Pierre Hénault

1892 - 1971

Informations générales
  • Né le 25 février 1892 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 12 février 1971 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 22 novembre 1948 au 4 juillet 1951
Département
Manche
Groupe
Parti républicain de la liberté
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Manche
Groupe
Rassemblement du peuple français - ARS
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Manche
Groupe
Indépendants et paysans d'action sociale
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Manche
Groupe
Indépendants et paysans d'action sociale

Biographies


Né le 25 février 1892 à Paris

Décédé le 12 février 1971 à Paris

Député de la Manche de 1948 à 1958

Pierre Hénault est né le 25 février 1892 à Paris. Combattant des deux guerres mondiales, il fut un résistant authentique. Industriel et administrateur de sociétés, à la Libération, il appartient au Mouvement de Libération Nationale. Il fut l'un des fondateurs du Parti républicain de la liberté, fut membre de son comité exécutif et son vice-président en 1946 et en 1947. Pierre Hénault fut candidat dans la Manche sur la liste PRL, en troisième position le 2 juin 1946 et en deuxième position, derrière Joseph Lecacheux, le 10 novembre 1946. Il n'est pas élu mais un lot de consolation lui est offert ; il est élu par l'Assemblée nationale à l'Assemblée de l'Union française en 1946. Il y siège peu de temps car la désignation de Joseph Lecacheux au Conseil de la République le porte au Palais Bourbon en novembre 1948.

D'emblée, Pierre Hénault s'affirme comme un parlementaire actif. Membre des commissions de la reconstruction et des dommages de guerre, de la Commission du suffrage universel, du règlement et des pétitions et de la Commission des boissons, il est, en outre, appelé à figurer sur la liste des jurés de la Haute Cour de justice. Il dépose sur le bureau de l'Assemblée rapports et propositions de résolution ou de loi. Ainsi, le 27 janvier 1949, une proposition de loi tendant à modifier la loi du 1er septembre 1948 sur les loyers, le 10 novembre 1949 une proposition tendant à modifier le statut du fermage du 31 décembre 1948, le 25 avril 1950 une proposition tendant à créer des sociétés coopératives familiales scolaires pour financer l'enseignement privé. Il est aussi l'auteur de plusieurs propositions de résolution de nature à assouplir la fiscalité et dépose, le 21 novembre 1950, un rapport au nom de la Commission des boissons en faveur du marché des pommes à cidre. Il intervient très souvent en faveur des victimes de la guerre.

En d'autres termes, ces centres d'intérêt, durables, sont significatifs de ceux d'un élu de droite d'un département rural : lutte contre le dirigisme et la défense de l'économie libérale, défense de ses mandants paysans et des sinistrés, interventions en faveur des producteurs de boissons alcoolisées. Ses interventions en séance publique vont dans ces directions. Ainsi, les 28 février et 4 août 1950, dans le débat sur la boisson Coca-Cola, pose-t-il la question de la réglementation douanière des Etats-Unis sur les importations des vins français, des Champagne et Cognacs.

Au sujet du sort des victimes de guerre et des anciens combattants, il développe le 24 mars 1950 l'interpellation de Maurice Barrachin empêché. D'une manière générale, il demande au nom de son groupe une revalorisation des indemnités versées aux victimes des deux guerres mondiales. Il demande que les « déportés du travail » bénéficient de la même considération que les autres victimes et partant soient indemnisés. Mais c'est l'évocation des anciens combattants des deux guerres mondiales et des anciens prisonniers de guerre qui verse l'orateur dans le lyrisme. Il déclare « les Anciens combattants constituent une armée silencieuse (...), ils sont dignes, ils sont calmes (...). Ils constituent un des meilleurs ferments du pays » et demande que l'Assemblée se recueille un instant. Pour Pierre Hénault, les anciens combattants et les prisonniers de guerre sont en définitive les grands vaincus de la dernière guerre. « Que leur patriotisme demeure un exemple. A ce jour, ils constituent encore le gage le plus certain de la pérennité de la France. » Il remercie le ministre des Anciens combattants pour les efforts consentis et lui demande de s'engager à faire quelque chose en faveur des Anciens combattants. Le 4 août 1950, le député de la Manche intervient à nouveau au cours du débat sur la proposition de loi relative au statut des déportés du travail. Au sujet de l'amendement déposé par Emile-Louis Lambert tentant à qualifier les déportés du travail de « requis », Pierre Hénault plaide pour le maintien de l'expression « déporté du travail » et regrette que la question de leur statut restât posée. Plus généralement, le député de la Manche intervient dès qu'il est question des dommages de guerre.

Pour l'élection de la deuxième Assemblée nationale, l'ancien résistant Pierre Hénault accepte d'être en deuxième position sur la liste RPF conduite par Claude Hettier de Boislambert. Celui-ci pouvait espérer que la notoriété de Pierre Hénault drainerait vers la liste gaulliste l'électorat modéré. Les sièges ont été répartis à la représentation proportionnelle. La liste du Rassemblement obtient 61 249 voix sur 199 487 suffrages exprimés. Elle arrive ainsi en tête devant les listes MRP, socialiste et celle de l'Union des Indépendants, des Paysans et des Républicains nationaux conduite par Jean-Michel Guérin du Boscq de Beaumont.

Pierre Hénault s'inscrit au groupe RPF. Mais, gaulliste d'occasion, il n'adhère pas à la stratégie définie par le général de Gaulle d'opposition systématique à la IVe République. Aussi, vote-t-il, avec vingt-six autres élus RPF, l'investiture d'Antoine Pinay et s'inscrit peu après au groupe de l'Action Républicaine et Sociale. Il est à nouveau nommé membre de la Commission des boissons (1951), des finances (1953) et pour toute la durée de la législature n'a-t-il pas été membre de l'Assemblée de l'Union française ? - des territoires d'outre-mer. Cette dernière le nomme membre suppléant de la Commission de coordination chargée de l'examen des problèmes intéressant les Etats associés d'Indochine. Au cours de cette législature, comme sous la précédente, le député de la Manche multiplie textes et interventions. Sa réputation de prononcer des discours souvent longs se confirme. Il dépose à nouveau les propositions de loi et de résolution qui n'ont pas abouti sous la précédente législature et oriente à nouveau son action en faveur des producteurs de cidre, des victimes de la guerre et bataille pour l'allégement de la fiscalité qui pèse sur les exploitants agricoles. Ses interventions confirment son combat en faveur du libéralisme. Ainsi, le 5 juillet 1951, dans le débat sur l'échelle mobile des salaires Pierre Hénault condamne à nouveau le principe de l'économie administrée. « La liberté est la plus belle des choses » déclare-t-il. Il dénonce l'augmentation des prix et des impôts, la perte de confiance des épargnants, la baisse du pouvoir d'achat. « La France est le pays le plus taxé sans être pour cela à la tête du progrès social ». Il estime que les dépenses publiques sont grevées par les nationalisations : « L'Etatpatron est irresponsable » et il faut réorganiser la sécurité sociale. Il n'est pas en soi hostile à la proposition qu'il consentira à voter mais il propose d'instituer l'association du capital-travail. Plus généralement, il estime que la France dépense trop d'autant que le plan Marshall vient à sa fin et souligne « les incroyables difficultés dans lesquelles se débattent tant de Français, le mécontentement généralisé qui grandit, l'anxiété de tous devant l'avenir le plus proche ». Le 8 juillet 1952, il interpelle le gouvernement sur sa politique agricole et l'épidémie de fièvre aphteuse. Dans un long discours, le député de la Manche regrette que « notre agriculture (n'ait) pas de plan d'ensemble ». L'agriculture est désormais confrontée à trois problèmes urgents : l'installation des jeunes, le déséquilibre des prix agricoles et industriels, l'épizootie de fièvre aphteuse. A ce sujet, le préjudice est immense, d'autant plus que le ministère ignore les vaccins de pointe et les progrès vétérinaires. Le ministre de l'agriculture, dans une interruption, se défend de tout faire, dans l'urgence, pour enrayer l'épidémie. Pierre Hénault demande que des crédits spéciaux soient débloqués, le bétail vacciné, la recherche publique stimulée. Le 19 mai 1953, le député de la Manche prend part à la discussion du projet de loi relatif au redressement financier et plus particulièrement au sujet des mesures fiscales qui pèsent sur les boissons alcoolisées. Bien qu'il ait été présenté comme un défenseur de l'alcoolisme, il assure non sans humour à l'Assemblée qu'il est « contre l'alcoolisme et ses méfaits ». Mais la lutte contre ce fléau, pense-t-il, ne passe pas par la fiscalité qui pèse sur les producteurs et sur ce point il ne suit pas le gouvernement bien qu'il appartienne à sa majorité. Il développe son intervention le 3 juin lors du débat sur l'investiture de Pierre Mendès France. Certes, dit-il, la situation est grave mais « la hache (contre les dépenses) ne suffira pas, c'est la maison qui est mal bâtie. Commençons par relever les salaires et baisser les charges ». Il propose de libérer l'économie française et partant les initiatives. Rentrant d'une mission en AEF et au Cameroun, il exprime ses critiques à l'égard du FIDES, des fonctionnaires pléthoriques et de la valeur trop faible du franc. Au sujet du Maroc et de la Tunisie, il s'inquiète du laxisme dont fait preuve le gouvernement. Le 17 juin 1954, au nom du groupe ARS, il participe à nouveau au débat sur l'investiture de Pierre Mendès France. Avec ses amis, il a été sensible à la position conciliatrice adoptée par le député de l'Eure sur la CED. Son groupe se félicite aussi de la volonté de paix en Indochine. Il demande que le Président désigné précise les conditions du cessez-le-feu ainsi que sa politique à l'égard de l'Afrique du Nord afin de préserver les intérêts des Français. Les réponses qui lui sont présentées ne l'ont convaincu qu'à moitié car il s'abstient lors du vote d'investiture, comme il l'avait fait du reste un an plus tôt. A nouveau, le 23 juillet, il s'abstient sur les accords de Genève et, le 30 août, vote contre la proposition du général Aumeran qui vise à rejeter sans débat le projet de CED. Le 29 décembre, il approuve les accords de Paris.

Pierre Hénault est opposé plus particulièrement à l'un des aspect de la politique de Pierre Mendès France, celle qui vise à restreindre la liberté des bouilleurs de cru. Le 4 février 1955, il contribue à la chute de son gouvernement et intervient pour revenir sur les décision qui ont été prises. Ainsi, le 8 mars 1955, dépose-t-il deux propositions de loi dont l'une vise à abroger le décret du 13 novembre 1954 concernant les bouilleurs de cru et l'autre le décret du même jour relatif à l'augmentation du droit de consommation sur l'alcool. Le 27 janvier 1955, il ne nie pas que le groupe de pression des bouilleurs de cru existe mais « l'alcoolisme est en nette régression dans nos campagnes ». « Qu'on laisse tranquilles nos petits bouilleurs de cru » car « toute mesure de coercition provoquerait des troubles et favoriserait la fraude ». A nouveau le 25 octobre, il dénonce les attaques contre les producteurs d'alcool. « L'Assemblée, subjuguée par le problème de l'alcoolisme, a cru devoir suivre les brouilleurs de cartes et non pas les bouilleurs de cru. » Il demande le rétablissement de la franchise de dix litres et un véritable plan de lutte contre l'alcoolisme dont les paysans, cette fois-ci, ne feraient pas les frais. Il rappelle le courage des paysans dans les tranchées qu'on ennuie aujourd'hui parce qu'ils produisent quelques litres d'alcool. Cette remarque suscite des interruptions. « Ne déshonorez pas les poilus ! » lui est-il rétorqué. « Où placez-vous le patriotisme ? »

Le 29 novembre 1955, le député de la Manche refuse d'accorder sa confiance à Edgar Faure qui prend la décision de dissoudre l'Assemblée. Le 2 janvier 1956, Pierre Hénault conduit la liste du Centre national des Indépendants, des paysans et d'action républicaine et sociale. De son côté, Claude Hettier de Boislambert conduit une liste du Centre national des Républicains sociaux. Deux listes quand il n'y en avait qu'une en 1951. Pierre Hénault justifie au cours de la campagne son ralliement à Antoine Pinay. Pour en finir avec l'instabilité, il propose d'avoir recours à la dissolution automatique après deux crises ministérielles en moins de deux ans ainsi que la limitation du domaine de la loi. Il fait aussi campagne pour que l'Etat cesse d'être un patron. Avec 34 053 voix sur 206 624 suffrages exprimés et l'attribution des sièges aux listes apparentées, non seulement Pierre Hénault est réélu mais fait élire son deuxième de liste Jean Brard. En revanche, Claude Hettier de Boislambert n'est pas réélu.

Pierre Hénault s'inscrit au groupe des Indépendants Paysans d'action sociale (IPAS) et est nommé membre de la Commission des territoires d'outre-mer, membre suppléant de la Commission des finances et membre de la Haute Commission de l'organisation commune des régions sahariennes (1957). Avec ténacité, il dépose à nouveau sur le bureau de l'Assemblée nationale l'ensemble des textes qui n'avaient pas été adoptés sous les précédentes législatures enrichi de nouvelles propositions. A la tribune, il défend à nouveau les bouilleurs de cru et les producteurs de cidre - boisson qui ne peut être considéré comme un alcool précise-t-il - mais aussi les producteurs de beurre menacés par le « trust de la margarine » (1" mars 1956). Il propose d'instituer un label pour le beurre fermier. Le 1er juin 1956, il développe son interpellation sur la politique générale en Afrique du Nord. Que fait le gouvernement pour prévenir les répercussions des événements d'Afrique du Nord sur le Sahara et l'Afrique noire ? Il attire l'attention du gouvernement sur la nécessité de protéger l'Afrique noire des arabes. Il se prononce, en effet, pour la création d'une entité saharienne qui servirait de tampon entre le nord et l'Afrique sub-saharienne. Le 20 mars 1957 et le 16 juillet 1957 il développe à nouveau ces points. Il s'inquiète des risques de voir le Sahara échapper à la France au moment même où on commence à prendre la mesure des gisements de pétrole. « Le Sahara est, je crois, la dernière grande espérance de notre génération. Son sort peut conditionner l'avenir de notre pays, refaire de la France une grande nation. » Le 10 décembre 1956, au nom de la Commission des territoires d'outre-mer, il avait présenté un rapport sur différents projets et propositions de loi tendant à proclamer le Sahara « territoire national ». Quant à l'Algérie, il faut donner au gouvernement tous les pouvoirs nécessaires à l'image de ceux dont disposaient Clémenceau, « le nœud gordien est à Paris (...). C'est là qu'en frappant à coups redoublés, il faut le trancher, si l'on veut réellement sauver l'Algérie et par voie de conséquences sauver la France » (16 juillet 1956). Le 26 novembre 1957, il salue l'action de Robert Lacoste, Max Lejeune et du général Bigeard et demande que les soldats ne soient pas tombés en vain au champ d'honneur.

Le 1er juin 1958, Pierre Hénault vote l'investiture du général de Gaulle et le 2 juin accorde les pleins pouvoirs au gouvernement. Il est réélu député le 30 novembre 1958 et, le 8 juillet 1959, membre du Sénat de la Communauté.



HÉNAULT (Pierre, Michel)
Né le 25 février 1892 à Paris
Décédé le 12 février 1971 à Paris

Député de la Manche de 1948 à 1962

Lors des premières élections législatives de la Cinquième République, Pierre Hénault est investi par le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) dans la 2ème circonscription (15 cantons dont celui d’Avranches) mais il doit affronter deux candidats indépendants paysans dissidents, sans qu’aucun arbitrage n’ait réussi à empêcher cette situation périlleuse. Le 23 novembre 1958, les résultats sont les suivants : Jacques Simon (Parti communiste français-PCF) recueille 1 586 voix ; Léon Poirier (SFIO), 2 639 ; Auguste Huet (Union pour la nouvelle République-UNR), 4 552 ; Pierre Hénault (CNIP), 16 633 ; Maxime Fauchon, député sortant Indépendant et paysan d’action sociale (IPAS) non investi par le CNIP), 12 821 ; Louis Fouilleul (« paysan indépendant », ancien candidat sur les listes du CNIP en 1951 et 1956, non investi en 1958), 12 224. Les divisions des indépendants sont donc évidentes et, dans le canton le plus peuplé – Avranches, dont le maire et conseiller général est pourtant le sénateur républicain indépendant (RI) Léon Jozeau-Marigné – Pierre Hénault est distancé par Maxime Fauchon. Le 30 novembre, sa réélection n’est pas aisée, seul le candidat du PCF s’étant retiré, sans que le candidat socialiste n’en tire d’ailleurs bénéfice (2 409 voix). Pierre Hénault l’emporte finalement avec 22 707 voix (44,5% des suffrages exprimés), ayant réussi à mordre un peu sur les électorats de Maxime Fauchon (10 326 voix) et d’Auguste Huet (2 706), mais pas sur celui de Louis Fouilleul (12 660).
Il s’inscrit de nouveau au groupe IPAS, présidé par Henry Bergasse, et est élu membre de la Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République dans laquelle il siége jusqu’à la fin de la législature. Le 8 juillet 1959, il est élu membre de l’éphémère Sénat de la Communauté. Son activité parlementaire se trouve fort réduite par le nouveau règlement de l’Assemblée. Il ne dépose que sept propositions de lois en quatre ans : sur l’obligation d’afficher la teneur en margarine sur les produits en contenant (n° 20, 28 avril 1959) ; sur la protection du beurre fermier (n° 25, 28 avril 1959) ; pour l’accroissement des attributions de croix de la Légion d’honneur aux anciens combattants de 1914-1918 à l’occasion du 40e anniversaire de la victoire (n° 107, 29 mai 1959) ; pour la création d’un « concours de pronostics » sur les matchs sportifs (n° 281, 8 octobre 1959) ; pour une réglementation plus stricte de la chiropractie (n° 349, 5 novembre 1959) ; pour l’institution du crédit privé à l’élevage bovin (n° 1150, 25 avril 1961) ; pour une réforme de la prise en charge des affections silicotiques qui diminuât les charges des employeurs (n° 1440, 3 octobre 1961).
Ses interventions à la tribune du Palais-Bourbon sont, elles aussi, moins nombreuses que sous le régime précédent, mais elles portent encore sur les thèmes qui lui sont chers depuis 1948 : agriculture, colonies, fiscalité. Il prend la parole à plusieurs reprises (les 16, 17, 20 et 21 novembre 1959) lors de la discussion du budget de 1960 ; les 2 et 3 décembre 1959 puis le 18 juillet 1960 pour défendre les bouilleurs de cru ; le 9 juin 1960 sur les accords avec la Fédération du Mali ; les 6 novembre (relations avec le Cameroun et le Togo) et 5 décembre 1960 (arrachage des pommiers, droits sur les alcools et apéritifs) au cours des débats sur le budget de 1961 ; le 22 juillet 1961 dans le débat sur le projet de loi relatif au financement du plan d’assainissement de l’industrie cidricole ; le 25 octobre 1961 sur le budget de la Guyane ; le 11 juillet 1962 à nouveau sur les questions relatives à la distillation des cidres ; enfin, le 19 juillet 1962, au cours du débat sur le projet de loi complémentaire à la loi d’orientation agricole, sur l’organisation du marché de l’aviculture et la limitation de la liberté d’entreprise qu’elle entraînait.
Tout au long de la législature, Pierre Hénault est un opposant à la politique algérienne du chef de l’État. Il fait même cause commune avec les plus radicaux du groupe IPAS, menés par François Valentin, Henry Trémolet de Villers et Jean-Marie Le Pen, puisqu’il vote le 9 novembre 1961 « l’amendement Salan », déposé par Jean Valentin, député de la Charente, ex-IPAS devenu non inscrit. Il ne vote toutefois pas la motion de censure le 15 décembre suivant. Le 27 avril 1962, à l’image de la grande majorité du groupe, il s’abstient lors du vote sur la déclaration de politique générale du nouveau premier ministre, Georges Pompidou, et le 4 octobre, il censure le gouvernement.
Le CNIP l’investit naturellement dans la 2ème circonscription de la Manche à l’occasion des élections législatives anticipées de novembre 1962. Dans tout le département les opposants au pouvoir sont littéralement écrasés, les candidats gaullistes emportant tous les sièges dès le premier tour. Pierre Hénault est cependant celui qui se tire le moins mal de cette débâcle électorale du « Cartel des non ». Il choisit de faire équipe avec son principal rival de 1958, Louis Fouilleul : celui-ci est cette fois son candidat suppléant. Quatre candidats s’affrontent le 18 novembre. Yves Berhaut (PCF) : 2 773 voix, en faible progression par rapport à 1958 si l’on tient compte qu’il n’y a pas de candidat de la SFIO ; Auguste Huet (candidat sans étiquette, ancien candidat UNR en 1958 passé à la dissidence par hostilité à la politique algérienne gaulliste) : 4 582 voix ; Émile Bizet (vétérinaire, maire de Pontorson, MRP soutenu par l’Association pour la Ve République) : 22 382 voix ; Pierre Hénault enfin : 12 043 voix. Par rapport à 1958, il perd nettement moins de voix que la grande majorité des candidats du CNIP dont les résultats d’ensemble en 1962 reculent de plus de 50% à l’échelle de la France. Signe d’une réelle implantation, à relativiser cependant si l’on considère que Louis Fouilleul est son suppléant. Il ne dépasse Émile Bizet que dans trois cantons sur quinze : Juvigny-le-Tertre, Saint-Hilaire-du-Harcouët et Le Teilleul. Même s’il avait réussi à éviter la candidature d’Auguste Huet, il n’aurait pu être élu. Comme dans presque tout le pays, l’électorat modéré, que le CNIP avait rassemblé progressivement depuis 1951, s’est massivement détaché du parti, n’acceptant pas le rejet de la politique algérienne de Charles de Gaulle et moins encore ce que celui-ci présente comme le risque d’un « retour au régime des partis ». Dans le canton d’Avranches, Émile Bizet dépasse les 64%, soit dix points de plus que son score moyen dans la circonscription.
La carrière politique de Pierre Hénault continue néanmoins. En mars 1965, il devient maire de Villedieu-les-Poêles, chef-lieu de canton où il réside une petite partie de l’année depuis l’après-guerre. Son objectif est surtout de préparer le scrutin législatif de 1967 en gagnant un mandat d’élu local. L’élection se déroule dans un contexte très particulier. Villedieu-les-Poêles, presque entièrement encerclée par la commune de Sautchevreuil-le-Tronchet, a annexé celle-ci en 1964 afin de pouvoir se développer sur les plans industriel et immobilier. Pierre Hénault forme une liste avec l’ancien maire de Sautchevreuil, Henri Macé. Face à eux, une liste conduite par le maire sortant de Villedieu, Eugène Havard, élu en 1959, et, en deuxième position, le docteur Jean-Louis Bougourd. Seuls Pierre Hénault et Henri Macé sont élus au soir du 14 mars 1965. Les deux listes en présence fusionnent entre les deux tours et le 26, Pierre Hénault est élu maire, le docteur Bougourd devenant premier adjoint et Henri Macé le deuxième. Mais le nouveau maire est très peu présent dans sa commune, ne venant que dans quelques grandes occasions (comme la rencontre entre Saint-Lô et Villedieu dans le cadre du jeu télévisé « Intervilles ») et laissant son premier adjoint aux affaires.
Le 5 mars 1967, il est à nouveau investi par le CNIP dans la 2ème circonscription de la Manche. Il affronte cinq adversaires (PCF : 2 667 voix ; Fédération de la gauche démocrate et socialiste-Convention des institutions républicaines : 3 714 voix ; Auguste Huet, sans étiquette : 1 621 voix ; Émile Bizet, député sortant MRP: 22 613 voix ; Pierre Guinebault, candidat de la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI), issue de la scission « giscardienne » du CNIP à l’automne 1962 : 13 731 voix) et ne rassemble, malgré une participation électorale très supérieure à celle de 1962, que 7 292 voix, soit 14% des suffrages exprimés. Au second tour, le candidat de la FNRI reste en compétition (21 327 voix) face au député issu du MRP, soutenu comme en 1962 par l’Association pour la Ve République et réélu (27 193 voix). Après cet échec, Pierre Hénault se retire complètement de la vie politique. En mars 1968, il démissionne de son mandat de maire – le docteur Bougourd le remplace et reste en fonction jusqu’en 1989 – et en juin 1968, il n’est pas candidat aux élections législatives anticipées.
Il était chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, titulaire de la médaille militaire, de la croix de Guerre 1914-1918 et 1939-1945, chevalier de l’ordre de Léopold. Il était aussi chevalier de l’ordre de Malte.


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