Raymond, Antoine Schmittlein

1904 - 1974

Informations générales
  • Né le 19 juin 1904 à Roubaix (Nord - France)
  • Décédé le 24 septembre 1974 à Colmar (Haut-Rhin - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Territoire-de-Belfort
Groupe
Rassemblement du peuple français
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Territoire-de-Belfort
Groupe
Union pour la nouvelle République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Territoire-de-Belfort
Groupe
Union pour la nouvelle République-UDT

Biographies

SCHMITTLEIN (Raymond, Antoine)
Né le 19 juin 1901 à Roubaix (Nord)
Décédé le 24 septembre 1974 à Colmar (Haut-Rhin)

Député du Territoire-de-Belfort de 1951 à 1955
Secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil, chargé des relations avec les Etats associés du 28 juin 1953 au 19 juin 1954
Ministre de la marine marchande du 20 janvier au 23 février 1955

Né dans le nord de la France, Raymond Schmittlein est issu d'une famille d'Alsaciens ayant émigré en 1871. Orphelin à l'âge de dix ans, il peut cependant mener, grâce à un prêt d'honneur, de brillantes études supérieures à la Sorbonne jusqu'à l'agrégation de lettres. Il enseigne au lycée Lakanal (1930-1932) et au lycée de Chartres (1932-1934), puis part en Lituanie où il est chargé de cours à l'Université de Kaunas, entre 1934 et 1938, avant de devenir directeur de l'Institut français de Riga (1938-1939). C'est à cette époque qu'il commence une série de publications historiques ou littéraires dont plusieurs ouvrages consacrés à l'histoire ou à la toponymie de la Lituanie.
Mobilisé quand la guerre éclate, il participe à la campagne de Norvège en tant que capitaine d'infanterie, puis s'engage dans les Forces françaises libres (FFL) et participe aux opérations de Libye et de Syrie en 1941. L'année suivante, devenu commandant, attaché au cabinet du général Catroux, il est chargé d'une mission diplomatique en URSS au moment où s'établissent les liens entre Soviétiques et Alliés. Il reçoit à Moscou la reconnaissance de la France libre par le Kremlin, la libération des prisonniers alsaciens et lorrains enrôlés dans la Wehrmacht et la reconnaissance officielle en 1943 du Comité de Libération nationale d'Alger. Attaché au cabinet du général de Gaulle à Alger (1943-1944), promu lieutenant-colonel, il participe aux campagnes d'Italie, de France et d'Allemagne ainsi qu'à la libération de Belfort. Son brillant parcours pendant la guerre lui vaut la Légion d'honneur, la croix de guerre avec cinq citations, la croix des théâtres d’opération extérieurs (TOE), la médaille de la Résistance et la croix de guerre polonaise.
A la Libération, il est nommé inspecteur général de l'éducation nationale pour l'enseignement du français à l'étranger et devient directeur général des affaires culturelles du Haut-commissariat français en Allemagne occupée (1945-1951).
Raymond Schmittlein adhère avec ferveur au Rassemblement du peuple français (RPF) dès sa création et siège au Conseil national du mouvement gaulliste dès 1949. Mais c'est en 1951 que commence sa carrière politique. Il conduit alors la liste du Rassemblement du peuple français (RPF) dans le Territoire de Belfort, avec pour profession, celle de « fonctionnaire des territoires occupés ». Sa liste attire 11 674 voix sur 40 269 suffrages exprimés (29%) ; il est élu député sans n’avoir jamais exercé d'autre mandat. L'implantation belfortaine est consolidée en 1953, puis 1955, quand Raymond Schmittlein se fait élire respectivement conseiller municipal, puis conseiller général de Belfort. Mais elle ne dure pas, car aux victoires succèdent les défaites : Raymond Schmittlein est battu aux élections législatives de 1956, lors desquelles il n’obtient que 20,5% des voix, puis aux élections municipales de 1959 et aux cantonales de 1961.
A l'Assemblée nationale, Raymond Schmittlein, bientôt vice-président du groupe parlementaire RPF, siège dans trois commissions : celle des moyens de communication et du tourisme (1953-1954), de la défense nationale (1954-1955) et surtout, celle de l'éducation nationale (1951-1955) qu'il préside en 1955. Le 19 mars 1954, il est nommé membre de la sous-commission chargée de suivre et d’apprécier la gestion des entreprises nationalisées et des sociétés d’économie mixte. Il dépose trois propositions de loi, une proposition de résolution, trois avis et trois rapports sur des textes d’origine parlementaire. Comme député, il intervient à trente-quatre reprises en séance publique, en défendant dix-huit amendements, deux amendements indicatifs et une motion préjudicielle. Il dépose quatre demandes d’interpellation, deux articles additionnels et fait un rappel au règlement. A cinq reprises au cours de la législature, il est rapporteur pour avis. La majorité des interventions et propositions du député de Belfort touche l'enseignement : c'est d'ailleurs souvent au nom de la commission de l'éducation nationale qu'il prend la parole. Mais cela n'exclut pas d'autres centres d’intérêts. Ainsi, en 1952, il préconise une politique pour protéger l'industrie cotonnière - forte dans l'Est - de la concurrence étrangère ; en 1954 et 1955, il intervient à plusieurs reprises sur les affaires algérienne et tunisienne, pour une approbation mitigée de la politique mendésiste, mettant en garde contre la « conjuration étrangère » à l'oeuvre en Afrique du Nord depuis 1945, appelant à prendre en compte l'inquiétude des Français, tout en soulignant le respect de la liberté du peuple tunisien. Il se montre un vigoureux adversaire de la Communauté européenne de défense (CED). Parmi les autres engagements de Raymond Schmittlein figure son action en faveur d'un resserrement des liens entre la France et Israël, action menée notamment en présidant le groupe d'amitié France-Israël à l'Assemblée.
Au Palais-Bourbon, Raymond Schmittlein approuve la loi Barangé (10 septembre 1951), vote contre la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA, 11 décembre 1951), s'abstient lors du vote d'investiture d’Antoine Pinay (6 mars 1952), vote l'investiture du gouvernement de Pierre Mendès France (17 juin 1954), contre la Communauté européenne de Défense (30 août 1954). Il donne sa confiance au gouvernement Mendès France, le 5 février 1955.
Durant son mandat de député, Raymond Schmittlein effectue deux brefs passages au gouvernement. Nommé secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil, il est chargé des relations avec les Etats associés, dans le cabinet Laniel, du 31 mai 1954 au 1er juin 1954. Désavoué par son groupe, le 1er juin 1954, il démissionne le lendemain. Appelé par Mendès France au ministère de la marine marchande le 20 janvier 1955, il n'a pas le temps d'agir, puisque le cabinet chute moins de trois semaines plus tard. Raymond Schmittlein n’est ministre que jusqu’au 23 février 1955. Ses deux courtes expériences ministérielles ne lui permettent pas de prendre la parole au Palais-Bourbon, ès qualités. Il fait partie de ces gaullistes qui poursuivent leur action politique au sein du nouveau parti créé, le Centre national des Républicains sociaux, après la mise en sommeil du Rassemblement du peuple français (RPF). Le député du Territoire-de-Belfort siège au comité directeur de ce nouveau mouvement. En mars 1955, il préside le groupe des Républicains sociaux au Palais-Bourbon. Durant les années 1956-1958, il est le responsable et l'animateur des républicains sociaux du Territoire-de-Belfort.
La Cinquième République, dans le contexte de la vague gaulliste de 1958, lui permet de retrouver son siège de député qu'il conserve en 1962, avant de le perdre à nouveau en 1967, battu par Maurice Dreyfus-Schmidt. Le député de Belfort est élu membre du comité central du nouveau mouvement gaulliste, l'Union pour la Nouvelle République (UNR), en novembre 1959. De 1960 à 1962, il préside le groupe UNR à l'Assemblée. Durant la deuxième législature de la Cinquième République, entre le 6 décembre 1962 et le 1er avril 1965, Schmittlein est vice-président de l'Assemblée nationale. Devenu membre du Conseil économique et social après sa défaite électorale de 1967, mais déjà atteint par la maladie, il ne se représente pas en 1968. L'accession de Georges Pompidou à l'Elysée amène Raymond Schmittlein, proche du gaullisme de gauche - il avait siégé dans les instances dirigeantes du Mouvement pour la communauté en 1961-, à prendre ses distances avec l'UDR. La mort du général de Gaulle affecte celui qui fait figure de « bastion du gaullisme » en Territoire-de-Belfort. Raymond Schmittlein, pour marquer la fin d'une époque, arrête la publication du Courrier de Belfort qu'il a fondé et dirigé depuis 1951. En juin 1969, il participe, avec Raymond Capitant, au conseil national du Front du Progrès. Puis il quitte complètement la famille gaulliste pour adhérer en janvier 1973 au Mouvement réformateur. C'est sous cette étiquette qu'il se lance dans son dernier - et vain - combat électoral en se présentant aux élections législatives de 1973, loin de Belfort, dans la deuxième circonscription des Alpes-de-Haute-Provence.
Victime d'une hémorragie cérébrale, Raymond Schmittlein est décédé à l'hôpital de Colmar le 24 septembre 1974 et inhumé dans la commune de Felon (Territoire-de-Belfort).
Il laisse une œuvre historique et littéraire conséquente dont Napoléon et la Lituanie (1937), L’Armée lituanienne au temps de Napoléon (1938), Etude sur la nationalité des Aestii (1948), Lokis, la dernière nouvelle de Prosper Mérimée (1949), Circonstances et cause de la mort du Christ (1950), Nationales 83 (1951), Le Siège de Mayence (3 volumes, 1951-1961), L’Aspect politique du différent Bossuet-Fénelon (1953), La Première campagne de César contre les Germains (1956), Facteurs politiques et sociaux de l’évangélisation de la Lituanie (1959), L’Anthroponymie germanique dans la toponymie française (1962), Les noms d’eau de la Lituanie (1963), Mythe et religion des Baltes (1964), Belfort, capitale de l’Etat de Vichy (1965), Avec César en Gaule (1971).

SCHMITTLEIN (Raymond)
Né le 19 juin 1904 à Roubaix (Nord).
Décédé le 24 septembre 1974 à Colmar (Haut-Rhin).

Député du Territoire-de-Belfort de 1958 à 1967

Le retour au scrutin d’arrondissement pour les élections de novembre permet le découpage du petit département du Territoire-de-Belfort en deux circonscriptions. C’est dans la première, moins favorable aux gaullistes a priori, que Raymond Schmittlein, conseiller municipal de Belfort et éphémère ministre sous la IVe République, choisit de poser sa candidature, sous l’égide de l’Union pour la Nouvelle République. Il se présente comme un gaulliste de la fidélité, rappelle son opposition au « système pourri qui a failli mener la France à la ruine » et compare ses adversaires à des « termites » déterminés à anéantir l’œuvre de reconstruction nationale. Raymond Schmittlein affronte cinq autres candidats au premier tour, parmi lesquels Pierre Dreyfus-Schmidt, député-maire radical-socialiste de Belfort, et le MRP Paul Grison. L’ancien député RPF arrive en tête devant le candidat démocrate-chrétien le 18 novembre 1958, avec 7037 voix, soit 27,8% des suffrages exprimés. Il est facilement élu (67,6%) au second tour face au seul maire de Belfort, qui peine à rassembler l’ensemble des voix de gauche.
Ancien président du groupe des Républicains sociaux à l’Assemblée nationale (mars- décembre 1955), Raymond Schmittlein dispose d’une certaine autorité chez les députés de l’UNR, dont une partie est issue du gaullisme de la IVe République. L’ancien secrétaire d’Etat de Pierre Mendès France est choisi par ses collègues pour siéger à la Commission de la Défense (janvier 1959-octobre 1960), puis à la Commission des Lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République (octobre 1960 ; avril-septembre 1962). Le 18 juillet 1960, il dépose avec quatre collègues une proposition de loi étendant la possibilité des délégations de vote aux « obligations découlant de l’exercice du mandat, telles qu’elles seront appréciables par décision des bureaux des assemblées ».
Lorsque Louis Terrenoire est nommé ministre de l’Information en octobre 1960, le député du Territoire-de-Belfort lui succède à la Présidence du groupe UNR à l’Assemblée nationale. Comme son prédécesseur, il y milite en faveur du resserrement des liens avec l’état d’Israël. Il se prononce également en faveur de la reconnaissance de la RDA par la France : Ratmons Schmittlein avait déjà illustré son souci du dialogue Est-Ouest en assumant la présidence de l’Association France-URSS en 1957.
Les interventions de Raymond Schmittlein au cours de la première législature concernent essentiellement trois domaines : les problèmes agricoles ; la défense nationale, considérée sous l’aspect des opérations de maintien de l’ordre en Algérie et de l’arme atomique ; enfin la question des institutions, où l’élu belfortain défend vigoureusement la Constitution de la Ve République contre les nostalgiques du parlementarisme. Il dénonce la collusion de la gauche et des partisans de l’Algérie française à l’occasion de la motion de censure examinée le 15 décembre 1961, en estimant qu’«on ne peut à la fois contester au Gouvernement le droit d’agir contre les mutins et en même temps l’accuser de ne rien faire contre eux ». Garant de l’unité d’un groupe UNR qui s’est beaucoup déchiré au début de la législature, Raymond Schmittlein dénonce violemment les attentats de l’OAS contre les familles de certains élus gaullistes au cours de la même séance. Le député du Territoire de Belfort voit dans l’action de l’OAS « une tentative de restauration fasciste, pour ne pas dire nazie ».
Il n’hésite pas à se positionner comme un « gaulliste de gauche » dès le début des années 1960, à l’instar de Louis Vallon ou René Capitant. Le député du Territoire de Belfort dépose ainsi une proposition de loi relative à l’association et à l’intéressement des travailleurs dans l’entreprise, obtenant que l’ensemble des élus UNR s’y associent (25 avril 1962).
Membre, comme son collègue André Fanton, du Bureau national du Mouvement pour la Communauté, fondé en juillet 1959 par d’anciens jeunes du RPF (Jacques Dauer), Raymond Schmittlein redoute une interprétation trop étroitement « conservatrice » du gaullisme. Candidat au renouvellement de son mandat en novembre 1962, il insiste sur les efforts réalisés par la majorité sortante en matière de logement, d’équipement éducatif et de solidarité (remboursement des frais médicaux à hauteur de 80% par la Sécurité sociale, augmentation des allocations familiales). La ville de Belfort ayant approuvé à 73% l’élection du président au suffrage universel direct le 28 octobre 1962, Raymond Schmittlein apparaît en situation favorable, malgré ses défaites aux élections municipales (1959) et cantonales (1961) à Belfort. Le sortant manque la réélection au premier tour de 332 voix le 18 novembre 1962 : il rassemble 48,5% des suffrages exprimés. Le maintien du candidat MRP au second tour ne compromet pas la victoire de Raymond Schmittlein, qui devance largement (56,3%) son éternel adversaire Pierre Dreyfus-Schmidt (32,5%).
Le député du Territoire-de-Belfort retrouve alors la Commission de la défense nationale et des forces armées, où il siège jusqu’en 1967. Ses amis gaullistes le désignent pour seconder Jacques Chaban-Delmas comme Vice-président de l’Assemblée nationale en 1963 et 1964. L’ancien président du groupe UNR préside les séances publiques de l’Assemblée nationale à cinquante et une reprises. Au cours de la seconde législature, les interventions du député Schmittlein dans l’hémicycle portent presque exclusivement sur les questions éducatives. Au nom des nécessités de la « promotion populaire » et d’une «technique toujours plus insatiable» en connaissances humaines, l’Inspecteur général de l’Education nationale qu’est Raymond Schmittlein plaide pour une sélection différée, qui permette à un plus grand nombre de jeunes gens d’accéder aux études supérieures. C’est dans cet esprit qu’il défend vigoureusement la prolongation à seize ans de la scolarité obligatoire (20 juin 1963).
Spécialiste de la culture des pays baltes, docteur honoris causa de l’Université de Mayence et agrégé de l’Université française, Raymond Schmittlein ne répugne pas, dans ses interventions à l’Assemblée nationale, à user de vastes mises en perspective historiques, pas plus que de références littéraires. L’exercice de son mandat parlementaire ne l’empêche pas de continuer à publier des ouvrages savants dans les premières années de la Ve République, comme Facteurs politiques et sociaux de la Lituanie en 1959 ou des études sur L’anthroponymie germanique dans la toponymie française (1962) et Mythe et religion chez les Baltes (1964). Le député du Territoire de Belfort se veut humaniste plutôt que conservateur, ce qui le distingue de certains de ses collègues gaullistes.
Quand son ami Paul Coste-Floret, ancien procureur-adjoint au Tribunal de Nuremberg, dépose une proposition de loi tendant à rendre non prescriptible le génocide et les crimes contre l’humanité, Raymond Schmittlein s’y associe et argumente en faveur du texte à la tribune de l’Assemblée nationale le 16 décembre 1964. Il évoque avec émotion les victimes de la solution finale. « Les millions d’hommes, de femmes, d’enfants innocents ainsi exterminés, n’ont même pas eu la consolation de mourir pour une patrie, les armes à la main. Sans être coupables, ils ont été arrêtés, déportés, massacrés en haine de l’humanité, en haine d’une race, parce qu’ils étaient juifs ou tziganes, ou parce qu’ils appartenaient à une population slave et qu’on les considérait comme des sous-hommes. C’est le crime le plus abominable ! » Le député du Territoire-de-Belfort, président du groupe d’amitié France-Israël, imagine devant ses collègues les conséquences d’un maintien de la prescription pour ces crimes d’une cruauté nonpareille. « Combien de dizaines de milliers de criminels de guerre, coupables de crimes contre l’humanité, sortiront de la clandestinité le 8 mai 1965, en soutenant qu’ils n’ont péché contre personne, que leurs mains sont blanches, qu’ils sont acquittés et continueront à mener leur vie non point dans la crainte et en se cachant –comme ils le font aujourd’hui- mais au vu et au su de tous ? Mesdames et Messieurs, attendez-vous à lie dans certains grands quotidiens et quelques publications à grand tirage des titres de ce genre : « Comment j’ai fait disparaître les tziganes à tel endroit », « Comment j’ai gazé huit cents juifs à tel moment », « Comment j’ai supprimé au four crématoire ou à la chambre à gaz tant de milliers de prisonniers français ». Est-ce cela que vous voulez ? Une telle éventualité est inadmissible ». Le 26 décembre 1964, l’Assemblée nationale décide de rendre imprescriptibles les crimes contre de l’humanité, au sens où ils sont entendus par la résolution des Nations unies du 13 février 1946.
Les votes de Raymond Schmittlein sous la seconde législature demeurent conformes à ceux du groupe gaulliste. Ayant rejoint le Front du Progrès, créé par certains gaullistes de gauche en avril 1964, Schmittlein se trouve dès lors marginalisé au sein de la formation gaulliste à l’Assemblée nationale. Attaché à la participation et à la dimension progressiste du gaullisme, il en désapprouve discrètement l’évolution vers une droite plus classique sous l’influence du Premier ministre Georges Pompidou.
Si Raymond Schmittlein est très respecté au Palais-Bourbon pour sa culture et son passé dans la France Libre, il ne retrouve pas le chemin des ministères sous la Ve République. On sait que de Gaulle tint rigueur à certains membres des Républicains sociaux, comme le général Koenig, d’avoir figuré dans les gouvernements de la IVe République. Jacques Chaban-Delmas et Christian Fouchet eux-mêmes se virent reprocher d’être « allé à la soupe ». Raymond Schmittlein en reste donc à sa brève expérience ministérielle de la IVe République : il aura été secrétaire d’Etat à deux reprises, la première fois pour quelques jours, la seconde pour quelques semaines… Le portrait que dresse de lui Edgar Faure dans ses mémoires pèche par excès de sévérité : l’ancien président du Conseil dépeint le Raymond Schmittlein de la IVe République comme un être possédé par l’ambition d’être ministre à tout prix. Le député de Belfort demeure cependant fidèle à une certaine idée du gaullisme tout au long de son existence.
Arrivé en tête du premier tour aux élections législatives de mars 1967 (40,2% des suffrages exprimés), l’ancien secrétaire d’Etat de Pierre Mendès France est victime au second de la mobilisation de l’électorat de gauche (+10.3% de participation par rapport au second tour de novembre 1962). Il paye également son manque d’implantation locale, faute d’avoir réussi à se faire élire maire de Belfort ou conseiller général. A l’issue d’une campagne très dynamique, Michel Dreyfus-Schmidt, fils de l’ancien adversaire de Raymond Schmittlein –décédé en 1964- l’emporte avec 52,2% des suffrages exprimés au second tour. Nommé membre du Conseil économique et social peu après sa défaite, Raymond Schmittlein est choisi comme maire de la petite commune belfortaine de Felon en 1968. Il en demeure le premier magistrat jusqu’en 1971. Les déclarations du général de Gaulle lors de la conférence de presse du 27 novembre 1967 désolent en Raymond Schmittlein l’ami d’Israël : mais il conserve intacte son admiration pour le Chef de l’Etat.
L’ancien député renonce à se présenter aux élections législatives de juin 1968, laissant le bâtonnier du barreau de Belfort André Tisserand l’emporter dans la première circonscription avec le soutien des gaullistes, des Indépendants et des démocrates-chrétiens. Très diminué par la maladie, Raymond Schmittlein suspend à cette époque la parution du Courrier de Belfort, fondé à l’époque du RPF.
L’ancien parlementaire, devenu président de la Fédération nationale de sauvetage en 1970, ne se désintéresse pas cependant de la vie publique au profit du monde associatif. Il entend faire connaître qu’il réprouve la politique menée par Georges Pompidou, élu chef de l’Etat en 1969. Or, si l’Union démocratique du Travail entre dans l’opposition dès avril 1969, le Front du Progrès soutient officiellement le successeur de De Gaulle jusqu’en 1974. Raymond Schmittlein siège au Conseil national du Front du Progrès en juin 1969 mais choisit de quitter cette formation peu après. Il adhère au Mouvement réformateur de Jean-Jacques Servan-Schreiber en janvier 1973. C’est sous cette étiquette qu’il se présente dans la deuxième circonscription des Alpes-de-Haute-Provence aux élections législatives de 1973 : le département n’avait-il pas élu un Belfortain d’origine en la personne de Marcel-Edmond Naegelen sous la IVe République ? L’ancien député gaulliste n’y obtient cependant que 1799 voix au premier tour (7,2% des suffrages exprimés), contre 8677 au sortant socialiste Claude Delorme, qui sera réélu.
C’est en Alsace que Raymond Schmittlein, ancien officier des campagnes d’Italie, de France et d’Allemagne, décède à l’âge de 70 ans, victime d’une hémorragie cérébrale. Il est inhumé dans le petit village de Felon (Territoire de Belfort).

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