André, Louis Philip

1902 - 1970

Informations générales
  • Né le 28 juin 1902 à Pont-saint-esprit (Gard - France)
  • Décédé le 5 juillet 1970 à Saint-cloud (Hauts-de-Seine - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XVIe législature
Mandat
Du 3 mai 1936 au 31 mai 1942 *
Département
Rhône
Groupe
Socialiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Rhône
Groupe
Socialiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Rhône
Groupe
Socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Rhône
Groupe
Socialiste

* : Un décret de juillet 1939 a prorogé jusqu'au 31 mai 1942 le mandat des députés élus en mai 1936

Biographies

Né le 28 juin 1902 à Pont-Saint-Esprit (Gard).

Député du Rhône de 1936 à 1942.

Issu d'une très ancienne famille protestante, André Philip, dont le père était officier, fit ses études secondaires au lycée de Marseille. Diplômé de l'Ecole libre des sciences politiques, docteur en droit de l'Université de Paris, il fit un stage à l'université Columbia et prépara l'agrégation d'économie politique à laquelle il fut reçu en 1926. Il fut nommé professeur à la Faculté de droit de Lyon la même année.

Membre du parti socialiste depuis 1920, il se présente aux élections générales de mai 1936. Il fait campagne contre le gouvernement Laval dont il critique la politique étrangère et la politique financière de déflation qui provoque le chômage. Il soutient le programme de la S.F.I.O. et se déclare en faveur de la création d'un pacte d'assistance mutuelle en Europe sous les auspices de la Société des Nations, de la répression de la fraude fiscale afin d'équilibrer le budget, de la semaine de quarante heures pour résorber le chômage, de la destruction du monopole des 200 familles par la nationalisation de la Banque de France, des banques de dépôts, des assurances, des chemins de fer, des mines et de la métallurgie. Il est élu député dans la 4e circonscription de Lyon, au second tour de scrutin, avec 3.280 voix contre 2.936 à Rolland, sur 7.911 votants et 9.861 inscrits.

Membre de la commission des finances, de la commission spéciale chargée d'examiner les projets de lois sociales, auteur d'une proposition de loi relative à la réorganisation des conseils interdépartementaux de préfectures, rapporteur des budgets des travaux publics de 1936, 1937 et 1938, rapporteur du projet établissant la semaine de quarante heures, il intervient dans la discussion du projet modifiant la loi du 28 mars 1882 concernant l'obligation de l'enseignement primaire pour rappeler que cet enseignement est ouvert à tous dans des conditions d'objectivité et d'impartialité totales.

En 1936, lors du vote du projet d'aide temporaire au commerce et à l'industrie, il fait adopter un amendement précisant que la documentation réunie à l'occasion de l'élaboration de ce projet sera transmise à la statistique générale de la France en vue de servir à une enquête sur la production française.

Au nom du groupe socialiste, il annonce qu'il votera la dévaluation du franc (28 septembre 1936) rendue inévitable par les événements des cinq dernières années et le projet complétant la loi du 19 août 1936 sur la stabilisation des prix (11 mars 1937) en soulignant que le problème est de faire en sorte que la hausse, inévitable, ne soit pas plus rapide qu'à l'étranger. Lors de la discussion du projet de redressement financier, le 4 octobre 1938, qui autorise le gouvernement Daladier à prendre par décrets les mesures nécessaires, il demande au président du Conseil et au ministre des Finances, Marchandeau, de définir clairement un plan d'action. Le 11 mai 1939, après une communication du président du Conseil Daladier sur la politique du gouvernement, il s'inquiète de la stagnation persistante de l'économie, à l'exception des industries de guerre, et critique le recours aux décrets-lois.

Après, la défaite, il est l'un des quatre-vingts parlementaires qui refusent le 10 juillet 1940, à Vichy, de voter la délégation de pouvoirs demandée par le maréchal Pétain.


PHILIP (André, Louis)
Né le 28 juin 1902 à Pont-Saint-Esprit (Gard)
Décédé le 5 juillet 1970 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)

Député du Rhône de 1936 à 1942
Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Rhône)
Député du Rhône de 1946 à 1951
Ministre de l’économie nationale et des finances du 27 janvier au 11 juin 1946 et du 17 décembre 1946 au 22 janvier 1947
Ministre de l’économie nationale du 22 janvier au 22 octobre 1947

Engagé volontaire en septembre 1939, André Philip est affecté comme agent de liaison auprès d’une unité du corps expéditionnaire britannique. Après l’armistice, il parvient à gagner Vichy où, le 10 juillet 1940, il compte parmi les 80 parlementaires - et les 29 députés socialistes - qui refusent de voter les pleins pouvoirs au gouvernement du maréchal Pétain. Démobilisé, il reprend ses cours à la Faculté de Lyon et se dépense, avec sa femme Mireille, en faveur des réfugiés et de diverses personnes inquiétées par le régime de Vichy. Dès 1941, il est l’un des initiateurs du Comité d’action socialiste. Il appartient également à Libération-Sud où il assure la liaison entre le mouvement et ses camarades socialistes. Il refuse pourtant d’en prendre la direction, préférant se rendre à Londres, en juillet 1942, pour y plaider la cause de la résistance métropolitaine et pour s’assurer des convictions démocratiques du chef de la France libre.
Bien accueilli par le général de Gaulle, il est nommé commissaire à l’intérieur dans le Comité français de libération nationale. Peu après, en novembre, il est envoyé aux Etats-Unis. Cette mission, qui visait à resserrer les liens entre Washington et la France libre, s’achève sur un échec, l’émissaire n’étant pas parvenu à faire surmonter l’antipathie du président Roosevelt pour la personne et les idées supposées du général de Gaulle. De retour à Londres, André Philip se consacre à la préparation d’une stratégie économique pour l’après-guerre et à l’élaboration de ce qui pourrait devenir un programme commun de la résistance.
Le 30 mai 1943, il débarque à Alger avec le général de Gaulle. Il se révèle comme l’un de ses plus fidèles soutiens face aux intrigues du général Giraud et de son entourage, ce qui n’exclut pas d’assez vives frictions avec de Gaulle, sans que leur estime réciproque en soit sérieusement entamée. Ainsi, lors du remaniement du 8 novembre 1943, André Philip, « dont les brillantes aptitudes s’accommodent mal du cadre administratif » (De Gaulle, Mémoires de guerre), doit-il abandonner le commissariat à l’intérieur à Emmanuel d’Astier de la Vigerie, pour un poste de commissaire d’Etat, chargé des relations avec l’Assemblée consultative provisoire. Dans ces nouvelles fonctions, il prononce de nombreux discours (hommages à la Résistance, commémoration diverses) et prend part à plusieurs débats qui engagent l’avenir de la France : l’épuration, l’organisation des pouvoirs publics ou la politique économique. Mais s’il se dépense beaucoup pour donner corps à cette ébauche du régime parlementaire, il parvient plus difficilement à y intéresser le général de Gaulle auquel il reproche, dans diverses missives, la froideur distante qu’il manifeste à l’égard de l’Assemblée et de ses membres.
Rentré à Paris en septembre 1944, il retrouve en novembre, comme simple délégué, les bancs de l’Assemblée consultative. Il appartient notamment à la commission des finances dont il est nommé rapporteur général du budget, en mars 1945. Outre la rédaction de nombreux rapports à la demande du gouvernement provisoire, il intervient fréquemment dans la discussion budgétaire où il tente de s’opposer, pas toujours avec succès, à la dérive dépensière de ses collègues. Dans le même état d’esprit, il soutient la rigueur financière prônée par Pierre Mendès France contre les thèses plus libérales de René Pleven (séance du 30 mars 1945). Il consolide parallèlement sa position à la SFIO où il accède au comité directeur et assure pendant plus d’un an la direction politique de Cité-Soir, un quotidien de gauche qui entend favoriser l’avènement d’un grand parti travailliste qui unirait la SFIO, la gauche du MRP et divers éléments venus de la Résistance. Par ailleurs, il demeure plus que réticent à toute forme d’unité avec le parti communiste.
André Philip se présente le 21 octobre 1945 comme tête de liste de la SFIO dans la première circonscription du Rhône. Il est élu avec 49 642 voix pour 269 928 suffrages exprimés, unique socialiste sur les huit sièges à pourvoir. Il est reconduit, le 2 juin 1946, lors de l’élection de la seconde Assemblée nationale constituante, malgré une déperdition de près de 9 000 voix. Le recul socialiste, général dans toute la France, est ici particulièrement prononcé.
Par l’importance des fonctions qu’il occupe, André Philip est alors au faîte de sa carrière politique. Il est nommé membre de la commission de la Constitution ; il va, durant deux mois, s’efforcer de dégager un texte de compromis, acceptable à la fois par la majorité « marxiste » de la nouvelle Assemblée (énumération des droits économiques et sociaux, monocamérisme) et par le MRP, davantage attaché à la rationalisation du régime parlementaire. Sur ces entrefaites, survient le dépôt de l’amendement Capdeville tendant à réduire de 20 % les crédits militaires. Pour des raisons d’économies, le ministre des finances René Pleven et le ministre des armées Edmond Michelet n’y sont pas hostiles, mais le général de Gaulle, alerté par le ministre communiste de l’armement Charles Tillon, s’y oppose. Dans la séance du 31 décembre 1945, les conceptions constitutionnelles d’André Philip et du chef du gouvernement provisoire s’opposent, centrées respectivement sur la défense des prérogatives du pouvoir législatif et de l’exécutif. Un semblant de compromis est finalement trouvé, mais après avoir quitté Paris le 5 janvier, de Gaulle donne finalement sa démission le 20, non sans avoir déploré le retour du régime des partis. Ses relations avec André Philip s’en trouveront durablement altérées.
Pierre Mendès France s’étant récusé, c’est à André Philip que Félix Gouin fait appel comme ministre de l’économie nationale et des finances dans le gouvernement formé le 27 janvier. Il dépose trente et un projets de loi à caractère économique, fiscal ou financier, parmi lesquels l’organisation du crédit et la nationalisation de certaines compagnies d’assurances (15 mars 1946). Le 2 avril 1946, il propose également la nationalisation des banques d’affaires, la Banque de l’Algérie, le 8 avril 1946, la banque d’Afrique occidentale et celle de Madagascar, le 11 avril suivant.
Il prend part à la discussion du budget de l’exercice 1946, toujours soucieux de ne pas accroître indûment les charges de l’Etat. Ses vingt-sept interventions en font foi. Par discipline de parti, plus que par conviction personnelle, il approuve le 19 avril le projet de Constitution.
Celui-ci ayant été rejeté par référendum et une nouvelle Assemblée constituante ayant été élue, André Philip est élu à la présidence de la commission de la Constitution. Il entend tirer les leçons de l’échec du premier projet qu’il impute, pour une part, à l’incapacité de Guy Mollet, qui lui avait succédé fin janvier, de faire prévaloir un véritable régime parlementaire fondé sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs. Cette dérive vers le régime d’assemblée avait, du reste, provoqué la démission du rapporteur général François de Menthon (MRP), remplacé par Pierre Cot, bien vu des communistes.
Dès 1941 à Lyon, puis à Londres et à Alger, André Philip s’était intéressé au problème de la future Constitution. A la libération, il a fait connaître ses vues dans divers essais et articles, notamment dans Cité-Soir. Comme socialiste et comme protestant, très influencé par les écrits de Karl Barth, il est attaché à une conception extensive des droits de l’homme qui intégrerait de nombreux droits économiques et sociaux. Hostile à tout retour à la Troisième République, il est favorable à une assemblée unique, élue à une représentation proportionnelle aménagée, dont les pouvoirs seraient triplement limités par une définition du domaine de la loi, une stricte réglementation du droit d’interpellation et un contrôle de la constitutionnalité des lois. Au cas où une motion de censure serait adoptée, rompant le contrat initial entre le gouvernement et l’assemblée, celle-ci serait automatiquement dissoute.
André Philip est fréquemment présenté comme « le père de la Constitution de 1946 ». Cette affirmation n’est que partiellement fondée. Si le préambule de la Constitution et certains aspects du “ parlementarisme rationalisé ” portent indéniablement sa marque, il a échoué à faire prévaloir la dissolution automatique, la délimitation du domaine de la loi et le contrôle de la constitutionnalité des lois, cette dernière étant totalement étrangère à la culture politique de la gauche. Quant au titre VIII de la Constitution, portant sur l’Union française, il est très en deçà de ses conceptions fédéralistes et porte bien davantage la marque des radicaux.
Le projet constitutionnel ayant été adopté, André Philip se présente à nouveau dans le Rhône à l’élection de l’Assemblée nationale, le 10 octobre 1946. Malgré une nouvelle et sévère perte de suffrages, il est réélu. Nommé à la commission des finances et du contrôle budgétaire en 1946 et 1947, il retrouve ses fonctions gouvernementales, d’abord comme ministre de l’économie nationale et des finances dans le cabinet formé par Léon Blum, puis comme ministre de l’économie dans le gouvernement dirigé par Paul Ramadier (22 janvier – 22 octobre 1947), les finances étant dissociées et revenant à Robert Schuman. Il dépose, à ce titre, de nombreux projets de loi (18 au total) et signe le fameux décret du 2 janvier 1947 décidant une baisse générale des prix de 5 %. Il crée l’Institut national de la statistique et des Etudes économiques (INSEE) et le Conseil supérieur de l’économie. Le 19 décembre 1946, il prend part à la discussion sur l’ouverture des crédits budgétaires de l’exercice 1947 et doit répondre à de nombreux amendements, lors de ses 19 interventions comme membre du gouvernement, en matière de prix, de subventions, de répartition et de contingentements. Mais sa position gouvernementale est en fait inconfortable : jugé trop dirigiste par les radicaux et la droite, sa rigueur anti-inflationniste indispose la gauche et les syndicats. Aussi, quand Paul Ramadier remanie son gouvernement, entre les deux tours des élections municipales d’octobre 1947, les deux ministres les plus dirigistes - André Philip et Lionel Tanguy - Prigent - sont-ils sacrifiés aux tenants du libéralisme. Le ministère de l’économie nationale disparaît du même coup, remplacé par un ministère des affaires économiques le plus souvent intégré au ministère des finances.
Redevenu député - il ne sera plus jamais ministre -, André Philip passe de la commission des finances à celle des affaires étrangères en janvier 1948. Il reste membre de cette commission jusqu’à la fin de la législature. Fervent européen, ses fonctions de Délégué général du Mouvement européen et de président d’honneur du Mouvement socialiste pour les Etats-Unis d’Europe le désignent, le 26 juillet 1949, à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe où il demeurera jusqu’en 1960. Ses interventions à l’Assemblée nationale s’orientent vers les questions de politique internationale et européenne, sur le problème allemand notamment. Il est, par ailleurs, un fervent défenseur du jeune Etat d’Israël. Il le démontre à la tribune de l’Assemblée nationale, le 19 mai 1948. Le 24 novembre 1948, il dépose une demande d’interpellation sur l’application des accords de Londres et le problème de la Ruhr. Il expose les modalités de contrôle de la Ruhr, montre que l’aide américaine à l’Europe est conditionnée par l’union économique européenne. Enfin, il est assidu dans la discussion sur la politique franco-allemande. Il souligne, à nouveau, les efforts américains pour le relèvement de l’Europe, se penche sur l’unification économique de l’Europe occidentale, s’intéresse à la surindustrialisation de l’Europe, spécialement en 1952. Il s’exprime aussi, ce même 25 novembre 1949, sur la décartellisation de la Ruhr et la création d‘institutions européennes. Ses votes sont conformes à la discipline de son groupe, favorable aux gouvernements de Troisième force.
Les élections du 17 juin 1951 lui sont fatales. Dans le cadre d’un large apparentement allant de la SFIO aux Indépendants, sa liste n’obtient que 5,8 % des suffrages. André Philip est en fait victime d’une médiocre implantation de la SFIO à Lyon et surtout de son absence totale d’ancrage local.
Devenu professeur à l’Université de Sarrebruck, il conserve une activité politique intense. Ardent “ cédiste ”, il en appelle à la discipline du parti pour la ratification du traité de CED. Cette intransigeance lui sera par la suite reprochée quand ses positions sur la question algérienne le placeront en porte-à-faux avec la majorité socialiste. Acquis en effet, et de longue date, à une solution de type fédéral en Algérie, il se rallie en juillet 1956, au congrès de Lille, à la motion des minoritaires (motion Depreux-Verdier), très critique à l’égard de la politique algérienne de Guy Mollet. Il s’ensuit une marginalisation qu’accélère la parution de son livre Le Socialisme trahi (Plon, 1957), sévère réquisitoire des méthodes bureaucratiques imposées à la SFIO par son secrétaire général. Son indiscipline lui vaut d’être exclu du parti le 25 janvier 1958. Cette exclusion suscite une vive émotion au sein de la minorité groupée autour de la revue Tribune du socialisme. Après le retour au pouvoir du général de Gaulle, André Philip adhère à l’Union des forces démocratiques (UFD), puis au PSA et enfin au PSU qu’il quitte en juillet 1962, une fois la guerre d’Algérie terminée. Il s’est rapproché, par la suite, du gaullisme, appelant à voter pour le général de Gaulle au second tour de l’élection présidentielle de 1965 et à voter oui au référendum de 1969. Professeur à la Faculté de Droit de Paris, il n’a cessé de militer, jusqu’à sa mort, pour la construction européenne et la cause du tiers monde.
Remarquable professeur, excellent orateur, affable et généreux, organisateur et administrateur plus discuté, André Philip est l’une des figures les plus originales du socialisme français, délibérément hostile à tout conformisme de parti. L’ouvrage de son fils Loïc Philip, André Philip, (Editions Beauchesne, 1988), en trace un portrait documenté et attachant.

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