Eugène, Louis Cavaignac

1802 - 1857

Informations générales
  • Né le 15 octobre 1802 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 28 octobre 1857 à Le mans (Sarthe - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 26 mai 1849
Département
Lot
Groupe
Cavaignac
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 13 mai 1849 au 2 décembre 1851
Département
Lot
Groupe
Droite
Régime politique
Second Empire - Corps législatif
Législature
Ire législature
Mandat
Du 29 février 1852 au 30 mars 1852
Département
Seine
Groupe
Opposition
Régime politique
Second Empire - Corps législatif
Législature
IIe législature
Mandat
Du 5 juillet 1857 au 28 octobre 1857
Département
Seine
Groupe
Opposition

Gouvernement

Chef du Gouvernement
du 28 juin 1848 au 19 décembre 1848

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant aux Assemblées constituante et législative de 1848-49, chef du pouvoir exécutif, député au Corps législatif en 1852 et en 1857, né à Paris, le 15 octobre 1802, mort au Mans le 28 octobre 1857, il était le fils cadet du conventionnel Cavaignac (v. ce nom), et de Julie-Marie Olivier de Corancez. Le fils aîné était Godefroy Cavaignac (1801-1845) dont le rôle, au milieu des luttes politiques de son temps, fut honoré même de ses adversaires.

Louis-Eugène Cavaignac entra à l'Ecole polytechnique en 1820, et en sortit deux ans après pour passer à l'Ecole d'application de Metz ; puis, il fut admis en qualité de sous-lieutenant dans le 2e régiment du génie. Lieutenant en 1826, il fit (1828 et 1829) la campagne de Morée. Il se trouvait en garnison à Arras quand on y reçut la nouvelle de la révolution de juillet 1830. Il adhéra un des premiers au mouvement, et fut nommé capitaine le 1er octobre 1830. Mais partageant bientôt le mécontentement de son frère Godefroy et du parti républicain, il devint dès le début du règne un officier de l'opposition. Son colonel lui ayant, à la suite de quelques questions écrites sur ses projets de conduite, adressé l'interpellation suivante : « Si le régiment avait à se battre contre les républicains, vous battriez-vous ? » Il répondit : « Non » . « Il est à regretter observe un biographe, qu'en 1848, M. Cavaignac ait oublié la réponse faite à son colonel en 1830. » Cette déclaration détermina le ministre de la guerre à l'envoyer à l'armée d'Afrique, où Eugène Cavaignac ne tarda pas à se distinguer par des qualités militaires de premier ordre « Ceux qui ont connu le général Cavaignac sur le champ de bataille, savent, a écrit M. Hipp. Castille, quelle intelligence et quelle énergie il déployait dans l'action. » À Oran (1833), à Mascara (1834), à Tlemcen (1836), il étonna par son flegme inaltérable des généraux comme le maréchal Bugeaud, qui fournit cette note sur le compte de son subordonné : « Eugène Cavaignac est un officier instruit, ardent, susceptible d'un grand dévouement, qui, joint à sa haute capacité, le rend propre aux grandes choses et lui assure de l'avenir, si sa santé n'y met obstacle. »

Après avoir passé dix-huit mois avec une poignée d'hommes dans Tlemcen, où l'avait laissé le maréchal Clauzel, il eut la bonne fortune d'être promu chef de bataillon dans un corps essentiellement populaire, aux zouaves, le 4 avril 1837 ; il avait, a-t-on dit, refusé d'accepter ce grade tant qu'on n'aurait pas réparé l'oubli commis envers ses compagnons d'armes laissés sans avancement. Eugène Cavaignac prit alors une part brillante à divers combats. Jeté sans cesse dans des affaires d'avant et d'arrière-garde, il se battit durant douze jours à Cherchell, où il fut blessé le 29 avril 1840 ; puis on le retrouve à la retraite de Milianah, le 3 mai 1841, au passage des défilés de l'Oued-Fodda, etc.

À travers les péripéties de cette existence guerroyante, il avait été successivement nommé : le 21 juin 1840, lieutenant-colonel ; le 11 août 1841, colonel ; enfin le 16 septembre 1844, maréchal de camp.

La grande levée d'Abd-el-Kader proclamant la guerre sainte surprit le général au milieu de la colonisation d'Orléansville. Ce fut l'occasion d'une nouvelle guerre qui dura jusqu'au 30 mars 1846. Abd-el-Kader fait prisonnier, la guerre se calma. Cavaignac fut nommé, en remplacement de Lamoricière, au commandement de la province d'Oran : il s'y occupait, depuis deux mois, de donner une impulsion vigoureuse aux travaux de colonisation militaire, lorsque le bruit de la proclamation de la République à Paris se répandit en Afrique. Le général, dont les rapports avec le parti républicain étaient devenus plus rares et plus froids à mesure qu'il s'élevait dans les grades militaires, n'accueillit la nouvelle qu'avec une joie tempérée, bien que la République lui apportât sa nomination au grade de général de division, et au poste de gouverneur général de l'Algérie. En cette dernière qualité, il succédait au général Changarnier. Dans la proclamation qu'il adressa aux habitants de l'Algérie, Cavaignac attribua au souvenir de son frère la distinction dont il venait d'être l'objet ; puis son premier acte fut de faire enlever la statue du duc d'Orléans à Alger. Devant l'attitude hostile de la population orléaniste de l'Algérie, il la fit presque aussitôt replacer. À peu de temps de là, le 20 mars, le gouvernement provisoire nomma le général Cavaignac ministre de la guerre ; mais il refusa, par une lettre écrite d'Alger, le 27. Blessés de ce refus, les membres du Gouvernement répondirent en « enjoignant » au général, dans une réplique amère, de rester en Afrique.

Survinrent les élections à l'Assemblée constituante. Cavaignac y fut élu, le 23 août, représentant du Lot, le 1er sur 7, par 44,545 voix. Il siégea parmi les républicains très modérés, et vota avec la majorité, pour le rétablissement du cautionnement, pour les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière, contre l'abolition de la peine de mort, contre le droit au travail. Mais son rôle dans l'Assemblée, et au dehors, ne se borna pas à de simples votes. Le 17 mai, il acceptait ce qu'il avait refusé le 20 mars, et prenait le portefeuille de la guerre, avec le commandement en chef, précédemment confié au général Baraguay-d'Hilliers, des troupes chargées de protéger la représentation nationale.
La situation prépondérante que le général allait bientôt prendre dans la politique commença à se dessiner à la séance du 10 juin, à la suite de quelques mots prononcés par lui en réponse au représentant Heeckeren, à propos d'un régiment qui avait crié : Vive l'Empereur ! « Je voue à l'exécration publique, s'écria-t-il, quiconque osera jamais porter une main sacrilège sur la liberté du pays ! » De ce jour, un antagonisme se posait entre le général Cavaignac et le prince Louis-Napoléon. La commission exécutive était encore en fonctions. Mais Cavaignac autour duquel allait se presser une fraction considérable de la bourgeoisie, n'eut aucune peine à s'en débarrasser.

La crise violente déterminée par l'insurrection de juin ne permit pas à la commission de rester plus longtemps au pouvoir. Comme elle avait décidé d'en finir avec les ateliers nationaux, une députation d'ouvriers, conduite par Pujol, s'était rendue le 22 auprès d'elle, pour demander que le licenciement se fit moins soudainement ; elle ne put obtenir aucune satisfaction. Les ouvriers exaspérés se répandirent alors en tumulte dans Paris, puis se donnèrent rendez-vous pour le lendemain sur les barricades : « La révolution, avaient-ils dit, est à recommencer ! » Ce fut le prélude de la longue et terrible bataille qui, durant les journées des 23, 24 et 25 juin, ensanglanta Paris. Le 23, M. de Falloux monta à la tribune et lut, au nom de la commission des ateliers nationaux, le rapport concluant à leur dissolution immédiate.
L'insurrection se trouva aussitôt grossie de cent mille hommes; en quelques heures elle se rendit maîtresse de la moitié de Paris, et partout se dressèrent de formidables barricades. Plusieurs membres de la commission exécutive et Ledru-Rollin en particulier eussent souhaité qu'on prévînt l'insurrection générale et qu'on la gagnât de vitesse en s'opposant partout à la construction des barricades. Mais l'avis de Cavaignac (et il lui a été vivement reproché depuis) était tout différent. Concentrer les troupes, les masser autour de l'Assemblée, afin de la mettre hors de toute atteinte, même en cas de défaite ; laisser la garde nationale défendre, comme il le disait dédaigneusement, ses maisons et ses boutiques ; en aucun cas ne disséminer ses troupes; et si enfin l'armée ne pouvait tenir dans Paris, sortir des murs et livrer bataille en rase campagne, tel fut le plan stratégique qu'il exécuta fidèlement, après que toutes les forces militaires eurent été concentrées dans ses mains.

La répression fut sanglante et laborieuse. Ministre de la guerre et général en chef, Cavaignac y prit personnellement la part la plus active et la plus directe. Le 23, Lamoricière, pressé de toutes parts, vit la situation désespérée, et fit demander du renfort. Cavaignac lui-même se mit en marche, et, avec sa colonne, se dirigea par le boulevard vers la rue Saint-Maur. Là il se trouva en présence d'une barricade dont les assises étaient formées de six rangs de pavés : elle s'élevait à la hauteur d'un premier étage et formait une véritable redoute défendue par une centaine d'hommes environ. Trois assauts successifs tentés par les sept bataillons qui composaient la colonne, n'eurent d'autre effet que de couvrir les trottoirs de cadavres. Vainement, Cavaignac fit avancer le canon ; vainement il essaya de tourner la barricade par les rues latérales. Les heures passaient, les munitions s'épuisaient. Ce ne fut qu'après une lutte de près de cinq heures que la barricade fut enfin prise. Le 24, l'insurrection était encore en progrès ; elle prit l'offensive, et cerna l'Hôtel-de-Ville.

C'est alors que les républicains modérés de l'Assemblée, d'accord avec la droite, décidèrent de conférer au général Cavaignac le pouvoir exécutif : la « réunion de la rue de Poitiers » s'étant entendue avec la « réunion du Palais national », la commission exécutive fut obligée de se retirer devant un vote conforme de l'Assemblée ; en même temps l'état de siège était décrété, le tout sur la proposition de M. Pascal Duprat.

Investi du pouvoir suprême, le général n'eut qu'à compléter les mesures qu'il avait prises comme ministre de la Guerre. Il maintint son quartier général à l'Assemblée, sa réserve sur la place de la Concorde, fit demander des renforts aux départements, enfin, publia trois proclamations, l'une, qui s'adressait, au nom de l'Assemblée, aux ouvriers, l'autre, en son propre nom, à la garde nationale, la troisième à 1'armée. Entre les mains du général Cavaignac, l'état de siège prit la plus grande extension. En moins de vingt-quatre heures, il suspendit onze journaux, tandis que le combat continuait dans les rues de Paris et que le général poursuivait son oeuvre de répression, qui lui valut d'enthousiastes félicitations, des malédictions furieuses, et les actions de grâces de la majorité de l'Assemblée. Dans une de ses proclamations, le chef du pouvoir exécutif avait dit aux combattants des barricades : « Citoyens, vous croyez vous battre dans l'intérêt des ouvriers, c'est contre eux que vous combattez, c'est sur eux seuls que retombera le sang versé. Si une pareille lutte pouvait se prolonger, il faudrait désespérer de l'avenir de la République, dont vous voulez tous assurer le triomphe irrévocable. Au nom de la patrie ensanglantée, au nom de la République que vous allez perdre, au nom du travail que vous demandez et qu'on ne vous a jamais refusé, trompez les espérances de nos ennemis communs, mettez bas vos armes fratricides, et comptez que le gouvernement, s'il n'ignore pas que dans vos rangs il y a des instigateurs criminels, sait aussi qu'il s'y trouve des frères qui ne sont qu'égarés et qu'il appelle dans les bras de la patrie... »

Plus de 25 000 personnes furent arrêtés pendant les quatre journées de combat et dans les jours qui suivirent. Dès le 27, le général Cavaignac ordonna de traduire les prisonniers devant les conseils de guerre, mais en réalité, ceux que l'on considéra comme les chefs de l'insurrection furent seuls déférés à cette juridiction ; les autres détenus, sur la demande de Cavaignac, furent soumis à la transportation. En apprenant à l'Assemblée la fin du combat, il annonça aussi l'intention de déposer les pouvoirs extraordinaires dont il avait été temporairement investi. C'est ce qu'il fit le 28, à l'ouverture de la séance. Mais 1'Assemblée le confirma aussitôt dans les fonctions de chef du pouvoir exécutif, et le nomma président du conseil des ministres, ayant le droit de choisir ses collaborateurs.

Le général Cavaignac bénéficia, du 28 juin au 20 décembre, de cette sorte de prolongation de la dictature. Dans le choix de ses ministres, il dut faire une part à la majorité de l'Assemblée dont il était devenu le favori ; toutefois il y conserva quelques-uns des ministres en exercice, entre autres Carnot, dont il se sépara d'ailleurs quelques jours après. Après avoir frappé de suspension les journaux hostiles, après avoir fait incarcérer le directeur de la Presse, Emile de Girardin, il prit l'initiative du rétablissement du cautionnement.

Vint ensuite la discussion du projet de constitution. Les ministres s'étant déclarés en faveur de l'amendement Leblond, qui proposait de décider que le président de la République serait élu par l'Assemblée et révocable par elle, remirent, après l'échec de cette combinaison (12 octobre), leur démission collective au président du Conseil. Toutefois, dans la reconstitution du cabinet, Cavaignac n'admit que trois nouveaux membres, dont les deux premiers étaient membres de la réunion de la rue de Poitiers : MM. Dufaure, Vivien et Freslon.

L'élection du président devint alors la grande préoccupation de la France entière. Cavaignac insista pour que l'élection eût lieu à la date la plus rapprochée : elle fut fixée au 10 décembre 1848. Cette résolution fut prise le 26 octobre ; la constitution avait été achevée le 25. L'état de siège était levé depuis le 19. Le 12 novembre, l'acte constitutionnel fut promulgué solennellement, place de la Concorde, par Armand Marrast et Cavaignac, en présence de l'Assemblée, de la garde nationale et de l'armée.

Cependant les candidatures à la présidence de la République se produisaient. Une partie des socialistes purs portaient Raspail, les démocrates radicaux avaient choisi Ledru-Rollin, les républicains modérés se partageaient entre Lamartine et Cavaignac. La candidature de Louis-Napoléon Bonaparte eut pour elle quelques légitimistes, un plus grand nombre d'orléanistes, enfin et surtout les masses ouvrières et populaires entraînées par le souvenir de la légende napoléonienne.

Durant la période qui précéda le jour de l'élection, Cavaignac prit diverses mesures dont ses adversaires se firent autant d'armes contre lui. Il n'est pas jusqu'à ses opérations militaires pendant les journées de juin qui ne furent, de la part d'un représentant d'opinions d'ailleurs très modérées, M. Barthélemy Saint-Hilaire, l'objet d'un véritable réquisitoire. Cavaignac répondit par un discours qui dura plusieurs heures : le débat se termina (25 novembre) par la proposition de Dupont de l'Eure, et par le vote d'un ordre du jour confirmant le décret du 28 juin, et déclarant que « le général Cavaignac avait bien mérité de la patrie. »

Un autre fait servit d'aliment à de vives polémiques. Le gouvernement apprenant par dépêches télégraphiques l'insurrection des Romains contre le pape, et par le nonce l'intention du pape de quitter Rome, peut-être pour venir en France, expédia à Toulon et à Marseille l'ordre d'embarquer une brigade de 3 000 hommes (26 novembre). Le 27, il envoya à Rome M. de Corcelles, pour offrir asile au pape. D'autre part le ministre de l'Instruction publique se rendit à Rome pour y recevoir Pie IX. Plusieurs représentants républicains, notamment Edgar Quinet, prirent texte de ces mesures, pour accuser Cavaignac d'attenter à la liberté du peuple romain, et d'avoir voulu se concilier les votes du clergé.

L'Assemblée vota l'ordre du jour pur et simple.

Le 10 décembre, les suffrages pour l'élection présidentielle se répartirent ainsi : Sur 9 936 000 électeurs inscrits, et 7 327 315 votants, Louis-Napoléon Bonaparte obtint 5 434 226 voix, Cavaignac 1 443 107, Ledru-Rollin 370 119, Raspail 36 920, Lamartine 17 910.
La validation (20 décembre) de l'élection de Louis Bonaparte comme président de la République fut immédiatement suivie de cette déclaration du général Cavaignac : « Citoyens représentants, dit-il à la tribune, j'ai l'honneur d'informer l'Assemblée que les ministres viennent de remettre à l'instant dans mes mains leur démission collective. Je viens à mon tour remettre entre les mains de l'Assemblée les pouvoirs qu'elle a bien voulu me confier. L'Assemblée comprendra mieux que je ne saurais l'exprimer quels sont les sentiments de reconnaissance que me laissera le souvenir de sa confiance et de ses bontés pour moi. » Cavaignac vota, jusqu'à la fin de la législature, contre la proposition Rateau, contre l'interdiction des clubs, contre l'expédition de Rome, contre la mise en accusation du président et de ses ministres.

L'Assemblée constituante ayant terminé ses travaux, Eugène Cavaignac fut réélu, le 13 mai 1849, représentant du Lot à la Législative, le 3e sur 6, par 31 663 voix (65 958 votants, 90 046 inscrits.) Le même jour il obtenait aussi la majorité dans le département de la Seine : 111 305 voix sur 281 140 votants et 378 043 inscrits. Il prit place à gauche, au milieu des républicains modérés dont la plupart suivaient ses inspirations, et vota généralement avec la gauche, contre le gouvernement de l'Elysée. En diverses circonstances, il déploya à la tribune un remarquable talent d'orateur.

Lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851, le général Cavaignac fut arrêté à son domicile et emprisonné pendant quelques jours. « Un matin, écrit M. Hipp. Castille, la ville entière dormait. Des troupes silencieuses se dirigeaient rapidement dans les divers quartiers de la ville. Le coup d'Etat allait s'accomplir. Il était cinq heures du matin; le général Cavaignac, qui demeurait à l'entre-sol d'une maison de la rue du Helder, au n° 17, est éveillé en sursaut. On frappe violemment à sa porte. Une femme attachée à son service répond que le général n'y est pas. Les coups redoublent. « Au nom de la loi, ouvrez ! » s'écrie le commissaire de police. Le général refuse. On le menace d'enfoncer la porte. Il ouvre. « Vous êtes mon prisonnier ! » s'écrie l'agent en se précipitant dans l'appartement, suivi de son escouade. Le général est exaspéré. À la surprise a succédé la fureur. Les personnes qui ont beaucoup fait arrêter ne comprennent pas qu'on les arrête. Ce retour de la fortune bouleverse leurs idées. Tant d'audace les confond. Revenu à lui-même, le général Cavaignac s'habilla, reprit sa dignité, écrivit quelques mots et demanda où on le conduisait. « À Mazas, lui répondit-on. » On le mit en effet dans cette prison cellulaire ; peu après il fut transféré au fort de Ham, d'où il sortit, le 29 décembre, pour épouser une jeune fille appartenant à une famille de la banque, Mlle Odier. »

Mis à la retraite, sur sa demande, le 20 janvier 1852, le général Cavaignac fut élu, le 29 février de la même année, comme candidat de l'opposition, député de la 3e circonscription de la Seine, au Corps législatif, par 14 471 voix (28 297 votants, 40 381 inscrits). Il refusa de prêter serment à l'Empire, et fut déclaré démissionnaire de droit.

Eugène Cavaignac obtint sa réélection le 5 juillet 1857, au deuxième tour de scrutin, dans le même collège électoral avec 10 950 voix contre 9 952 à Germain Thibaut. Il avait obtenu, au premier tour 10 345 voix, contre 10 108 à son adversaire (21 426 votants, 34865 inscrits). Il devait décéder le 28 octobre, un mois avant la session.

Quand il mourut, il s'était retiré depuis plusieurs années dans les environs du Mans. Ses obsèques eurent lieu à Paris.

Date de mise à jour: septembre 2016


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