris depuis l’été 1958 une part active à la rédaction de la Constitution, se fait tout d’abord au Parlement le promoteur d’un « parlementarisme rationalisé » comme ministre d’État. Il choisit pourtant de démissionner du gouvernement le 27 décembre suivant, au lendemain de l’élection du président de la République, afin de limiter la contestation interne et de préserver l’unité de son parti. Dans une lettre au général de Gaulle, il insiste sur son désaccord sur les méthodes économiques et financières, mais accepte de rester en poste jusqu’au 8 janvier 1959.

Le 27 janvier 1959, le député du Pas-de-Calais est nommé membre de la Commission des affaires étrangères et il y est régulièrement reconduit jusqu’à la fin de la législature.

Le 1er avril, il affirme dans L’Aurore vouloir pratiquer une « opposition loyale et constructive » au gouvernement Debré. Ses premières interventions et votes montrent que, faisant état régulièrement de sa participation à l’élaboration du texte constitutionnel, il entend néanmoins défendre les droits du Parlement et de l’opposition face à ce gouvernement. Il le fait notamment au début de la session le 28 avril 1959 où il vote en faveur d’un amendement Coste-Floret visant à maintenir la pratique de la réponse d’un député après une déclaration du gouvernement non suivie de vote. Il en est de même le 3 juin, lors d’une discussion sur le règlement définitif de l’Assemblée. Durant plusieurs mois, il occupe une position en retrait à l’Assemblée, Francis Leenhardt animant le groupe parlementaire socialiste avec André Chandernagor. C’est comme membre de la Commission des affaires étrangères qu’il intervient, défendant la position socialiste en ce domaine, exigeant par exemple en juin une information de l’opinion publique sur le problème allemand et la situation de Berlin, s’inquiétant de déclarations contradictoires du chef de l’État soviétique et des divisions du monde atlantique. Il propose de favoriser l’intégration de l’Allemagne de l’Ouest par la construction européenne. Il développe la position traditionnelle des socialistes en la matière : pour le désarmement, la sécurité collective et l’organisation d’une aide aux pays sous-développés.

La situation de Guy Mollet et l’attitude qu’il fait adopter à son parti est délicate : il apporte son soutien au gouvernement et surtout au président de la République pour le règlement de la guerre d’Algérie, mais il entre progressivement dans l’opposition pour le reste, notamment les questions financières et sociales, la politique européenne et surtout la question laïque. Pratiquant une habile distinction entre soutien au président de la République – dont il escompte que la présence n’est qu’une parenthèse – et opposition au gouvernement, avec le vote sur le projet de loi Debré sur les rapports entre l’Etat et les établissements d’enseignement privés, il se doit d’entrer plus radicalement dans l’opposition qu’il ne le voulait. Le gouvernement ayant accepté un amendement à l’article premier qui transforme le sens du projet de loi initial, André Boulloche dernier ministre socialiste en poste démissionne et, le 23 décembre 1959, Guy Mollet est un des deux défenseurs de la position « laïque », avec le radical René Billères. Il dénonce un projet qui ressuscite les vieilles oppositions, alors que la France a connu la paix religieuse depuis cinquante ans et a besoin, selon lui, d’unité pour faire face aux difficultés auxquelles elle est confrontée. Il annonce qu’une nouvelle majorité reviendra un jour à l’entière séparation des Églises et de l’État, suscitant de nombreux remous.

Le 5 mai 1960, dans le débat sur la motion de censure déposée par le groupe socialiste et celui du parti radical, qui protestent contre le refus antérieur du chef de l’État d’une convocation anticipée du Parlement, demandée par 287 députés, Guy Mollet affronte longuement le premier ministre dans une controverse sur le rôle du chef de l’État. Rappelant les débats constitutionnels, il déclare : « Jamais au cours de nos discussions sur la Constitution, il n’a été dit ni même sous-entendu que le président de la République pourrait être chargé de dégager, de fixer une politique. Lui-même alors refusait ce rôle. Le président de la République n’est pas l’exécutif. Ce n’est pas une monarchie que nous avons voulu faire. Ce que doit être le président de la République, ce qu’il voulait être, c’est un arbitre. Mais entendons-nous : non pas un arbitre de la politique, un arbitre entre les formations politiques ». C’est dire l’ampleur du malentendu constitutionnel de 1958 et le désaccord des socialistes avec la pratique mise en place par le général de Gaulle, qui devient alors la règle du nouveau régime. À de nombreuses reprises, il condamne l’usage abusif fait de la Constitution et du règlement, le mépris dans lequel est tenu le Parlement et demande la publication des travaux préparatoires de la Constitution.

La politique d’indépendance nationale et le choix de la force de frappe, cœur de la thématique gaulliste, sont une autre cible privilégiée du responsable socialiste, notamment à l’occasion de la motion de censure sur le « projet de loi de programme relative à certains équipements militaires » en octobre 1960. Récusant toute continuité dans la politique nucléaire avec la IVe République, qui n’avait pas de fins militaires, il dénonce l’orientation nouvelle nationaliste de la politique étrangère de la France. Défendant l’intégration militaire à l’OTAN et refusant tout affaiblissement de l’Alliance, « barrière défensive de l’Europe libre », il affirme que l’indépendance militaire est devenue un anachronisme et défend la construction européenne. Chantre de l’atlantisme, il affirme que le danger reste la menace soviétique et observe que le parti communiste se garde de lutter contre la force de frappe française, espérant voir la France s’enfoncer dans sa solitude.

Ce n’est qu’en juin 1961 que Guy Mollet s’exprime sur l’Algérie au Parlement. Il rappelle l’appui de son parti à la politique définie par le président de la République depuis le 16 septembre 1958, jusqu’aux rencontres d’Évian. Mais il refuse alors toute idée de partition de l’Algérie, de nouveau en débat, et toute politique « cartiériste ». Surtout, il affirme que les garanties à accorder aux minorités constituent la priorité absolue, voulant encore croire à cette date à une possible coexistence sur le sol algérien des différentes communautés ethniques, comme la majorité des responsables politiques d’alors. L’affaire algérienne le poursuit pourtant et, lors du débat sur la motion de censure du 15 décembre 1961, il provoque un vif incident en administrant en public une paire de claques à un député de l’Union pour la nouvelle République (UNR), André Roulland qui, évoquant le 6 février 1956, déclarait « Vous êtes un lâche. À la première tomate, vous avez tourné casaque ». Tous deux présentèrent leurs excuses en début de séance suivante.

Ses deux dernières interventions dans cette législature, à l’occasion des motions de censure qu’il cosigne, restent dans les thématiques évoquées. Mais elles sont autant des attaques contre la politique du gouvernement que des explications de vote, voire des justifications personnelles pour répondre aux accusations contre la politique menée à Suez, en Algérie, ou lors de l’élaboration des textes de la Constitution, voire à propos du livre qu’il a fait paraître, 13 mai 1958-13 mai 1962.

La guerre d’Algérie achevée, Guy Mollet et son parti entrent dans une opposition totale, non seulement envers le gouvernement, mais aussi envers le président de la République. Deuxième orateur de « la coalition du non » à s’exprimer après Paul Reynaud, le député du Pas-de-Calais se dresse le 4 octobre 1962 contre la proposition d’élection du président au suffrage universel. Il défend avec passion la motion de censure, argumentant sur les débats des constituants de 1958, mais surtout dénonçant les risques que fait courir le projet, en accentuant la bipolarisation qui permettra au parti communiste de jouer un rôle d’arbitre, en dénonçant le caractère « bâtard » du régime, qui n’apporte pas les vraies garanties d’un système présidentiel, en divisant surtout le pays. Il se montre pourtant, c’est à noter, moins virulent qu’au conseil national du parti, le 6 septembre précédent, où il avait évoqué « le viol constant du texte constitutionnel », ajoutant « c’est au mieux Salazar, au pire le présidentialisme sud-américain », présentant les socialistes comme défenseurs non seulement de la démocratie, mais surtout « défenseur de la paix civile ».

Son vote de la motion de censure contribue au renversement du gouvernement Pompidou, suivi de la dissolution de l’Assemblée. Guy Mollet participe alors très activement à la formation du « Cartel des Non », allant de la SFIO aux amis d’Antoine Pinay et Paul Reynaud. Mais, après le succès du référendum confirmé au premier tour de l’élection législative le 18 novembre 1962, Guy Mollet lui-même se voit menacé dans son fief. Candidat SFIO dans la circonscription d’Arras, il obtient en effet, au premier tour 12 944 suffrages, perdant plus de 4 500 voix, et se voit devancé par Jean Dhotel, avocat Républicain indépendant présenté par l’Association pour le soutien à la Ve République (14 233 voix). Toutefois (62 % des exprimés), il arrive devant les candidats communiste (Gaston Coquel) et MRP (Roger Poudonson), qui obtiennent respectivement 11 362 et 5 960 suffrages. Dans l’entre deux tours, le secrétaire général de la SFIO lance un appel remarqué au plan national au désistement à gauche pour barrer la route aux candidats de l’UNR qualifiés de « godillots », alors qu’à Arras, le dirigeant communiste Étienne Fajon appelle à voter en masse pour « le camarade Guy Mollet ». Celui-ci l’emporte au second tour, avec 24 373 suffrages, contre 21 810 à Jean Dhotel, dans un duel droite-gauche qui mobilise 2500 électeurs supplémentaires, essentiellement pour la droite. Il est le seul dirigeant du « Cartel des non » à être réélu avec Maurice Faure ; alors que Paul Reynaud est battu, ainsi que Pierre Mendès France. Les échos de cette campagne acharnée se font entendre lors de la première séance de la législature. En effet, mis en cause par André Fanton qui le qualifie d’« élu de Moscou », il revendique les voix communistes qui se sont portées sur lui et se défend d’avoir passé un accord avec le PCF et de devoir des contreparties, répliquant que les électeurs communistes ont eu à choisir entre lui et « un ancien ami du Maréchal », ancien instructeur des camps de jeunesse de Vichy qui lui a été opposé « au nom de la Ve République ».

Désormais, la parole de Guy Mollet se fait plus rare, Gaston Defferre étant souvent le porte-parole du groupe socialiste. Toujours membre de la Commission des affaires étrangères, il se réserve pour de grandes occasions. Par exemple, il prend part, au débat du projet de loi autorisant la ratification du traité de coopération franco-allemande le 13 juin 1963. À l’heure où le général de Gaulle se gausse de « l’espéranto ou volapuk intégrés » que veulent prôner les plus européens, Guy Mollet se fait avocat de la construction communautaire. Il estime que le gouvernement, bien que s’étant emparé du mot, ne cherche pas à réaliser l’Europe, mais bien plutôt à la vider de son contenu pour fonder une simple alliance continentale. Pour lui, le gouvernement a délibérément opposé la France aux Etats-Unis, aux Anglais et aux pays du Benelux, pour se rapprocher de l’Allemagne, sans pousser celle-ci à s’intégrer à l’Europe et à accepter des transferts de souveraineté. Il intervient aussi à l’occasion du vote de deux motions de censure le 27 octobre 1963 et surtout le 19 avril 1966. Après un long silence de seize mois à la tribune de l’Assemblée et, semble-t-il, une présence devenue rare en séance, il intervient principalement sur la politique étrangère, au nom de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) et non de la seule SFIO. Guy Mollet contribue en effet durant cette deuxième législature à une recomposition de la gauche. Tout en pratiquant une politique de rapprochement avec le PCF, il s’oppose à toute forme d’alliance au centre prônée par Gaston Defferre, député-maire socialiste de Marseille sur le thème de « grande fédération ». Après l’échec de la candidature de ce dernier à la présidence de la République, le secrétaire général de la SFIO appuie la candidature de François Mitterrand, leader de la petite Convention des institutions républicaines (CIR), en décembre 1965, et permet durant la campagne la formation de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste. Il siège à son bureau, au côté de membres de la CIR et des radicaux-socialistes. En décembre 1966, il participe à la conclusion de l’accord électoral avec le Parti communiste dans le cadre de la préparation des législatives de l’année suivante.

L’élection de mars 1967 reproduit le schéma de celle de 1962 dans la première circonscription du Pas-de-Calais : avec 16 447 suffrages sur 52 819 exprimés, Guy Mollet se rapproche de son score de 1958, mais devance toujours Gaston Coquel et il l’emporte par la discipline des candidats de gauche au second tour, par 29 618 voix, contre 22 260 à l’ancien député RPF Paul Theeten, qui avait échoué en 1958 dans la 10e circonscription. Il s’inscrit au groupe de la FGDS et demeure à la Commission des affaires étrangères.
Les rapports majorité-opposition, déjà tendus depuis l’élection présidentielle, se durcissent encore et, deux semaines après la rentrée parlementaire, Guy Mollet, dans le cadre d’un tumulte entre la majorité et l’opposition, crée un esclandre remarqué et significatif : alors qu’il n’obtient pas le droit d’interrompre le Premier ministre dans le débat de politique générale. Il met alors en cause le président de l’Assemblée en exercice, Jacques Chaban-Delmas, son ancien ministre, l’accusant de « trahir les devoirs de sa charge ».

L’élection de juin 1968 s’avère particulièrement difficile après les événements de Mai. Guy Mollet, à qui la presse de droite reproche sa présence au côté de François Mitterrand lors de la conférence de presse du 27 mai – celui-ci s’était déclaré prêt à être candidat en cas de départ du président de la République –, doit affronter de nouveau à droite Paul Theeten, candidat de l’Union pour la défense de la République (UDR), un représentant du Centre démocrate, Émile Virel, et en plus du candidat du PCF traditionnel un candidat du PSU. Le premier tour est mauvais, le candidat UDR progresse de 3000 voix, alors que Guy Mollet en perd pratiquement autant, avec 13 685 suffrages. Malgré tout, celui-ci est réélu au second tour avec 27 058 voix, contre 24 796 au candidat UDR et se réinscrit au groupe de la FGDS qui ne survit qu’une année aux événements de Mai, durant lesquels la fédération s’était trouvée déphasée. Lui-même commence à assurer sa succession politique, annonçant qu’il ne souhaite pas être candidat à sa reconduction à la direction de la SFIO alors que les négociations pour la formation d’un nouveau parti socialiste s’accélèrent. Il se met aussi en retrait au plan parlementaire, n’intervenant plus durant deux ans, se consacrant à la naissance de l’Office universitaire de recherches socialistes. Député toujours discipliné, il vote en suivant les consignes de son groupe et de son parti dirigé par Alain Savary en avril 1969, puis par François Mitterrand à partir de juin 1971. Il intervient dans deux grands débats seulement. Tout d’abord celui sur les rapports entre l'Etat et les établissements d'enseignement privés le 27 avril 1971 où, s’inscrivant dans la continuité de ses interventions contre la loi Debré de 1959, il oppose l’exception d'irrecevabilité, estimant le texte en contradiction avec l'esprit et la lettre de la Constitution et en accusant le gouvernement et surtout le président de la République de diviser le pays et de porter atteinte à la laïcité. Selon lui le régime devient « une monarchie et même une monocratie ». Enfin, il prend part au débat sur la déclaration de politique générale du gouvernement Messmer le 4 octobre 1972, exigeant que celui-ci engage sa responsabilité conformément à la Constitution, se faisant une nouvelle fois le défenseur des intentions des rédacteurs, sans succès.
L’élection législative de 1973 est pour Guy Mollet la plus facile depuis 1958. En dépit de trois concurrents à gauche, avec un nouveau challenger communiste, Marcel Roger, un candidat du PSU et une candidate de Lutte Ouvrière, il arrive en tête au premier tour, avec 17 819 suffrages sur 58 935 exprimés (plus de 30 %). Avec les désistements liés à l’Union de la gauche, il l’emporte largement au second tour, avec 33 320 suffrages (soit 57,6 % des exprimés) contre 24 488 à son adversaire gaulliste, Francis Jacquemont.

Dans son livre, Quinze ans après, il conteste de nouveau l’idée que la Constitution de 1958 ait établi un régime présidentiel. Il reprend sa thèse à la tribune de l’Assemblée lors du débat sur la réforme constitutionnelle, à propos de la modification de l’article 6. Alors que le gouvernement propose la réduction du mandat présidentiel de sept à cinq ans, en soulignant que cela constitue une des propositions du Programme commun de gouvernement de la gauche, il intervient pour justifier le vote négatif du Parti socialiste. Il rappelle que cette proposition s’inscrit dans un projet cohérent, formant un tout homogène. Il présente, avec André Chandernagor, Robert Fabre, Michel Crépeau, Louis Mermaz et les membres du groupe du parti socialiste et des radicaux de gauche et apparentés, plusieurs amendements d’envergure de la Constitution, proposant notamment de supprimer l’article 16 et d’instituer une Cour suprême constitutionnelle à la place du Conseil constitutionnel. Donnant la réplique au Premier ministre, Pierre Messmer, il dénonce une accentuation du pouvoir d’un seul alors que les constituants entendaient organiser la responsabilité de l’exécutif devant le législatif sur de nouvelles bases, affirme qu’il « n'y a pas de démocratie là où il y a pouvoir sans contrôle et confusion des pouvoirs » et appelle ses collègues à « ne pas légitimer (leur) propre déchéance ». C’est sa dernière intervention d’importance, même s’il s’exprime encore une fois dans le débat général à l’occasion d’une proposition tendant à créer une commission d’enquête sur les écoutes téléphoniques le 14 décembre 1973, en réponse à une intervention de Robert-André Vivien qui mettait en cause les pratiques anciennes de la IVe République.

Décédé le 3 avril 1975 à Paris, Guy Mollet est remplacé à l’Assemblée nationale par son suppléant André Delehedde, conseiller d’orientation. Il repose au cimetière d’Arras.

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