Norbert Ségard

1922 - 1981

Informations générales
  • Né le 3 octobre 1922 à Aniche (Nord - France)
  • Décédé le 1er février 1981 à Lille (Nord - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 11 mars 1973 au 2 avril 1978
Département
Nord
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 2 avril 1978 au 5 mai 1978
Département
Nord

Biographies

Biographie de la Ve République

SEGARD (Norbert)
Né le 3 octobre 1922 à Aniche (Nord)
Décédé le 1er février 1981 à Lille (Nord)

Député du Nord de1973 à 1974 et en 1978
Secrétaire d’Etat au commerce extérieur du 18 juin 1974 au 30 janvier 1975
Ministre du commerce extérieur du 31 janvier 1975 au 12 janvier 1976
Secrétaire d’Etat aux postes et télécommunications du 12 janvier 1976 au 5 novembre 1980
Ministre délégué auprès du Premier ministre du 5 novembre 1980 au 1er février 1981

Le nom de Norbert Ségard restera attaché à l’expansion du téléphone et des nouvelles technologies dans la France des années 1970. Père de la télématique française, il aura été le ministre du Téléphone.
Né le 3 octobre 1922 à Aniche (Nord), d’un père directeur commercial des verreries de la ville, et d’une mère institutrice de l’enseignement privé, il mène de brillantes études scientifiques, après un baccalauréat littéraire obtenu au lycée Notre-Dame-de-Grâce, à Cambrai. Licencié en Sciences et en Mathématiques, il poursuit sa formation à la faculté libre des sciences de Lille, en obtenant un diplôme d’études supérieures (D.E.S.) en sciences physiques, puis un doctorat dans la même discipline. Réfractaire du Service du Travail obligatoire (S.T.O.), président des étudiants de l’Institut catholique de Lille, de 1940 à 1942, il devient professeur de physique à partir de 1954, dans cet établissement de l’enseignement supérieur privé, avant d’en être aussi le doyen, à partir de 1963. Il enseigne également à la faculté libre des sciences de Paris, à compter de 1956. Professeur réputé et reconnu pour ses méthodes d’enseignement, Norbert Ségard déploie une activité universitaire importante, montrant par là que l’acteur politique qu’il deviendra à 50 ans passés, fut d’abord un physicien de renom, à partir d’activités scientifiques commencées en 1945. Dès 1956, il fonde et dirige l’Institut supérieur d’électronique du Nord (I.S.E.N.) ; il en fait de même avec le laboratoire d’électronique et d’automatique du Nord, en 1960, puis avec l’Institut d’Economie d’Entreprise et de formation sociale pour les ingénieurs, l’année d’après. En 1963, enfin, il crée l’Institut supérieur d’Agriculture (I.S.A.). En quelques années, il est le délégué général d’un très grand nombre d’écoles d’ingénieurs, à l’instar des ingénieurs (civils, électriciens, chimistes) des hautes études industrielles et, depuis 1964, des ingénieurs de l’Institut technique roubasien. Son grand œuvre aura été le regroupement dans un « polytechnium » - appelé GEFIRM - dont il est également le délégué général, de l’ensemble des grandes écoles d’ingénieurs et de cadres nées autour des facultés catholiques lilloises. De surcroît, à partir de 1962, il préside l’Association française pour le contrôle industriel de la qualité. A la tête de la société des électriciens et des radio-électroniciens (S.E.E.) du Nord, comme du Conseil de la société scientifique de Bruxelles, dans la revue de laquelle il écrit de nombreux articles, il est membre de l’American Physical Society, et vice-président de l’Union régionale des groupements d’ingénieurs. L’Académie des sciences lui commandera plusieurs notes ; un grand nombre de journaux scientifiques publiera ses articles. Ces multiples activités lui valent d’appartenir, à partir de 1967, au Conseil supérieur de l’éducation nationale, au Conseil de l’enseignement général et technique et au Conseil de l’enseignement technique supérieur. A partir de 1968, et jusqu’au 13 janvier 1975, il est membre de la section permanente du Conseil supérieur de l’Education nationale.
Sa notoriété dans l’enseignement supérieur et parmi les scientifiques expliquent sa venue à la politique, somme toute assez tardive. C’est dans son département natal, où il exerce l’essentiel de sa carrière professionnelle, que Norbert Ségard s’engage. A la suite de l’échec du ministre François-Xavier Ortoli à conquérir la mairie de Lille, le Président Pompidou fait appel à lui. Norbert Ségard ne dispose d’aucun mandat électif, et ne tire de légitimité dans le monde des décideurs politiques du Nord que de son appartenance à la commission de développement économique régional du département, à partir de 1970. Cependant, dès le départ, sa carrière politique connaît une progression très rapide. Candidat de l’Union des républicains pour le progrès (U.R.P.), aux élections législatives dans la première circonscription du Nord, il est largement en tête du premier tour, avec 38% des suffrages exprimés ; il est vainqueur du scrutin, le 11 mars 1973, avec 60% des voix, secondé par son suppléant, le négociant et conseiller général, Robert Valbrun. L’activité parlementaire de Norbert Ségard est aussi courte que sa carrière ministérielle est longue et riche. En effet, il ne reste député qu’une année, avant son entrée au gouvernement en 1974. Démocrate-chrétien avant tout, mais proche des gaullistes, il ne fait que s’apparenter au groupe de l’U.D.R., et rejoint la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Comme député, il ne dépose qu’un avis, au nom de la commission à laquelle il appartient, sur le projet de loi de finances pour 1974, au titre de l’Education nationale. Durant cette année passée au Palais-Bourbon, il intervient à trois reprises en séance, sur les questions liées à la formation et à l’éducation. Il prend part à la discussion sur les orientations de la politique de l’éducation nationale, en soulignant le rôle des éducateurs. Dans la discussion du budget du même ministère, le 13 novembre 1973, il insiste sur le recrutement des jeunes chercheurs, en souhaitant qu’un statut à temps complet leur soit octroyé. Par ailleurs, profondément catholique, professeur de l’enseignement libre, Norbert Ségard a mis « la croix au sommet de sa vie », selon l’expression de son collègue et ami Maurice Schumann. C’est donc sans surprise qu’il accepte, dès son arrivée à l’Assemblée nationale, de présider l’association parlementaire pour la liberté de l’enseignement, jusqu’à son entrée au gouvernement, un an plus tard. A l’Assemblée nationale, le nouveau député du Nord a eu le temps de marquer ses collègues, au cours de ses premiers mois de mandat, par ses prises de position et sa souplesse dans la discussion du projet de loi sur l’avortement. Il est en effet l’auteur du contre-projet faisant figurer la notion de « situation de détresse manifeste », contre-projet qui permet de rétablir l’unité de la majorité, et que le gouvernement Messmer, avant la disparition de Georges Pompidou, était prêt à accepter.
Sa carrière politique s’accélère véritablement, avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République. Le Premier ministre Jacques Chirac l’appelle dans son gouvernement, le 8 juin 1974, comme secrétaire d’Etat au commerce extérieur, poste crée pour lui. Elu quelques mois auparavant, en novembre 1973, membre du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, il représente, au comité central de l’U.D.R., le club politique « Démocrates Vème », présidé par Maurice Schumann, et animé par Marie-Madeleine Dienesch. Norbert Ségard ne ménagera pas sa peine dans ce ministère, qui devient de plein exercice en 1975, et qu’il conserve jusqu’en 1976. En deux ans, le ministre étudie tout, voyage énormément, n’hésitant pas à parcourir plus de 300 000 kilomètres et à visiter une quarantaine de pays. Il vend la technologie française à l’autre bout du monde, en bon VRP, et assure un redéploiement géographique des exportations du pays ; il est reconnu dans ses nouvelles fonctions pour les mêmes qualités qui ont fait de lui un professeur apprécié, en raison de son contact et de son écoute. « Le premier représentant de commerce de France », comme l’appellent les membres de son cabinet, participe au redressement anticipé de la balance commerciale française, résultat dû certes à la crise économique qui a entraîné une chute des importations, mais également à l’action du ministre. Dans la conjoncture de crise, consécutive au premier choc pétrolier, l’homme du quai Branly a su faire prendre conscience aux industriels de la nécessité des exportations. Pour ce faire, il n’a pas reculé devant les initiatives en matière de crédits, d’aide aux petites et moyennes entreprises, et de réforme du Centre français de commerce extérieur. Il nourrit ses interventions à l’Assemblée nationale, des discussions du comité de hauts consultants qu’il a mis en place sur les échanges extérieurs. C’est le cas au mois de novembre 1974, dans la discussion du budget pour 1975, où il soutient une politique libérale de crédit pour adapter et renforcer l’appareil d’exportation français, notamment par le développement des investissements à l’étranger. Il en est de même pour la discussion budgétaire de son ministère, en novembre 1975.
Le 12 janvier 1976, Raymond Barre lui succède au ministère du Commerce extérieur, alors que l’élu de Lille devient secrétaire d’Etat – autonome - aux postes et télécommunications (P.T.T.), et à la télédiffusion. Dans ce ministère crée un siècle plus tôt, habitué aux conflits sociaux, et caractérisé par la multiplicité des tâches, Norbert Ségard s’attèle alors à l’expansion spectaculaire du téléphone en France, ainsi que des nouvelles technologies de la communication. Ancien adhérent de la Confédération française des travailleurs chrétiens (C.F.T.C.), il entretient par ailleurs d’excellentes relations avec les syndicats, ce qui lui permet d’éviter toute grève d’importance durant les quatre années passées à son poste. L’entente qu’il manifeste avec Gérard Théry, directeur des Téléphones, en porte témoignage. Il est alors le « créateur d’un réseau téléphonique digne d’une société moderne ». En quatre ans, le nombre des abonnés en France a été multiplié par deux, et aura bientôt quintuplé en 10 ans, passant de 3 848 000 en 1970 à 15 800 000 en 1980, alors que le réseau s’est modernisé. Les délais moyens de raccordement auront évolué de 15 mois en 1970 à 3 mois et demi en 1980. Le nombre des cabines téléphoniques en France, autre combat du ministre, atteint le nombre de 100 000, à la fin de 1980. L’heure de l’ordinateur et des satellites a sonné. Les techniques de l’électronique régulent désormais le service postal français, et les balbutiements de la télématique laissent prévoir la fortune que cette technique connaîtra au cours des décennies suivantes. Tout ceci est donc le résultat d’un effort considérable qui place le secrétariat d’Etat aux P.T.T. parmi les postes budgétaires les mieux dotés.
Norbert Ségard n’en oublie pas le Nord où il vit avec son épouse Denise et ses six enfants, lorsqu’il n’est pas retenu à Paris par ses activités politiques. Chargé de mission national de l’U.D.R. pour le nord de la France (régions Champagne-Ardennes, Nord-Pas-de-Calais et Picardie), leader de la majorité présidentielle dans le Nord depuis le départ de M. Billecocq du gouvernement, président du Rotary-Club de Lille-Centre, président du SIVOM des communes de Lambersart, Saint-André, Marquette et Wambrechies, il est élu conseiller général du canton de Lille-Centre, en 1976. Au Conseil régional du Nord, il réside l’intergroupe de l’Action régionale, et siège à la commission des affaires sociales. Plus que tout, il reste soucieux de préparer sa région aux défis technologiques qu’il souhaite voir relever par la France. Certes, il ne parvient pas à battre Pierre Mauroy, aux élections municipales à Lille, en 1977, mais il est réélu dès le premier tour dans la première circonscription du Nord, aux législatives du printemps 1978 : il obtient plus de 53% des voix. Compte-tenu de sa compétence, le président Giscard d’Estaing lui propose alors le ministère de la Recherche scientifique, mais Norbert Ségard refuse. Après avoir été le ministre du Téléphone, il souhaiterait devenir le ministre de la Poste, et réconcilier les Français et les personnels des P.T.T. avec un service public au caractère prioritaire. Si dans les discussions budgétaires qu’il conduit au parlement, la priorité budgétaire reste au téléphone, le ministre souhaite orienter une partie importante des 30 000 embauches prévues pour 1979 vers le secteur des Postes. Pour de meilleures conditions de travail, ses projets visent à créer des corps régionaux, pour éviter de faire transiger tous les postiers par Paris, ou à la mise en place du guichet d’affranchissement postal automatique. Il veille également à faire des bureaux ruraux des antennes administratives polyvalentes. Il ne nie pas les difficultés de ce secteur : problèmes sociaux liés au transfert massif de jeunes agents loin de leur région d’origine ; crainte latente devant la mécanisation et le progrès technique. Au contraire, il s’attache à rechercher des solutions consensuelles, comme la nécessité de conserver un service public unique des postes et télécommunications, ou la réforme des circuits d’acheminement du courrier fondée sur l’accroissement de la décentralisation du tri automatisé. Tout en imposant la suppression progressive des distributions du courrier de l’après-midi, il convainc de la nécessité de clarifier les relations financières entre la Poste et l’Etat, de façon à réaliser l’équilibre de son compte d’exploitation, comme il en exprime le souhait, le 9 novembre 1979, dans l’une de ses trois interventions de la législature, devant ses anciens collègues de l’Assemblée nationale.
La popularité de Norbert Ségard, dans l’opinion en général et dans le Nord en particulier, ne tient pas seulement à son efficacité et à sa compétence ministérielle. Elle vient de l’humanisme dont il a fait preuve tout au long de sa vie professionnelle, politique et personnelle. Dès 1952, il adopte les trois enfants de sa sœur, reconnue dans l’incapacité de les élever. Enseignant, il marque ses étudiants par sa grande capacité d’écoute et de formation. En politique, fidèle au « Sillon » et plus encore à Emmanuel Mounier dont il se réfère continument, il n’adhère à aucun parti directement. Il entretient de bonnes relations avec les gaullistes, à la formation desquels il est apparenté, mais se dit démocrate-chrétien avant tout. S’il s’apparente à l’Union pour la démocratie française (U.D.F.) en 1978, c’est qu’il se sent proche de l’une de ses composantes, le Centre des démocrates sociaux (C.D.S.). A ce titre, il ne lui est pas facile d’imposer son suppléant aux instances dirigeantes : maire CDS de Lambersart et conseiller général de Lille-Ouest, ami de longue date de Norbert Ségard, Georges Delfosse est finalement choisi. Tiraillé entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, le député du Nord s’investit finalement au service exclusif du premier, à l’approche de l’élection présidentielle de 1981. Il sera élu président de la fédération U.D.F. du Nord, le 19 octobre 1979.
Enfin, sur le plan personnel, Norbert Ségard marque durablement ses compatriotes, lorsqu’il annonce publiquement, au mois d’octobre 1978, qu’il est atteint d’un cancer au poumon, alors qu’il exerce des fonctions ministérielles prenantes. Dans cette déclaration improvisée, le lendemain de la mort de Jacques Brel, atteint du même mal que lui, il souhaite d’abord faire la démonstration que « l’on peut vivre parfaitement avec un seul poumon et travailler beaucoup », souhaitant par là lutter « non contre la mort, mais pour la vie ». Mais au-delà, son but est surtout de marquer les jeunes fumeurs, et de contribuer ainsi, par l’exemple, à la campagne anti-tabac menée par Simone Veil, ministre de la Santé. Le « ministre courage », qui brise le double tabou de la maladie et du silence qui l’entoure, entraîne l’admiration de tous, en face de l’abnégation déployée dans son combat quotidien. Au début du mois de novembre 1980, il demande au président de la République de bien vouloir le remplacer dans ses fonctions de secrétaire d’Etat aux P.T.T. Valéry Giscard d’Estaing le nomme aussitôt dans des fonctions plus honorifiques, en en faisant un ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé d’étudier les conditions d’adaptation de la société et des administrations françaises aux conséquences économiques, sociales et culturelles de l’utilisation des techniques avancées (informatique, télématique). A la veille de la mort, il contribue à une réflexion sur l’avenir. Il parle encore d’espérance, lors des « provinciales » du Parti républicain, qu’il reçoit à Lille, le 31 janvier 1981. Il s’éteint le lendemain, dans sa maison de Lille, à l’âge de 58 ans. A plusieurs journalistes qui l’avaient interrogé quelques années plus tôt, Norbert Ségard avait conclu son entretien, en déclarant : « lorsque je serai mort, j’aimerais qu’on dise de moi, il a été un honnête homme. » Au témoignage de ses amis et adversaires politiques, de Jacques Chirac à François Mitterrand, de Raymond Barre à Pierre Mauroy, nul doute que celles et ceux qui ont connu Norbert Ségard ne lui refuseront ce juste hommage.

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