Augustin, Bon, Joseph de Robespierre

1763 - 1794

Informations générales
  • Né le 21 janvier 1763 à Arras (Pas-de-Calais - France)
  • Décédé le 28 juillet 1794 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 16 septembre 1792 au 28 juillet 1794
Département
Seine
Groupe
Gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Né à Arras le 21 janvier 1763, exécuté à Paris le 28 juillet 1794, frère de Maximilien de Robespierre (1758-1794), il fut élevé, comme lui, au collège Louis-le-Grand, comme boursier, fut reçu avocat et suivit la carrière du barreau.

Il s'occupait avec zèle de sa profession lorsque la Révolution, dont il embrassa ardemment les principes, lui fit abandonner la jurisprudence pour la politique. Nommé d'abord procureur-syndic de sa ville natale, puis administrateur du département, il fut, par l'influence de son frère, élu, le 16 septembre 1792, député de Paris à la Convention nationale, le 19e sur 24, par 392 voix sur 700 votants. Il monta à la tribune dès le début de la session, pour repousser les inculpations de Louvet contre son frère, s'opposa à ce que Louis XVI pût se choisir un ou plusieurs conseils, et vota la mort du roi sans appel ni sursis :
« Je ne parlerai point de courage, dit-il, il n'y en a pas à remplir son devoir. C'est parce que j'abhorre les hommes sanguinaires que je veux que le plus sanguinaire de tous subisse la mort. J'ai peine à concilier l'opinion de ceux qui demandent un sursis : c'est substituer à l'appel au peuple un appel aux tyrans. Je ne vote point pour la détention jusqu à la paix, parce que je crois que demain nous aurions la paix, et qu'après-demain Capet commanderait les armées ennemies. »

Robespierre jeune eut avec Roland d'assez vifs démêlés à propos de papiers importants que le ministre voulait faire disparaître ; il se prononça contre Isnard, fit ordonner l'arrestation de Bonne-Carrère et de Choderlos Laclos, et prit la défense de la Commune de Paris. Au 31 mai, il combattit énergiquement la proposition de Camboulas, qui voulait faire poursuivre par le conseil exécutif ceux qui avaient ordonné de fermer les barrières, de sonner le tocsin et de tirer le canon d'alarme ; il soutint que la commission des douze était seule capable de tous les désordres, et prit une part active aux mesures dirigées contre les Girondins.

Envoyé peu de temps après en mission dans le Midi (août 1793) pour réprimer l'insurrection fédéraliste, il partit avec sa sœur Charlotte, arriva à Marseille à travers mille dangers, et s'empressa de communiquer ses impressions à son frère. Il fallait, selon lui, des hommes très habiles pour faire le bien dans ces départements du Midi, parce que les têtes exaltées, peu capables de raisonnement, étaient fort difficiles à ramener dès qu'une fois elles avaient embrassé un parti. « Je t'assure, écrivait-il à la date du 28 août, que le plus grand nombre a été stupidement trompé, et que les crimes de quelques hommes qui se disaient patriotes ont nécessité une certaine classe de citoyens de se réunir pour se soustraire aux plus inquiétantes vexations. Des contre-révolutionnaires se sont emparés de cette classe d'hommes, ont paru d'abord ne se joindre à ceux-ci que pour contenir les hommes vraiment dangereux, dont les propositions et souvent les actions étaient criminelles ; mais bientôt ces contre-révolutionnaires astucieux trouvèrent le moyen de rendre oppresseurs ceux qui croyaient ne se garantir que de l'oppression. Les patriotes se trouvèrent poursuivis, vexés, immolés, et ceux qui les poursuivaient étaient les instruments aveugles de quelques contre-révolutionnaires qui avaient égaré la masse ignorante de ce qu'on appelle les honnêtes gens. »

Robespierre jeune voulait qu'on apportât une extrême mesure dans la répression : « Si les patriotes veulent punir tous les sectionnaires indistinctement, ajoutait-il, la réaction aura encore lieu et rendra la guerre civile interminable. Les passions sont exaspérées à un point inconcevable. »

Il ne tarda pas à entrer en relations suivies avec Napoléon Bonaparte, officier d'artillerie à l'armée d'Italie, qui manifestait alors le républicanisme le plus ardent. Il montrait à Bonaparte les lettres qu'il recevait de son frère, et c'est Napoléon lui-même qui nous apprend (V. le Mémorial de Sainte-Hélène) avec quelle indignation Maximilien blâmait les excès commis par certains proconsuls, dont la tyrannie compromettait, selon lui, la cause révolutionnaire. Tempérée par une modération naturelle à son caractère, l'énergie de Robespierre jeune n'en produisit que plus d'effet. A une proclamation des amiraux Hood et Langara qui avaient offert « amnistie et rémission » à tous les officiers, sous-officiers et soldats qui abandonneraient les « drapeaux de l'anarchie », pour se réunir « à tous les Français fidèles », il adressait, de concert avec ses collègues Ricord, Barras et Fréron, cette hautaine réponse : « Périsse à jamais la royauté ! tel est le cri de vingt-cinq millions de républicains français. Cette nation libre et puissante ne peut avoir rien de commun avec les despotes et les esclaves. Elle ne doit et ne veut communiquer avec eux qu'à coups de canon. Elle n'a pas besoin pour combattre et vaincre ses ennemis d'avoir comme eux recours à la trahison, à la perfidie, à la scélératesse. »

L'ardeur du commissaire de la Convention se communiqua rapidement à nos troupes et, vers la fin du mois de septembre 1793, Robespierre put écrire au citoyen Tilly, chargé d'affaires à Gênes : « Nous n'avons que le temps de vous apprendre, citoyen, que les armées de la République sont partout victorieuses ; que l'Espagnol et l'Anglais ont partout disparu de dessus la terre de la liberté. Toulon n'est pas encore soumis aux lois de la République ; il est en ce moment bombardé, et les lâches y sont fort inquiets.» En novembre, il signala au comité de salut public l'incapacité du général Carteaux, qui fut remplacé par Dugommier ; il eut une part importante, par ses conseils et par son action, à la prise de Toulon. Le 28 frimaire an Il (18 décembre 1794), il écrivait d'Ollioules â son frère : « La République est triomphante, les puissances coalisées sont anéanties ; demain 29, au plus tard, nous entrerons dans la ville. Le plan du comité de salut public a été suivi et hâté par les représentants près l'armée. Le 26, à deux heures après minuit, malgré la pluie la plus forte, l'armée de la République a attaqué la redoute anglaise élevée sur une hauteur qui défend les forts de Balagnier et de l'Aiguillette, et qui, par conséquent, maîtrise la rade, ce que tu verras facilement à l'inspection de la carte. Les tyrans avaient épuisé toutes les ressources de l'art, l'aspect de cette forteresse était effroyable ; les républicains out bravé cet asile de la tyrannie... Cette formidable redoute a été emportée de vive force, après un combat meurtrier. » Quant à la part personnelle prise à ce fait d'armes, voici en quels termes il s'expliquait dans une lettre confidentielle du 28 frimaire, publiée pour la première fois par M. E. Hamel : « Je suis tout étonné de me trouver un héros ; on m'assure que je le suis, je ne m'en doutais pas. J'étais dans les rangs ; je n'ai aperçu pendant l'action ni balles, ni boulets, ni bombes ; je ne voyais que la redoute à enlever. À la redoute ! elle est à nous, allons, courage, mes amis ! Je suis arrivé sans m'en apercevoir au pied de la redoute. » Il repartit pour Paris le lendemain même du jour où l'armée républicaine fit son entrée dans Toulon. Il ne prit donc aucune part aux vengeances terribles dont la ville, d'après les ordres de Fréron, le futur thermidorien, allait devenir le théâtre.

De retour à l'Assemblée, il en devint secrétaire, et se mêla peu d'ailleurs aux délibérations jusqu'au 9 thermidor an II. Mais ce jour-là il donna des preuves d'un courageux dévouement. Lorsqu'il entendit prononcer le décret contre son frère, il s'écria : « Je suis aussi coupable que lui : je partage ses vertus ; je veux partager son sort. Je demande aussi le décret d'accusation ». La majorité accéda à sa demande, que Courtois, dans son rapport sur les événements de thermidor, apprécia comme « le cri de désespoir d'un complice qui se trahit ».

Robespierre jeune fut conduit à la prison de la Force. Délivré pendant la nuit, avec les proscrits de la veille, il attendit à l'Hôtel-de-Ville que son frère donnât le signal du combat contre la Convention. Quand il vit que tout était désespéré, ne voulant pas tomber vivant entre les mains de ses ennemis, il franchit une des fenêtres de l'Hôtel-de-Ville, demeura quelques instants sur le cordon du premier étage à contempler la grève envahie par les troupes conventionnelles, puis il se précipita la tête en avant sur les premières marches du grand escalier. On le releva mutilé et sanglant, mais respirant encore. Transporté au comité civil de la section de la Maison commune, il déclara que ni lui ni son frère n'avaient un instant manqué à leur devoir envers la Convention. L'ordre exprès fut envoyé par Barras de le transporter « en quelque état qu'il pût être » au comité de sûreté générale, d'où on le conduisit à l'échafaud.


Retour haut de page