André Martin
1926 - 1993
Député de la Seine-Maritime de 1973 à 1978
Sénateur de la Seine-Maritime en 1993
André Martin naît à Vichy, dans l’Allier. Devenu pupille de la Nation après avoir perdu ses parents à un très jeune âge, André Martin est d’abord recueilli brièvement par une première famille d’accueil avant d’être auprès d’un couple d’instituteurs déjà parents de dix enfants. Après avoir fréquenté le lycée de Rouen, il est reçu bachelier et entre à l’école normale d’instituteur en 1943. C’est aussi la période de son engagement en politique, dans les rangs de la SFIO. Lors de la Seconde Guerre mondiale, particulièrement au printemps 1944, il aide activement à secourir les victimes des bombardements dans le cadre de la défense passive. Après-guerre, il est nommé instituteur à Montville en 1946 et titularisé en 1947. C’est aussi l’année de son mariage avec Ivette Niel. L’année suivante, André Martin s’installe avec sa famille à Montville, dans un logement de fonction. Il y fait la rencontre de Michel Cauchois, alors secrétaire général de la mairie. L’amitié naissante entre les deux hommes favorise l’entrée d’André Martin au conseil municipal de Montville, en 1953. Le jeune élu municipal gagne également la sympathie du maire en fonction depuis 1952, Ernest Delaporte, à qui il succède en 1959. Réélu à la mairie de Montville en 1965 et 1971, André Martin fait, entre temps, son entrée au conseil général de la Seine-Maritime, élu dans le canton de Clères en 1964 et réélu en 1971, où il siège parmi les élus de gauche. À ce moment, il est président de l’OPHLM de la Seine-Maritime, de la caisse auxiliaire des prêts de ce département et du centre départemental de l’enfance.
Au début des années 1970 commence, pour André Martin, une transition partisane du centre-gauche au centre-droit. S’il se considère comme socialiste modéré et indépendant, il récuse l’alliance entre le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste français (PCF) et l’établissement du Programme commun.
C’est alors qu’André Martin se présente pour la première fois aux élections législatives, sous les étiquettes du Mouvement démocrate socialiste de France – dont il devient vice-président en décembre 1973 – et du Mouvement réformateur, dans la 4e circonscription de la Seine-Maritime. Il se classe en deuxième position au premier tour avec 22,5 % des suffrages exprimés (soit 13 344 voix), distancé par la candidate du Parti communiste français, Colette Privat (31,45 %). André Martin surclasse toutefois Maurice Belpomme, candidat de l’Union des démocrates pour la République (UDR) qui obtient 16,11 %, le député sortant des Républicains indépendants Olivier de Sarnez (12,26 %), le candidat du Parti socialiste Marc Massion (10,96 %), Claude Duval pour le Parti socialiste unifié (3,48 %) et les candidats d’extrême gauche Michel Bodin (2,38 %) et Jacques Dupont (0,86 %). Au second tour, alors que Maurice Belpomme et Olivier de Sarnez ont retiré leur candidature, André Martin s’impose en recueillant 53,96 % des suffrages exprimés contre 46,04 % pour sa concurrente communiste. Son suppléant est Marcel Sauvage, maire de Notre-Dame-de-Bondeville.
Au Palais-Bourbon, André Martin s’inscrit au groupe des Réformateurs démocrates sociaux – qui devient, à compter du 10 juillet 1974, le groupe des Réformateurs, des centristes et des démocrates sociaux – et siège au sein de la commission de la production et des échanges dont il devient secrétaire à compter d’avril 1977. Au titre de son mandat parlementaire, il est nommé au sein de la commission supérieure de crédit maritime mutuel (11 mai 1973 et 16 décembre 1976) et du conseil supérieur du pétrole (20 avril 1976). Il participe aussi aux travaux de deux commissions spéciales : l’une chargée de vérifier et d’apurer les comptes de l’Assemblée (avril 1976 et avril 1977), l’autre chargée d’examiner le projet de loi portant réforme de l’aide au logement (19 novembre 1976).
En séance publique, c’est essentiellement la question du logement qui intéresse le député, problématique à laquelle son enfance l’a grandement sensibilisé. En ce sens, il réagit à la déclaration du gouvernement sur les orientations de la politique urbaine du 17 mai 1973 en souhaitant une évolution de l’habitat en rapport avec le pouvoir d’achat des familles à loger et regrette le manque de moyens financiers et de participation de l’État en matière d’HLM. Dans la même veine, au cours des débats sur le projet de loi de finances pour 1974, il estime que les objectifs sociaux du VIe Plan ne pourront pas être atteints et conteste fermement l’argument selon lequel la crise du logement aurait disparu. Pessimiste sur la suffisance des crédits engagés et constatant l’aggravation du désengagement de l’État à l’égard du logement social, il plaide pour une politique foncière plus ambitieuse en faveur des personnes défavorisées (novembre 1973). André Martin défend ces vues tout au long de la cinquième législature, lors des débats budgétaires pour l’année 1975 (novembre 1974), des discussions entourant la réforme de l’aide au logement (décembre 1976) et du vote du budget pour l’année 1978 (novembre 1977). De manière plus ponctuelle, le député porte son attention sur les problèmes du monde du travail à travers l’étude du projet de loi relatif à la souscription ou à l’acquisition d’actions de sociétés par leurs salariés (novembre 1973) ou de l’Université (novembre 1974).
Il est aussi l’auteur, en juin 1973, d’une question orale sans débat portant sur le financement des équipements socio-culturels et met ainsi l’accent sur la situation des communes sur le territoire desquelles ont été construites des HLM.
Sur le plan partisan, André Martin confirme sa transition vers le centre-droit en devenant membre du conseil fédéral de la Fédération des réformateurs qui succède au Mouvement réformateur en juin 1975. Il participe, l’année suivante, aux travaux d’un comité de coordination des socialistes récusant le Programme commun. En février 1978, alors que le Mouvement démocrate socialiste intègre l’Union pour la démocratie française (UDF), André Martin se rapproche de Jean Lecanuet, rouage essentiel de la fondation du parti présidentiel naissant. Sur le plan local, André Martin devient membre du conseil régional de Haute-Normandie en 1973 et est réélu conseiller général dans le canton de Clères en 1976 puis reconduit dans sa charge de maire de Montville en 1977.
Candidat à sa réélection dans la 4e circonscription de la Seine-Maritime sous l’étiquette de l’UDF lors des élections législatives de mars 1978, André Martin se classe en première position au premier tour avec 33,12 % des suffrages exprimés (soit 24 779 voix) devant, notamment, la communiste Colette Privat (28,98 %), le candidat du Parti socialiste Roger Provost (20,26 %) et Marie-Michelle Bataille pour le Rassemblement pour la République (RPR) qui recueille 9,79 %. Au second tour, le retrait du socialiste Roger Provost bénéficie à Colette Privat qui l’emporte dans son duel face à André Martin avec 50,40 % contre 49,60 % des suffrages.
De nouveau candidat trois ans plus tard dans la 4e circonscription de la Seine-Maritime après l’élection du président Mitterrand, André Martin parvient à se qualifier au second tour en arrivant en troisième position avec 23,44 % des suffrages (soit 15 897 voix). Devancé par Jean-Claude Bateux pour le Parti socialiste (31,21 %) et la députée communiste sortante Colette Privat (25,61 %), André Martin devance toutefois le candidat du RPR, Gérard Simon (14,30 %). Le retrait de la députée sortante au profit du candidat socialiste conduit André Martin à être largement battu au second tour, Jean-Claude Bateux réunissant sur sa candidature 60,04 % des voix contre 39,96% pour l’ancien député de la Seine-Maritime.
Sa carrière politique locale se déroule plus sereinement, André Martin étant réélu au conseil général de la Seine-Maritime en 1982 – il en devient vice-président – et conservant son fauteuil de maire de Montville à l’issue des élections municipales de 1983.
Lors des élections sénatoriales de 1986 en Seine-Maritime, André Martin figure – à sa demande – en dernière position sur la liste d’union du RPR et de l’UDF menée par Jean Lecanuet, alors sénateur et président du conseil général de la Seine-Maritime, maire de Rouen et président de l’UDF. S’il ne fait pas son entrée au Palais du Luxembourg, André Martin est réélu au conseil général de la Seine-Maritime en 1988 et comme maire de Montville en 1989.
André Martin est appelé à prendre une importance grandissante au sein du conseil général présidé par son ami Jean Lecanuet dont la santé décline fortement à la fin de l’année 1992. Lorsque celui-ci décède le 22 février 1993, c’est le maire de Montville qui lui succède d’abord de fait, ensuite de manière officielle après avoir été élu président du conseil général de la Seine-Maritime le 5 avril 1993, au premier tour de scrutin, réunissant sur sa candidature 47 voix pour 69 votants. Durant cette même période André Martin perd un autre proche, le sénateur Geoffroy de Montalembert, décédé le 3 mars 1993, et le remplace au Sénat.
Au Palais du Luxembourg, André Martin siège au sein du groupe du Rassemblement démocratique européen et de la commission des affaires sociales. Il retrouve les questions qui ont toujours été chères à son cœur : le logement social en particulier, mais aussi la solidarité et l’assistance publique, ainsi que la jeunesse. Il vote, en ce sens, le projet de loi relatif aux pensions de retraite et à la sauvegarde de la protection sociale.
Élu le 9 octobre 1993 président de l’Association départementale des maires de Seine-Maritime, la carrière politique d’André Martin est brutalement interrompue par la maladie. Il décède en effet des suites d’un cancer le 7 novembre 1993, à Rouen, à l’âge de 67 ans. Il était marié et père de six enfants, dont Pascal Martin, conseiller général et président du conseil départemental de la Seine-Maritime en 2015.
Maire de Montville durant près de 35 ans, conseiller général pendant 29 ans, député de 1973 à 1978, brièvement sénateur et président du conseil général de la Seine-Maritime avant sa mort, André Martin s’était fait une spécialité des problématiques liées au logement social et, de manière plus générale, laisse le souvenir d’un élu particulièrement sensible à la condition des plus défavorisés. André Martin avait été fait officier de la Légion d’honneur, officier de l’ordre national du Mérite et chevalier des Palmes académiques.