Edgar, Jean, Louis Quinet

1803 - 1875

Informations générales
  • Né le 17 février 1803 à Bourg-en-bresse (Ain - France)
  • Décédé le 27 mars 1875 à Versailles (Yvelines - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 26 mai 1849
Département
Ain
Groupe
Gauche
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 13 mai 1849 au 2 décembre 1851
Département
Ain
Groupe
Gauche
Régime politique
Assemblée Nationale
Législature
Mandat
Du 8 février 1871 au 27 mars 1875
Département
Seine
Groupe
Extrême-gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant en 1848, en 1849 et en 1871, né à Bourg (Ain) le 17 février 1803, mort à Versailles (Seine-et-Oise) le 27 mars 1875, fils de Jérôme Quinet, commissaire des guerres sous le premier Empire, il appartenait à une vieille famille de la Bresse, dont plusieurs membres furent des magistrats distingués.

Il avait trois ans quand sa mère l'emmena rejoindre son père, alors attaché à l'armée du Rhin. Il vécut pendant de longs mois au milieu des soldats, revint en Bresse au commencement de 1807, et reçut de sa mère des leçons qui influèrent beaucoup sur son développement moral et intellectuel. En 1811, le jeune Edgar Quinet entra au collège de Charolles, où il eut pour maîtres un ancien capitaine de dragons, un vieux prêtre délié de ses vœux et marié, et un professeur de musique qui lui fit chanter la Marseillaise. Mis au collège de Bourg à la fin de 1815, il termina ses études au lycée de Lyon. Admissible aux examens de l'Ecole polytechnique, il refusa de suivre une carrière qui l'eût obligé à servir le drapeau blanc. Alors il commença son droit, l'interrompit pour travailler chez un banquier, le reprit ensuite, et débuta dans la vie littéraire par une œuvre satirique, les Tablettes du Juif-Errant (1823).

Son amour de la science le conduisit en Allemagne, à Heidelberg. A son retour il publia une traduction des Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité de Herder, dont les opinions l'avaient séduit. Le jeune philosophe présenta son œuvre à Cousin, qui la reçut avec bienveillance. Il se lia avec Michelet, connut les philosophes et historiens allemands ; Niebuhr, Schlegel, Tieck, Uhland, Creutzer, et publia un opuscule : l'Origine des dieux, qui contient en germe le Génie des religions.

Cette même année, Quinet écrivit au chef du cabinet, M. de Martignac, pour lui demander d'adjoindre à l'armée envoyée en Morée au secours des Grecs une expédition scientifique sur le plan de celle d'Egypte. Cette idée ayant été adoptée, il fut élu par l'Institut membre de la commission scientifique de Morée, et il partit. La relation de son voyage parut sous ce titre : De la Grèce moderne et de ses rapports avec l'antiquité (1830). Partisan enthousiaste de la révolution de Juillet, il se jeta avec ardeur dans le mouvement contemporain, et par plusieurs brochures : De la démocratie dans ses rapports avec l'histoire politique, l'Allemagne et la Révolution, avertissement à la monarchie de 1830, affirma ses opinions républicaines, et prédit l'avènement prochain de la démocratie. En même temps, il donnait à la Revue des Deux-Mondes nombre de travaux littéraires et scientifiques, retrouvait les épopées inédites du XIIe siècle, et publiait dans l'Avenir, de Lamennais, de volumineux rapports sur ses fouilles littéraires.

Après la mort de son père, de 1832 à 1833, Quinet fit un voyage en Italie. C'est là qu'en étudiant les monuments, les hommes, les mœurs, la religion et les révolutions à Venise, à Florence, à Rome, à Naples, il finit Ahasverus, poème allégorique en prose qui tend à peindre « l'esprit enfiévré cherchant à travers l'ombre le soleil qui va venir », et « l'humanité sourdement travaillée dans ses entrailles comme si elle allait enfanter un Dieu. » Ce genre de poésie mystique n'eut pas un succès général. Cependant d'innombrables articles, publiés pendant le règne de Louis-Philippe dans les revues, dans les journaux et en brochures, attestèrent l'activité infatigable de l'esprit de Quinet et la part qu'il prit à toutes les manifestations de la pensée en France. Une conviction traverse et pénètre toutes ces œuvres passagères : c'est que l'esprit moderne a besoin d'unir et de concentrer toutes ses forces pour sortir définitivement du moyen âge « ce grand tombeau. » Quinet rendit hommage à la mémoire de Goethe et combattit à la fois la gallomanie et la teutomanie. Il se maria en Allemagne (1833), passa quelque temps à Heidelberg et à Baden-Baden, puis vint faire imprimer à Paris son poème intitulé Napoléon (1836), où il peignit, suivant sa propre expression, « un héros plus grand que nature, plus noble qu'il n'a été en effet. »

Travailleur d'une rare puissance, Quinet touchait à toutes les questions. Son Prométhée, « un vrai prophète du Christ au sein de l'antiquité païenne », son Histoire de la poésie épique (1836-1837), son Examen de la vie de Jésus de Strauss (1838), datent de ce moment. Il couronna cette période purement littéraire de son existence par deux thèses soutenues à Strasbourg, l'une sur l'Art, l'autre de Indicœ poesis antiquissimœ natura et indole (1839).

C'est à la fin de 1838 qu'il avait quitté sa résidence de Heidelberg pour entrer dans l'enseignement public. Nommé professeur de la littérature étrangère à Lyon par M. de Salvandy, il y fit, de 1838 à 1842, des leçons sur les civilisations antiques, qui obtinrent un grand succès. Mais il ne se désintéressait pas des questions actuelles. Sa brochure : Avertissement au pays (1841), déplorait, à propos de la guerre d'Orient, la scission de la bourgeoisie et du prolétariat, et demandait l'abolition des traités de 1815. Malgré les tendances républicaines du publiciste, Villemain créa tout exprès pour lui une chaire de littérature méridionale au Collège de France (28 juillet 1841) : c'était le temps des querelles suscitées par la liberté d'enseignement. De concert avec Michelet, Edgar Quinet soutint énergiquement dans plusieurs écrits la cause de la pensée libre. Ses leçons sur les Jésuites furent de vraies batailles (1843) : le cours de 1844 roula sur l'ultramontanisme, celui de 1845 sur le christianisme et la Révolution française. Alors le gouvernement s'inquiéta et voulut intervenir : il imposa au professeur un programme que celui-ci refusa d'accepter (8 avril 1846). Quinet continua de faire de sa chaire une tribune d'où il répandait parmi la jeunesse l'enseignement révolutionnaire. Mais le pouvoir lui retira la parole, malgré les vives protestations des étudiants et des journaux de l'opposition.

Le professeur consacra ses loisirs forcés à visiter l'Espagne. A son retour, il publia ses impressions, ainsi qu'une partie de ses anciens cours, sous ce titre : Mes vacances en Espagne ; le Christianisme et la Révolution française (1846).

Ardent, plus que jamais, à combattre la réaction politique et religieuse, il fut porté comme candidat à la députation, le 1er août 1846, par l'opposition radicale, dans le 2e collège de l'Ain (Bourg); mais il n'obtint que 65 voix contre 152 à l'élu, M. Leroy de la Tournelle. Il eut une part active à l'agitation réformiste, prit les armes en février, et ne les quitta que pour inaugurer la République au Collège de France, « dans la chaire d'un lecteur du roi. » La salle du Collège de France se trouvant trop étroite, il dut transporter son cours dans le grand amphithéâtre et dans la vaste cour de la Sorbonne.

Nommé colonel de la 11e légion de la garde nationale de Paris, il fut élu, le 23 avril 1848, représentant de l'Ain à l'Assemblée Constituante, le 4e sur 9, par 55,268 voix. Il s'assit à gauche, fit partie du comité des affaires étrangères, prit rarement la parole, et vota :

- contre le rétablissement du cautionnement,
- contre les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière,
- contre le rétablissement de la contrainte par corps,
- pour l'abolition de la peine de mort,
- pour l'amendement Grévy,
- pour l'abolition du remplacement militaire,
- contre le droit au travail,
- pour l'ensemble de la Constitution,
- pour l'ordre du jour en l'honneur de Cavaignac,
- contre la proposition Rateau,
- contre l'interdiction des clubs,
- contre l'expédition romaine,
- pour l'amnistie des transportés.

Il s'attacha à étudier les questions du moment dans ses brochures sur la Croisade autrichienne, française, napolitaine, espagnole, contre la République romaine (1849), sur l'Enseignement du peuple (1850), l'Etat de siège (1850), la Révision (1851).

Réélu, le 13 mai 1849, représentant de l'Ain à l'Assemblée législative, le 3e sur 8, par 51,944 voix (82 754 votants, 102 031 inscrits), il combattit les actes du gouvernement présidentiel de Louis-Napoléon Bonaparte, se prononça contre l'expédition de Rome, contre la loi Falloux-Parieu sur l'enseignement, contre la loi restrictive du suffrage universel, réclama, après les revues de Satory, la mise en accusation du président, protesta contre le coup d'Etat, et fut nominativement expulsé de France par le décret du 9 janvier 1852.

Il se réfugia d’abord à Bruxelles, où il épousa une jeune veuve moldave, la fille du poète Assaki. Retiré plus tard à Veytaux, en Suisse, il ne profita ni de l'amnistie de 1859, ni de celle de 1869, et consacra ses heures d'exil à de nombreux ouvrages : Les Révolutions d'Italie (1852), l'Histoire de la fondation des Provinces unies (1854), l'Histoire de mes idées (1858), la Campagne de 1815 (1862), Pologne et Rome (1863), la Révolution (1865), Critique de la Révolution, où il blâme ouvertement la condamnation de Louis XVI en 1793 ; France et Allemagne (1867), la Question romaine devant l'histoire (1867), etc.

Aux élections législatives de 1869, il déclina la candidature qui lui fut offerte dans une des circonscriptions de Paris. En septembre 1870, il adressa aux Allemands qui envahissaient la France un généreux et vain appel à la fraternité des peuples, et se rendit à Paris, où il publia dans le Siècle des articles très remarqués sur la politique impitoyable de M. de Bismarck et de « ses doucereux Vandales ». Un décret du 17 novembre 1870 lui avait rendu son titre de professeur de langues et de littératures méridionales au Collège de France ; mais les circonstances ne lui permirent pas de rouvrir son cours.

Elu, le 8 février 1871, représentant de la Seine à l'Assemblée nationale, le 5e sur 43, par 199 472 voix (328 970 votants, 547 858 inscrits), il prononça le 1er mars, à Bordeaux, un remarquable discours contre les préliminaires de paix, « car c'est, dit-il, la guerre à perpétuité sous le masque de la paix », et devint à Versailles, avec Louis Blanc et Peyrat, un des inspirateurs théoriques du groupe parlementaire de l'extrême gauche. En mai 1871, il proposa d'apporter des modifications au fonctionnement du suffrage universel, voulant que les villes eussent une représentation distincte de celle des campagnes; mais sa proposition ne fut appuyée que par 23 voix. Quelques mois plus tard, il déposa une motion tendant à la dissolution de l'Assemblée.
Depuis lors, il ne parla plus dans les séances publiques ; mais il s'associa à divers manifestes de l'extrême gauche, notamment à celui du 13 juin 1871, et se mit fréquemment en communication avec le public et ses électeurs par des lettres publiées dans les journaux. Le 7 février 1873, il écrivit à Garibaldi pour protester contre « les allégations d'hommes qui, ne pouvant le comprendre, ont encore une fois cherché à ternir sa gloire ». Edgar Quinet se prononça:

- contre le pouvoir constituant de l'Assemblée,
- contre la chute de Thiers au 24 mai,
- contre le septennat, l'état de siège, la loi des maires,
- contre le ministère de Broglie,
- et se déclara opposé, avec un petit nombre d'amis, au vote de la Constitution de février 1875.

Il mourut à Versailles le 27 mars suivant, après avoir publié encore trois ouvrages : Le siège de Paris et la défense nationale (1871), la République (1872), et l'Esprit nouveau.

Philosophe hardi, politique passionnément épris de liberté, écrivain éloquent, chaleureux, poétique, Edgar Quinet fut un des plus grands remueurs d'idées du XIXe siècle. Sa femme, Mme Quinet, née Assaki, s'est fait connaître aussi par quelques ouvrages intéressants ; à la mort de son mari, elle a reçu de l'Etat une pension de 3 000 fr.


Retour haut de page