Roger de Saivre

1908 - 1964

Informations générales
  • Né le 14 mai 1908 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 13 décembre 1964 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Anciens départements d'Algérie
Groupe
Centre républicain d'action paysanne et sociale et des démocrates indépendants

Biographies

Biographie de la IVe République

SAIVRE (Roger, Marie, Paul de)
Né le 14 mai 1908 à Paris (Seine)
Décédé le 13 décembre 1964 à Paris (Seine)

Député d'Oran de 1951 à 1955

Issu d'une famille de noblesse d'Empire, Roger de Saivre est né à Paris le 14 mai 1908 d'un père administrateur des Houillères du Tonkin. Il étudie le droit et fréquente l'Ecole libre des sciences politiques dont il sort en 1931, mais c'est vers le journalisme et le militantisme qu'inclinent très tôt ses préférences et son talent.
Personnage charismatique et connu de tous dans le Quartier latin, il est, en 1927, le principal fondateur des Phalanges universitaires des Jeunesses patriotes dont il devient le commissaire général. Il gagne rapidement la confiance de Pierre Taittinger qui lui laisse une totale liberté d'action au sein de la ligue. Cet étudiant turbulent et chahuteur est présenté par Paul Estèbe comme « un joyeux drille, célibataire, fort en gueule, amateur de bonne chère et de vins généreux et conteur d'histoires gaillardes ». L'influence exercée par Roger de Saivre sur les étudiants du Quartier latin en fait le fief des Phalanges qui y comptent plus de 2 000 membres en 1928. Le mensuel des Phalanges, Les étudiants de France, que ce dernier dirige, tire alors à 10 000 exemplaires. Il y développe une rhétorique d'un antiparlementarisme bon teint et une ligne de nationalisme intégral.
En 1932, il se tourne définitivement vers le journalisme et la politique. Il devient rédacteur en chef du National, l'hebdomadaire des Jeunesses patriotes, et devient responsable de la propagande au sein de la ligue. Avec Pierre Taittinger, Louis Jacquinot et René Richard, il est l'un des théoriciens de la Révolution nationale, lancée dès 1933 et officialisée en 1934, notamment par la « Charte révolutionnaire de la Jeunesse », laquelle doit consacrer «toute son ardeur et tout son courage, sa vie même, sous le signe de la Révolution nationale pour et par la France». Roger de Saivre est également l'instigateur de l'Alliance universitaire européenne et l'un des signataires du Plan du 9 juillet 1934, rédigé sous l'impulsion de Jules Romains et Jean Coutrot.
Rallié dans un premier temps au camp des pacifistes de droite, il condamne fermement les coups de force d’Hitler et se pose en adversaire résolu du nazisme. Il quitte, en mars 1939, l'Action mondiale de la Jeunesse contre le communisme, une organisation confidentielle patronnée par les pays signataires du pacte antikomintern où il a représenté les Jeunesses patriotes en 1937.
Mobilisé en 1939 comme aspirant d'infanterie coloniale, il est fait prisonnier, puis rapatrié pour raisons de santé. Il rallie Vichy et fonde avec Henri Pugibet une organisation de jeunesse, la Jeunesse de France et d'Outre-mer, en octobre 1940. Ce mouvement entend mener une action révolutionnaire fondée sur une rhétorique et une geste franchement activistes, autoritaires, xénophobes, antisémites et anticommunistes.
A la demande d'Henry du Moulin de Labarthète, Roger de Saivre intègre le cabinet civil du maréchal Pétain en qualité de chef adjoint, au mois de juillet 1941. Il s'y occupe plus particulièrement de l'action politique et des questions relatives à la jeunesse. Auprès du chef de l'Etat français, il incarne fidèlement les orientations de la Révolution nationale. Sur ordre des Allemands qui le jugent trop «pétainiste», il est chassé du cabinet civil en décembre 1942, pour avoir notamment protesté contre l'invasion de la zone non occupée, le mois précédent. Il essaie alors de gagner l'Espagne avec le prince Napoléon. Mais il est arrêté par les Allemands le 24 décembre, interné au fort du Hâ, puis à Fresnes, et finalement déporté en avril 1943 vers Dachau. Il n’est libéré qu'au moment de la victoire alliée, en mai 1945.
Roger de Saivre n'est guère inquiété par l'épuration à la Libération, mais renonce provisoirement à la politique. Il entre quelque temps dans les affaires, sans rompre pour autant avec les milieux vichystes, fort affaiblis au lendemain de la guerre.
Il s'engage rapidement dans le combat pour la libération et la révision du procès du maréchal Pétain. Dès 1948, il se porte candidat à l'Assemblée algérienne et rassemble près de 20 % des suffrages des électeurs du premier collège d'Oran avec pour seul slogan « Voter de Saivre, c'est voter Pétain ».
Au début de 1951, il rejoint l'entreprise électorale engagée par son cousin Jacques Isomi en faveur de l'ancien chef de l'État français. Il participe à la fondation de l'Union des nationaux indépendants et républicains, l'UNIR, dont il devient le secrétaire général. Il dote pour la circonstance la nouvelle formation politique de deux publications, Unir et Contre dont il assure la rédaction. Il contribue activement, par ailleurs, à la création de l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain, l'ADMP, qui réunit les gardiens du temple maréchaliste. Il est également l'un des animateurs actifs de l'Union des intellectuels indépendants, principale tribune du « syndicat de l'esprit » des épurés et de l'opposition nationale.
Candidat dans la circonscription d'Oran, aux élections du 17 juin 1951, Roger de Saivre ne fait guère mystère du sens de sa démarche électorale. Malgré l'apolitisme proclamé, il ne se présente que pour faire entendre la voix de Vichy à l'Assemblée. Il s'agit d'obtenir « la révision du procès du maréchal Pétain et sa réhabilitation, la réparation du préjudice moral et matériel causé à tous les Français condamnés injustement par les tribunaux d'exception ». Ce programme des plus rudimentaires rencontre néanmoins un succès certain puisqu'au terme d'une campagne agitée, sa liste a rassemblé 23 210 des 134 136 suffrages exprimés, soit 17,3 % des voix. Roger de Saivre fait ainsi son entrée au Palais Bourbon avec quatre autres partisans du maréchal Pétain : Jacques Isorni, Paul Estèbe, Jacques Le Roy Ladurie et Georges Loustaunau-Lacau.
Une fois son élection validée, le 6 juillet 1951, il intègre la commission de la marine marchande et des pêches. Il y siège durant la première année de la législature (1951-1952). Il appartient, par la suite, à celles des boissons (1952-1955), puis de l'intérieur (1953-1955) dont il est élu secrétaire en 1954 et 1955. Il a également été nommé membre suppléant de la commission des indemnités parlementaires (1952-1953) et représenté l'Assemblée nationale à la commission supérieure du Crédit maritime mutuel en 1951. A deux reprises, en 1954 et 1955, il est désigné par l’Assemblée nationale pour représenter la France à l’Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Insuffisamment nombreux pour espérer constituer un groupe, ses amis et lui choisissent d'emblée de s'apparenter au groupe des indépendants.
Durant son mandat, Roger de Saivre dépose cinq propositions de loi et cinq propositions de résolution et intervient en séance publique à vingt-et-une reprises, s’affirmant ainsi comme un parlementaire relativement actif. Il s’intéresse à des sujets aussi divers que la marine marchande, les nuisances sonores, la promotion des parlementaires dans l'ordre de la Légion d'honneur, la lutte contre la crise viticole ou les baux commerciaux, mais son activité ressortit prioritairement aux problèmes militaires et coloniaux. Le 7 août 1951, il réclame l'octroi d'un sursis à l'appel des réservistes agricoles en Afrique du Nord jusqu’au 1er novembre suivant. Il souhaite la création d'une commission d'enquête dans les pays de la Ligue arabe ayant porté plainte contre la France, dans une proposition de résolution déposée le 5 janvier 1952. Il prend la défense des combattants de Diên Biên Phu qu'il désire voir récompensés pour leur bravoure (6 mai 1954) et intervient régulièrement en faveur d'une réévaluation des pensions militaires. Sa proposition de loi du 14 décembre 1954 en fait foi. Le 18 février 1955, il signe une proposition de résolution demandant au gouvernement la reconstruction du monument Mangin détruit à Paris par les Allemands en 1940. Il prend à l'occasion la défense des « victimes » de l'épuration auxquelles il souhaite voir étendue la législation sur les dommages de guerre (21 décembre 1953). S'agissant des questions coloniales, il est intervenu aussi bien sur la guerre d'Indochine (4 juin 1953, 6 mai 1954) que sur la dégradation de la situation des deux protectorats nord-africains (20 février 1953, 27 août, 12 novembre et 9 décembre 1954) et bien entendu sur les débuts de la guerre d'Algérie (9 et 12 novembre 1954, 21 janvier, 2 février et 6 octobre 1955). La fréquence de ses interventions n'a d'égale que la constance des opinions qu'il défend. Inlassablement, il se fait le chantre des partisans du maintien de l'Empire colonial français dans toute son intégrité.
Sa grande affaire demeure cependant la lutte contre les excès qu'il impute à l'épuration, en faveur de l'amnistie et pour la réhabilitation de la mémoire du maréchal Pétain décédé peu après son accession à la fonction parlementaire. Il est ainsi l'un de ceux qui prirent longuement la parole lors du débat sur la seconde proposition de loi portant amnistie en juillet 1952. Il intervient aux côtés de Jacques Isorni tout au long de la discussion (11 juillet, 21 et 28 octobre, 25 et 28 novembre 1952 et 10 mars 1953) et finit par s'abstenir lors de la mise aux voix du second texte qu'il juge insuffisamment clément à l'endroit des épurés.
Ses votes témoignent d'un positionnement à droite de l’hémicycle. Il vote les lois Marie et Barangé (21 septembre 1951), le projet de Communauté européenne du charbon et de l’acier (13 décembre 1951), rejette le cessez-le-feu en Indochine (9 mars 1954), s'oppose aux accords de Genève (23 juillet 1954), vote contre la motion Aumeran, c'est-à-dire en faveur de la Communauté européenne de défense (30 août 1954). Il s'abstient sur la ratification des accords de Londres (12 octobre 1954), soutient l'entrée de la RFA dans l'OTAN (29 décembre 1954) et la proclamation de l'état d'urgence en Algérie (31 mars 1955).
Il accorde sa confiance à Edgar Faure (17 janvier 1952), mais s'abstient lors de sa chute un mois plus tard. Il vote l'investiture d'Antoine Pinay (6 mars 1952), celle de Joseph Laniel (26 juin 1953) qu'il continue de soutenir au moment de son renvoi (12 juin 1954), celle de Pierre Mendès France (17 juin 1954) dont il participe à la chute (4 février 1955). Il soutient enfin de son vote l'investiture d'Edgar Faure (23 février 1955), y compris lors de sa chute (29 novembre 1955).
Placé dans l'impossibilité de se représenter à Oran, faute d'élections en Algérie en janvier 1956, Roger de Saivre s'engage comme officier de réserve pour participer à la guerre d'Algérie. Il rentre à Paris en 1958, puis gagne Barcelone où il se met en vain à la disposition du Comité de salut public et du général Salan, au lendemain du 13 mai 1958. Il s’est agi là du dernier acte politique significatif de Roger de Saivre, qui meurt le 13 décembre 1964 des suites d'une longue maladie.