Pierre, Napoléon Bonaparte

1815 - 1881

Informations générales
  • Né le 12 septembre 1815 à Rome (Italie)
  • Décédé le 7 avril 1881 à Versailles (Yvelines - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 26 mai 1849
Département
Corse
Groupe
Gauche
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 13 mai 1849 au 2 décembre 1851
Département
Corse
Groupe
Gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant aux Assemblées constituante et législative de 1848-49, né à Rome (Italie), le 12 septembre 1815, mort à Versailles, le 7 avril 1881, il était le troisième fils de Lucien.

Tout enfant, il se montra épris d'aventures. « Son sang, dit un biographe ami, bouillait à briser ses artères. » A l'âge de 15 ans, il tenta d'envahir la Corse, de concert avec son frère Antoine, afin de s'y faire reconnaître pour le neveu de Napoléon 1er et de soulever la population au nom de Napoléon II, alors aux mains de l'Autriche; à 16 ans, il prit part au mouvement insurrectionnel toscan, fut rejoint par la police, et emprisonné pendant six mois dans le fort de Livourne. Puis, il alla chercher fortune en Amérique, où se trouvait son oncle, l'ancien roi Joseph, combattit quelque temps dans la Nouvelle-Grenade, et revint en Italie, où, toujours accompagné de son frère Antoine, il mena une existence sauvage et se trouva mêlé à des scènes sanglantes qui jetèrent l'épouvante dans le pays : tous deux furent arrêtés, reconnus coupables de meurtre et de viol, et condamnés à la peine de mort; mais la sentence ne fut pas exécutée, et après leur avoir fait subir quelques mois de détention, le pape se contenta de les expulser de ses Etats.

Pierre Bonaparte traversa encore l'Atlantique, et eut de nouvelles mésaventures aux Etats-Unis, puis il passa en Angleterre, et s'embarqua de là pour l'Archipel ionien ; il se fit expulser de Corfou, gagna Gibraltar, Lisbonne, offrit tour à tour son épée au roi des Belges qui s'excusa, à la Suisse qui répondit par un refus motivé, au czar Nicolas, qui lui opposa une fin de non recevoir, et à Louis-Philippe, auprès duquel il ne fut pas plus heureux.
Il profita de la révolution de Février pour venir en France et écrivit aux membres du gouvernement provisoire :

« Messieurs, fils de Lucien Bonaparte, nourri de ses opinions républicaines, idolâtre comme lui de la grandeur et du bonheur de la France, j'accours, enfant de la patrie, me mettre à la disposition des éminents citoyens qui forment le Gouvernement provisoire. Le sentiment qui me domine, c'est un patriotique enthousiasme et la conviction que la prospérité et l'avenir de la République ont été résolus le jour où le Peuple vous a mis à sa tête. Comme mon père qui n'a jamais trahi son serment, j'engage le mien entre vos mains à la République française.
Recevez, Messieurs, cet acte de sympathie et d'un dévouement qui ne demande que d'être mis à l'épreuve.

PIERRE-NAPOLÉON BONAPARTE. Paris, le 29 février 1848. »
Il fut bientôt, le 23 avril 1848, élu représentant de la Corse à l'Assemblée constituante, le 6e et dernier de la liste, par 15,813 voix sur 50,947 votants, et 58,467 inscrits. Il siégea à gauche, et fit partie du comité de la Guerre. Le 12 juin 1848, il repoussa à la tribune les soupçons jetés par Lamartine sur les intentions du prince Louis-Napoléon : « La République, dit-il, je la veux inviolable; elle est mon idole, je ne veux qu'elle, et j'aimerais mieux mourir que de voir autre chose. » Il vota :

- 9 août, contre le rétablissement du cautionnement;
- 1er septembre, contre le rétablissement de la contrainte par corps;
- 7 octobre, contre l'amendement Grévy;
- 21 octobre, contre l'abolition du remplacement militaire (amendement Deville);
- 27 décembre, pour la suppression de l'impôt du sel;
- 12 janvier 1849, contre la proposition Rateau ;
- 12 mars, pour une augmentation de 50,000 francs par mois au traitement du président de la République;
- 21 mars, pour l'interdiction des clubs;
- 16 avril, contre l'expédition de Rome;
- 11 mai, contre la demande de mise en accusation du président et de ses ministres.

A plusieurs occasions, Pierre Bonaparte se porta garant des sentiments républicains de son cousin Louis-Napoléon. Il vota régulièrement avec la droite, après l'élection du 10 décembre, chaque fois que la personne du président était en jeu.
Sans donner sa démission de représentant, il obtint un emploi de commandant au titre étranger et fut envoyé en Afrique ; mais ayant un jour brusquement quitté le champ de bataille de la Zaatcha, il fut au Moniteur officiel du 19 décembre 1849 l'objet du décret suivant: « ... Considérant que M. Pierre-Napoléon Bonaparte n'a pas rempli sa mission ; qu'un officier servant en France à titre étranger est tenu d'accomplir le service commandé : que M. Pierre-Napoléon Bonaparte n'était ni le maître de quitter son poste, ni... etc.
« Art. 1er. - M. Pierre-Napoléon Bonaparte est révoqué du grade et de l'emploi de chef de bataillon dans la légion étrangère, etc. »

Pierre Bonaparte protesta contre la révocation dont le frappait son cousin, et porta à la tribune de l'Assemblée sa réclamation, appuyée d'un ordre du jour motivé. Aucune main ne se leva en sa faveur. Il resta à l'Assemblée, et consacra toute son activité à la politique.

Réélu à l'Assemblée législative le 13 mai 1849, en Corse, par 21,765 voix (41,078 votants et 57,685 inscrits), et dans l'Ardèche par 32,331 voix (68,890 votants, 105,091 inscrits), il opta pour la Corse, et se fit remarquer par son excitation, chaque fois que la cause bonapartiste lui semblait mise en jeu. L'excessive violence de son caractère lui valut alors plusieurs duels, notamment avec M. Adrien de Lavalette, directeur du journal l'Assemblée nationale, et avec le duc de Rovigo. C'est aussi vers cette époque qu'il se porta à des voies de fait sur un de ses collègues. Un représentant lisait à la tribune un extrait d'un journal où le rôle historique des Napoléon était sévèrement apprécié. Pierre Bonaparte entendit d'un banc au-dessus de lui partir des paroles d'assentiment. « Vieil imbécile » ! s'écria-t-il en se retournant. Et il frappa d'un violent soufflet l'auteur de l'interruption, âgé de 70 ans, le représentant Gastier (V. ce nom). Pierre Bonaparte ne fut condamné qu'à 200 francs d'amende. Le procès, du reste, ne se passa pas sans scandale, car au moment où l'avocat de M. Gastier esquissait le caractère de l'accusé, celui-ci se leva furieux et cria : « Cessez ce système de dénigrement, ou il vous arrivera ce qui est arrivé à votre client. »

A la Chambre, Pierre Bonaparte se montrait opposé aux lois de réaction : il repoussait la loi Falloux-Parieu sur l'enseignement, et demandait la question préalable sur le projet de loi présenté par Baroche contre le suffrage universel.

Comme il n'avait pris, personnellement, aucune part au coup d'Etat de décembre 1851, et que Louis-Napoléon jugeait son concours inutile, sinon dangereux, il fut tenu à l'écart sous l'Empire; il vivait assez retiré, tantôt en Corse, tantôt à Auteuil, et se contentait d'adresser à Napoléon III de très fréquentes demandes d'argent, lorsque, au mois de janvier 1870, éclata l'affaire Victor Noir. Cette affaire naquit d'une polémique avec un journal anti-bonapartiste de Bastia, la Revanche. Pierre Bonaparte, dans une lettre à l'Avenir de la Corse, avait traité les rédacteurs de la Revanche de mendiants (furdani) et de traîtres (vittoli), et les avait menacés de leur mettre « le stentine per le porrette », les « tripes aux champs. » Ceux-ci lui répondirent :

« La renommée aux mille voix nous avait appris déjà les brillants faits et gestes de M. Pierre-Napoléon Bonaparte; mais nous n'avions jamais pu apprécier comme aujourd'hui les fleurs de sa rhétorique, l'aménité de son style, la noblesse de ses pensées, la générosité de ses sentiments.

Non, cet aigle n'est pas né, il n'a pas grandi dans un nid de lauriers!
Non, ce prince n'est pas Corse!
Il traite de mendiants des hommes qui n'ont jamais frappé ni à sa porte ni à celle d'aucun Bonaparte; il qualifie de traîtres des citoyens indépendants qui pourraient lui donner des leçons de patriotisme.
Prince Pierre-Napoléon Bonaparte, avez-vous oublié ce que vous écriviez aux citoyens de la Corse le 12 mars 1848? Alors vous étiez aussi pauvre que nous, et vous veniez mendier nos suffrages; alors vous étiez plus républicain que nous, car vous voyiez dans le gouvernement de la République le moyen de faire fortune.
Nous sommes des traîtres à notre pays, nous qui, en 1848, avons eu la naïveté de croire à la profession de foi des Bonaparte!... etc. »

Pierre envoya ses témoins à M. Tomassi, rédacteur en chef de la Revanche. Puis, comme la Marseillaise avait publié sur cette polémique un article violent contre le prince, celui-ci provoqua également M. Henri Rochefort, alors député de la 1re circonscription de la Seine et directeur du journal. Il lui écrivit :

« J'apprends que vos électeurs vous ont donné le mandat impératif de refuser toute réparation d'honneur et de conserver votre précieuse personne. Néanmoins j'ose tenter l'aventure... Si donc, par hasard, vous consentez à tirer les verrous protecteurs qui rendent votre honorable personne deux fois inviolable, vous ne me trouverez ni dans un palais, ni dans un château. J'habite tout bonnement, 59, rue d'Auteuil, et je vous promets que si vous vous présentez, on ne vous dira pas que je suis sorti.
PIERRE-NAPOLÉON BONAPARTE. »
Le lendemain, au lieu de M. Rochefort, ou de ses témoins, Pierre vit arriver ceux de M. Paschal Grousset, Corse d'origine et représentant à Paris du journal la Revanche, qui, ayant pris à son compte les outrages contenus dans la lettre à l'Avenir, voulait en obtenir raison. Ces témoins étaient deux journalistes, MM. Ulrich de Fonvielle et Victor Noir, ce dernier, rédacteur à la Marseillaise. On sait ce qui se passa. Après un échange de quelques paroles, le prince tira sur ses interlocuteurs trois coups de revolver, visant d'abord Victor Noir, puis M. de Fonvielle. Victor Noir fut frappé en pleine poitrine. M. de Fonvielle, en entendant la détonation, tira de sa poche un revolver sans parvenir à l'armer ; mais, s'abritant derrière un meuble il put éviter d'être atteint. Les deux hommes se précipitèrent hors de la maison, à la porte de laquelle Victor Noir tomba mort. Cet événement, connu aussitôt dans Paris, y causa une profonde émotion. Dans la soirée, une note émanant du ministère de la Justice fut adressée aux journaux pour leur annoncer que le prince était arrêté et une instruction judiciaire commencée.
Le lendemain, la Marseillaise publia, en tête du journal, un article à sensation, signé Henri Rochefort, et qui débutait par cette phrase : « J'ai eu la faiblesse de croire qu'un Bonaparte pouvait être autre chose qu'un assassin... etc. »
Les funérailles de la victime se firent le 12 janvier au milieu d'un immense concours de spectateurs qu'on évalua à plus de cent mille. Bon nombre étaient armés de revolvers et de pistolets. Peu s'en fallut que la cérémonie ne tournât en insurrection. Le 17 janvier, la Chambre autorisa le gouvernement à poursuivre M. Henri Rochefort pour l'article de la Marseillaise où il commentait le crime d'Auteuil : en même temps ses collaborateurs furent arrêtés.
Un décret avait convoqué à Tours, pour juger Pierre Bonaparte, la haute Cour, dont étaient justiciables, d'après la Constitution de 1852, les princes de la famille impériale. Cette Cour était composée de magistrats de la Cour de cassation désignés par l'empereur; le jury était ainsi formé : chaque conseil général désignait un de ses membres comme juré, et c'est parmi ces 92 jurés qu'étaient tirés au sort les 40 jurés du jugement. M. Glandaz présidait. Les juges étaient: M. Zangiacomi, Poulliaude de Carnières, Bouchy, Gastambide, Savary, suppléant. Le procès commença le 21 mars. Les débats furent marqués par des incidents violents entre l'accusé et plusieurs témoins. Pierre Bonaparte se défendit en prétendant, contrairement aux constatations légales, que Victor Noir l'avait insulté et frappé violemment au visage. Il ajoutait que les deux autres coups avaient été tirés sur M. de Fonvielle qui le menaçait de son arme, et il terminait ses explications en disant que s'il avait rechargé son arme, c'était par habitude. Au grand étonnement de l'opinion publique, Pierre Bonaparte fut acquitté. Il fallait 21 voix pour la condamnation; 18 seulement répondirent affirmativement à cette question :

« Le prince Pierre-Napoléon Bonaparte est-il coupable d'avoir, le 10 janvier dernier, à Auteuil-Paris, commis un homicide volontaire sur la personne d'Yvan Salmon, dit Victor Noir? » Une condamnation pourtant fut prononcée. M. de Fonvielle fut condamné à dix jours de prison pour avoir, pendant l'audience, cédé à un mouvement d'impatience et appelé l'accusé assassin (25 mars).
Comme conclusion, la Marseillaise du lendemain publia ces simples lignes :

« Pierre Bonaparte est acquitté ;
Victor Noir est dans la tombe ;
Ulrich de Fonvielle est en prison;
Henri Rochefort est en prison;
Millière, Rigault, Bazire, Dereure sont en prison. »
Afin de calmer le mauvais effet produit par l'acquittement, l'empereur ordonna à son cousin de quitter la France pendant quelque temps. En réalité, Pierre se retira dans sa propriété d'Epioux (Ardennes). Après le désastre de Sedan, il passa en Belgique, tandis que sa femme, fille d'un artisan du faubourg Saint-Antoine qu'il avait épousée sans le consentement de l'empereur, en 1868, fondait à Londres, sans succès, une maison de couture.
Pierre Bonaparte passa dans l'obscurité les dernières années de sa vie. En dernier lieu il s'était retiré à Versailles. Officier de la Légion d'honneur du 3 novembre 1864, il avait reçu en outre, de Victor Emmanuel, la grand-croix des SS. Maurice et Lazare.


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