John Teariki

1914 - 1983

Informations générales
  • Né le 12 juillet 1914 à Afareaitu (Etablissements français d'Océanie - Polynésie-française)
  • Décédé le 5 octobre 1983 à Papeete (Polynésie française - Polynésie-française)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 17 juillet 1961 au 9 octobre 1962
Département
Polynésie française
Groupe
Républicains populaires et centre démocratique
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 2 décembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Polynésie française
Groupe
Centre démocratique

Biographies

Biographie de la Ve République

TEARIKI (John, French, Mahuru)
Né le 12 juillet 1914 à Moorea (District d’Afareaitu, Iles-sous-le-Vent)
Décédé le 5 octobre 1983 à Papeete (Polynésie Française)

Député de la Polynésie Française de 1961 à 1967

De son grand-père paternel, pasteur protestant éduqué à Papeete, John Teariki, dit « Tony », avait hérité le goût pour une vie restée proche du monde paysan et de la culture ma’ohi dont il était issu. Il en conserva également une certaine sévérité d’allure qui le handicapait parfois lors de ses campagnes électorales. Son adoption par la belle-famille « demie » (métisse) de son père fit cependant de lui un descendant des ari’i (chefs) d’Afareaitu (île de Moorea), qui devint dès lors son fief électoral. Il compléta ainsi par son entrée en politique une réussite sociale acquise en tant qu’armateur et grand propriétaire foncier.
En 1952, il est élu président du Conseil de district puis maire d’Afareaitu. En janvier 1953, il devient conseiller territorial de la circonscription de Moorea, où il sera régulièrement réélu jusqu’à sa mort. Il exerce des fonctions importantes au sein de l’Assemblée territoriale : membre de la Commission permanente en 1958, vice-président de cette commission en 1960, puis président de l’Assemblée territoriale de la Polynésie Française par quatre fois (du 17 juin 1969 au 14 mai 1970, du 13 mai 1971 au 25 mai 1972, du 28 avril 1978 au 29 mai 1979 et du 30 mai 1980 au 29 mai 1981). Parallèlement à cette carrière politique locale, il exerce, de 1961 à 1967, deux mandats consécutifs de député de la Polynésie Française.
John Teariki a rejoint, dès sa fondation en 1949, le Rassemblement Démocratique des Populations Tahitiennes (RDPT) de Pouvana'a Oopa, député de Polynésie Française depuis 1947 et metua (père) du nationalisme tahitien. En septembre 1958 cependant, le RDPT se divise entre la tendance indépendantiste de Pouvana’a Oopa et celle, autonomiste, de Jean-Baptiste Céran-Jerusalemy. Le 11 octobre 1958, après la défaite du « non » au référendum du 28 septembre sur l’adhésion à la Communauté pour lequel il a fait campagne, Pouvana’a Oopa est accusé de tentative d’incendie de la capitale, Papeete. Condamné à huit ans de réclusion criminelle et quinze ans d’interdiction de séjour en Polynésie, Pouvana’a Oopa est déchu de son mandat de député le 12 février 1960. Son fils Marcel Marcantoni-Oopa le remplace (élection partielle du 20 juillet 1960, élu avec 10727 voix pour le RDPT – Comité Pouvanaa contre 9544 voix pour le gaulliste Rudolf Bambridge, de l’Union Tahitienne Démocratique, et 1467 voix pour Jean-Baptiste Ceran-Jerusalemy, du RDPT - TeAratai). Un an plus tard, le 14 juillet 1961, Marcel Marcantoni-Oopa décède en cours de mandat. John Teariki, son suppléant, devient député RDPT de la Polynésie Française. Son activité parlementaire lors de ce premier mandat est réduite, bien qu’il soit membre de la Commission de la défense nationale et des forces armées (27 avril 1962).
Le 2 décembre 1962, John Teariki est réélu pour un second mandat avec 9833 voix pour le RDTP contre 7498 voix pour Rudolf Bambridge (UNR) et 2654 voix pour Jean-Baptiste Céran-Jérusalemy (Sauvegarde du Peuple Maori). Comparativement au scrutin de 1960, ce dernier chiffre témoigne du report d’une partie des électeurs indépendantistes d’Oopa vers l’autonomisme, et pousse John Teariki à déclarer, au lendemain de son élection, que « le RDPT entend maintenir et resserrer les liens existant actuellement entre le gouvernement de la Ve République et le territoire de Polynésie ». Grâce à ce repositionnement plus modéré, John Teariki peut récupérer l’héritage du RDPT, dissout le 5 novembre 1963, par la fondation du Here Ai’a (Pupu Here Ai’a te Nuna’a ia ora ou Amour de la Patrie).
Au cours de son second mandat, John Teariki, qui s’est apparenté au groupe du Centre démocratique, affirme les trois principaux axes de son action parlementaire.
Le premier est la révision du procès de Pouvana’a Oopa, à qui John Teariki propose d’étendre le bénéfice de la loi d’amnistie d’avril 1966. L’amendement qu’il présente dans ce sens est repoussé, mais la discussion du projet de loi permet au député de Polynésie de rapprocher le sort de son prédécesseur de celui de Maurice Lenormand, député de Nouvelle-Calédonie condamné un an avant Pouvana’a Oopa dans des circonstances similaires. John Teariki dénonce alors vivement les « grossiers procédés » qui permirent l’élimination politique de ces deux dirigeants menant des « combats parallèles contre un colonialisme périmé » (26 avril 1966). Pouvana’a Oopa sera finalement gracié en 1968 et reprendra une carrière de sénateur.
Le second axe de l’action parlementaire de John Teariki est le combat pour l’autonomie interne et les questions sociales en Polynésie. Il soulève ainsi, en avril 1964, le problème de l’intégration de la minorité chinoise de Polynésie, dans le contexte de redéfinition des relations diplomatiques entre la France et les deux Chines. Il défend aussi avec succès, en juin 1966, le projet d’extension à la Polynésie des régimes de retraites métropolitains. Accompagnant dans ses mandats locaux la mise en œuvre de l’autonomie de gestion, puis de l’autonomie interne, il appuie cette option politique sur la dénonciation d’un développement local orchestré, depuis la métropole, dans l’intérêt « national » au détriment de celui des Polynésiens. En novembre 1965 par exemple, il interpelle ses collègues députés et le gouvernement : « La raison profonde de notre inclusion [dans ler plan quinquennal métropolitain] ne fut-elle pas le peu de valeur économique de notre territoire, alors que sa configuration et sa situation géographique en faisaient un terrain idéal d’expériences atomiques ? ».
De fait, la dimension principale de l’activité parlementaire de John Teariki reste son hostilité à l’installation et aux activités du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). A ce titre, il est significatif que le député de Polynésie, au cours de ses deux mandats, ait appartenu à la Commission de la défense nationale et des forces armées, qui le mettait en prise directe avec les discussions des budgets militaires dont dépendaient les expérimentations atomiques françaises de Mururoa. A plusieurs reprises en novembre 1963, novembre et décembre 1964, octobre et novembre 1965 et avril 1966, il intervient en séance pour souligner l’absence de maîtrise par les autorités françaises des retombées médicales, mais également économiques et sociales (manque d’hommes pour l’agriculture et la pêche locale ; développement de la prostitution et de la délinquance juvénile) de ces expérimentations en Polynésie. S’appuyant sur les contributions scientifiques et morales des grandes voix du temps, il rappelle solennellement à la France, comme aux autres nations développant des programmes nucléaires, leurs responsabilités face aux générations futures, en particulier dans les sites directement exposés, comme la Polynésie, aux effets de la radioactivité. Dénonçant dans l’implantation du CEP un « déploiement de forces militaires sans précédent dans l’histoire de [la] Polynésie, qui risque d’entraver le début de décolonisation et de démocratisation de [ses] structures » (1er décembre 1964), il n’hésite pas à déclarer devant le général de Gaulle, qu’il accueille à Papeete le 7 septembre 1966 : « La création de cet organisme et son installation chez nous, sans que, d'aucune façon, les Polynésiens n'aient été consultés préalablement à ce sujet, alors que leur santé et celle de leurs descendants étaient en jeu, constituent de graves violations du contrat qui nous lie à la France et des droits qui nous sont reconnus par la Charte des Nations-unies. ». Ce combat ne trouve pour autant guère d’écho, tant parmi les parlementaires que parmi les électeurs polynésiens.
Briguant un renouvellement de son mandat en 1967, John Teariki affronte Francis Sanford, fondateur du parti centriste et anti-administration Te E’a Api no Polynesia, plus modéré sur la question du CEP. Sanford, qui a bénéficié du report des voix du candidat « officiel » gaulliste éliminé au 1er tour (décision du Conseil Constitutionnel n° 67-500 du 29 juin 1967), est élu. Les deux hommes s’allient toutefois, quelques mois plus tard, au sein du « Front Uni » dans lequel John Teariki continue de mener, à l’Assemblée territoriale, le combat pour l’autonomie et contre les essais nucléaires. La gestion contestée du « Front Uni » conduit à son éclatement lors des élections territoriales de 1982, au profit du député RPR Gaston Flosse.
John Teariki meurt le 5 octobre 1983 des suites d’un accident de tracteur survenu dans sa propriété de Taravao. Ses obsèques au temple de Paofai sont suivies par des centaines de personnes, Gaston Flosse lui adressant, en tahitien, un dernier hommage.

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