Pierre, Emile Guillain de Bénouville

1914 - 2001

Informations générales
  • Né le 8 août 1914 à Amsterdam (Pays-bas)
  • Décédé le 5 décembre 2001 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 5 juillet 1951 au 1er décembre 1955
Département
Ille-et-Vilaine
Groupe
Rassemblement du peuple français
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 9 décembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Ille-et-Vilaine
Groupe
Union pour la nouvelle République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 14 juin 1970 au 1er avril 1973
Département
Paris
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 2 avril 1973 au 2 avril 1978
Département
Paris
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 3 avril 1978 au 22 mai 1981
Département
Paris
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 2 juillet 1981 au 4 décembre 1981
Département
Paris
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 18 janvier 1982 au 1er avril 1986
Département
Paris
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 2 avril 1986 au 14 mai 1988
Département
Paris
Groupe
Rassemblement pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IXe législature
Mandat
Du 13 juin 1988 au 1er avril 1993
Département
Paris
Groupe
Rassemblement pour la République

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)



Né le 8 août 1914 à Amsterdam (Pays-Bas)

Député de l'Ille-et-Vilaine de 1951 à 1955

Pierre de Bénouville est le fils d'un officier de carrière devenu agent commercial. Il est élève au lycée Lakanal, puis, se destinant à la littérature, il poursuit des études de lettres jusqu'à la licence. Dans ses souvenirs de la période de la guerre, le Sacrifice du matin, le futur général de Bénouville se qualifie lui-même dans sa jeunesse de « royaliste de tradition et de raison ». Jusqu'au 6 février 1934, il milite dans les rangs de l'Action française, mais rompt avec elle à cause de l'attitude pusillanime de Maurras lors de ces événements. Il définit en ces termes ses options politiques de la fin des années 1930 : « Nous continuâmes à penser que la guerre approchait, qu'il faudrait y faire face ; que si nous ne transformions pas le régime, nous ne serions pas alors en état de tenir les engagements pris par la France, et que les changements de ministères ne pouvaient, en aucune manière, remédier aux maux tragiques que nous dénoncions ».

Parallèlement à ces engagements politiques, Pierre de Bénouville entame une carrière de journaliste et d'essayiste. En 1936, il collabore au Pays libre, organe du Jeune front et publie la même année, Baudelaire le trop chrétien que suivront des monographies sur Chateaubriand, Stendhal, Pascal ou des essais comme Les soirées d'Altkirch (1938) ou Le réveil du paganisme, dirigé contre l'Allemagne hitlérienne.

Mobilisé dans l'infanterie, il est sur le front d'Alsace lors de l'attaque du 10 mai 1940. Avec son unité, il se bat jusqu'à l'armistice et est fait prisonnier par les Allemands à Bruyères dans les Vosges. Avec quelques camarades, il parvient à s'évader et gagne à pied la zone sud et la région de Nice. Pour survivre, il reprend son métier de journaliste et collabore à l'Alerte jusqu'en 1942. Cependant, dès la fin de 1940, il noue des contacts avec des hommes décidés à résister et tente, en février 1941, de rejoindre Londres en passant par l'Afrique du Nord. Mais dès l'arrivée du bateau à Alger, Pierre de Benouville est arrêté avec ses compagnons à la suite d'une trahison. Ramené en France, il est emprisonné à Toulon. Lors de sa détention, il écrit son nouveau livre, Saint-Louis ou le printemps de la France. Toutefois, le tribunal militaire chargé de le juger conclut son procès par un acquittement et Pierre de Bénouville est libéré. Il reprend alors ses contacts avec les mouvements de résistance sur la Côte d'Azur, tout en continuant d'assurer une chronique littéraire dans son ancien journal, à titre de couverture. Il effectue notamment plusieurs missions en Suisse pour assurer les relations des résistants avec Londres et devient bientôt un maillon important d'un réseau de renseignements couvrant la zone sud, Radio patrie.

Les difficultés de ce mouvement, l'invasion de la zone sud, l'amitié de Jacques Renouvin, favorable à la France libre, amènent Pierre de Bénouville à entrer en relation avec Henry Frenay et le mouvement Combat qui fusionne avec Franc Tireur et Libération au sein des Mouvements Unis de la Résistance (M.U.R.) puis du Mouvement de Libération nationale (M.L.N.). Il se rallie ainsi définitivement à la Résistance gaulliste, alors que jusqu'alors il travaillait surtout avec le gouvernement britannique.

En juin 1943, Pierre de Bénouville devient membre du comité de direction des M.U.R. où il est chargé de la direction des services militaires. Il mène alors la vie clandestine des chefs de la Résistance, alternativement à Lyon, à Paris ou dans diverses missions en France et en Suisse. Malgré ces circonstances difficiles, il parvient à épouser une jeune fille qu'il a rencontrée au début de l'Occupation, Georgie Lemonnier, avec l'aide d'un maire et d'un prêtre acquis à la Résistance. Au printemps 1944, il gagne Alger par l'Espagne et rencontre le général de Gaulle afin de mettre au point le plan de réduit national chargé d'épauler le débarquement allié en libérant une partie du territoire français. A la mi-mai, il obtient de commander une section d'infanterie des Forces françaises libres sur le front d'Italie. Il participe aux combats pour la libération de Rome au sein du 8e régiment des tirailleurs marocains. De retour à Alger, il est nommé, le 19 juin, avec Bertin, à la direction du bureau F.F.I. nouvellement créé et rattaché directement au Commissariat à la guerre.

En juillet 1944, Pierre de Bénouville est envoyé en France rejoindre le chef du C.O.M.A.C., le général Revers, dans la région de Rodez. Il est grièvement blessé au cours de cette mission dans un accident de voiture. Il maintient les contacts avec Alger pendant sa convalescence et insiste pour que le gouvernement provisoire soit représenté dans les zones déjà libérées du Massif Central. Opéré en septembre 1944 à Montpellier, il retrouve ses camarades de combat dans Paris libéré et décide alors d'écrire Le sacrifice du matin, afin de maintenir le souvenir de la Résistance. Le livre paraîtra en 1946.

Après la guerre, Pierre de Bénouville est homologué dans le grade de général de brigade, est fait compagnon de la Libération et décoré de la Croix de guerre 1939-1945 et de la médaille de la Résistance. De mai 1945 à janvier 1946, il est chargé de mission auprès de Jacques Soustelle, ministre de l'Information, puis des colonies, dans le cabinet du général de Gaulle. En 1946 et 1947, il effectue divers voyages et prononce de nombreuses conférences sur l'histoire de la Résistance. Mais, dès la fondation du R.P.F. par le général de Gaulle, il reprend son combat politique et fait partie du conseil de direction de ce mouvement à partir de 1949.

Aux élections du 17 juin 1951, il dirige la liste de ce parti dans l'Ille-et-Vilaine. Sa liste arrive en seconde position derrière celle du MRP avec 71 468 voix (23,4 %) et il est ' élu avec son second de liste Francis Samson. Pendant la législature, il appartient à la Commission de la défense nationale et à celle de la presse, puis à celle de l'éducation nationale.

Pierre de Bénouville est un parlementaire actif. Il rédige 17 propositions de résolution ou rapports, principalement au nom de la Commission de la défense nationale ; le plus important de ces rapports concerne l'élévation du général Leclerc, à titre posthume, à la dignité de Maréchal de France (20 juin 1952). Il intervient aussi à maintes reprises dans les débats. Ainsi, le 29 décembre 1951, il profite de la discussion du budget de la défense nationale pour regretter l'insuffisance des crédits militaires. Il dénonce l'illusion qui consiste à compter sur l'aide étrangère pour faire face aux engagements internationaux de la France et conclut par le vœu de la formation d'un large gouvernement d'union nationale auquel serait associé son parti. Le 4 juin 1953, lors du débat d'investiture du président du Conseil désigné, Pierre Mendès-France, Pierre de Bénouville explique les raisons de la défiance de son mouvement à son encontre. Il ne peut en effet souscrire au programme de désengagement et de négociation que Pierre Mendès-France avait esquissé en novembre 1950. Il proclame sa solidarité avec le corps expéditionnaire français en Indochine, son attachement à ce territoire et son refus du projet de la Communauté européenne de défense. Il conclut par ces paroles : « Nous ne sommes pas en Indochine uniquement parce que nous servons l'honneur de nos couleurs, nous sommes les soldats qui gardent le bastion avancé de la civilisation qu'en aucun cas ils ne peuvent abandonner ». Au nom de ces thèses, il s'oppose, le 6 novembre suivant, à la motion de J.M. Flandin, qui tend à retarder la levée de. l'immunité parlementaire des députés communistes impliqués par l'application de la loi du 11 mars 1950 sur la démoralisation de l'armée. Au cours de l'année 1954, Pierre de Bénouville revient à la charge à plusieurs reprises contre les partisans de la négociation et de l'abandon en Indochine. Le 9 mars notamment, il souligne qu'après les efforts financiers et humains consentis par la France pendant sept ans, traiter avec le Vietminh n'est pas possible. Il conclut en affirmant sa confiance dans la victoire des troupes françaises. Le 13 mai suivant, il dénonce les erreurs politiques et militaires qui ont abouti à la bataille de Dien Bien Phu mais pense qu'un redressement de la situation est possible. Il réitère cette position le 12 juin, en demandant au gouvernement de se donner les moyens de vaincre. Selon lui, c'est la querelle non résolue de la C.E.D. qui paralyse le Parlement et il souhaite une fois de plus la constitution d'un gouvernement de salut public qui romprait avec le régime d'Assemblée. Lors du débat d'investiture de Pierre Mendès-France, cinq jours plus tard, Pierre de Bénouville renouvelle ses réserves de 1953. Pour lui, les événements récents ne doivent pas faire conclure à la négociation, mais au contraire à l'augmentation des moyens du corps expéditionnaire pour gagner la bataille du delta.

Le 22 juillet suivant, après la fin de la conférence de Genève, Pierre de Bénouville dresse un tableau très sombre de l'évolution probable de l'Indochine. La France, pour lui, a failli à sa tâche de défense de la civilisation en abandonnant les catholiques locaux, elle a perdu « des cadres irremplaçables de notre armée qui, pour une partie, avaient été forgés dans la France libre et dans la Résistance ». Il craint, pour conclure, que des problèmes du même type se posent en Afrique du Nord et dénonce les négociations éventuelles avec les mouvements indépendantistes du Maroc et de la Tunisie. Après l'échec de la C.E.D., contre laquelle il s'est toujours dressé, le 30 août 1954, Pierre de Bénouville vote la ratification des accords de Paris qui aboutissent au réarmement de l'Allemagne, pour soutenir l'Alliance atlantique et faire pièce à l'armée de l'Allemagne de l'Est qui existe déjà.

Le 3 mars 1955, lors de la discussion d'une proposition de loi relative à la désignation des personnes contraintes au travail en pays ennemi, il s'élève contre l'expression « déporté au travail », qui instaure une confusion avec les vrais déportés et porte atteinte au « capital moral » de la Résistance.

La dernière intervention importante du général de Bénouville porte sur la situation au Maroc, au cours d'une discussion d'interpellation, le 7 octobre 1955. Il y critique la politique menée par le gouvernement Edgar Faure dont il a pourtant voté l'investiture, y voyant les prémisses de l'abandon qu'il refuse : « Nous devons au Maroc la présence française qui assure la justice sociale, la justice tout court, le droit des gens ».

Après la dissolution de l'Assemblée nationale, Pierre de Bénouville conduit la liste des républicains sociaux en Ille-et-Vilaine et recueille 30 962 voix (8,6 % des suffrages). Il perd donc son siège au profit de la S.F.I.O. dont la liste le devance de peu avec 8,8 % des voix.

Pierre de Bénouville n'est pourtant pas absent de la vie publique pendant les dernières années de la IVe République, car il a été élu maire de la Richardais (Ille-et-Vilaine) en mai 1953 et il continue de s'adresser à l'opinion comme directeur de l'Oise libérée (à partir de 1954) et de l'hebdomadaire Jours de France, fondé par Marcel Dassault dont il est devenu l'un des principaux collaborateurs.


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