André, Jean Godin

1900 - 1989

Informations générales
  • Né le 11 juillet 1900 à Alger (Algérie)
  • Décédé le 27 août 1989 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Somme
Groupe
Radical et radical-socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Somme
Groupe
Républicain radical et radical-socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Somme
Groupe
Rassemblement du peuple français - ARS

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)


Né le 11 juillet 1900 à Alger (Algérie)

Décédé le 27 août 1989 à Paris

Membre de la seconde Assemblée nationale constituante (Somme)

Député de la Somme de 1946 à 1956

L'enfance d'André-Jean Godin est rythmée par l'activité itinérante de son père au service de la République : sa naissance même en porte la marque, puisqu'il voit le jour le 11 juillet 1900 au Palais d'Hiver d'Alger, où Pierre Godin est collaborateur du gouverneur général Jonnart. Cette localisation n'est pourtant pas tout à fait fortuite : son grand-père, pionnier de la colonisation en Algérie, avait fondé la première école d'agriculture d'Afrique du Nord, celle de Maison-Carrée. Le jeune André-Jean va connaître successivement les lycées des différentes villes où son père exerce ses fonctions de sous-préfet puis de préfet, notamment Rouen, Bastia, Bayonne et Marseille.

Ayant obtenu son baccalauréat de philosophie, puis une licence de droit et le diplôme d'études supérieures d'économie politique, il entre dans l'administration par le concours de rédacteur au ministère des finances, sur les traces de son père. Et c'est avec lui qu'il fait ses premières armes, en le secondant un temps dans ses fonctions de directeur du cabinet civil de Georges Clemenceau. Tandis que Pierre Godin achève sa carrière comme procureur général à la Cour des comptes, son fils André-Jean entame rapidement la sienne comme rédacteur puis sous-chef de bureau au ministère des finances ; il est attaché à différents cabinets ministériels (1924-26), puis au cabinet du Président de la Commission des finances du Sénat, Henri Béranger.

De 1926 à 1928, il est détaché au Maroc, auprès du directeur général des finances du protectorat, Edouard Branly - fils du grand savant amiénois dont il est bientôt chef de cabinet. Au cours de ces deux années marocaines, André-Jean Godin met aussi ses connaissances à profit, en enseignant comme maître de conférence à l'école de droit de Rabat et comme chargé de cours à l'école des officiers des affaires indigènes. Il crée, à la direction des finances, un cadre important pour la jeune administration marocaine : celui des contrôleurs de la comptabilité publique. Ce sont là les premières traces d'une activité d'enseignement et de recherche qui, à travers des conférences, des articles, quelques publications et un cours régulier de législation financière, se poursuivra tout au long de sa carrière.

De retour en France, André-Jean Godin connaît à nouveau la succession des postes politiques et administratifs qui avait fait la trame de la carrière paternelle. Sous-préfet, puis chef du cabinet d'André Tardieu, ministre de l'intérieur (1928-1930), il entre à la Préfecture de police là encore comme chef de cabinet, puis comme directeur-adjoint du matériel, poste qu'il conservera jusqu'à sa mise à la retraite forcée par le gouvernement de Vichy en 1941. A la Préfecture de police, il est notamment chef des services de surveillance et de protection des Nords-Africains.

Quand survient la guerre, André-Jean Godin refuse d'être affecté spécial ; il est mobilisé aux armées comme attaché d'intendance du grand quartier-général. Cantonnant à Randan, il se trouve à Vichy le 10 juillet 1940 avec quelques autres officiers en instance de démobilisation. Très tôt opposé au défaitisme, il exprime sa profonde indignation, auprès de ses connaissances parlementaires, quant à la tournure politique que prend cette journée. Revenu à l'habit civil, il réalise dès septembre 1940 son premier acte de résistance, de manière très pragmatique : il réussit, avec l'aide de collègues de la Préfecture et de l'Intendance, à disperser un ensemble de fournitures de valeur, saisies comme « prises de guerre » par les Allemands à différents entrepôts de l'administration française. En octobre 1940, avec quelques amis, il monte le premier réseau de renseignements au sein de la police parisienne (réseau « A » Georges France) en liaison avec des responsables gaullistes installés à Londres. Ce réseau est démantelé en 1941, et André-Jean Godin n'échappe à la Gestapo que grâce au courage de sa collaboratrice, Madame Rozier qui, malmenée, ne livre aucun nom. Il reprend des activités de propagande et d'aide aux clandestins jusqu'au 1 " octobre 1941, date à laquelle il est relevé de ses fonctions.

Il n'en poursuit pas moins, dans la clandestinité, son activité de résistant : chargé de la diffusion du journal Résistance, il est bientôt contacté par le réseau Ajax et organise les réseaux de renseignement entre la Préfecture de police, puis toute l'administration, et le BCRA (les services secrets gaullistes), il finit la guerre comme chef de la zone Nord du réseau Ajax (le réseau Zadig). Le 19 août 1944 au matin, au début du soulèvement parisien, André-Jean Godin prend la fonction de secrétaire général de la Préfecture de police, entouré des agents de son réseau, et apporte une aide précieuse au combat final. Cette activité pendant la période 1939-1945 lui a valu les distinctions de Compagnon de la Libération, commandeur de la Légion d'honneur, Croix de guerre, Rosette de la Résistance et jusqu'à la King's Medal britannique.

André-Jean Godin se présente le 21 octobre 1945 aux élections pour la première Assemblée nationale constituante, comme candidat radical et gaulliste dans la Somme ; mais n'ayant rassemblé que 21 000 voix, il est battu. Il prend sa revanche le 2 juin 1946, pour la deuxième Constituante, dans la même circonscription, où sa liste de Rassemblement des gauches républicaines emporte 35 721 voix sur 234 068 suffrages exprimés. C'est dans des conditions semblables qu'il remporte l'élection législative du 18 novembre 1946 : avec 35 847 voix sur 227 482 suffrages exprimés, il est à nouveau devancé par les candidats communiste, socialiste et MRP, mais obtient un siège à la plus forte moyenne.

André-Jean Godin met à profit son expérience d'administrateur colonial et de préfet à la Commission de l'intérieur, de l'Algérie et de l'administration générale, départementale et communale. Il est aussi désigné comme juré à la Haute cour de justice. Il s'intéresse particulièrement à l'amélioration de la fonction publique. Lors du vote du 28 septembre 1946, il se prononce contre le second projet de constitution.

Au cours de la première législature, il est élu vice-président de la Commission de l'intérieur en décembre 1946. Cette fonction ne l'empêche pas de prendre part aux commissions du Règlement et du suffrage universel, de la presse, de la Reconstruction et des dommages de guerre, des affaires économiques et de la réforme administrative. Il est aussi membre de la Commission chargée d'enquêter sur les événements survenus en France de 1933 à 1945. Son activité de député (dépôt de huit propositions de loi et de deux rapports) vise souvent à aider les plus faibles : victimes d'accidents du travail, contribuables en difficulté, exploitants agricoles fragilisés. Il dépose aussi, le 29 mai 1947, une proposition de loi tendant à organiser la profession artisanale. Il travaille également - et défend ses projets devant ses pairs - pour réformer le système de l'administration préfectorale qu'il connaît bien. Enfin, il intervient plusieurs fois à la tribune sur des sujets de politique étrangère (proposition de résolution adressant un hommage au nouvel Etat d'Israël le 20 mai 1948, guerre d'Indochine, etc...).

André-Jean Godin vote la question de confiance du 4 mai 1947 à l'issue de laquelle Paul Ramadier se sépare de ses ministres communistes ; contre le statut de l'Algérie (27 août 1947) ; il approuve le statut du Conseil de l'Europe le 9 juillet 1949 et ratifie le Pacte atlantique le 26. De nouveau attentif à l'appel du général de Gaulle, André-Jean Godin devient en 1949 secrétaire général de l'intergroupe RPF à l'Assemblée nationale, et démissionne du Parti radical-socialiste, auquel il reproche de surcroît de sacrifier sa doctrine à des portefeuilles ministériels, en 1950. Il s'oppose, bien sûr, à la loi électorale instituant le système des apparentements (vote du 7 mai 1951).

C'est donc comme gaulliste qu'il brigue cette fois les suffrages de sa circonscription, pour les élections législatives du 17 juin 1951. Il s'en prend aux « gouvernementaux » - MRP, SFIO, et soi-disant Indépendants qui « s'apparentent aujourd'hui grâce à un mode de scrutin frauduleux » en prenant pour prétexte « un désir soudain de résister ensemble au danger communiste qu'ils découvrent enfin ». Il s'en prend aussi au déficit, aux impôts trop lourds (les « seize vagues fiscales qui ont déferlé en cinq ans sur la France ») et à « la gabegie de l'Etat ». L'apparentement conclu par les listes de la « troisième force » n'obtient pas la majorité absolue, les sièges sont donc répartis à la représentation proportionnelle. Avec 39 991 voix sur 229 297 suffrages exprimés, la liste RPF qu'il dirige obtient un siège.

Au cours de cette deuxième législature, André-Jean Godin participe à cinq Commissions (presse, pensions, affaires économiques, finances, immunités parlementaires) ; il est surtout élu le 11 juillet 1951 vice-président de l'Assemblée nationale et préside à ce titre de nombreuses séances : il conserve ce poste tout au long de la législature. Son activité de député est comparable à celle de son mandat précédent, et reste centrée sur les mêmes thèmes (ainsi la lutte contre « l'arbitraire fiscal », avec une proposition de loi du 2 avril 1955 tendant à assurer aux contribuables des garanties diverses). Il dépose aussi des propositions de loi pour améliorer la situation financière de l'Afrique équatoriale française. André-Jean Godin, le 13 décembre 1951, vote contre le projet de CECA ; le 30 août 1954, il soutient la question préalable opposée par le général Aumeran à la ratification de la CED question préalable qui entraîne le rejet du traité. le 29 novembre 1955, il s'abstient lors du scrutin sur la confiance à Edgar Faure. Candidat toujours dans la Somme - aux élections de 1956, en sixième position sur une liste présentée par le Groupement pour la réforme de l'Etat et la défense des libertés électorales et le Parti républicain paysan, qui s'oppose à tous les autres partis (y compris les Poujadistes), liste qui n'obtient que 6 900 voix, André-Jean Godin est battu et revient à l'administration. Préfet hors-classe dès 1954, il est préfet honoraire en 1959. Un peu plus tard, il prend une part active à l'organisation des mouvements de défense des contribuables : président de l'Alliance des hommes libres, il fut porté en 1978 à la présidence de l'Union pour la Défense des libertés (UDL), dont le secrétaire général était Pierre Poujade. Il est aussi, dans les années 1960 à 1970, administrateur de plusieurs sociétés.

André-Jean Godin est mort le 27 août 1989 à Paris.



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