Marie-Madeleine Dienesch

1914 - 1998

Informations générales
  • Né le 3 avril 1914 à Le caire (Egypte)
  • Décédé le 8 janvier 1998 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Républicains populaires et centre démocratique
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Centre démocratique
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 12 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Union démocratique pour la V° République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 23 juin 1968 au 12 août 1968
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 4 mars 1973 au 12 mai 1973
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 19 mars 1978 au 22 mai 1981
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Rassemblement pour la République

Fonds d'archives

Peu d’archives relatives à Marie-Madeleine Dienesch, malgré ses nombreux travaux parlementaires, ont pu être recensées.

Plusieurs fonds conservés aux archives départementales des Côtes-d’Armor concernent la députée :

- Service des élections de la préfecture des Côtes-d’Armor :
20W 79-85 : Élections législatives de l’Assemblée nationale : instructions et résultats, affiches, procès-verbaux (octobre 1945, juin et novembre 1946, juin 1951, janvier 1956, novembre 1958, novembre 1962, 1967, 1973).
1089W 19-35 : Élections législatives : organisation matérielle, candidatures, propagande, dépenses (1962-1981).
1089W 58-67 : Élections cantonales : organisation matérielle, candidatures, dépenses (1976-1982).
1089W 76-77 : Élections au parlement européen : organisation, dépenses (1979).

- Direction de la réglementation de la préfecture des Côtes-d’Armor :
1308W 41-44 : Élections législatives : procès-verbaux des circonscriptions de Dinan, Guingamp, Lannion, Loudéac, Saint-Brieuc (mars 1973, mars 1978, juin 1981).
1308W 51 : Élections européennes du 10 juin 1979 : procès-verbaux des circonscriptions de Dinan, Guingamp, Lannion, Loudéac, Saint-Brieuc (1979).

En outre, le service des archives de la fondation Maison des sciences de l’homme conserve une lettre de Marie-Madeleine Dienesch du 23 août 1966 (Fonds Marguerite Pichon-Landry, 12 D 1/507, boite 6).

Biographies

Biographie de la Ve République

DIENESCH (Madeleine, Marie, Claire, Agnès, Monique, dite Marie-Madeleine)
Née le 3 avril 1914 au Caire (Égypte)
Décédée le 8 janvier 1998 à Paris

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Côtes-du-Nord)
Députée des Côtes-du-Nord de 1946 à 1968 puis en 1973 et de 1978 à 1981
Secrétaire d'Etat à l'éducation nationale du 31 mai au 10 juillet 1968
Secrétaire d'Etat aux affaires sociales du 12 juillet 1968 au 20 juin 1969
Secrétaire d'Etat à l'action sociale et à la réadaptation du 22 juin 1969 au 5 juillet 1972
Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la santé publique, chargée de l'action sociale et de la réadaptation du 6 juillet 1972 au 28 mars 1973
Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la santé publique et de la sécurité sociale du 12 avril 1973 au 27 février 1974 et du 1er mars au 27 mai 1974

Marie-Madeleine Dienesch, fille d'Alfred Dienesch, conseiller juridique, accomplit ses études dans des établissements libres de Neuilly (Collège Sainte-Marie, Université libre de jeunes filles) et de Paris (Collège Sévigné). À la Sorbonne, elle obtient une licence ès lettres et un diplôme d'études supérieures de grec. Elle est ensuite reçue à l'agrégation de lettres classiques et enseigne au collège de Saint-Brieuc de 1939 à 1943 puis de nouveau en 1944-1945 après une année scolaire au collège de Lisieux. Parallèlement à sa carrière d'enseignante dans les Côtes-du-Nord, le jeune professeur de lettres participe à la Résistance au sein du mouvement Libération-Nord. Ses sympathies politiques vont à la démocratie chrétienne ; aussi adhère-t-elle à la Libération au MRP et fonde-t-elle le Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) dans les Côtes-du-Nord. Elle devient également présidente de l'Union féminine civique et sociale du même département. Marie-Madeleine Dienesch est donc la candidate féminine toute désignée pour figurer sur la liste du MRP à la première Assemblée nationale Constituante. Placée en troisième place après Henri Bouret et Honoré Michaud, élus en fonction du quotient électoral, Marie-Madeleine Dienesch emporte un siège au titre de la plus forte moyenne. Le MRP a en effet nettement distancé ses concurrents avec plus de 88 000 voix, soit 16 000 de plus que la liste communiste arrivée en seconde position. La nouvelle élue choisit de siéger à la Commission de l'éducation nationale et est élue secrétaire de l'Assemblée nationale. Le seul texte qu'elle dépose pendant ce premier mandat est une proposition de résolution qui invite le gouvernement à favoriser l'emploi des veuves de guerre dans les administrations publiques.

Elle n'intervient également qu'une fois en séance pour dénoncer l'insuffisance des traitements des instituteurs et l'isolement dont souffrent les maîtres ruraux, ce qui explique, selon elle, le manque de candidats aux concours. Lors des élections à la seconde Constituante, Marie-Madeleine Dienesch occupe cette fois la deuxième place derrière Henri Bouret et est donc élue au titre du quotient électoral. Le MRP a encore augmenté le nombre de ses électeurs dans les Côtes-du-Nord avec 97 734 suffrages. Comme précédemment, Marie-Madeleine Dienesch appartient à la Commission de l'éducation nationale et occupe en plus des fonctions à la Commission du règlement et des pétitions. Ses travaux écrits consistent en deux rapports sur des propositions : celle d'André Morice qui demande un réajustement de l'allocation versée aux titulaires de la médaille d'argent des instituteurs et des institutrices et celle de Raymond Cayol qui propose une indemnité de première mise d'équipement pour les instituteurs et les professeurs de l'enseignement public. En séance, Marie-Madeleine Dienesch participe brièvement à la discussion du budget de l'éducation nationale le 25 septembre 1946.

Pour les premières élections législatives de la IVème République, la réélection de Marie-Madeleine Dienesch est encore plus aisée que précédemment puisque son parti recueille 2 000 voix de plus que lors du scrutin antérieur avec 99 717 suffrages contre 86 717 au Parti communiste. Trois des sept sièges du département reviennent donc au MRP Pendant la première législature, Marie-Madeleine Dienesch retrouve ses fonctions à la Commission de l'éducation nationale dont elle est en outre secrétaire. L'expérience et l'assurance venant au fil des réélections, la jeune députée des Côtes-du-Nord devient au cours de ce mandat l'une des spécialistes des questions d'enseignement auxquelles elle consacre tous ses travaux écrits comme ses interventions orales. Parmi les premiers, on peut citer quatre rapports, trois propositions de résolution et quatre avis. Il s'agit notamment des propositions concernant des mesures salariales pour le personnel enseignant, des avis à propos de l'extension aux étudiants de certaines dispositions du régime de sécurité sociale des infirmières et des assistantes sociales ou des demandes d'augmentation des subventions aux colonies de vacances. Oralement, Marie-Madeleine Dienesch profite essentiellement des débats budgétaires de l'éducation nationale pour faire avancer ses propositions en faveur de l'enseignement et des enseignants. Outre la défense de mesures ponctuelles ou techniques pour améliorer la situation morale ou financière de ses collègues, elle préconise un plan d'ensemble pour rattraper le retard pris depuis l'avant-guerre face à l'arrivée des nombreux enfants nés dans l'immédiat après-guerre. Elle soutient notamment l'adoption du cadre unique pour le statut des enseignants du second degré, réclame qu'on donne au SGEN la place qui lui revient dans les commissions ministérielles, demande qu'on assouplisse la discipline dans les Ecoles normales d'instituteurs et qu'on augmente sensiblement les crédits de la recherche scientifique. Enfin, à plusieurs reprises, elle souligne l'importance des problèmes posés par la montée de la scolarisation à tous les niveaux et s'inquiète de l'insuffisance des recrutements d'enseignants pour y faire face (séance du 21 juin 1950).

Lors des élections du 17 juin 1951, Marie-Madeleine Dienesch se représente en deuxième place sur la liste du MRP apparentée aux listes SFIO et à la liste de concentration républicaine d'action économique et sociale. Avec ses colistiers, elle soutient un double programme. Celui de la défense de la République et du régime parlementaire contre l'opposition systématique du PCF et du Rassemblement du peuple français (RPF). En second lieu, le MRP des Côtes-du-Nord se présente comme le meilleur défenseur de l'enseignement libre, question sensible dans ce département breton et qui est, de nouveau, au centre des débats politiques depuis les projets Marie et Barangé. La tactique ainsi préconisée rencontre l'assentiment des électeurs puisque les listes apparentées ayant dépassé 50 % des suffrages, les candidats communistes sortants sont éliminés et l'élection de Louis Terrenoire chef de file du RPF et député sortant de l'Orne est empêchée. En revanche, pour le seul MRP le résultat du scrutin est relativement décevant puisqu'il perd plus de la moitié de ses électeurs de 1946, passés probablement au RPF. Seuls Henri Bouret et Marie-Madeleine Dienesch sont donc réélus au titre de la démocratie chrétienne.

Le rôle parlementaire de l'élue des Côtes-du-Nord est en parfaite continuité avec la législature précédente. Marie-Madeleine Dienesch est élue vice-présidente de la Commission de l'éducation nationale et appartient également à la Commission de la presse. Tous ses travaux écrits comme ses interventions orales sont consacrés également à ces questions. Elle rédige notamment des rapports, avis ou propositions au sujet de l'apprentissage, de la création du Bureau universitaire de statistiques et des mesures assurant la gratuité effective de l'enseignement supérieur. Les différentes discussions du budget de l'éducation nationale sont l'occasion pour elle de faire une analyse attentive et serrée de cette administration qui concerne une part croissante de la population française en ces années d'explosion scolaire. Ses prises de position les plus originales ont trait à la réforme et à la démocratisation de l'enseigne-ment jamais mises en œuvre malgré les projets lancés à la Libération. Elle s'oppose notamment aux députés qui, comme Hippolyte Ducos, veulent maintenir des barrières étanches entre les divers types d'enseignement qui complètent l'enseignement primaire. Elle défend aussi à plusieurs reprises la proposition d'un véritable enseignement professionnel agricole et dénonce le manque de places disponibles dans les divers types de formation technique ou professionnelle.

Lors des élections anticipées du 2 janvier 1956, la conjoncture électorale est bien différente de celle des élections précédentes. Aucun apparentement n'a en effet été conclu dans les Côtes-du-Nord et huit listes sollicitent les suffrages des électeurs. Aux grands partis habituels se sont ajoutées des listes nouvelles ; une liste mendésiste distincte de la liste radicale, une liste poujadiste et une liste des républicains sociaux, héritiers de ce qui reste du RPF. En outre, les deux anciens colistiers du MRP se sont séparés. Marie-Madeleine Dienesch conduit la liste officielle du MRP tandis qu'Henri Bouret a pris la tête d'une liste d'action travailliste. Malgré cette dissidence, Marie-Madeleine Dienesch améliore le score de son parti avec 54 776 voix (18 % des suffrages contre 14,5 % précédemment) alors qu'Henri Bouret ne réunit sur son nom que 22 000 voix (5,8 %). Les sept sièges se répartissent donc de façon équivalente entre les principaux partis : le PCF avec 24,4 % des voix en gagne deux, la SFIO, les radicaux officiels et le mouvement Poujade chacun un, tandis que Marie-Madeleine Dienesch est réélue au titre du MRP.

Comme lors de la législature antérieure, la députée des Côtes-du-Nord poursuit son action opiniâtre de défense de l'éducation nationale. Elle appartient concurremment à la Commission des pensions mais n'occupe plus la vice-présidence de la Commission de l'éducation nationale. Marie-Madeleine Dienesch reprend également un certain nombre de ses rapports non examinés lors de la législature précédente, dépose une proposition de loi tendant à abolir la peine de mort et des textes en faveur des pupilles de la nation, des orphelins de guerre, des militaires rappelés ou maintenus sous les drapeaux.

En séance, la discussion du budget de l'éducation nationale, de l'agriculture ou des anciens combattants lui donne l'occasion de reprendre ou de développer les thèmes de ses travaux écrits. Outre l'enseignement rural ou technique déjà abordés antérieurement, Marie-Madeleine Dienesch s'attache à faire des propositions permettant d'améliorer les conditions de travail des étudiants de plus en plus nombreux et dont la situation matérielle se dégrade du fait du retard des bourses en nombre et en valeur (séance du 25 juillet 1957). Sa plus longue intervention, à propos du projet de loi de réforme de l'enseignement public (réforme Billères), est une profession de foi en faveur d'une pédagogie libérale et rénovée. Elle préconise également une formation nouvelle des maintes et une amélioration des structures de concertation existant au ministère de l'éducation nationale pour que la réforme soit en prise sur la réalité.

Lors de la crise finale de la IVe République, Marie-Madeleine Dienesch appuie de ses votes le retour du général de Gaulle au pouvoir.

Aux premières élections législatives de la Ve République, Marie-Madeleine Dienesch choisit la circonscription de Loudéac dans les Côtes-du-Nord pour y représenter le MRP. La députée sortante recueille 28 % des voix au premier tour, ce qui la place en tête devant l’ancien député communiste Auguste Le Coënt (23,5 %), l’indépendant Joseph Clément (15,9 %), le radical André Fairier (12,8 %) et le candidat de l’Union pour la nouvelle République (UNR), Henri de Mauduit (12,2 %). Elle est élue au second tour dans le cadre d’une triangulaire l’opposant au communiste et à l’UNR avec 45,3 % des voix contre 18,1 % à Henri de Mauduit et 36,5 % à Auguste Le Coënt. Cette victoire conforte la bonne implantation du MRP dans le département : le mouvement a en effet gagné trois des cinq sièges à pourvoir. En revanche, en Bretagne, les figures historiques du MRP ont été battues (Pierre-Henri Teitgen en Ille-et-Vilaine, André Colon et André Monteil dans le Finistère) – ce qui confère à Marie-Madeleine Dienesch, députée depuis treize ans et à la tête de la fédération régionale, une certaine stature.

Au terme des élections législatives, les démocrates chrétiens peuvent prétendre à une vice-présidence. Dans un contexte d’affrontement entre les partisans du retour du général de Gaulle et ses détracteurs, la désignation de Marie-Madeleine Dienesch apparaît comme un compromis : « Les hommes, pour que ce ne soit pas leur adversaire, m’ont préférée. Tout le monde s’est rallié à ma candidature parce que Pierre ne l’emportait pas sur Paul, Paul ne l’emportait pas sur Pierre ! » explique-t-elle – même si elle n’a pas caché sa sympathie pour de Gaulle. Le 10 décembre 1958, la députée de Loudéac est ainsi la première femme élue vice-présidente de l’Assemblée nationale de la Ve République.

À son retour à l’Assemblée, inscrite au groupe des Républicains populaires et centre démocratique, Marie-Madeleine Dienesch accède à la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales, à laquelle elle siège pendant toute la législature. Chaque année, elle en est le rapporteur pour l’enseignement et la formation professionnelle agricoles. À ce titre, la députée des Côtes-du-Nord dépose trois avis et trois rapports. Elle est également l’auteur d’une proposition de loi relative à la validation des services accomplis par des assistants ou assistantes de service social dans des services sociaux privés transformés en services sociaux publics ou dans des services sociaux privés suppléant des services sociaux publics (25 juillet 1960). Députée chevronnée, elle prend la parole une vingtaine de fois. Ses deux principales préoccupations sont la formation professionnelle agricole, qui lui apparaît comme une nécessité pour enrayer l’exode rural, ainsi que la situation des veuves et des orphelins des victimes de guerre. Elle défend avec ardeur la Bretagne intérieure afin qu’elle puisse sortir de son isolement et conserver sa jeunesse.

Par ailleurs, Marie-Madeleine Dienesch participe aux travaux relatifs au projet de loi Debré sur le financement de l’enseignement privé, adopté le 23 décembre 1959. Elle vote, après l’avoir amendé, un texte qui, selon elle, « permet enfin à l’enseignement privé d’apporter sa collaboration à la grande tâche de l’éducation nationale dont les besoin sont loin d’être satisfaits ». Elle approuve également le programme du gouvernement Debré (16 janvier 1959), le nouveau règlement de l’Assemblée nationale (3 juin 1959), la déclaration de politique générale du Premier ministre, le 15 octobre 1959, quelques semaines après le discours du général de Gaulle évoquant l’« autodétermination » de l’Algérie, les pouvoirs spéciaux au Gouvernement pour ramener l’ordre en Algérie après la semaine des barricades (2 février 1960), le programme du gouvernement Pompidou (27 avril 1962). En revanche, la députée des Côtes-du-Nord ne prend pas part au vote sur la levée de l’immunité de Georges Bidault (5 juillet 1962). Enfin, Marie-Madeleine Dienesch marque son indépendance par rapport à l’exécutif en s’associant à la motion de censure du 4 octobre 1962.

Le 18 novembre 1962, la députée sortante sollicite le renouvellement de son mandat, toujours sous la bannière du MRP, dont elle s’est pourtant éloignée, en se disant favorable, le mois précédent, à l’élection du président de la République au suffrage universel, afin de « renforcer l’autorité de l’Etat, toujours menacée par les factieux de l’extrême droite comme de l’extrême gauche ». Avec 15 471 suffrages sur 39 179 exprimés, Marie-Madeleine Dienesch est en tête du premier tour, devançant largement le communiste Auguste Le Coënt (10 695 voix), le candidat du Parti socialiste unifié (PSU) Léon Serandour (5 620) et un candidat sans étiquette, François Daniel (7 393). Face à son adversaire communiste resté seul en lice au second tour, Marie-Madeleine Dienesch est réélue le 25 novembre 1962 avec plus de 56,2 % des voix.

Inscrite au groupe du Centre démocratique, la députée de Loudéac retrouve la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l'Assemblée nationale dont elle est élue vice présidente en avril 1966. Élue d’une circonscription essentiellement rurale, elle se consacre en priorité aux problèmes agricoles. Elle est rapporteur du projet de loi sur l’enseignement et la formation professionnelle agricoles ainsi que du projet de loi de Programme accordant quatre-vingts milliards de francs aux lycées et collèges agricoles publics et privés. À l’occasion de l’examen de la deuxième partie du projet de loi de finances pour 1965, la députée défend également les femmes dans le milieu rural, dénonçant l’insuffisance des dispositions prises pour favoriser leur promotion sociale et leur formation professionnelle (5 novembre 1964). L’ancienne enseignante, agrégée de lettres classiques, prône également à plusieurs reprises une réforme de l’éducation nationale, soulignant la « nécessité de prévoir un grand débat à ce sujet », le 19 janvier 1963, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 1963, ainsi que l’indispensable « démocratisation et modernisation de l'enseignement », le 13 novembre 1964, lors du débat sur les questions orales relatives à la réforme de l'enseignement. Elle intervient aussi plusieurs fois en faveur de l’artisanat.

L’indépendance de la députée de Loudéac à l’égard de la politique gouvernementale s’affirme à travers les grands scrutins de la législature : si elle vote en faveur de la ratification du traité de l’Elysée (13 juin 1963) et de la modification de la Constitution, modifiant les dates des sessions parlementaires (20 décembre 1963), elle s’oppose au projet de loi relatif à certaines modalités de grèves dans les services publics (26 juillet 1963) et à la réforme du mode d’élection des conseillers municipaux (17 juin 1964). Elle ne prend pas part au vote sur le service national (26 mai 1965).

Par ailleurs, le travail parlementaire de Marie-Madeleine Dienesch n’est qu’un aspect de sa vie politique. Elle assure notamment la vice-présidence de l’Union européenne féminine, dont elle préside la section française de 1963 à 1969.

Vice-présidente du groupe parlementaire du Centre démocratique en 1962, Marie-Madeleine Dienesch opère une évolution politique qui la conduit à rallier le gaullisme. Lors des élections présidentielles de 1965, avec Maurice Schumann et une dizaine d’autres députés, la députée de Loudéac décide de soutenir la candidature du général de Gaulle et non celle de Jean Lecanuet. Fin 1966, toujours avec Maurice Schumann, elle entre au Comité d’action pour la Ve République, rejoignant ainsi Edmond Michelet, Louis Terrenoire ou encore Jean Charbonnel qui ont quitté le MRP au moment de la naissance du RPF. Elle forme une composante au sein de la mouvance gaulliste, les Démocrates Ve République. C’est ainsi qu’aux législatives de 1967, Marie-Madeleine Dienesch se présente sous l’étiquette gaulliste et s’en explique à ses électeurs : « Dans la législature qui s’achève, j’ai opté pour cette attitude de bon sens, car un député isolé ou un petit parti ne peuvent rien, pas plus que les opposants systématiques ». Cette position lui permet de recueillir 23 215 suffrages sur 47 358 exprimés, manquant ainsi de quelques centaines voix une réélection dès le premier tour. Au second tour, elle recueille 56,9 % des voix battant largement son adversaire communiste, Auguste Le Coënt.

À l’Assemblée, la députée des Côtes-du-Nord s’apparente au groupe d’Union démocratique pour la Ve République, parti qu’elle ne rejoint que l’année suivante bien qu’elle soutienne l’exécutif – notamment en ne s’associant pas aux motions de censure (20 mai, 9 et 16 juin 1967) sur les pouvoirs spéciaux attribués au gouvernement. Elle retrouve les rangs de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales, dont elle prend la présidence en avril 1967, devenant ainsi la première femme présidente d’une commission. Au cours de cette brève législature, Marie-Madeleine Dienesch déploie une intense activité parlementaire : auteur d’une proposition de loi tendant à créer une allocation en faveur des orphelins (24 avril 1968), elle prend par ailleurs la parole en séance publique près d’une quinzaine de fois, toujours pour y défendre la Bretagne, l’enseignement et plus particulièrement l’enseignement agricole. Ainsi, sa première intervention est consacrée à la marée noire ayant touché les côtes bretonnes à la suite du naufrage du Torrey Canyon (26 avril 1967). Le 26 octobre 1967, elle prend également longuement la parole, à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances pour 1968, afin de proposer une série de réformes dans l’éducation nationale considérant que « les mots de réforme et d'évolution ne peuvent plus être redoutés dans un monde en pleine mutation économique où s'accélèrent les progrès des sciences et des techniques ». Ces mots prononcés à la veille du mouvement étudiant français de mai 1968 sont le reflet de sa constante préoccupation de réformer l’Éducation nationale. Agrégée, ancienne enseignante, députée sans discontinuer depuis 1945, Marie-Madeleine Dienesch s’est imposée comme l’une des spécialistes des questions d’enseignement. C’est à ce titre qu’elle est appelée au gouvernement, le 31 mai 1968, par Georges Pompidou en tant que secrétaire d'État à l’éducation nationale, au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale par le général de Gaulle et de la grande manifestation de soutien au président de la République qui s’est tenue sur les Champs-Élysées. Depuis six ans, aucune femme n’avait exercé de fonctions ministérielles. Elle est, par ailleurs, la seconde femme membre d’un gouvernement sous la Ve République.

Cette nouvelle stature, ainsi que la vague gaulliste qui suit les événements de mai 1968, favorisent sa réélection dès le premier tour des élections législatives, le 23 juin 1968. Favorable aux réformes, elle explique à ses électeurs bretons que si « une nouvelle société s’impose », elle « doit s’accomplir dans la légalité républicaine qui, seule, protège les plus faibles et peut établir entre tous une véritable justice ». Elue avec 25 072 voix contre 11 156 au candidat du PSU, Guy Caro et 11 065 au candidat communiste Auguste Le Coënt, la nouvelle secrétaire d’État doit abandonner son mandat parlementaire à son suppléant, André Glon, afin d’exercer ses fonctions ministérielles.

La carrière de Marie-Madeleine Dienesch connaît alors un tournant : jusqu’en mai 1974, elle siège au gouvernement – sans avoir cependant droit au titre de ministre. Elle est pendant trois mois secrétaire d'État à l'éducation nationale, du 31 mai 1968 au 10 juillet 1968, dans le quatrième cabinet de Georges Pompidou, puis secrétaire d'État aux affaires sociales du 12 juillet 1968 au 20 juin 1969 dans le cabinet de Maurice Couve de Murville, puis secrétaire d'État auprès du ministre de la santé publique et de la sécurité sociale dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas, du 22 juin 1969 au 5 juillet 1972, fonction qu’elle conserve dans les trois gouvernements de Pierre Messmer du 6 juillet 1972 au 28 mai 1974. Avec Suzanne Ploux, secrétaire d’État auprès du ministre de l'éducation nationale du 15 avril 1973 au 1er mars 1974, elle est la seule femme à siéger au gouvernement pendant la période. Catholique, opposée à l’interruption volontaire de grossesse, Marie-Madeleine Dienesch est à l’origine de plusieurs grandes réformes sociales. Elle mène une politique active d’insertion des handicapés, en particulier avec la loi de 1971 qui porte son nom et remplace celle de 1949. Elle accorde notamment aux personnes handicapées une allocation de subsistance nationale, une protection contre la maladie et supprime la limitation à trois ans des prises en charge hospitalières. En 1971, elle lance également une grande campagne sur la périnatalité, partant du constat que la France connaît alors une mortalité entourant la naissance plus importante que celle des autres pays européens. Son décret de 1972 imposant la modernisation des maternités privées les a transformées, malgré des résistances, en services modernes de gynécologie obstétrique entraînant ainsi une baisse sensible de la mortalité des nouveau-nés. Elle quitte définitivement le gouvernement en 1974. Avec ses réformes, Marie-Madeleine Dienesch s’impose comme une figure du gaullisme social. En 1975, elle déclare devant Jacques Chirac alors premier ministre : « Réformes, révolutions par la loi, changements, qu’importent les mots ! L’essentiel, c’est bien de transformer notre société, nos mentalités, nos structures ».

Malgré ses fonctions ministérielles, Marie-Madeleine Dienesch se présente avec son suppléant André Glon aux élections de mars 1973. Elle l’emporte, dès le premier tour, avec 51,2 % des voix, devançant très largement le communiste Jacques Gardet (21,5 %), le candidat du PSU Guy Caro (11,8 %) et celui de parti socialiste, Claude Wilquin (10 %). Inscrite au groupe de l’UDR et membre de la Commission culturelle, la députée de Loudéac doit renoncer à son mandat afin de siéger au gouvernement. Lorsqu’elle quitte le gouvernement en mai 1974, Marie-Madeleine Dienesch gagne Luxembourg pour y occuper le poste d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de 1975 à 1978.

En 1978, Marie-Madeleine Dienesch se présente une onzième et dernière fois devant les électeurs des Côtes-du-Nord. Placée en tête du premier tour avec 49,2 % des voix, il lui manque 434 voix pour être élue dès le 12 mars 1978. Ses principaux adversaires, le socialiste Didier Chouat et le communiste Yvon Renault ont recueilli respectivement 22,5 % et 21,3 %. Au second tour, face au socialiste, unique candidat de la gauche, elle obtient 52 % des suffrages exprimés et retrouve le chemin du Palais-Bourbon.

Apparentée au groupe du Rassemblement pour la République (RPR), la députée de Loudéac est nommée à la Commission des affaires étrangères au sein de laquelle elle siège pendant toute la législature. À partir de mars 1979, elle est également membre de la Commission d'enquête sur la situation de l'emploi et le chômage, dont le rapporteur est Philippe Séguin. Enfin, elle accède à la présidence du groupe d’amitié France-Luxembourg.

Toujours intéressée par les questions d’enseignement agricole, elle dépose plusieurs amendements au projet de loi d’orientation agricole en décembre 1979. Par ailleurs, elle prend la parole en séance, le 20 novembre 1980, à l’occasion du projet de loi modifiant le code électoral en vue de favoriser la participation des femmes aux élections municipales : elle s’élève en particulier contre le principe des quotas : « Sur le plan des principes, il est, je le répète, très regrettable d'avoir situé la compétition électorale sur un autre plan que celui de l'égale aptitude des candidats à gérer la cité. C'est sous-estimer à la fois la qualité des femmes et le libre consentement des électeurs masculins » explique-t-elle à la tribune. Elle ajoute : « Il ne me paraît pas souhaitable d’opposer ou de paraître opposer les femmes aux autres catégories de citoyens ». Craignant par ailleurs qu’une entrée massive des femmes ne déstabilise les équipes municipales déjà constituées, la députée de Loudéac suggère d’élargir les listes des candidats soumises aux électeurs ou d’augmenter le nombre des élus. Cependant, elle finit par voter le texte le 20 novembre 1980.

Lors des principaux scrutins publics, Marie-Madeleine Dienesch apporte un soutien constant à l’action gouvernementale. Elle vote ainsi pour l'augmentation de la quote-part de la France au Fonds monétaire international le 18 avril 1978, pour la déclaration de politique générale du gouvernement Barre, le 20 avril 1978, pour l’aide aux travailleurs privés d'emploi le 5 janvier 1979 ou encore pour la loi sur la définition et la répression du viol, le 11 avril 1980. Seul écart à l’adhésion à la politique menée par l’exécutif, la députée bretonne vote contre la loi du 20 novembre 1979 modernisant la loi du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse.

Pendant la période, alors qu’elle a milité contre le cumul des mandats, Marie-Madeleine Dienesch devient conseillère générale des Côtes-du-Nord dans le canton de Plouguenast, en 1976, puis membre du Conseil régional de Bretagne en 1978. L’année suivante, elle est élue députée au Parlement européen sur la liste de Défense des intérêts de la France en Europe, conduite par Jacques Chirac et Michel Debré, mandat qu’elle abandonne en 1980 en vertu de la « règle du tourniquet » alors en vigueur au RPR.

En 1981, cette pionnière dans l’engagement des femmes en politique décide, au terme de onze mandats, de ne pas se représenter aux élections législatives. L’ancienne agrégée de lettres classiques se consacre alors à la poésie, à la critique littéraire et à l’Association Marie Noël qu’elle dirige activement depuis 1974 et qui rassemble les admirateurs de la poétesse d’Auxerre décédée en 1967.

Marie-Madeleine Dienesch s’éteint le 8 janvier 1998 à Paris, à l’âge de 83 ans. Son parti rend hommage à une « militante exemplaire et femme de conviction » qui « a laissé à ses compagnons le souvenir de son combat inlassable en faveur du droit des femmes et celui d’une générosité et d’un désintéressement sans faille ». Célibataire, la députée a choisi la politique pour métier. Son bilan à l’Assemblée est considérable : durant onze mandats, elle a déposé vingt-quatre propositions de loi et résolutions ainsi que trente-trois rapports ou avis, défendu de multiples amendements et pris la parole à de très nombreuses reprises. De 1968 à 1974 elle a aussi exercé des fonctions ministérielles dans six gouvernements successifs (ceux de Georges Pompidou, Maurice Couve de Murville, Jacques Chaban-Delmas et Pierre Messmer). Son parcours politique, d’une longévité exceptionnelle, accompli sous la IVe et la Ve Républiques, illustre la marche difficile de quelques femmes politiques vers l’exercice de hautes responsabilités, de la Libération, date à laquelle les femmes ont obtenu la citoyenneté entière aux années 1970, où elles font une entrée plus massive dans les gouvernements.




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