Louis, Jean, Joseph, Charles Blanc

1811 - 1882

Informations générales
  • Né le 29 octobre 1811 à Madrid (Espagne)
  • Décédé le 6 décembre 1882 à Cannes (Alpes-Maritimes - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 26 mai 1849
Département
Seine
Régime politique
Assemblée Nationale
Législature
Mandat
Du 8 février 1871 au 7 mars 1876
Département
Seine
Groupe
Union républicaine
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
Ire législature
Mandat
Du 20 février 1876 au 25 juin 1877
Département
Seine
Groupe
Union républicaine
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
IIe législature
Mandat
Du 14 octobre 1877 au 14 octobre 1881
Département
Seine
Groupe
Union républicaine
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 21 août 1881 au 6 décembre 1882
Département
Seine
Groupe
Union républicaine

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre du gouvernement provisoire de 1848, représentant du peuple à l'Assemblée constituante, représentant à l'Assemblée nationale de 1871 et député de 1876 à 1882, né à Madrid (Espagne), le 29 octobre 1811, mort à Cannes (Alpes-Maritimes), le 6 décembre 1882, il était le fils de Jean-Charles Blanc, inspecteur général des finances sous le roi Joseph, et d'Estelle Pozzo di Borgo. Son grand-père était mort sur l'échafaud, condamné comme royaliste, et son père, lui-même, sans le secours d'un serviteur dévoué, n'eût point échappé à la guillotine. Louis Blanc n'a donc dû ses convictions qu'a lui-même. « La haine de la Révolution, a-t-il écrit dans une des préfaces de l'Histoire de la Révolution française, est le premier sentiment fort qui m'ait agité. »

Quand le frère de Napoléon dut abandonner le trône d'Espagne après la défaite de Vittoria, le père de Louis Blanc regagna la France et s'établit dans le Rouergue. Louis Blanc entra à 7 ans au collège de Rodez, où son frère Charles, qui fut depuis directeur des Beaux-Arts et membre de l'Académie française, ne tarda pas à le suivre, et où ils firent l'un et l'autre de brillantes études. Lorsqu'ils en sortirent, leur mère était morte, leur père ruiné ; ils vinrent à Paris, dans une chambrette de l'Hôtel de l'Etoile du Nord, rue Saint-Honoré, et Louis Blanc qui avait dix-sept ans à peine, frêle d'aspect et de taille exiguë, obtint de maigres leçons de mathématiques, puis se fit admettre en qualité de petit clerc à l'étude de Me Collot, avoué à la cour royale, position qu'il quitta, dès qu'il le put, pour aller faire à Arras l'éducation des fils d'un constructeur de machines, M. Hallette. Il y passa deux années, occupant ses loisirs à des études personnelles, s'essayant au journalisme dans le Progrès du Pas-de-Calais, et même à la poésie. Les deux premiers ouvrages de Louis Blanc furent deux poèmes : l'Hôtel des Invalides et Mirabeau, et l'Académie d'Arras les couronna. Encouragé par ces succès, il revint à Paris, comptant sur ses vers ; il a raconté lui-même comment Béranger, timidement consulté par lui, l'éclaira sur sa véritable vocation et exigea du jeune homme le serment qu'il n'écrirait plus de sa vie un seul vers. Il se tourna alors vers le journalisme.
Muni d'une lettre de recommandation de Frédéric Degeorges pour M. Conseil, collaborateur d'Armand Carrel au National, il essaya, d'abord vainement, d'entrer au journal : M. Conseil lui faisait le plus aimable accueil, mais ne se pressait pas de l'introduire auprès du rédacteur en chef.

« Econduit à chaque démarche de cette façon, raconte M. Charles Edmond (Choïeski), un des exécuteurs testamentaires de Louis Blanc, il enregistrait un jour une déception de plus, lorsque, à la sortie des bureaux du National, dans la cour même de la maison de la rue du Croissant, ses yeux s'arrêtèrent sur une enseigne qui portait les mots : « Le Bon Sens, journal politique quotidien. »

Louis Blanc résolut d'aller droit aux directeurs du journal, sans autre lettre d'introduction qu'un article destiné à montrer ce dont il était capable. Le Bon Sens était, à cette époque, dirigé conjointement par deux hommes fort différents l'un de l'autre, Cauchois-Lemaire, esprit très fin, très délié, très défiant, et Rodde, franche et robuste nature, athlète au physique, et au moral le plus bienveillant des hommes. Louis Blanc les trouva ensemble, et comme il tendait modestement l'article qu'il avait apporté, Cauchois-Lemaire se mit à sourire dédaigneusement, se contentant de dire :

« Nous avons plus de collaborateurs qu'il ne nous en faut. »

Et Louis Blanc se retira fort confus et regrettant amèrement de s'être exposé à cette déception nouvelle, lorsque d'un geste brusque Rodde l'arrêta, lui prit l'article des mains, y jeta les yeux et s'écria :

« Mais comment ? c'est excellent, cela ! Est-ce vous, jeune homme, qui êtes l'auteur de ce travail ?
- Parfaitement, monsieur, et vous verrez bientôt si je suis à même d'en écrire de pareils, au cas où il vous plairait de m'admettre au nombre de vos collaborateurs.

- Eh bien, je vous admets, moi, et je suis sûr que Cauchois-Lemaire m'en remerciera demain... »
Rodde n'eut qu'à s'applaudir de sa confiance : la collaboration de Louis Blanc apporta au journal un nouveau et puissant ressort. En même temps la réputation commençait pour le jeune écrivain. Armand Carrel lui fit bientôt demander une série de travaux pour le National ; alors Louis Blanc, profitant de la publication d'un ouvrage de Claudon sur le XVIIIe siècle, présenta à Carrel une étude sur les philosophes de cette période. Carrel l'inséra sans y rien changer, bien que les opinions exprimées par l'auteur fussent tout le contraire des siennes : Voltaire, le dieu du jour, était traité presque en adversaire de la démocratie, tandis que Rousseau était exalté, comme l'ami du peuple et son vrai représentant par ses écrits et par ses souffrances. Après la retraite de Cauchois-Lemaire et la mort de Rodde, Louis Blanc partagea avec M. Maillefer la direction du Bon Sens. Il l'abandonna en 1838, par suite d'un dissentiment avec les propriétaires du journal au sujet du rachat des chemins de fer, dont Louis Blanc se déclara partisan ; il fonda alors la Revue du progrès, où l'on remarqua beaucoup un article consacré à la critique des Idées napoléoniennes, que venait de publier Louis Bonaparte.
« Vous nous proposez, s'écriait Louis Blanc en termes de conclusion, ce qui fut l'oeuvre de votre oncle, moins la guerre ? Ah ! monsieur ! Mais c'est le despotisme, moins la gloire ; c'est la cour sur nos têtes, moins l'Europe à nos pieds ; c'est l'empire, moins l'empereur ! »

Une tentative mystérieuse, et qui n'a jamais pu être expliquée, suivit de près cette polémique. Le 19 août 1839, la nuit, dans la rue Louis-le-Grand, on relevait Louis Blanc, étendu sans connaissance, à moitié assommé. Rétabli, il reprit sa tâche et publia son premier livre : l'Organisation du travail (1839), où ses idées socialistes sont méthodiquement exposées. Le but de l'auteur est « l'amélioration morale et matérielle du sort de tous par le libre concours de tous et leur fraternelle association ». Comme moyen, il proposait un vaste système d'association entre les travailleurs solidarisés et commandités par l'Etat au moyen d'un budget spécial, dont il indiquait les éléments et pour l'application duquel il réclamait la création d'un ministère du travail.
L'idée d'une grande étude sur les événements contemporains s'empara ensuite de l'esprit de Louis Blanc. Il compulsa les documents, consulta les témoins, contrôla leurs dépositions, accumula les matériaux, et bientôt le public se disputait les premiers exemplaires de l'Histoire de dix ans, dont le succès littéraire, historique et politique fut considérable. Louis Blanc avait eu cette bonne fortune de trouver les principaux acteurs du temps disposés à lui ouvrir leurs cartons, à lui faire part de leurs souvenirs, à laisser échapper devant lui leurs secrets. C'est ainsi qu'il recueillit de la bouche même de M. Dupanloup, confesseur in articulo mortis de Talleyrand, le fameux mot « déjà ! » qu'arracha à Louis-Philippe cette plainte du mourant : Je souffre comme un damné ! C'est ainsi encore qu'il dut à huit jours d'hospitalité que l'accoucheur de la duchesse de Berry lui offrit à Nogent-le-Rotrou, communication d'un manuscrit où celui-ci avait consigné jour par jour, heure par heure, tout ce qui s'était passé dans la citadelle de Blaye pendant que la duchesse y était prisonnière. Thiers, Guizot, Dupont (de l'Eure), Laffitte, d'Argout, Mortemart, Molé et beaucoup d'autres personnages politiques apportèrent à l'historien leur contingent de documents et de révélations. Bientôt Louis Blanc concevait le plan d'une nouvelle Histoire de la Révolution française ; le premier volume parut en 1847 ; l'œuvre ne devait être achevée que dans l'exil. En 1846, il avait décliné la candidature que lui offraient les électeurs radicaux de Villefranche. C'est en dehors du Parlement que, jusqu'à la révolution de Février, il propagea ses idées de rénovation politique et sociale. Rédacteur de la Réforme, organe de la fraction extrême du parti républicain, il commença par improuver, de même que tous ses amis politiques, la campagne des banquets ; puis il s'y rallia, avec Ledru-Rollin, et se rendit au banquet de Dijon, où il prononça un discours, menace et prophétie à la fois.

Les événements de Février éclatèrent ; Louis Blanc, porté au pouvoir par l'acclamation populaire, fit partie du gouvernement provisoire. Avec l'ouvrier Albert (v. ce nom), il représentait dans le conseil du gouvernement l'élément démocratique le plus avancé, et particulièrement les doctrines sociales dont il avait donné la formule : De chacun suivant ses facultés ; à chacun selon ses besoins. Il se trouva presque aussitôt en contradiction, pour ainsi dire permanente, avec la plupart de ses collègues, par exemple avec Lamartine, bien qu'il se fût flatté de vivre, politiquement, en bonne harmonie avec lui, et qu'il lui eût dit : « Nous sommes l'un et l'autre dans cette situation singulière que vous êtes responsable du progrès et que je suis responsable de l'ordre. » Il obtint cependant de la majorité l'abolition de la peine de mort en matière politique, ainsi que la création d'une « commission de gouvernement pour les travailleurs », dont il fut nommé le président, et qui siégea au Luxembourg, sur les bancs vides des pairs. Là furent discutées par un grand nombre d'orateurs, philosophes, publicistes, ouvriers, les questions sociales qui passionnaient alors l'opinion. Mais Louis Blanc, qui avait demandé sans succès l'adoption officielle du drapeau rouge par la République, devint tout à fait suspect à ses collègues modérés à cause de l'enthousiasme dont il fut personnellement l'objet de la part des manifestants du 17 mars : la « promenade des 200 000 hommes » fut une véritable invitation à la dictature qui lui était adressée par le prolétariat et le socialisme. Il n'en voulut pas profiter. Quant aux fameux « ateliers nationaux », dont la fondation et la responsabilité furent si souvent attribuées à Louis Blanc, il est avéré qu'ils furent l'oeuvre de Marie, son adversaire déclaré, qui en confia la direction à M. Emile Thomas.
Elu représentant du peuple à l'Assemblée constituante par la Seine et par la Corse, il vit son élection en Corse annulée pour irrégularités dans les opérations du scrutin, resta représentant de la Seine, avec 121 140 voix (267 888 votants et 399 191 inscrit), et s'assit à la Montagne avec Barbès. L'Assemblée l'ayant écarté du gouvernement en ne le nommant pas membre de la commission exécutive, il donna sa démission de président de la commission pour les travailleurs, et demanda, mais sans succès, à l'Assemblée, de substituer à cette commission devenue sans objet un ministère du travail et du progrès. Il vota, le 26 mai, contre le bannissement de la famille d'Orléans et prit la parole pour s'opposer à l'exclusion du prince Louis-Napoléon, avec qui il avait eu naguère, au fort de Ham, une curieuse entrevue qu'il a lui-même racontée ; il proposa, pour parer au danger des prétendants, d'inscrire dans la future constitution cette phrase : « La République française n'a pas de président. » Il vota encore contre le rétablissement du cautionnement des journaux, et se prononça le 7 juin 1848, contre la loi sur les attroupements ; le 28 juillet, contre le décret sur les clubs.

La dernière séance à laquelle il assista fut la célèbre séance de nuit du 26 août, dans laquelle l'Assemblée, par 504 voix contre 252, accorda au procureur général Portalis l'autorisation de le poursuivre, à raison de l'attentat du 15 mai. Une première fois déjà, une pareille proposition avait été présentée, appuyée par Jules Favre, rapporteur, mais rejetée par 369 voix contre 337. Le 26 août, la discussion fut longue, passionnée ; Louis Blanc se défendit à la tribune et discuta un à un tous les griefs du rapport. Le principal, c'était la part qu'on l'accusait d'avoir prise à l'envahissement de l'Assemblée dans la journée du 15 mai. Louis Blanc s'efforça, en pure perte, de démontrer qu'il avait été opposé personnellement à ce mouvement ; que s'il avait pris ce jour-là la parole dans l'Assemblée envahie, il l'avait fait sur la prière instante du président Buchez, et uniquement pour calmer le peuple que s'il avait été porté en triomphe par les envahisseurs, c'était malgré ses protestations... À la fin de la séance, les amis de Louis Blanc l'entourèrent et le conjurèrent de se dérober à l'arrestation. Il accepta l'asile que lui offrait un représentant, adversaire de ses opinions, M. d'Aragon, chez qui MM. Duclerc et Félix Pyat vinrent le chercher pour l'accompagner jusqu'à Saint-Denis. Là il prit le chemin du fer et put gagner la Belgique. Arrêté à Gand et emprisonné, il fut relâché le lendemain et se réfugia définitivement en Angleterre, où il continua et acheva, à l'aide de précieux documents inédits, trouvés au British Museum, la publication de sa remarquable Histoire de la Révolution française. Il refusa de comparaître devant une juridiction exceptionnelle, et la Haute Cour de Bourges le condamna par contumace à la déportation.
Pendant ses deux premières années d'exil, Louis Blanc publia un journal mensuel, le Nouveau Monde, qu'il rédigeait seul, et dans lequel il exposa ses théories sur l'intégrité du suffrage universel, contre l'institution d'une seconde Chambre et d'une présidence de la République; il y protesta aussi contre l'accusation d'avoir créé les ateliers nationaux, « organisés et dirigés non seulement sans lui, mais contre lui » et eut d'ardentes polémiques avec Proudhon, dont le système économique était si opposé au sien. Il publia aussi, en anglais et en français, la réfutation d'un pamphlet de lord Normanby, ancien ambassadeur d'Angleterre ; cette réfutation devint l'Histoire de la Révolution de 1848. En 1857, il fournit pendant six mois une correspondance de Londres au Courrier de Paris sous le pseudonyme de Weller ; il envoya dans la suite quelques lettres à l'Etoile belge, et enfin, lorsque le Temps fut fondé (1862), il en devint le correspondant et y publia une longue série de Lettres sur l'Angleterre. Vers la fin de l'Empire, il refusa les offres de candidature au Corps législatif que lui adressa la démocratie radicale de Paris, et prit rang parmi les inassermentés. Il donna alors au Rappel un certain nombre d'articles qui ont été réunis, ainsi que plusieurs de ses travaux politiques antérieurs, sous le titre de Questions d'aujourd'hui et de demain. Le 25 octobre 1865, Louis Blanc avait épousé, à Brighton, Mlle Christina Groh, qui mourut à Paris le 21 avril 1876 (Victor Hugo fit un discours sur sa tombe).
Dès qu'il connut la proclamation de la République de 1870, Louis Blanc accourut à Paris. Il observa pendant le siège une attitude très réservée, évitant presque de se mêler de politique, et fut étranger au mouvement du 31 octobre, bien qu'il désapprouvât la conduite du gouvernement de la Défense nationale. Quelques jours avant l'investissement, il avait été chargé d'une mission pacifique auprès du ministère Gladstone ; mais le refus de sauf-conduit par l'état-major prussien en empêcha la réalisation. À la fin de décembre, il écrivait à Victor Hugo une lettre rendue publique, pour inviter la population à une résistance énergique et à un suprême effort.

Le 8 février 1871, Louis Blanc fut élu, le 1er sur 43, représentant de la Seine à l'Assemblée nationale, par 216 530 voix (328 970 votants, 547 858 inscrits.) Il se rendit à Bordeaux, et siégea à l'extrême gauche de l'Assemblée nationale ; son premier discours fut consacré à la défense de Paris, où il supplia vainement l'Assemblée de venir siéger. Lors de l'insurrection du 18 mars, il se tint à l'écart du mouvement communaliste, s'efforça, avec Quinet, Schœlcher, etc., de concilier Paris et Versailles, et ne donna pas sa démission de représentant. Ses amis lui reprochèrent, plus tard, d'avoir, au moment de la répression de la Commune, voté les remerciements à l'armée de Versailles proposés par M. Cochery (voir ce nom). Il s'en est défendu dans une lettre à M. Charles Edmond :

« Je crois, sans pouvoir toutefois l'affirmer, puisque les noms ne se trouvent pas au Journal officiel, que la proposition Cochery ne fut votée par aucun des membres, fort peu nombreux, hélas ! qui composaient alors l'extrême gauche, mais elle ne le fut certainement ni par moi, ni par Edgar Quinet et Peyrat, qui siégeaient à mes côtés, et qui, pendant toute la durée de l'Assemblée nationale, ont invariablement agi et voté d'accord avec moi. Et comment aurions-nous pu nous associer à une victoire remportée par des Français sur des Français, nous qui n'avions cessé un seul instant de manifester l'affreuse douleur dont le spectacle de cette guerre civile remplissait notre âme ?... etc. »

À l'Assemblée nationale, Louis Blanc prononça de très nombreux discours, préparés avec soin et débités avec un art consommé, parmi lesquels on peut citer ceux qu'il fit en faveur des pétitions dissolutionnistes, contre la loi relative à l'Internationale, la loi des Trente, la loi des maires, le projet de loi électorale politique, etc. ; ce dernier fut regardé généralement comme le plus remarquable de tous. « La marque distinctive de son éloquence lettrée, a écrit M. Jules Claretie est une sorte d'onction qui la fait ressembler à quelque oraison religieuse autant qu'au discours d'un tribun. » Président de l'Union républicaine (extrême-gauche), dans les derniers mois de la législature, il se sépara cependant, avec M. Peyrat et Marcou, de la presque unanimité de ses amis politiques, empressés à voter la Constitution de 1875. Il s'abstint, en effet, de prendre part au vote sur « l'ensemble des lois constitutionnelles. »

En 1876, il fut porté comme candidat au Sénat, mais déjà malade et ne pouvant prendre la parole dans les réunions préparatoires, il subit un échec. Il prit sa revanche aux élections pour la Chambre des députés, où il entra, le 20 février, comme l'élu du 13e arrondissement de Paris, avec 6 938 voix contre 1 355 à M. Perron ; de la 1re circonscription de Saint-Denis, avec 8 386 voix ; enfin du 5e arrondissement de Paris, pour lequel il opta (9 809 voix, sur 15 693 votants et 20 248 inscrits, contre MM. Delacour, 3 890, et Galloni d'Istria 1 572). À cette époque, il entreprit la publication d'un journal quotidien, l'Homme libre, organe de la politique « intransigeante » et antiopportuniste, qui ne vécut que quelques mois.

Adversaire du gouvernement du Seize-Mai, Louis Blanc fut, comme président de l'extrême gauche, un des auteurs du fameux ordre du jour des 363, et, réélu le 14 octobre 1877 dans le 5e arrondissement par 12 333 voix (15 851 votants, 20,175 inscrits), il reprit sa place à l'avant-garde du parti républicain, et devint, dans la législature de 1877-1881, en dehors de l'influence de Gambetta et de M. Clemenceau, le véritable chef d'une minorité, d'ailleurs très faible, toujours prête à se compter sur les questions de principes, et se refusant, avant comme après le remplacement du maréchal de Mac-Mahon, aux transactions et aux « atermoiements » de la politique gouvernementale. C'est ainsi qu'il présenta et soutint en 1879, devant la Chambre des députés, en faveur des condamnés de la Commune, un projet d'amnistie plénière que Victor Hugo, de son côté, s'était chargé de porter devant le Sénat. Louis Blanc qui vota en toutes circonstances avec la fraction la plus avancée de l'extrême gauche, pour l'adoption de chacun des articles du programme radical socialiste, liberté absolue de la presse, droit illimité de réunion et d'association, séparation de l'Eglise et de l'Etat, etc., prit plusieurs fois la parole pour porter à la tribune ces revendications. Président de la commission qui élabora (1881) la loi nouvelle sur le droit de réunion, il demanda qu'une seule et même loi prononçât l'abrogation de toutes les dispositions antérieures restreignant l'exercice du droit de se réunir et de s'associer. À ce sujet, les opportunistes lui reprochèrent, une fois de plus, de préconiser la politique du tout ou rien. Louis Blanc intervint de sa personne chaque fois que la question de l'amnistie se représenta et soutint, à plusieurs reprises, une proposition dont il était l'auteur en faveur de l'abolition de la peine de mort. En 1879, il fit une tournée politique dans le midi de la France et prononça à Marseille et à Montpellier, sur les questions politiques et sur la question sociale, des discours qui eurent un grand retentissement.

Réélu encore le 21 août 1881 par la 1re circonscription du 5e arrondissement, avec 6 837 voix sur 8 540 votants et 12 116 inscrits, Louis Blanc, dont l'état de santé s'était fort affaibli, ne prit plus, jusqu'à sa mort, qu'une faible part aux discussions parlementaires. Toutefois, il ne s'était pas désintéressé de la lutte, et ne pouvant plus assister régulièrement aux séances de la Chambre, il adressait aux électeurs, sur les sujets les plus importants du moment, de longues lettres que reproduisaient les journaux.

Il mourut à Cannes, où il s'était retiré sur les instances de ses amis. Le conseil municipal de cette ville prit l'initiative de ses funérailles, qui furent célébrées à Paris aux frais de l'Etat. Louis Blanc, dont le rôle politique a donné matière à de si violentes discussions, était personnellement estimé de ses adversaires autant que de ses amis. M. Ed. Scherer, qui ne partageait aucune de ses opinions, écrivit dans le Temps du 11 décembre : « J'indiquerai un trait qui domine, pour ainsi parler, tous les autres, en constatant la noblesse et la pureté de l'image que ce tribun du peuple, mêlé à tant de passions d'intrigues et d'événements, laisse dans le souvenir de ceux qui l'ont connu. »


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