Pierre Messmer

1916 - 2007

Informations générales
  • Né le 20 mars 1916 à Vincennes (Val-de-Marne - France)
  • Décédé le 29 août 2007 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 11 juillet 1968 au 12 août 1968
Département
Moselle
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 19 octobre 1969 au 25 mars 1971
Département
Moselle
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 2 avril 1973 au 2 mai 1973
Département
Moselle
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 29 septembre 1974 au 2 avril 1978
Département
Moselle
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 3 avril 1978 au 22 mai 1981
Département
Moselle
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 2 juillet 1981 au 1er avril 1986
Département
Moselle
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 2 avril 1986 au 14 mai 1988
Département
Moselle
Groupe
Rassemblement pour la République

Gouvernement

Chef du Gouvernement
du 5 juillet 1972 au 28 mars 1973
Chef du Gouvernement
du 2 avril 1973 au 27 février 1974
Chef du Gouvernement
du 27 février 1974 au 27 mai 1974

Fonds d'archives

Pierre Messmer a légué au Service historique de la Défense une centaine de documents (cotés DE 2007 PA 129) relatifs à l’Algérie, à la politique nucléaire de défense de la France et aux relations avec l’OTAN. Ce service a également recueilli un témoignage oral de Pierre Messmer conservé sous la cote GR 3 K 17.


L’Assemblée nationale a versé aux Archives nationales plusieurs documents le concernant :

- Archives du service de la Séance : Déclaration de politique générale du Gouvernement, par Pierre Messmer, Premier ministre, 10 avril 1973, Déclaration sur la politique monétaire, par Pierre Messmer, Premier ministre, 22 janvier 1974 (cote 20060510/1).
- Procès-verbaux des commissions de la Ière législature, auditions de Pierre Messmer, ministre des Armées, devant la Commission de la défense nationale et des forces armées : 23 juillet 1960 (87), 7 octobre 1960 (92) (cote 20060132/4) ; 18 octobre 1961 (168) (cote 20060132/5) ; 17 mars 1960 (28) (cote 20060132/9) ; 15 septembre 1960 (40), 27 septembre 1960 (41) 3 novembre 1960 (47), 1er mars 1961 (61), 14 juin 1961 (65), 4 juillet 1961 (68) (cote 20060132/10) ; 25 octobre 1961 (77), 15 février 1962 (91), 25 juillet 1962 (102), 26 juillet 1962 (106) (cote 20060132/11).
- Procès-verbaux des commissions de la IIIe législature, auditions de Messmer Pierre, ministre des Forces armées, devant la Commission de la défense nationale et des forces armées : 18 mai 1967, 8 juin 1967, 19 septembre 1967, 13 mars 1968, 16 avril 1968 (cotes 20060134/2-3).

L’Assemblée nationale possède dans ses fonds propres quelques photographies :
- Séance du 22 novembre 1960, deuxième motion de censure sur la force de frappe : Michel Debré, Pierre Messmer et Robert Lecourt sur le banc des ministres, photographie cotée 2Fi 486.
- Réception du Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing dans les jardins à l'hôtel de Lassay, planche contact cotée 2007-095/6-1.

Biographies

Biographie de la Ve République

MESSMER (Pierre)
Né le 20 mars 1916 à Vincennes (Seine)
Décédé le 29 août 2007 à Paris

Député de la Moselle de 1968 à 1988
Ministre des Armées du 5 février 1960 au 14 avril 1962
Ministre des Armées du 15 avril 1962 au 8 janvier 1966
Ministre des Armées du 8 janvier 1966 au 1er avril 1967
Ministre des Armées du 7 avril 1967 au 10 juillet 1968
Ministre des Armées du 12 juillet 1968 au 20 juin 1969
Ministre d'État chargé des départements et territoires d'outre-mer du 25 février 1971 au 5 juillet 1972
Premier ministre du 5 juillet 1972 au 27 mai 1974

Le patriotisme et l’attirance de Pierre Messmer pour le monde colonial trouvent peut-être leur origine dans le parcours original de son grand-père paternel, Léopold-Joseph Messmer, un paysan alsacien du Bas-Rhin qui avait opté en août 1872 pour la France et donc l’exil. Celui-ci effectua trois ans de service militaire en Algérie dans les Chasseurs d’Afrique avant de revenir à Paris où il exerça le métier de cocher. Son épouse, Agathe Messmer, originaire elle aussi d’Alsace, possédait un fort caractère. Sachant lire et écrire à la différence de son mari, bien intégrée dans la société française, elle favorisa l’établissement de sa famille dans la capitale. En mars 1881 naquit le père de Pierre Messmer, Joseph Messmer, qui vivra jusqu’en 1975. Ayant commencé à travailler à treize ans comme apprenti dans une forge de la rue Saint-Maur, Joseph Messmer prit vite des responsabilités au sein de la société de tréfilage qui l’employait. Il dirigea bientôt deux usines. À son retour du service militaire en juillet 1914, il épousa Marthe Farcy, qui appartenait à la petite bourgeoisie commerçante parisienne. Sociable, coquette, féministe avant l’heure, parlant parfaitement l’anglais car son père importait des aiguilles de Sheffield, elle travaillait comme vendeuse de chapeaux depuis la mort précoce de son père. La guerre favorisa l’ascension professionnelle de Joseph Messmer vite dégagé du front pour superviser la production de blindages dans ses usines de métaux.

C’est à Vincennes que naît en mars 1916 Pierre Messmer dans l’appartement où ses parents avaient emménagé en 1914 après leur mariage. Après la naissance de son frère Guy en octobre 1918, la famille déménage au 108 de la rue Saint-Maur dans le XIème arrondissement. Pierre Messmer passe les treize premières années de sa vie dans cet univers industrieux et bruyant. La naissance d’une sœur, Geneviève, en 1924, incite la famille à quitter un appartement devenu trop exigu, d’autant qu’il faut aussi héberger une vieille tante atteinte d’emphysème et que la broncho-pneumonie de Guy nécessite un cadre de vie plus sain. En 1929, les Messmer s’installent dans un grand appartement du boulevard Saint-Michel doté du confort moderne. Jugé trop fluet pour aller à l’école, Pierre est éduqué à domicile par un précepteur jusqu’à l’âge de neuf ans. Son nouvel environnement, le Quartier Latin, avec ses prestigieuses universités et ses nombreuses librairies, stimule son éveil intellectuel. Le quartier de l’Observatoire abrite aussi l’Ecole coloniale qu’il rejoindra plus tard.

Depuis 1918, les Messmer sont liés à la Bretagne. Cette année-là, Marthe Messmer, qui attend son deuxième fils, souhaite s’éloigner de Pierre atteint de la coqueluche. Ayant rejoint Saint-Gildas dans le Morbihan sur les conseils d’un cousin retiré en Bretagne, elle y repère une petite maison côtière construite sur douze hectares de terrain. La famille Messmer en fait l’acquisition et la villa « Les genêts » devient une maison de vacance très appréciée de Pierre. L’adolescent, un peu secret et sauvage, y passe ses étés à lire - une passion précoce qui ne le quittera plus, laissant à la fin de sa vie une bibliothèque de 5000 volumes - et plus tard à naviguer sur le bateau à voile offert par son père pour fêter son baccalauréat.

Pierre Messmer grandit au sein d’une famille bourgeoise pratiquante : son père fait partie du conseil paroissial et lui-même manifeste très tôt une foi profonde. Entré à l’école Massillon en 1925 située dans l’hôtel Lavalette et tenue par les prêtres de l’Oratoire, il y suit une formation moderne pour l’époque fondée sur la confiance en l’élève, l’autonomie relative de celui-ci en matière d’apprentissage et la prise de parole, autour de causeries hebdomadaires. Doué en version latine et en histoire-géographie, il semble plus faible en mathématiques, ce qui lui interdit de tenter Polytechnique à l’issue du lycée Charlemagne où il obtient le baccalauréat. Très doué, il passe la même année les deux parties de l’examen prévues a priori pour se dérouler sur deux ans. Cet adolescent, alors peu intéressé par la politique, entre au lycée Louis-le-Grand pour préparer l’Ecole coloniale. Le choix d’une carrière d’administrateur colonial n’est pas évident dans une famille sans contact avec l’outre-mer depuis le service en Algérie du grand-père un demi-siècle plus tôt. Dans ses Mémoires, l’intéressé met en avant le goût de l’aventure et l’attirance pour les grands espaces, tout comme le rejet « d’une vie familiale paisible et confortable », dominée il est vrai par une mère autoritaire. De manière plus générale, dans une France qui découvre la crise économique, l’Empire, perçu comme protecteur, attire de plus en plus ; et l’Ecole coloniale, qui avait autrefois du mal à attirer des élèves, figure en 1933 dans le peloton de tête des choix des classes préparatoires. Soucieux d’augmenter ses chances, Pierre Messmer opte pour le lycée Louis-le-Grand qui dans les années 1930 obtient les meilleurs résultats (60% des lauréats) à l’entrée à l’Ecole coloniale.

Après une préparation d’un an seulement, alors que 80% des lauréats réussissent le concours en deux ans, Pierre Messmer entre en juillet 1934, à 18 ans, à l’Ecole coloniale. L’Ecole nationale de la France d’Outre-Mer (ENFOM), son nouveau nom à partir de la fin 1934, est devenue sous la direction de Georges Hardy, un établissement prestigieux attirant chaque année 350 candidats pour une trentaine de places. Une fois reçus, les « Colos » suivent une formation de trois ans et s’engagent à servir pendant cinq ans dans les colonies. La première année de l’ENFOM vise à élargir la culture générale des élèves, tout en leur permettant de passer une première année de licence en droit, la seconde est destinée à la préparation d’un mémoire que Pierre Messmer consacre à la figure d’Andrianampoinimerina, guerrier merina et bâtisseur malgache qui unifia son peuple entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle), la troisième prépare de manière plus pratique les élèves à leurs futures fonctions. Les cours portent essentiellement sur le droit et la comptabilité, les élèves suivant également quelques enseignements d’ethnologie et de langues exotiques. Les éléments de l’ENFOM reçoivent aussi une instruction militaire, la préparation militaire supérieure, qui leur confère à la sortie de l’école le grade de sous-lieutenant de réserve. Excellant en économie et comptabilité, moins fort en droit, discipline dans laquelle il montre toutefois de bonnes dispositions en droit administratif - il consacre d’ailleurs son doctorat de droit soutenu en 1939 au « régime administratif des emprunts coloniaux » -, Pierre Messmer termine l’école au deuxième rang, derrière Clotaire Bée. Les deux élèves les plus méritants partent en juillet 1937 pour le Cameroun dans le cadre d’une bourse de voyage offerte par le ministère. Ce séjour de cinq semaines leur permet de compléter leur formation théorique par un stage pratique (visite de postes administratifs et de plantations agricoles).

En juin 1938, à la sortie de l’ENFOM, Pierre Messmer effectue son service militaire. Après six mois comme élève-officier de réserve de Saint-Cyr et deux mois de stage à l’Ecole des transmissions, il est affecté au 12ème régiment de tirailleurs sénégalais. C’est comme sous-lieutenant de ce régiment tenant garnison à La Rochelle qu’il est mobilisé en septembre 1939. Appelé au printemps 1940 à suivre un stage d’observateur en avion, sa mission le conduit dans le tourbillon de la défaite de Tours à Aulnat dans le Puy-de-Dôme, puis dans la petite localité de Breuil-sur-Couze dans l’Allier. C’est là, en compagnie d’un groupe de jeunes officiers de l’armée de terre, comme son ami Jean Simon, qu’il entend le 17 juin 1940 l'allocution radiophonique du maréchal Pétain appelant à la cessation des combats. Les deux jeunes gens, désireux de continuer le combat, décident de quitter la France. Ils volent une moto, mettent le cap au sud, en direction de Marseille ou de Sète. Evitant la vallée du Rhône où les Allemands peuvent les intercepter, ils roulent sur de petites routes du Massif central. Leur moto ayant rendu l’âme, ils optent pour l’auto-stop avant de rejoindre Marseille par train au soir du 18 juin. Ils prennent connaissance de l’Appel du général de Gaulle le lendemain par la lecture du Petit Provençal. Dans le port, ils rencontrent le commandant Vuillemin qui commande le Capo Olmo, un cargo italien saisi lors de la déclaration de guerre de l’Italie le 10 juin. De retour du Canada, celui-ci transporte des avions Glenn Martin en pièces détachées. Avec d’autres cargos, le navire quitte Marseille pour Oran le 23 juin sous escorte d’un destroyer de la Marine nationale. En mer, feignant une avarie, le commandant Vuillemin, aidé de Pierre Messmer et Jean Simon, abandonne le convoi et rejoint le port anglais de Gibraltar le 27 juin. De là, ceux qui sont désormais considérés par Vichy comme des mutins gagnent Londres et s’engagent dans les Français libre. Au terme d’une rapide entrevue avec le général de Gaulle, Pierre Messmer et Jean Simon sont affectés à leur demande dans la Légion étrangère, et plus précisément dans la 13ème DBLE de retour de Norvège.

Au sein de cette unité, Pierre Messmer participe à l’expédition de Dakar qu’il suit de loin à bord du Pennland. On le retrouve lors de la courte campagne du Gabon en novembre 1940, lors de la campagne d’Erythrée où il emporte à la tête de sa section le massif du Grand Willy les 13 et 14 mars 1941, avant de prendre le fort Vittorio Emanuele le 14 avril, qui livre Massaoua aux troupes franco-britanniques. Ces exploits lui valent la Croix de la Libération remise par le général de Gaulle au camp de Qastina en Palestine britannique le 26 mai 1941. Le lieutenant Messmer participe ensuite à la campagne de Syrie où il dirige une compagnie et s’illustre aux portes de Damas à la minoterie de Kadem. Il est promu capitaine en septembre 1941. Viennent ensuite le siège et la bataille de Bir Hakeim où il commande une compagnie du 3ème bataillon de la Légion et la bataille d’El-Alamein au cours de laquelle il fait preuve de courage et d’audace lors de la prise de Neg Rala. Au terme de la campagne de Tunisie lui sont confiées des missions plus politiques. Le capitaine Messmer est envoyé aux Antilles tout juste ralliées au CFLN avant de rejoindre la Grande-Bretagne (octobre 1943) pour y suivre un stage parachutiste en prévision de missions en France occupée. En janvier 1944, il est finalement affecté à l’état-major du général Koenig, commandant des forces françaises en Grande-Bretagne et bientôt chef des FFI. C’est à ce titre qu’il débarque en Normandie début août 1944 pour servir de guide à l’état-major de Koenig, celui-ci devant occuper les fonctions de Gouverneur militaire de Paris. Pierre Messmer entre dans la capitale avec la 2ème DB le 25 août 1944. Souhaitant participer plus activement à la libération du territoire national, il obtient de Koenig de rejoindre la 13ème demi-brigade de Légion étrangère (DBLE) qui se bat dans les Vosges.

En janvier 1945, il est promu commandant au moment d’être envoyé à Calcutta afin d’y créer une mission militaire de liaison administrative en qualité de commissaire de la République par intérim. Son départ est retardé par le coup de force japonais de mars 1945 puis la proclamation de l’indépendance vietnamienne après la capitulation nippone. Parachuté dans le delta du Fleuve rouge le 22 août 1945, Pierre Messmer est fait prisonnier par le Viet Minh mais réussit à s’évader deux mois après. Ayant regagné Saïgon, il informe le Haut-Commissaire Thierry d’Argenlieu de l’influence croissante du Viet Minh au Tonkin. Rapatrié sanitaire fin novembre, il entre au cabinet de Jacques Soustelle, éphémère ministre de la France d’Outre-Mer. Après le départ du Général en janvier 1946, il reste rue Oudinot comme chef de cabinet du ministre socialiste Marius Moutet. Pierre Messmer suit les négociations d’avril 1946 à Dalat entre Hô Chi Minh et le représentant français, Jean Sainteny, puis celles de Fontainebleau à l’été. Secrétaire du Comité interministériel de l’Indochine (Cominindo) créé en juillet 1946, ce pragmatique déplore la volonté de Georges Thierry d’Argenlieu de dissocier une Cochinchine sous influence française du reste du Vietnam. Toutefois, après l’entrée en guerre en décembre 1946, il approuve la fermeté du gouvernement et soutient un Haut-Commissaire avec lequel il partage un même passé, celui de la France Libre. Lorsqu’en mars 1947, Emile Bollaert remplace l’amiral Thierry d’Argenlieu, Pierre Messmer dirige le cabinet de ce radical-socialiste qui cherche un compromis avec Hô Chi Minh. Mais les négociations échouent en raison de l’intransigeance des militaires. Convaincu qu’il faut accepter l’indépendance et l’unité du Vietnam dans le cadre d’une union étroite avec la France, Pierre Messmer, réticent envers l’option Bao Daï et sceptique devant une solution strictement militaire, quitte l’Indochine en octobre 1948. Ses positions lui valent les critiques des colons français et l’hostilité du Rassemblement du Peuple Français (RPF), défavorables au transfert de la Cochinchine à un État vietnamien indépendant. Cela n’empêche pas Pierre Messmer, lors de ses passages en France, de s’entretenir avec de Gaulle. Aussi est-ce en Indochine que le futur administrateur de l’AOF et de l’AEF de 1950 à 1959 découvre les logiques de la décolonisation.

Dans Après tant de batailles, Pierre Messmer écrit à propos de ses fonctions d’administrateur de la France d’Outre-Mer « j’aimais ce métier à aucun autre pareil et j’ai gravi tous les grades, d’administrateur adjoint à gouverneur général, j’y serais resté volontiers jusqu’à l’âge de la retraite mais il m’a quitté pour cause de décolonisation ». De fait l’intéressé passe l’essentiel des années 1950 en Afrique noire. Après avoir assuré d’octobre 1949 à février 1950 les fonctions de chef de cabinet du sous-secrétaire d’État à la FOM, Georges Gorse, dans le deuxième gouvernement de Georges Bidault, Pierre Messmer est affecté en AOF et arrive à Dakar en février 1950. Le gouverneur général Béchard le nomme aussitôt commandant du cercle de l’Adrar, en Mauritanie, aux confins de l’Algérie et du Rio de Oro espagnol. Il est le premier administrateur de la FOM à prendre le commandement de ce cercle, qui de militaire devient civil. Il s’agit d’un vaste territoire de 250 000 km² composé de quatre subdivisions et peuplé de 60 000 habitants. Deux ans plus tard, poursuivant une fulgurante progression au sein de l’administration d’outre-mer, Pierre Messmer devient gouverneur par intérim puis gouverneur en titre de la Mauritanie, en résidence à Saint-Louis du Sénégal. Il ne semble pas toutefois être un administrateur de brousse « en tournée » mais un politique plus à l’aise dans les bureaux de chefs-lieux que dans les confins de territoires sous-administrés. Nulle mention dans ses Mémoires du problème persistant de l’esclavage dans cette partie de l’Afrique saharienne.

En février 1954 Pierre Messmer est nommé gouverneur de la Côte d’Ivoire. Il fréquente alors le médecin, député, chef de canton et futur président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, qu’il invite même dans la maison familiale de Saint-Gildas-de-Rhuys. Fin janvier 1956, s’ouvre un nouvel épisode de sa carrière d’administrateur colonial quand il est appelé par le nouveau ministre de l’Outre-Mer Gaston Defferre à diriger son cabinet. Il y reste jusqu’au 11 avril 1956, un intermède court mais suffisamment étonnant pour que soit posée la question d’une éventuelle sensibilité socialiste de Pierre Messmer à cette période, dans la mesure où Guy Mollet a exigé que les membres du cabinet d’un ministre socialiste soient eux-mêmes socialistes, sauf dérogation exceptionnelle. Cette situation particulière suscitera par la suite la méfiance de nombreux gaullistes, à commencer par Jacques Foccart, pour qui, Pierre Messmer, parce qu’il était demeuré à l’écart du RPF sous la IVème République, n’était pas un « gaulliste historique ». En réalité, la présence de Pierre Messmer dans le cabinet du ministre socialiste n’a rien de politique, même si l’intéressé, depuis son passage comme chef adjoint du cabinet du socialiste Marius Moutet en 1946 n’est pas inconnu des responsables SFIO. Outre l’estime du Résistant Defferre pour le combattant de la France libre et le compagnon de la Libération, s’ajoutent la compétence technique de l’administrateur colonial Messmer et la convergence des deux hommes sur la nécessité d’une autonomie interne croissante des territoires d’outre-mer.

Pierre Messmer, secondé par Fernand Wibaux, le juriste Gaston Espinasse et le conseiller d’État Jacques Mégret, s’engage dans la grande œuvre du cabinet Defferre, la loi-cadre pour les TOM. L’origine du projet remonte au ministre précédent, Pierre-Henri Teitgen, qui avait élaboré pour l’AOF un texte contenant l’essentiel des réformes de la loi-cadre : extension des pouvoirs des assemblées territoriales, création d’un embryon d’exécutif local à travers les conseils de gouvernement, distinction entre fonction publique d’État et fonction publique territoriale. Il revient surtout au cabinet Defferre d’en assurer l’adoption par un Parlement réputé frileux sur le plan colonial. Ce n’est pas à Pierre Messmer que revient l’idée de la formule juridique de la loi-cadre, texte court de 16 articles seulement, engageant des réformes institutionnelles et politiques mais aussi économiques et sociales. En effet, du fait d’un partage des tâches entre Gaston Defferre et son directeur de cabinet, Pierre Messmer, en spécialiste de la chose coloniale, est chargé de l’élaboration technique de la loi-cadre tandis que le ministre en homme politique s’efforce de convaincre les parlementaires de voter le projet. Les bonnes relations entre l’ancien gouverneur colonial et des dirigeants africains comme Houphouët-Boigny sont propres à faciliter certaines discussions, en revanche les élus gaullistes se montrent très réticents envers le texte. À leurs yeux, celui-ci engage l’Afrique noire française vers l’indépendance. Or pour Pierre Messmer, il s’agit surtout d’empêcher une nouvelle contagion de la guerre d’Algérie, de soulager les finances métropolitaines via la décentralisation administrative et surtout, en favorisant l’émergence d’une solution alternative à l’indépendance, d’éviter une rupture brutale entre la Métropole et ses colonies subsahariennes. En réalité, la réforme est dépassée avant même d’être appliquée. En raison du retard des 45 décrets d’application la loi-cadre adoptée en 1956 n’est en mesure d’être appliquée qu’en 1958, à un moment où le retour au pouvoir du général de Gaulle et la réforme de la Communauté rendent l’ensemble déjà caduc. Ces deux mois de cabinet valent à Pierre Messmer l’estime de Gaston Defferre qui insiste en décembre 1956 auprès de son collègue de la Défense nationale, Maurice Bourgès-Maunoury, pour que son ancien directeur de cabinet obtienne la cravate de commandeur de la Légion d’honneur.

Avant même la promulgation de la loi-cadre le 23 juin 1956, Pierre Messmer est nommé le 17 avril Haut-Commissaire du Cameroun. La situation s’est rapidement dégradée dans le territoire sous mandat. Son prédécesseur Roland Pré, nommé en décembre 1954, n’est pas parvenu à faire face aux difficultés créées par l’Union des Populations du Cameroun (l’UPC, proche du PCF métropolitain) d’Um Nyobé qui avait fomenté des émeutes en mai 1955. Pierre Messmer prend alors la relève en avril 1956 bien décidé à agir sans tarder. Le début de l’insurrection armée le 18 décembre 1956 quand l’UPC assassine deux candidats adverses en pleine campagne pour les élections territoriales du 27 décembre, incite le Haut-Commissaire à frapper fort. Après une tentative de négociation avortée en octobre 1957, il crée la zone de pacification du Cameroun en décembre et la confie à son camarade Daniel Doustin. Le décret du 16 avril 1957 portant création du Cameroun lui enjoint de nommer le premier ministre, il choisit André Marie M’Bida, investi le 13 mai, et lui propose de créer des camps de rétention pour les prisonniers de l’UPC. Les relations se détériorent rapidement entre les deux hommes et M’Bida demande le rappel du Haut-Commissaire. Le 3 février 1958, Pierre Messmer quitte ses fonctions pour prendre celles, plus prestigieuses, de Haut-Commissaire pour l’AEF. Il n’occupe le poste que très peu de temps devenant le 16 juillet 1958 Haut-Commissaire de l’AOF.

Cette dernière affectation le conduit à préparer la visite du général de Gaulle qui effectue une tournée africaine dans le cadre de la préparation du référendum constitutionnel sur la Communauté. Le chef de l’État arrive à Abidjian le 24 août mais alors qu’il doit rejoindre immédiatement Dakar, une escale à Conakry le 25 août est rajoutée à l’initiative du ministre de la FOM, Bernard Cornut-Gentille. Pierre Messmer, hostile à cette escale, se voit remis tardivement par le gouverneur de la Guinée, Jean Mauberna, le texte du discours de Sékou Touré. En réponse au discours hostile de ce dernier, qui aboutit au vote « non » majoritaire du 28 septembre dans le territoire, Pierre Messmer se montre partisan d’une ligne dure marquée par le retrait immédiat de tous les fonctionnaires français des services fédéraux : douanes, police des frontières, sécurité maritime et aérienne, etc.

L’ancien héros de Bir Hakeim est nommé ministre des Armées le 5 février 1960. Alors que le tournant de l’autodétermination en Algérie pris à l’automne 1959 risque de provoquer des remous au sein des militaires, de Gaulle préfère pour cette fonction exposée un « technicien » plutôt qu’un politique, un homme dont il avait apprécié l’efficacité et la fidélité à l’été 1958 en Afrique. Le nouveau ministre doit en sa qualité d’abord gérer le délicat dossier de la fin de la guerre d’Algérie. S’il ne définit pas en la matière une politique strictement déterminée par le chef de l’État, il en assure avec fidélité l’application pratique. Il fait ainsi durant les années 1960-1962 un difficile apprentissage gouvernemental. Dès sa nomination, opposé à toute hiérarchie parallèle, il dissout les cinquièmes bureaux. Il se rend à quatorze reprises en Algérie entre 1960 et 1962 pour suivre les opérations militaires et expliquer aux officiers l’évolution de la politique gouvernementale. Il suit la lutte contre l’OAS, engageant personnellement la Sécurité militaire dans l’enlèvement du colonel Argoud. Lors du procès des généraux Challe et Zeller, faisant fi de la séparation des pouvoirs, il intervient auprès du magistrat Antonin Besson en vue de leur condamnation à la peine de mort. À l’Assemblée, il s’oppose aux partisans de l’Algérie française mais intervint peu dans les débats. Au printemps 1961, le ministre envisage après le cessez-le-feu un possible engagement dans l’armée régulière ou dans les Groupes mobiles de sécurité pour les éléments « sûrs ». À l’été, un projet de loi adopté en conseil des ministres prévoit plusieurs aides spécifiques (majoration de soldes, sécurité sociale, reclassement professionnel, etc.). Mais Pierre Messmer, sceptique sur l’intégration de ces supplétifs dans l’armée ou la gendarmerie, en raison de leur niveau insuffisant d’instruction, privilégie leur maintien en Algérie. Au printemps 1962, en dépit des rapports de plus en plus nombreux et alarmistes sur les disparitions et exécutions de harkis, le ministre insiste encore auprès des responsables militaires pour encourager les supplétifs à rester sur place. Il semble convaincu que les primes de démobilisation et l’amnistie prévue par les accords d’Evian suffisent à résoudre les problèmes et ne manifeste pas la sévérité du ministre d’État chargé des affaires algériennes, Louis Joxe, ni du ministre de l’Intérieur, Roger Frey. Il doit aussi gérer la mise à la disposition par l’armée de lieux d’accueil, comme le camp du Larzac, pour des harkis bien plus nombreux que prévu à se réfugier en Métropole.

Au moment du putsch d’Alger en avril 1961, le ministre organise la défense antiaérienne en Métropole et fait rentrer à vide les avions de transport militaire. Il propose sa démission au général de Gaulle : « Je suis un ministre auquel ses subordonnés n’ont pas obéi », affirme-t-il. Mais celui-ci la refuse. Par la suite, il supervise la répression administrative, disciplinaire et statutaire des mutins. Celle-ci passe par la mise en place de commissions d’enquête et d’un haut tribunal militaire, puis l’organisation de nombreux procès. Elle touche, en plus des quatre généraux à la tête du putsch, pas moins de 200 officiers mis aux arrêts de forteresse. Certaines unités sont dissoutes, les 1er REP, 14ème et 18ème RCP, ainsi que certains commandos de l’air et groupements de commandos parachutistes, mais le ministre obtient du chef de l’État le maintien de la Légion étrangère. S’il l’assume apparemment sans état d’âme, cette répression le marquera durablement et à la fin de sa vie, Pierre Messmer entreprendra des démarches discrètes pour rencontrer le commandant Denoix de Saint-Marc.

Ministre des Armées jusqu’au 22 juin 1969, une longévité inégalée depuis Louvois, Pierre Messmer eut le temps d’engager des réformes profondes et durables de modernisation des institutions et des matériels de l’armée française. Appliquant la volonté du général de Gaulle, il est l’homme du passage à la force de frappe nucléaire. Ce qu’il appellera lui-même dans ses mémoires une « révolution militaire » passe d’abord par la « nucléarisation » des troupes, c’est-à-dire la mise en place d’engins susceptibles de porter des coups à l’Union soviétique et d’assurer l’indépendance militaire de la France avec la mise en service de la première unité de Mirages IV à Mont-de-Marsan en octobre 1964. L’« interarmisation », liée au fait que le passage au nucléaire concerne toutes les armes, exige ainsi de sortir des corporatismes d’états-majors pour une approche plus globale de la défense. Doter la France d’une force de dissuasion suppose enfin le renouvellement des forces conventionnelles autour de forces de projection, six divisions pour des interventions outre-mer, et d’une Défense opérationnelle du territoire. L’ensemble impose une modernisation du matériel désormais en priorité d’origine française. L’armée de terre est équipée de nouveaux chars AMX 30, d’AMX 13 modernisés et d’AMX VTT remplaçant respectivement les Patton, les Chaffees et les Half-Tracks. L’armée de l’air voit ses Mirage III augmenter et remplace les vieux Nord-Atlas par les Transall. La marine, en plus du programme de sous-marins lance-engins (SNLE), est dotée de corvettes, chasseurs de mines et escorteurs. Des programmes de coopération industrielle avec des partenaires européens permettent la fabrication de missiles Milan et Hot, d’avions Jaguar et d’hélicoptère Lynx. La fin de la guerre d’Algérie détermine une réduction des effectifs, surtout dans l’armée de terre. La loi du 9 juillet 1965 fait passer la durée légale du service militaire de 18 à 16 mois. Le dégagement des cadres est facilité par des conventions avec le secteur public (enseignement) et des accords avec le privé via les chambres de commerce. Enfin Pierre Messmer supervise les conditions pratiques de la sortie de la France du commandement intégré de l’OTAN (accords d’août 1967 entre le chef d’État-Major des armées françaises et le commandant en chef de l’OTAN) et obtient du chef de l’État qu’il rallonge de six mois le délai d’évacuation des bases américaines sur le territoire national.

Tous ces choix passent par la préparation et l’adoption de lois de programme militaire dans lesquelles le ministre joue un rôle considérable, c’est notamment le cas de la deuxième loi de 1965-1970 que Pierre Messmer revendiquera comme son œuvre personnelle. C’est notamment sous sa direction que les circuits décisionnels de l’armée française sont raccourcis et que la logique de rationalisation des choix budgétaires (RCB) s’impose. Les directions techniques d’armes s’inclinent devant la Direction ministérielle pour l’armement (DMA), centralisant toutes les activités transversales et seule autorité compétente en matière de fabrication d’armement. En décembre 1967, le corps des ingénieurs de l’armement est réformé dans une même logique inter-armée. Cette rationalisation passe aussi par des fusions-rachats d’entreprises liées à la défense (rachat de Bréguet par Dassault en 1967, fusion de Thomson avec CSF). Dimension moins connue de son œuvre, la mise en place d’une nouvelle éthique de la condition militaire avec la refonte des règlements remontant pour certains à l’entre-deux-guerres et la transformation du service militaire en service national afin notamment de mieux intégrer la part la plus diplômée de la jeunesse française.

L’échec du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, proposé par le général de Gaulle au printemps 1969, incite Pierre Messmer à quitter le gouvernement. Traumatisé par la défaite d’une campagne référendaire à laquelle il a participé, l’ancien ministre est au nombre des gaullistes proches du Général tels Christian Fouchet, Michel Debré, Louis Joxe et Jacques Vendroux, qui considèrent que l’arrivée à l’Elysée de Georges Pompidou met l’héritage gaulliste en danger. Dans le souci de maintenir une certaine orthodoxie, apparaît une structure de vigilance, un Comité de défense du gaullisme, Présence du Gaullisme. Le 2 juillet 1969 est fondée par Jacques Vendroux, Hubert Germain et Michel de Grailly, une amicale parlementaire d’une quarantaine d’élus, Présence et action du gaullisme, présidée par Hubert Germain, un proche de Pierre Messmer. Les deux organismes fusionnent en décembre sous la direction d’Hubert Germain, Pierre Messmer en étant l’inspirateur. Ce dernier, cheville ouvrière du gaullisme de la fidélité, se prévaut du soutien de l’ancien chef de l’État rencontré à Colombey le 16 juillet 1969. Aiguillonné par Pierre Juillet et Marie-France Garaud, les membres du courant des gaullistes orthodoxes exercent bientôt leur vigilance vis à vis de la politique jugée trop libérale du Premier ministre. Lors du Conseil national de l’UDR tenu à Versailles les 25-27 juillet 1970, Pierre Messmer déclare ainsi que l’ouverture préconisée par le maire de Bordeaux risque de transformer la majorité en « auberge espagnole » et qu’il vaut mieux consolider la majorité issue des urnes en juin 1968 autour du bloc de l’UDR. Ce soutien pragmatique au chef de l’État lui permet de sortir du purgatoire politique dans lequel ses réserves de l’automne et de l’hiver 1969 l’avaient cantonné pendant un an et demi. Son retour au gouvernement comme ministre de l’Outre-Mer marque son retour en grâce.

Le 25 février 1971, Pierre Messmer devient en effet ministre d’État chargé des Dom-Tom, succédant à Henry Rey dont les rapports avec Jacques Foccart, influent délégué aux Affaires africaines et malgaches, avaient été difficiles. S’il ne reste rue Oudinot que dix-huit mois, son passage est jalonné de dossiers importants et nombreux : évolution statutaire des Antilles, développement de l’industrie du nickel en Nouvelle-Calédonie, difficultés à Djibouti, etc… Il participe surtout à la volonté du président Pompidou d’associer les départements et territoires d’outre-mer à la politique de modernisation économique. Ainsi, de 1969 à 1974, dix conseils restreints sont consacrés aux Dom-Tom. À l’instar de ses prédécesseurs, Pierre Messmer s’attache à défendre la souveraineté de la France outre-mer mais fait des propositions innovantes pour y parvenir. Il oscille entre la promotion de l’évolution statutaire et l’attachement au statu quo comme clé du maintien de la France en outre-mer. Ses relations avec Jacques Foccart, lié aux Antilles, et Michel Debré, attaché à la Réunion, sont souvent marquées par le rapport de force. S’agissant des Antilles touchées par une grave crise socio-économique, Pierre Messmer souhaite « faire un pas » alors que Jacques Foccart refuse toute évolution statutaire afin de ne pas faire le jeu des partis autonomistes et indépendantistes, persuadé que le précédent de la loi-cadre de 1956 n’a pas à s’appliquer. Sous l’influence du ministre de l’outre-mer, fort du soutien de Georges Pompidou, l’État définit un plan de sauvegarde et de relance des productions agricoles aux Antilles, améliore les structures scolaires locales notamment dans l’enseignement technique et la formation professionnelle de la jeunesse, défend les avantages de la production sucrière des Dom au sein de la CEE, résorbe les bidonvilles et rénove l’habitat, adopte des tarifs aériens spéciaux pour renforcer les liens avec la Métropole et encourage les investissements dans les îles au moyen d’exonérations fiscales. Dans le Pacifique, Pierre Messmer renforce le caractère français de la Nouvelle-Calédonie avec l’installation de métropolitains de manière à endiguer les revendications autonomistes croissantes sur place. Même soutien à la présence française en Polynésie qui abrite depuis 1963 le Centre d’expérimentation du Pacifique. S’il quitte la rue Oudinot après sa nomination à Matignon, Pierre Messmer continue de suivre de près les questions ultramarines par personne interposée : les secrétaires d’État chargés des Dom-Tom Xavier Deniau en juillet 1972, puis Bernard Stasi en avril 1973 et Joseph Comiti en mars 1974.

Nommé Premier ministre le 5 juillet 1972, Pierre Messmer présente au nom du Gouvernement une déclaration de politique générale, le 3 octobre 1972, insistant notamment sur la nécessité de mettre en place « une société plus juste, plus responsable et plus humaine ». Il reste à Matignon jusqu’au 27 mai 1974 après avoir dirigé trois gouvernements. Succédant à un Premier ministre très populaire, Jacques Chaban-Delmas, il exerce sa fonction dans un contexte politique difficile. Il doit mener la majorité à la bataille seulement huit mois après sa nomination, se trouve confronté à la maladie gardée secrète du Président de la République ainsi qu’à la guerre de succession ouverte entre le maire de Bordeaux et Valéry Giscard d’Estaing. Le choix de Pierre Messmer à l’été 1972 constitue une surprise, d’autant qu’une rumeur persistante donne Olivier Guichard favori pour le poste. Pourtant, cette nomination s’avère assez cohérente. Le chef de l’État doit tenir compte d’une Assemblée nationale conservatrice élue en juin 1968 en réaction aux événements de Mai. Or, héros de la France libre, « compagnon de la Libération », ministre des Armées choisi par de Gaulle, perçu comme austère, Pierre Messmer a de quoi rassurer l’UDR à quelques mois des législatives. À travers sa personne, il s’agit aussi pour Georges Pompidou de prendre ses distances avec les « barons ». La droiture morale de l’intéressé représente enfin un atout indéniable à un moment où des « affaires » à répétition fragilisent le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas. Sa reconduction à Matignon à deux reprises tient à la victoire de la majorité aux élections législatives de mars 1973, ainsi qu’à la fidélité du Premier ministre envers le chef de l’État qui n’a politiquement rien à craindre du chef de gouvernement. Les progrès de la maladie de Georges Pompidou alourdissent progressivement la tâche de Pierre Messmer qui doit bientôt suivre des dossiers relevant parfois du « domaine réservé ». Des tensions l’opposent au ministre de la Défense Michel Debré ainsi qu’au ministre de l’Economie et des Finances, Valéry Giscard d’Estaing. Mais son handicap reste son manque d’autorité au sein de la famille gaulliste. Les différents courants, barons, chabanistes, partisans de Michel Debré, gaullistes de gauche, etc., le critiquent quasi ouvertement tandis que les médias ironisent volontiers sur un Premier ministre jugé trop fade. En dépit de ses efforts, notamment à la télévision, pour se faire mieux connaître, il ne parvient pas à conquérir l’opinion au point qu’en septembre 1973, l’hebdomadaire Jours de France titre cruellement à son sujet : « un inconnu »... Le Premier ministre peine à exister face à deux rivaux de la majorité plus charismatiques et disposant de réseaux dans les médias : Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d’Estaing. Au demeurant il dit dans ses Mémoires ne s'être « jamais senti à l'aise » dans sa fonction et l'avoir quittée sans regret.

Pourtant, le bilan du Premier ministre apparaît avec le recul très substantiel. Avec l’appui d’un cabinet, dirigé successivement par le préfet Pierre Doueil puis l’inspecteur des Finances Jacques Friedmann, secondé par le maître des requêtes au conseil d’État Michel Dupuch, il conduit notamment une action économique d’envergure. Porte-voix d’un impératif de croissance forte, il se veut d’abord l’héritier d’une politique industrielle volontariste. Il parraine la poursuite du grand programme d’équipement de Fos et supervise l’accord entre les sociétés françaises (Usinor) et allemande (Thyssen). Il s’efforce d’accélérer le processus de concentration, rationalisation et modernisation d’une industrie française renforcée par des fusions favorisée par des incitations fiscales : reprise de Citroën par Peugeot, émergence du pôle Saint-Gobain-Pont-à-Mousson et développe la recherche dans des secteurs pionniers, électrotechnique avec CGE, informatique avec Bull. L’État continue d’assumer son rôle de levier dans des secteurs clés comme l’énergie avec l’essor du groupe Elf-Aquitaine, la métallurgie avec la fusion de Renault et de Berliet, l’aéronautique et l’espace (projets Airbus et Ariane). Fort d’excédents budgétaires assurés par la croissance et l’amélioration de la TVA, il finance de grands équipements collectifs, notamment dans les transports (projets de lignes ferroviaires grande vitesse). L’industrie connaît des gains de productivité sans précédent tandis que le chômage se réduit à un niveau « frictionnel ». Dans le cadre de la réorganisation de la politique agricole européenne et de la diminution accélérée des effectifs paysans en France, Pierre Messmer, avec Jacques Chirac, Ministre de l’agriculture, restructure l’agriculture française, développant un système agro-alimentaire moderne champion à l’exportation. Avec un taux de croissance de 5,4 % en 1973, parmi les plus élevés du monde occidental, l’économie française sous le gouvernement de Pierre Messmer est comparée à la « Corée du Sud de l’Europe ».

Toutefois des zones d’ombre existent, malaise d’une petite paysannerie dans l’impossibilité de se moderniser, trouble persistant des artisans-commerçants mobilisés autour du mouvement du Cid-Unati de Gérard Nicoud, difficultés de petites entreprises familiales confrontées à la concurrence internationale. Le renversement de conjoncture provoqué par le premier choc pétrolier de l’automne 1973 contraint Pierre Messmer à lancer début mars 1974 un Plan énergie incitant la population aux économies d’énergie et diversifiant les sources d’énergie au profit du gaz naturel et surtout de l’électricité nucléaire. C’est le lancement d’un grand programme d’équipement nucléaire auquel le Premier ministre restera associé dans les mémoires. Plusieurs centrales sont construites, dont celle de Tricastin dans la vallée du Rhône. Sur le plan financier, la fin du système de Bretton Wood oblige Pierre Messmer à prendre acte de la fin du franc fort, et à accepter de laisser flotter le franc en janvier 1974. Afin de garantir le pouvoir d’achat et de lutter contre l’inflation, le Premier ministre lance début 1973 un plan intégrant la baisse du taux de TVA, des allègements fiscaux, le maintien du contrôle des prix, ensemble auquel s’ajoute début 1974 « l’emprunt Giscard ».

Sur le plan politique, Pierre Messmer, secondé en ce domaine par un conseiller personnel hors hiérarchie, le préfet Philippe Mestre, remplacé par la suite par Michel Aurillac, auteur d’un énergique discours de mobilisation à Provins, le 7 janvier 1973, remporte les élections législatives face à l’union de la gauche constituée autour du Programme commun. Celui qui s’était fait remarquer par une attitude déterminée durant le mouvement de contestation de Mai 68, continue de combattre avec son ministre de l’intérieur, Raymond Marcellin, ce qu’il considère comme une « subversion ». À la suite de heurts entre gauchistes et nationalistes à l’occasion d’un meeting d’Ordre Nouveau il dissout la Ligue communiste. Son rejet catégorique des expériences autogestionnaires comme Lip lui vaut l’inimitié de nombreux militants de gauche qui lui reprochent par ailleurs son passé militaire et colonial. À la mort de Georges Pompidou, Pierre Messmer, encouragé par certains gaullistes comme Charles Pasqua et Jean Foyer, annonce le 9 avril 1974 sa candidature à l’élection présidentielle qu’il justifie devant les médias par le souci de rassembler après de multiples déclarations de candidatures dans la majorité mais il la retire dans la même journée faute de soutiens.

C’est à la faveur des législatives anticipées de juin 1968 que Pierre Messmer entre à l’Assemblée nationale. Il s’était jusque-là tenu à l’écart des compétitions électorales, conformément au souhait du Général qui ne voulait pas exposer au scrutin les ministres relevant du « domaine réservé ». Le chef de l’État ayant changé d’avis en 1967, souhaitant lancer en politique une nouvelle génération gaulliste, Pierre Messmer songea alors à la cinquième circonscription du Morbihan où se trouvait la maison familiale. Mais la circonscription de Lorient penchait à gauche et bien qu’arrivé en tête au premier tour, le ministre des Armées fut battu au second, victime d’une SFIO locale puissante, d’une CGT combative et d’un Centre démocrate hostile. Alors qu’un désaveu électoral valait en général sortie du gouvernement, le chef de l’État fit une exception pour Maurice Couve de Murville et Pierre Messmer. Ce dernier conservait à ce point la confiance du Président que de Gaulle semble avoir un moment pensé à lui quand il envisagea en octobre 1967 de se séparer de Georges Pompidou. Jacques Foccart lui déconseilla cette option en mettant en avant le manque de fermeté de l’intéressé.

Lors des législatives anticipées de juin 1968, Pierre Messmer se tourne donc vers la huitième circonscription de la Moselle, son père étant originaire du secteur voisin de Marmoutier. Michel Debré qui avait convoité un temps la même circonscription, avec l’appui de gaullistes locaux comme l’industriel Raymond Morin, accepte que Pierre Messmer s’y implante. Patrie du général Mangin, la ville de Sarrebourg semble destinée à un militaire… Composée de deux arrondissements, Sarrebourg et Château-Salins, la circonscription présente l’originalité d’un vote distinct selon les spécificités linguistiques de ses neuf cantons : les deux germanophones votent plutôt démocrate-chrétien tandis que les francophones penchent du côté gaulliste. La gauche y est presqu’absente et la circonscription a donné à de Gaulle ses meilleurs scores lors des différents référendums. Certes, lors des législatives de 1967 le gaulliste Henri Karcher avait été battu par le centriste Georges Thomas, mais un candidat gaulliste d’envergure n’a a priori rien à craindre dans cette circonscription.

Candidat sous l’étiquette UDR, Pierre Messmer, que son statut d’ancien Français libre héros de Bir Hakeim rend particulièrement populaire dans cette terre marquée par le patriotisme de frontière, est élu dès le premier tour avec 72,24 % des voix. Inscrit au groupe d’Union des démocrates pour la République, il est nommé à la Commission de la défense nationale et des forces armées le 13 juillet 1968. Mais son entrée le même jour dans le gouvernement Couve de Murville comme ministre des Armées le conduit à cesser son mandat de député, décision publiée au Journal officiel le 14 août 1968. Ses fonctions ministérielles ayant pris fin le 20 juin 1969, il se présente de nouveau devant les électeurs de la 8ème circonscription de Moselle et il est reconduit au Palais-Bourbon avec le score exceptionnel de 80 % des voix au premier tour. L’Assemblée prend acte de son élection le 21 octobre 1969. Il s’inscrit de nouveau au groupe UDR et choisit cette fois la commission de la production et des échanges. Mais son mandat est une fois encore écourté par son entrée le 26 février 1971 au gouvernement Chaban-Delmas en qualité de ministre d’État chargé des Départements et Territoires d’Outre-mer. Le Président de l’Assemblée nationale prend acte de la cessation de son mandat de député le 25 mars. Il quitte ce ministère pour entrer à Matignon début juillet 1972. Elu député en avril 1973 avec 72,11 % des voix dès le premier tour, il retrouve le groupe UDR mais très provisoirement puisque, reconduit à Matignon, il met un terme à son mandat de député le 2 mai 1973. Le gouvernement ayant présenté sa démission le 27 mai 1974, Pierre Messmer se représente devant les électeurs de la 8ème circonscription de la Moselle après la démission suppléant, Maurice Jarrige. Il est reconduit au Palais-Bourbon dès le premier tour avec 54,77 % des voix. Toujours membre du groupe UDR, il siège à la commission de la production et des échanges.

En 1970, Pierre Messmer confirme son ancrage local dans l’est mosellan étant élu conseiller général de Réchicourt-le-Château. Il reste à l’assemblée départementale pendant douze ans, même s’il ne cache pas le relatif désintérêt qu’il porte à ce mandat. Il devient surtout maire de Sarrebourg en 1971, fonction qu’il exerce jusqu’en 1989. La décision du maire sortant, le centriste Alphonse Stock, directeur de la caisse d’Epargne, de ne pas se représenter, lui ouvre les portes de l’hôtel de ville. Certes, le décès fin 1970 de Raymond Mondon maire de Metz et ministre des transports dans le gouvernement Chaban-Delmas, aurait pu l’inciter à briguer la mairie de cette ville mais les promesses faites aux habitants de la 8ème circonscription de la Moselle l’incitent à se concentrer sur Sarrebourg. Elu maire de la ville le 14 mars 1971, Pierre Messmer se fait vite apprécier de ses administrés et il est réélu avec 75 % des voix lors des municipales de 1983. Il fait le choix de résider temporairement dans la ville et même lorsqu’il exerce les fonctions de Premier ministre, il continue d’y résider deux jours par semaine dans un appartement loué. Il suit à distance les dossiers importants, passations de marchés publics et finances de la ville, avec des adjoints comme Aloyse Warhouver et Paul Ross. Sur le plan militant, facilement accepté par l’union de circonscription de Sarrebourg-Château Salins, puis par l’importante fédération UDR de Moselle, il décide avec habileté de ne pas faire de l’ombre à des élus solidement implantés comme le sénateur-maire de Forbach, Jean-Eric Bousch, ou le député-maire de Boulay, le docteur Julien Schvartz. Il laisse ainsi à ce dernier la présidence du conseil général. En revanche, il prend rapidement le contrôle de la fédération mosellane de l’UDR, l’une des plus puissantes du pays en nombre d’adhérents. Véritable patron du mouvement gaulliste en Moselle, il devient aussi en juillet 1971 président du conseil régional de l’UDR.

Son premier mandat municipal est l’occasion de doter Sarrebourg, qui compte alors 12 000 habitants, d’équipements adaptés : agrandissement de l’hôpital, construction d’une caserne de pompiers, d’une bibliothèque et de deux collèges. Le deuxième mandat est davantage tourné vers l’emploi, l’amélioration du cadre de vie et l’ouverture vers l’extérieur avec la construction d’une route Reding-Mittelbronn. Il s’efforce de conserver les commerces en centre-ville en s’opposant à un projet de zone commerciale en périphérie et, après la crise de 1973, lutte pour maintenir l’emploi local en obtenant l’installation d’une entreprise de matériel de bureau. De la même manière, l’ancien ministre des Armées parvient à implanter trois régiments dans sa circonscription le 1er RI à Sarrebourg installé en 1968, l’année de son élection de député, un régiment d’hélicoptères de combat à Phalsbourg et le 13ème RDP à Dieuze. Même si certains reprochèrent au maire d’avoir trop axé sa politique locale sur l’urbanisme et le développement économique au détriment du domaine culturel, cette dimension n’est pas oubliée avec la réhabilitation de la chapelle des Cordeliers dont les vitraux sont confiés à Marc Chagall. Pierre Messmer supervise enfin la création d’un espace de loisirs autour des étangs en sortie de ville, une base nautique formant un complexe sportif très en avance sur son temps.

Au printemps 1974, Pierre Messmer se rallie au camp chiraquien par une lecture réaliste du rapport de force induit par l’élection présidentielle. Son éphémère candidature à cette élection l’avait de toute façon marginalisé au sein de l’UDR. La lecture de son mensuel régional, Présence lorraine, montre qu’avant même le premier tour, le Premier ministre laissait assez clairement deviner sa préférence pour Valéry Giscard d’Estaing. Aussi, après l’élimination du maire de Bordeaux, Pierre Messmer s’engage-t-il sans complexe dans la campagne giscardienne. Il pèse de tout son poids de Français libre pour faire oublier aux gaullistes leur réticence envers l’homme du « non » au référendum de 1969. Il met l’accent sur l’anticommunisme, appelant au fond les électeurs à voter plus contre François Mitterrand que pour Valéry Giscard d’Estaing. Mais l’ambiance houleuse qui l’accueille au comité puis au bureau de l’UDR le 6 mai révèle les tensions que sa conduite suscite au sein de sa famille politique. Pourtant Pierre Messmer persiste dans son attitude et soutient à l’hiver 1974 le coup de force de Jacques Chirac permettant à ce dernier de prendre le contrôle du parti gaulliste. Le maire de Sarrebourg, qui a successivement accepté l’opération des 43, son suppléant, Maurice Jarrige, ayant été un des signataires, puis le « 18 Brumaire » de décembre 1974, agit avec pragmatisme. À ses yeux, seul compte le respect de l’héritage du Général qui passe par la survie du mouvement gaulliste. Or cette survie est garantie selon lui par la présence à Matignon de Jacques Chirac, présence elle-même conditionnée par l’influence que le Premier ministre exerce sur l’UDR. Pierre Messmer a au fond toujours cherché à concilier fidélité et pragmatisme. L’ancien Premier ministre qui n’est pas un idéologue, se tourne vers le leader, qui par la force de sa personnalité et sa proximité avec le pouvoir, lui semble le mieux à même d’éviter la disparition de l’héritage gaullien.

Les deux hommes, Pierre Messmer et Jacques Chirac, se rapprochent ainsi de plus en plus à partir de 1974. Face à des barons hostiles, le soutien de Pierre Messmer, ancien proche du Général et seul gaulliste « historique » à avoir validé le coup de force chiraquien, se révèle indispensable pour un Premier ministre accusé d’être le « fossoyeur » du gaullisme. De son côté, Pierre Messmer apprécie le dynamisme et le charisme de Jacques Chirac. Membre de droit du comité central et du bureau exécutif de l’UDR en tant qu’ancien Premier ministre, patron d’une des plus grosses fédérations du parti, Pierre Messmer apporte donc son appui à Jacques Chirac qui le remercie en lui proposant en janvier 1975 d’entrer au gouvernement, ce que refuse l’intéressé. Véritable mémoire du gaullisme, l’ancien héros de Bir Hakeim atteste par sa personne que l’UDR et bientôt le RPR restent fidèles à la dynamique initiée en 1958. Sa présence à la tribune aux côtés du leader ou ses éditoriaux dans la presse du parti vantant la ligne chiraquienne compensent la modernité technocratique d’un Jacques Chirac dont le rapport à la geste gaulliste se limite au pompidolisme. Mais peu lui importe qu’acceptant ainsi de devenir la caution d’un passé gaulliste, alors qu’il avait, durant la guerre, dans l’administration coloniale, au ministère des Armées, puis à l’Outre-Mer et enfin à Matignon, engagé des choix audacieux tournés vers l’avenir, le risque de devenir confiné à une image d’Epinal du gaullisme.

Député de Moselle, conseiller général de Réchicourt-le-Château, maire de Sarrebourg, Pierre Messmer entre au Conseil régional de Lorraine à l’automne 1974. Dans cette assemblée régionale, il siège dix-huit ans jusqu’en 1992 et en assure la présidence pendant deux ans, de 1978 à 1980. En 1974, le Conseil régional est composé de 65 membres désignés au second degré et dominé de manière écrasante par la droite, 62 conseillers sur 65. Mais cette forte majorité est fragilisée par deux divisions, celle opposant des gaullistes à des centristes modérés giscardiens plus nombreux, celle séparant les Messins et les Nancéens, un contentieux ancien aggravé par le choix récent du pouvoir de privilégier Metz via le tracé nord de l’autoroute A4. Pierre Messmer connait bien les dossiers socio-économiques lorrains depuis le lancement en mars 1974, avec l’aide de plusieurs collaborateurs dont Eric Martin, d’un mensuel Présence lorraine. Il y rédige l’éditorial, expose ses interventions et positions sur les grands enjeux locaux : construction d’une centrale nucléaire à Cattenom, canalisation de la Moselle jusqu’à Neuves-Maisons, lancement de l’autoroute Lorraine-Bourgogne. Même si l’assemblée régionale disposait initialement de moyens administratifs et financiers très limités ainsi que d’une marge de manœuvre politique très faible, le préfet de région ayant toujours le dernier mot, Pierre Messmer envisage rapidement de prendre la présidence du conseil pour contrecarrer l’influence croissante des giscardiens dans la région. Fin 1976, il fait rédiger par ses collaborateurs une brochure intitulée Aujourd’hui demain la Lorraine, qui apparaît à beaucoup comme un argumentaire de campagne. Il y évoque une thématique bientôt récurrente sous sa plume, celle des « équipements structurants » : réseau autoroutier, centres de loisirs à l’image du lac de Madine, industrie lourde, télécommunications, espace culturel comme celui des Prémontrés, etc., qui lui paraissent une réponse à la crise de la sidérurgie et de la mine lorraines.

L’opposition entre gaullistes et giscardiens au conseil régional s’incarne rapidement dans le duel entre Pierre Messmer et le député de Nancy, Jean-Jacques Servan-Schreiber. En janvier 1975, le député de Sarrebourg tente de s’opposer à la réélection à la présidence du conseil du CNIP Jean Vilmain, soutenu par « JJSS », en soutenant Paul Driant, président gaulliste du conseil général de la Moselle, l’opération échoue de peu. Le 6 janvier 1976, Jean-Jacques Servan-Schreiber se présente à la présidence après avoir obtenu l’accord des centristes mosellans et bat Jean Vilmain au second tour. Pierre Messmer, que les gaullistes avaient pressé de se présenter, a préféré ne pas engager un combat direct. La présidence de Jean-Jacques Servan-Schreiber arrivant à renouvellement en janvier 1977, le maire de Sarrebourg décide finalement de se présenter contre le député de Nancy. Mais en reprochant au président sortant d’avoir trop favorisé le sud de la Lorraine, il irrite les centristes et indépendants vosgiens, ce qui permet la réélection de JJSS au troisième tour de scrutin. Jean-Jacques Servan-Schreiber ayant l’année suivante choisi de se désengager politiquement de la région pour envisager une carrière nationale, la place se libère pour Pierre Messmer. Celui-ci, seul candidat de la majorité, est élu le 10 janvier 1978 président du conseil régional. Durant les deux ans de son mandat, il poursuit les travaux déjà engagés (autoroute Lorraine-Bourgogne) et en lance de nouveaux (implantation de la Saviem à Batilly et de Peugeot à Ennery-en-Moselle, plan Vosges contre la crise du textile local).

Les tensions entre giscardiens et chiraquiens en Lorraine ne font que refléter celles qui se multiplient au plan national à partir de l’été 1976 avec le départ de Matignon de Jacques Chirac. À partir du printemps 1978, Pierre Messmer suit la nouvelle ligne chiraquienne consistant à engager un rapport de force avec le chef de l’État dans la perspective de l’élection présidentielle de 1981. Il s’y emploie au sein du RPR en tant que chargé des Dom-Tom et à l’Assemblée après sa réélection le 12 mars 1978 comme député de la 8ème circonscription par 54,64 % des voix au premier tour. Membre du groupe RPR il siège à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. Au nom du respect de l’héritage gaullien, Pierre Messmer, critique le gouvernement Barre à plusieurs reprises : rejet en mai 1978 de son plan de relance économique, refus en juin 1978 de voter le budget militaire au motif qu’il ne garantirait plus le maintien de la dissuasion nucléaire, appel en octobre 1978 à la démission du ministre des affaires étrangères. Le maire de Sarrebourg suggère aux parlementaires RPR une ligne « ni godillots ni tombeurs » consistant à contrôler l’exécutif sans le paralyser. Une stratégie à mi-parcours entre les partisans de la rupture avec l’Elysée, celle exprimée par Michel Debré lors des assises de l’UDR à Biarritz, et les tenants d’un rapprochement avec Valéry Giscard d’Estaing, les ministres UDR du troisième gouvernement Barre. Jacques Chirac adhère à cette formule d’une pression sans sanction. Les deux hommes évoluent ensemble, Pierre Messmer valide « l’appel de Cochin » et soutient en 1979 la liste RPR dite DIFE en faveur de « l’Europe des Nations ». Au Palais-Bourbon, Pierre Messmer vote à l’automne 1974 contre le projet de loi relatif à l’interruption volontaire de grossesse mais approuve en 1975 le projet de loi portant réforme du divorce. Il vote pour le projet de loi relatif à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, ainsi que pour le projet de loi présenté par Alain Peyrefitte renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes.

À l’échelon régional, Pierre Messmer, après l’échec à l’automne 1978 à une élection partielle de Jean-Jacques Servan-Schreiber, se retrouve en face d’un autre centriste, le maire de Metz, Jean-Marie Rausch. D’abord réélu sans concurrent à droite à la présidence de région en janvier 1979, le député-maire de Sarrebourg se concentre sur la crise de la sidérurgie lorraine. Désireux de sauver à tout prix les aciéries de Longwy, il réclame un plan pour sa région. Dans cette perspective, il estime dérisoire le plan Barre (aide à la création d’emplois, désenclavement de Longwy, construction d’un IUT à Longwy) et déplore que l’aide apportée au Nord-Pas-de-Calais soit supérieure à celle reçue par les Lorrains. S’étant rendu à Paris pour rencontrer le chef de l’État, le Premier ministre et le ministre de l’Industrie André Giraud, pour plaider le réexamen du dossier lorrain, il annonce à son retour un grand projet d’implantation industrielle avec la possible arrivée du groupe automobile Ford mais celui-ci choisira finalement le site allemand frontalier de Sarrelouis. En février 1980, Pierre Messmer cède son fauteuil au meusien André Madoux, avant de voir arriver à la présidence de région son rival giscardien, Jean-Marie Rausch.

L’échec de la lite DIFE aux élections européennes de 1979 favorise la montée des tensions au sein du parti gaulliste. La candidature du maire de Paris à la présidentielle de 1981 ne paraît plus évidente à des gaullistes orthodoxes comme Michel Debré ou des gaullistes modérés comme Yves Guéna et Olivier Guichard, qui expriment leur agacement devant la décision de Jacques Chirac de contraindre, dans la discussion budgétaire à l’automne 1979, le Premier ministre à utiliser à plusieurs reprises la procédure de l’article 49-3. Isolé, le chef du RPR ne conserve le contrôle du parti que grâce à des proches, Charles Pasqua et Bernard Pons, contrôlant les fédérations et le groupe parlementaire ou incarnant la fidélité gaullienne aux yeux des militants, Jacques Foccart et Pierre Messmer. Dès l’automne 1979, Pierre Messmer accentue son soutien au maire de Paris, de plus en plus présent dans les colonnes de Présence lorraine, et ses critiques envers le chef de l’État. C’est donc logiquement qu’il fait connaître en février 1981 sa préférence pour Jacques Chirac lorsque ce dernier annonce sa candidature pour l’Elysée. Lors du congrès du RPR tenu à Vincennes dans la foulée, il est le seul « historique » à installer Jacques Chirac dans la continuité gaulliste et à mettre en garde les militants contre le risque de division, allusion aux autres candidatures gaullistes, celles de Michel Debré et de Marie-France Garaud.

Lors des législatives de juin 1981 qui suivent la victoire de François Mitterrand à la présidentielle, Pierre Messmer est facilement réélu député dès le premier tour, retrouvant avec 54,72 % des voix son niveau des législatives de 1978 et de la partielle de 1974. Inscrit au groupe RPR, et de nouveau membre de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, Pierre Messmer se montre moins actif que sous la législature précédente. Il dépose deux propositions de lois, l’une en décembre 1981 concernant le service militaire des sapeurs-pompiers volontaires, l’autre en octobre 1985 visant à rétablir la peine de mort pour certains crimes. Volontiers critique envers la politique économique du gouvernement de gauche, notamment à l’occasion des débats autour du projet de loi de finances pour 1982, il dénonce aussi l’action du gouvernement dans le domaine scolaire à l’occasion de la réforme sur l’enseignement privé en 1984. Toujours soucieux de défendre les intérêts de la Lorraine, il demande en avril 1984 au gouvernement de s’expliquer sur les créations d’emploi de reconversion pour faire face à la crise de la sidérurgie. À partir de 1984, il consacre l’essentiel de ses interventions à l’Assemblée nationale à la situation en Nouvelle-Calédonie. Il s’en prend en mai 1984 au projet de loi portant statut du territoire de la Nouvelle-Calédonie, qu’il qualifie de « monstre dangereux ». Il revient à la charge en décembre 1984 pour dénoncer, suite à la déclaration du gouvernement sur la situation en Nouvelle-Calédonie, les discussions menées par l’État français avec « un pseudo-gouvernement illégal, ami du colonel Khadafi ». En mai 1985 enfin, lors de l’examen du projet de loi sur l’évolution de la Nouvelle-Calédonie, il déplore la fréquence des changements dans la politique gouvernementale relative à la Nouvelle-Calédonie et présente Edgard Pisani comme un « réformateur brouillon ». Durant cette VIIe législature, il vote contre le projet de loi portant abolition de la peine de mort et s’oppose au projet de loi Defferre relatif aux droits et libertés des communes, des départements et des régions. Il approuve en revanche en 1982 le projet de loi relatif aux prestations de vieillesse, d’invalidité et de veuvage.

Aux élections législatives de 1986, la liste RPR conduite en Moselle par Pierre Messmer obtint 48,85 % des voix (52,11 % à Sarrebourg ville). Le maire de Sarrebourg conserve son siège de député et prend la présidence du groupe RPR. Il siège encore à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République. Il dépose cinq propositions de loi en deux ans, dont l’une relative aux universités et l’autre portant sur la seconde carrière des militaires retraités. Patron des députés gaullistes, il monte régulièrement en première ligne pour soutenir le gouvernement de son ami Jacques Chirac, intervenant dans le débat sur le discours de politique générale du gouvernement ou celui sur la motion de censure. En juin 1987, il dépose une proposition de résolution portant mise en accusation de l’ancien ministre Christian Nucci devant la Haute Cour de justice.

En 1986 Pierre Messmer espère retrouver la présidence du conseil régional. Un nouveau duel l’oppose à Jean-Marie Rausch pensant que le maire de Sarrebourg va quitter la bataille pour entrer au gouvernement. Or si Jacques Chirac propose bien à son ami de devenir ministre d’État, celui-ci refuse de siéger dans un conseil des ministres présidé par François Mitterrand. Finalement la candidature de Pierre Messmer avorte du fait d’un accord entre les états-majors RPR et UDF au terme duquel en échange de la candidature du gaulliste Yvon Bourges, ami de Pierre Messmer, à la présidence de la région Bretagne, l’UDF obtient celle de Jean-Marie Rausch à la présidence de la région Lorraine. Le même accord prévoie une présidence de région tournante : après trois ans d’un mandat UDF, le RPR prendra la suite pour trois nouvelles années. Fort de cette entente, Pierre Messmer décide de présider le groupe gaulliste à l’Assemblée nationale. Mais la victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 1988 suivie des législatives anticipées de juin 1988 bousculent cet arrangement. Pierre Messmer, après 20 ans de mandat législatif, moins présent dans sa circonscription en raison d’une présidence de groupe parlementaire accaparante en une période difficile de cohabitation, n’obtient que 43,5 % des voix au premier tour. Contraint pour la première fois à un second tour, il est battu de justesse par le centriste local Aloys Warhouver (49,31 % des voix). Ne se trouvant plus en position de force pour la présidence de la région, il est évincé par Jean-Marie Rausch d’autant plus facilement que ce dernier, entré au gouvernement de Michel Rocard dans le cadre de l’ouverture comme ministre du commerce extérieur, obtient le soutien du groupe socialiste. Resté proche de Jacques Chirac, Pierre Messmer continue de défendre son ami confronté aux contestations de courants internes au RPR, celle des rénovateurs, à l’automne 1989 et celle de la vieille garde cristallisée par le tandem Séguin-Pasqua lors des assises du Bourget en février 1990. Cette fidélité s’exprime une fois de plus lors de la campagne présidentielle de 1995, lorsqu’il appuie publiquement le maire de Paris face au camp balladurien.

Depuis quelques années toutefois, Pierre Messmer avait délaissé la vie politique pour s’intéresser aux lettres. Après avoir publié en 1985 aux PUF et avec la collaboration du Professeur Alain Larcan Les écrits militaires de Charles de Gaulle, essai d’analyse thématique, il rédige deux ouvrages chez Albin Michel composant un ensemble de mémoires : Après tant de batailles : Mémoires (1992) et Les blancs s’en vont : récits de décolonisation (1998). Cette œuvre attire l’attention de l’Institut. En novembre 1988, il entre à l’Académie des sciences morales et politiques, à la section générale, au fauteuil précédemment occupé par Léon Noël. Il y est reçu en 1990 par Henri Amouroux puis en 1995 la Compagnie en fait son Secrétaire perpétuel succédant à Bernard Chenot. Après avoir occupé la fonction pendant trois ans, Pierre Messmer est élu Chancelier de l’Institut en remplacement d’Edouard Bonnefous qui souhaite renoncer à ses fonctions. Finalement, il entre en 1999 à l’Académie française, au siège laissé vacant par la mort de Maurice Schumann. À un compagnon de la Libération en succède un autre... En le recevant sous la coupole le 10 février 2000, François Jacob compare son visage à « un masque d’empereur romain teinté d’une touche de Jean Gabin ». Symboliquement, il entre à l’Académie 60 ans, presque jour pour, après la création de la demi-brigade de la Légion étrangère y occupant le fauteuil 13, celui de Racine, Loti et Claudel, soit le même numéro que celui de son ancienne unité de la Légion. Dans sa cantine, l’officier Messmer avait à cette époque emporté des livres essentiels : les Pensées de Pascal, Guerre et paix de Tolstoï, le Voyage du centurion de Psichari, les Sept Piliers de la Sagesse du colonel Lawrence, et les sonnets de Péguy. Lors de son discours, l’académicien se présente comme le premier légionnaire admis sous la coupole parmi les immortels. Saluant le sacrifice des 35 000 hommes morts pour la France dans les rangs de cette unité, il rappelle son attachement indéfectible à cette troupe singulière. Quelques années auparavant, le 30 avril 1994, l’ancien légionnaire avait éprouvé une grande fierté à porter à Aubagne la main du capitaine Danjou pour la commémoration du combat de Camerone, accompagné par son fidèle de Bir Hakeim, le lieutenant-colonel Ungerman.

Pendant dix-neuf ans, à l’Institut, Pierre Messmer travaille beaucoup, continuant d’écrire (La patrouille perdue et autres récits extraordinaires, Albin Michel, 2002), assistant assidument à toutes les séances des deux académies dont il était membre ainsi qu’aux nombreux conseils d’administration. La liste de ses préfaces, discours, communications, couvre de vastes sujets allant du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo à l’interpellation des pouvoirs publics sur le cumul des mandats électifs. En gestionnaire avisé, le Chancelier multiplie par trente la fortune mobilière de l’Institut, fait réaliser de nombreux aménagements dans le Palais et favorise l’acquisition de l’immeuble du 19 quai Conti qui porte désormais le nom d' « aile Pierre Messmer ». Il dynamise le domaine de Chantilly, le Château de Langeais et le Musée Jacquemart-André. L’efficacité et la notoriété de Pierre Messmer attirent de nombreux bienfaiteurs privés permettant à l’Institut de devenir un des plus grands acteurs du mécénat en France. Le 25 octobre 2005, la séance publique annuelle des cinq Académies lui est dédiée sur le thème du courage. Après le poème d’un capitaine de la Légion étrangère et des chants de la Légion, des membres du conservatoire des musiques de chasse interprètent la sonnerie créée en son nom (« la Messmer »), avant qu’un buste à son effigie ne soit dévoilé et qu’un message de confraternité du pape Benoît XVI ne soit lu.

Ce fort investissement personnel à l’Institut se double d’autres engagements. En 1992, Pierre Messmer accède à la présidence de l’Institut Charles de Gaulle - il y reste jusqu’en 1995 - puis de la Fondation Charles de Gaulle jusqu’en 1997. Il préside aussi l’Association des amis de Michel Debré. En 2003, il succède au général Simon comme président de la Fondation de la France libre et conserve cette fonction jusqu’à sa mort. Le 6 juin 2006, par décret, il est nommé Chancelier de l’Ordre de la Libération pour une période de quatre ans, après le décès du général Alain de Boissieu. Si Pierre Messmer ne détient plus de mandat électif, il ne délaisse pas totalement la vie politique. Membre du comité d’honneur du Mouvement Initiative et Liberté, il n’hésite pas à prendre position sur de grands enjeux de société. Il appelle ainsi à voter « non » au référendum de 2005 sur le traité établissant une constitution pour l'Europe et livre une analyse sévère sur l’évolution de son pays dans un livre d’entretien avec Philippe de Saint-Robert (Ma part de France, Editions F-X de Guibert, 2003). Il avait également témoigné lors du procès Papon et demandé la grâce de ce dernier en 2001.

Le 29 août 2007, Pierre Messmer, veuf en 1991 de Gilberte Messmer et remarié en juillet 1999 avec Christiane Bataille, décède à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. Ses obsèques qui ont lieu le 4 septembre aux Invalides, réunissent de nombreuses personnalités militaires et politiques, dont le président de la République Nicolas Sarkozy, l’ancien président Jacques Chirac, le Premier ministre François Fillon. L’ancien académicien est inhumé à Saint-Gildas-de-Rhuys dans le Morbihan. Le 18 juin 2010, son éloge est prononcé sous la Coupole par Simone Veil qui lui succède au treizième fauteuil.

Compagnon de la Libération, Pierre Messmer était Grand-Croix de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de Guerre 1939-1945 (avec six citations), de la médaille de la Résistance, de la Croix du Combattant, de la médaille des évadés, de la médaille coloniale ainsi que de nombreuses autres décorations étrangères. La promotion 2008-2009 de Saint-Cyr porte son nom.

« La dignité d’un homme ne tient pas aux grades qu’il a atteints, aux distinctions qu’il a reçues, aux fonctions qu’il a remplies, à son intelligence ou à sa richesse mais à l’usage qu’il fait de sa liberté », a-t-il écrit dans ses Mémoires.

Il a notamment publié :
- Le Régime administratif des emprunts coloniaux, Librairie sociale et économique, Paris 1939,
- De la répression des fraudes commerciales, imprimerie des Dernières Nouvelles d'Alsace, Strasbourg, 1954,
- Les écrits militaires de Charles de Gaulle, avec Alain Larcan, Presses universitaires de France, Paris, 1985
- Après tant de batailles, Mémoires, Albin Michel, Paris 1992 (Prix Louis-Marin 1993)
- Les Blancs s'en vont, récits de décolonisation, Albin Michel, Paris 1998
- La Patrouille perdue et autres récits extraordinaires, Albin Michel, Paris 2002
- Ma part de France. Entretiens avec Philippe de Saint-Robert, F.-X. de Guibert, Paris 2003