Jules Basile dit Guesde

1847 - 1922

Informations générales
  • Né le 11 novembre 1847 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 28 juillet 1922 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
VIe législature
Mandat
Du 20 août 1893 au 31 mai 1898
Département
Nord
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
IXe législature
Mandat
Du 6 mai 1906 au 31 mai 1910
Département
Nord
Groupe
Socialistes unifiés
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
Xe législature
Mandat
Du 24 avril 1910 au 31 mai 1914
Département
Nord
Groupe
Parti socialiste
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIe législature
Mandat
Du 26 avril 1914 au 7 décembre 1919
Département
Nord
Groupe
Parti socialiste
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIIe législature
Mandat
Du 16 novembre 1919 au 28 juillet 1922
Département
Nord
Groupe
Parti socialiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)

Né le 11 novembre 1845 à Paris,
mort le 28 juillet 1922 à Paris.

Député du Nord de 1893 à 1898 et de 1906 à 1922.

Jules Basile naît le 11 novembre 1845 à Paris. Son père, catholique pratiquant et homme de droite, tient à Passy une institution d'enseignement libre, dont les revenus aléatoires suffisent difficilement à faire vivre les cinq enfants de la famille. C'est là que Jules va faire des études brillantes qui le mèneront au baccalauréat dès seize ans. C'est là aussi que, prenant goût à la lecture, il découvrira, à travers les philosophes (Kant) et les écrivains (Hugo), la fragilité des convictions religieuses et monarchiques. Pour gagner sa vie, il est obligé d'entrer au ministère de l'Intérieur comme expéditionnaire-traducteur. Mais il n'y reste pas longtemps : la passion de la politique est bientôt la plus forte. En 1867, Jules décide de devenir journaliste pour défendre les idées républicaines. Afin de ne pas faire de tort à ses parents, il prend le nom de jeune fille de sa mère : ainsi naît Jules Guesde.

Après avoir collaboré à un certain nombre de feuilles républicaines, Guesde fonde lui-même son propre journal en juin 1870. Il y attaque avec vigueur la guerre « impériale et dynastique ». L'Empire riposte en le mettant en prison. Libéré après la chute de Napoléon III, Jules Guesde salue avec enthousiasme l'avènement de la République et réclame la levée en masse. Mais le nouveau gouvernement, beaucoup trop tiède à son goût, ne répond pas aux espoirs qu'il avait placés en lui. La signature de l'armistice le rejette dans l'opposition.

En mars 1871, il soutient la Commune. Deux mois plus tard, les Versaillais vainqueurs saisissent son journal et Guesde doit s'exiler en Suisse.

Genève est alors un centre d'agitation intellectuelle. La querelle entre les bakouninistes, adversaires de toute organisation de la classe ouvrière, et les marxistes, qui dirigent le conseil général de l'Internationale, bat son plein. Avec la plupart des Communards émigrés, Guesde se range du côté des partisans de Bakounine et devient l'un des animateurs de la section jurassienne de l'Internationale où ils militent.

Mais bientôt sa santé l'oblige à interrompre ses travaux ; il quitte Genève pour l'Italie où il vivra en donnant des leçons de français et se mariera en 1874 avec la fille d'un ancien soldat de Napoléon. Cinq années passent, au cours desquelles Guesde collabore à diverses publications françaises et italiennes, fréquente les milieux révolutionnaires milanais et ébauche sa propre conception du socialisme. L'Essai de catéchisme socialiste (1876), et surtout De la propriété (1876), marquent le début d'une évolution qui l'éloigne peu à peu de l'anarchisme. Autorisé à revenir en France au début de 1876, Jules Guesde assiste en octobre au premier congrès ouvrier. Les résolutions adoptées par ce congrès sont bien timides. Mais le seul fait qu'il ait pu se tenir cinq ans après la Commune est en lui-même encourageant. Reste à organiser l'action sur des bases théoriques solides. La doctrine existe : c'est le marxisme. Elle est encore mal connue en France, où le premier livre du Capital vient à peine d'être traduit, et Jules Guesde lui-même n'en a qu'une idée assez vague. C'est en conversant avec de jeunes intellectuels qui se réunissent régulièrement au café Soufflet qu'il va la découvrir. Devenu un habitué du cercle, il se convainc peu à peu de la justesse des analyses de Marx et des vertus du socialisme scientifique. Sa tâche lui apparaît alors toute tracée : il sera le vulgarisateur du marxisme, celui qui, exposant la théorie dans un langage accessible aux travailleurs, leur fournira les principes dont ils ont besoin pour organiser leur action.

En novembre 1877, Jules Guesde fonde un hebdomadaire, L'Egalité dont l'intention est de « préparer la formation d'un grand parti qui puisse, le moment venu, mettre la force au service du droit ». Il faudra deux ans pour que ce parti voie le jour. Pendant ces deux ans. Guesde multipliera les articles et les conférences pour rallier au collectivisme une majorité encore acquise aux idées réformistes. L'interdiction par le gouvernement du Congrès international ouvrier de 1878 et le procès retentissant qui s'ensuit lui valent une soudaine célébrité. Condamné à six mois de prison, il en profite pour rédiger avec ses amis le Programme du socialisme révolutionnaire français. Il publie ensuite une petite brochure intitulée Collectivisme et révolution, où il expose les objectifs du socialisme révolutionnaire. Au troisième congrès ouvrier de Marseille, en octobre 1879, une discussion serrée se déroule sur ces objectifs. Les guesdistes l'emportent finalement et font accepter, contre les tenants de la « paix sociale », la création d'un parti ouvrier qui prend le nom de « Fédération du parti des travailleurs socialistes de France ». Guesde décide alors de se rendre à Londres pour rencontrer Marx. De leurs entretiens sort un programme clair et précis, rédigé en partie par Marx lui-même, qui est adopté en novembre 1880 au congrès du Havre. L'évolution amorcée en 1879 s'achève en 1882 au congrès de Saint-Etienne où les « broussistes », partisans d'une organisation totale fédérale, sont éliminés et où la tendance centralisatrice de Guesde triomphe. Le parti prend alors le nom de « parti ouvrier de France ».

Les dix années qui suivent, Jules Guesde les passe à parcourir la France pour rallier de nouveaux adhérents au parti, fortifier son organisation, répandre sa doctrine. Malgré une santé toujours déficiente, il tient plus de 1 200 réunions publiques entre 1882 et 1890. Il continue aussi à écrire de nombreux articles, dans le Socialiste, hebdomadaire du parti, et dans le Cri du peuple. La vigueur de ses attaques lui vaut de nouveaux ennuis avec le pouvoir. Il est arrêté à deux reprises. En 1883, le tribunal le condamne à six mois de prison pour « incitation au meurtre, au pillage et à la guerre ». En septembre 1886, il obtient son acquittement après une plaidoirie retentissante. Gardien sévère de l'orthodoxie, il doit encore lutter contre un anarchisme qui reste la tentation constante des militants ouvriers. C'est à cet anarchisme, et aux divisions persistantes du camp socialiste, qu'il attribue d'ailleurs les échecs électoraux du parti. Candidat aux élections législatives d'août 1881, d'octobre 1885, de septembre 1889, il est lui-même battu à trois reprises.

En 1891, au congrès annuel du P.O.F., l'exclusion des anarchistes est décidée. L'année suivante, le programme général du parti est complété par un programme agricole destiné à rallier les travailleurs des campagnes. Quelques mois plus tard, enfin, le 20 août 1893, Guesde est élu député de Roubaix (7e circonscription du Nord) dès le premier tour, par 6 879 voix contre 6 541 à ses adversaires réunis, sur 13 852 votants.

L'entrée de Jules Guesde au Parlement marque un tournant non seulement dans sa vie personnelle et dans l'histoire du parti, mais dans l'histoire du Parlement lui-même où, pour la première fois, des marxistes vont pouvoir faire entendre leur voix. Le onzième congrès du parti, qui se tient à Paris en octobre 1893, décide que les élus à la Chambre devront se considérer comme l'avant-garde du prolétariat en marche vers la conquête du pouvoir politique et défendre en toutes circonstances les revendications de la classe ouvrière. Il précise également, dans sa motion finale, que la solidarité internationale n'exclut pas le droit et le devoir de la nation de se défendre contre toute agression : « La France attaquée n'aurait pas de plus ardents défenseurs que les socialistes du parti ouvrier ».

Le 19 février 1894, Jules Guesde monte à la tribune à l'occasion d'un débat sur le protectionnisme. Le vigoureux réquisitoire qu'il prononce contre Méline et la politique économique des possédants est haché d'interruptions, mais l'impose immédiatement au premier rang des orateurs parlementaires. Son éloquence fiévreuse et impitoyable, servie par un physique de prophète, impressionne ceux-là même qu'elle ne convainc pas. Guesde interviendra à de nombreuses reprises au cours de la législature, et toujours sur des sujets intéressant directement le prolétariat : journée de huit heures, lois « scélérates », retraites ouvrières, droit de vote, protection du travail, bureaux de placement. Plusieurs de ces discours lui donnent l'occasion de fixer des points de doctrine. Le 12 juillet 1894, il insiste sur l'opposition fondamentale entre l'anarchisme et le socialisme. Le 20 novembre 1894, à propos des pharmacies municipales, il dresse un tableau général de la future révolution collectiviste. Le 15 et le 24 juin 1896, répondant successivement au comte de Mun et à Paul Deschanel, il définit l'originalité de la doctrine du parti ouvrier par rapport au socialisme chrétien et au libéralisme bourgeois. Le 12 novembre 1897, proclamant le droit de toutes les classes sociales à l'enseignement supérieur, il prophétise la victoire de la science sur le capitalisme obscurantiste.

Le succès croissant du P.O.F. dans les milieux ouvriers inquiète ses adversaires politiques. Aux élections de mai 1898, le patronat roubaisien, aidé par le clergé, dépense sans compter pour empêcher que Guesde revienne au Parlement. L'argent et les prières l'emportent sur l'éloquence, et Jules Guesde est battu : il n'a obtenu que 7 998 voix contre 11 256 au manufacturier Motte, sur 19 384 votants. Mais son échec personnel n'empêche pas le parti et les socialistes en général de progresser dans l'ensemble de la France. Ecarté de la Chambre, Guesde va dès lors se consacrer à deux tâches essentielles : définir la tactique du parti en vue d'une éventuelle accession au pouvoir, rallier à sa position les différents mouvements socialistes français.

Le premier point avait déjà été abordé au congrès de Nantes, en septembre 1894. Guesde a l'occasion d'y revenir en juin 1899 lors de la constitution du ministère Waldeck-Rousseau, où le socialiste Millerand siège à côté du général de Galliffet, ancien « massacreur de fédérés ». Le conseil national du P.O.F. condamne vivement l'attitude de Millerand, et Guesde lance avec les chefs du groupe socialiste révolutionnaire, Vaillant et Sembat, un « appel à la France ouvrière » proclamant que le parti socialiste, parti de classe, ne saurait devenir un parti ministériel. Après de longs débats, le dix-septième congrès du parti, qui se déroule à Epernay en août 1899, lui donne raison.

L'unification des forces socialistes, réparties en six organisations, pose un problème plus grave, qui est d'ailleurs lié au précédent. Deux congrès successifs, en 1898 et 1900 n'aboutissent à aucun résultat. Guesde et ses amis quittent le second sans même attendre la fin des débats. Faute d'une fusion générale, ils se contenteront provisoirement d'un accord limité avec le parti ouvrier socialiste révolutionnaire. Le 3 novembre 1901, à Ivry, est ainsi créé le « parti socialiste de France », tandis qu'à Tours, Jaurès et ses amis fondent, en mars 1902, le « parti socialiste français ».

Quatre ans plus tard, en avril 1904, Guesde revient à la charge devant le congrès international d'Amsterdam, où il s'oppose à Jaurès sur la question essentielle des méthodes du socialisme. Deux motions sont finalement votées : l'une condamne le « ministérialisme », l'autre invite les organisations qui se réclament du socialisme à réaliser leur unité sur la base des principes établis par les congrès internationaux. Vaillant et Jaurès signent pour leurs partis respectifs. Dès lors, les choses vont aller vite. Une commission d'unification est mise en place en novembre et le 23 avril 1905 s'ouvre, à Paris, un congrès unitaire qui aboutit à la constitution du parti socialiste, section française de l'Internationale ouvrière.

De ce nouveau parti qui réalise enfin ses rêves, Guesde n'aura malheureusement pas la force de s'occuper comme il le voudrait. Sa santé ne lui permet plus que de rares apparitions dans les meetings. Mais ses avis continuent à peser d'un grand poids dans les délibérations du parti, et Jaurès, son animateur, ne prend aucune décision sans le consulter. De 1907 à 1913, Guesde dirige un hebdomadaire Le socialisme, écrit encore quelques brochures, et ne manque aucune occasion de rappeler, dans les congrès du parti, les principes de la doctrine.

A la Chambre des députés, où il a été réélu le 6 mai 1906, battant de justesse le député sortant, Motte, par 11 345 voix contre 11 018 sur 22 668 votants, son activité n'est pas moins réduite. Là aussi Guesde cède le pas à Jaurès, leader incontesté de la gauche socialiste. Il intervient à quelques rares occasions : en 1907 sur la crise viticole, en 1909 sur l'impôt sur le revenu, en 1910 sur les retraites ouvrières et paysannes. Aux élections du 24 avril 1910, sa majorité s'élargit sensiblement : il obtient 12 394 voix contre 9 814 à son suivant immédiat, sur 24 610 votants. Le 30 octobre, dans le grand débat sur la grève des chemins de fer, il dépose au nom de l'extrême gauche une proposition de résolution qui rappelle le passé révolutionnaire d'Aristide Briand, lui reproche d'avoir trahi la classe ouvrière en écrasant illégalement une grève légale, et demande à la Chambre de « mettre en accusation » le président du Conseil. Cette motion est rejetée par 503 voix contre 75 : seuls les signataires ont voté pour. Dix jours plus tard, à l'occasion d'interpellations sur la politique générale, Jules Guesde attaque de nouveau Briand : si le gouvernement était resté neutre dans le conflit, au lieu de mettre la force armée à la disposition des compagnies, déclare-t-il, la grève n'aurait pas eu lieu : le patronat aurait été obligé de s'entendre avec les ouvriers. Cette intervention est comme le testament parlementaire de Guesde : il n'interviendra plus que très brièvement et sur des problèmes de détails.

Deux épreuves l'attendent encore. D'abord la guerre, en août 1914, précédée de l'assassinat de Jaurès. La question du militarisme a été abordée dans plusieurs congrès du parti, et en particulier au dernier d'entre eux, qui s'est déroulé à Paris du 15 au 17 juillet. Sur ce point, la position de Jules Guesde n'a pas changé : justifiée en temps de paix, quand il s'agit de lutter contre le régime capitaliste, la grève générale serait un crime en temps de guerre, car elle ne pourrait profiter qu'à l'ennemi et se retournerait finalement contre le socialisme lui-même. Le 27 août, les socialistes, sollicités de participer au gouvernement d'union nationale, donnent donc une réponse affirmative. Jules Guesde devient ministre d'Etat et le restera tant que sa santé déclinante lui permettra d'assister aux réunions du Conseil, c'est-à-dire jusqu'à la fin de 1916.


La deuxième et ultime épreuve surgit en 1920, après que Guesde ait été réélu une dernière fois député du Nord, par 13 582 voix contre 8 870 sur 25 641 votants. La Révolution a éclaté dans un pays où l'on ne l'attendait pas : la Russie rurale et arriérée. Pour Guesde, l'arrivée au pouvoir des bolcheviks ne peut être que le coup d'Etat d'une poignée de militants incapables de transformer réellement un pays où les conditions économiques du passage au socialisme ne sont pas réunies. Il ne comprend donc pas qu'on veuille les donner en exemple, pis : qu'ils veuillent dicter leur loi aux militants des pays plus avancés. Lors du congrès de Tours en 1920, il refuse de suivre les communistes et reste fidèle au parti qu'il a fondé. Après tant d'efforts déployés pour l'unité, ce n'est pas sans une profonde tristesse que Jules Guesde, au soir de sa vie, assiste ainsi à une nouvelle scission, et il est permis de penser que l'événement aura contribué à user les dernières forces du vieux lutteur : il meurt à Paris le 28 juillet 1922.


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