Charles Serre

1901 - 1954

Informations générales
  • Né le 25 septembre 1901 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 1er avril 1954 à Champagnac-de-belair (Dordogne - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Anciens départements d'Algérie
Groupe
Mouvement républicain populaire

Biographies

Biographie de la IVe République

SERRE (Charles, Armand)
Né le 25 septembre 1901 à Paris (Seine)
Décédé le 1er avril 1953 à Champagnac-de-Bélair (Dordogne)

Député d'Oran de 1946 à 1951

Issu d'une famille d'ascendance bordelaise et périgourdine, Charles Serre, après des études secondaires au lycée de Bordeaux, obtient une licence, puis un doctorat en droit à la Faculté de Paris et épouse la carrière notariale en Dordogne, à partir de 1932. Plus précocement, il a adhéré, dès 1920, à la ligue de la Jeune République qui relaie les convictions chrétiennes et sociales de Marc Sangnier dont il s'est toujours senti proche. Il tente vainement d'entrer dans la vie politique active en 1936 en se présentant sous les couleurs de la Jeune République aux élections législatives dans l'Orne contre le député sortant, élu de la Fédération républicaine, Jacques Roulleaux-Dugage. Avec 13 % des 23 000 suffrages exprimés, il réalise un score honorable, mais compromet l'élection de Georges Bidault, candidat du Parti démocrate populaire (PDP).
Il participe à la Campagne de France avec le grade de lieutenant et reçoit à ce titre la Légion d'honneur, la croix de guerre avec citations et la médaille des Services militaires volontaires. Après, il reprend son activité professionnelle en zone non occupée, mais bascule rapidement dans la résistance en rejoignant le réseau Jean-Marie dès décembre 1940. En liaison étroite avec l'Organisation de résistance de l’Armée (ORA), il multiplie, dans le nord de la Dordogne, les opérations de sabotage et la fabrication de faux papiers. A partir de février 1943, il se rapproche de Combat et des Mouvements unifiés de la Résistance (MUR) et devient chef de maquis en Dordogne. Il rejoint en juin 1943 le mouvement Résistance et participe directement à la fondation du Mouvement de libération nationale. Il collabore par ailleurs activement au journal clandestin Résistance, fondé par le dirigeant du mouvement, Jacques Destrées, un ancien de la Jeune République, dont il prendra la succession en octobre 1943, peu après l'arrestation de ce dernier. Capturé à son tour par les Allemands, il est déporté en juillet 1944 à Dachau, puis à Neckargerach et libéré en mars 1945.
Compagnon de la Libération, médaillé de la Résistance, il est nommé, à son retour de captivité, délégué au titre du MLN à l'Assemblée consultative provisoire fondée en octobre 1943.
Sa désignation est validée le 24 juillet 1945. Il rejoint alors les commissions des finances, de la réforme de l'État et de la législation, de la justice et de l'épuration et, enfin, la commission permanente de coordination des affaires économiques et sociales. Il est également nommé juré à la Haute Cour de Justice où il participe aux procès de Darnand, Laval et Pétain.
Il poursuit en 1945 son activité de journaliste au sein de Résistance, maintenu après guerre et participe à la fondation du Mouvement républicain populaire (MRP). Se voyant proposer par le général de Gaulle le poste d'ambassadeur de France à Damas, il décline l'offre, préférant s'implanter politiquement en Dordogne. Il est ainsi élu en 1945 conseiller général de Champagnac de Bélair, puis vice-président de l'Assemblée départementale. Il le demeure jusqu'en 1951.
S'il reste à l'écart de l'élection aux deux Assemblées constituantes, il se présente en revanche à celle de novembre 1946. Il choisit le premier collège du département d'Oran et conduit une liste démocrate-chrétienne de « rassemblement français et républicain pour la défense de l'Algérie ». Avec 21 832 des 127 141 suffrages exprimés, soit 17,2 % des voix, Charles Serre remporte l'un des cinq sièges à pourvoir, les quatre autres se répartissant entre les communistes (Mme Sportisse), les socialistes (Maurice Rabier) et la droite (François Quilici et Henri Jeanmot).
Siégeant dans les rangs du groupe MRP, Charles Serre rejoint la commission de l'intérieur où il siége tout durant toute la première législature, et plus épisodiquement, celles des boissons (1949-1950) et des affaires économiques (1949-1951). Il a également été désigné pour siéger au sein du Conseil national des services publics départementaux et communaux ou encore à la commission d'enquête sur les événements survenus en France de 1933 à 1945. Enfin, il est appelé à figurer de nouveau sur la liste des jurés de la Haute Cour de Justice en 1947 et 1949.
Avec vingt-neuf textes déposés - rapports et de propositions (de loi ou de résolution) - et soixante-douze interventions en séance, Charles Serre est vraisemblablement l'un des parlementaires les plus actifs de cette législature. Si nombre de ses dépôts sont d'ordre technique et ressortissent, bien souvent, à des problèmes économiques, juridiques ou successoraux (avantages fiscaux, baux de ferme, recettes des entreprises ou statut légal des enfants naturels), Charles Serre a également formulé plusieurs propositions ayant trait au reclassement des résistants (homologation de réseaux, reclassement d'anciens résistants dans la préfectorale, protection sociale et professionnelle des déportés et résistants ou diverses indemnisations) et au sort de l'Algérie et des Algériens (égalité civile et sociale entre les travailleurs métropolitains, musulmans et indigènes, amélioration du traitement des musulmans victimes de guerre, devenir des anciens militaires nord-africains, diverses propositions de commémorations en mémoire des victimes nord-africaines ou amélioration des conditions d'accès à la propriété foncière en Algérie). Charles Serre a également pris position sur un certain nombre de problèmes internationaux en déposant notamment, le 9 juillet 1949, une proposition de résolution invitant le gouvernement français à ne pas accepter l'admission de l'Allemagne au Conseil de l'Europe, avant d’avoir saisi de cette question l’Assemblée nationale.
Ses interventions sont là encore essentiellement d'ordre technique. Il participe à la plupart des discussions budgétaires, sur les dépenses de l'armée, l'organisation de la police, des différents services civils et publics ou des syndicats, sur le prix du tabac également. Il intervient tout aussi ponctuellement sur les conséquences de la Seconde guerre mondiale et de la collaboration. Il prend notamment part à la discussion du premier projet de loi d'amnistie en juillet 1947 où il propose d'inclure à la population concernée les personnes frappées d'indignité nationale en Afrique du Nord. Il réclame aussi bien la réévaluation du budget des anciens combattants et victimes de guerre algériens et métropolitains (19 mai 1949,21 juin, 24 et 26 juillet 1950, 5 mai 1951) que la libération préventive des résistants inculpés (29 juillet 1949), le respect de la mémoire des déportés (13 octobre 1949). Il interpelle également le gouvernement sur sa politique en matière de répression des crimes de guerre (13 juin, 4 et 13 juillet 1950).
Mais l'essentiel de son activité parlementaire se répartit entre les questions coloniales et internationales. Sur l'Algérie même, il interpelle fréquemment le gouvernement sur des sujets aussi divers que la misère des populations musulmanes et indigènes (18 février 1948), la modification du statut de la Banque de l'Algérie (9 décembre 1948), l'augmentation du fonds de progrès social en Algérie, l'incompatibilité de la double appartenance à l'Assemblée algérienne et celle de l'Union française (6 décembre 1949). S'agissant du reste des colonies françaises, il prend périodiquement la parole pour réclamer la création d'une assemblée représentative élue en Cochinchine (11 mars 1949), interpeller le gouvernement sur sa politique en Indochine (11 mars 1949, 22 novembre 1950) ou sur les rapports des États associés du Viêt-Nam, du Cambodge et du Laos avec la France. De même réclame-t-il la cessation des hostilités en Indochine et la consultation des populations d'Indochine (28 janvier 1950).
Ses interventions en matière internationale portent essentiellement sur l'Allemagne envers qui il ne cache pas une hostilité certaine. Il interpelle ainsi le gouvernement sur les réparations et la sécurité militaire (13 octobre ; 3, 22 et 25 novembre 1949), exige la livraison par l'Allemagne de courant électrique à la France (9 décembre 1949), évoque la création du pool charbon-acier (13 juin ; 13 juillet 1950), s'inquiète de la perspective d'un réarmement allemand (25 octobre et 9 novembre 1950) ou critique encore vivement la libération de Krupp (5 avril 1951). Il intervient enfin à propos du plan de défense collective de la zone de l'Atlantique-Nord dont il redoute les conséquences financières au plan national (28 juillet 1950).
Au cours de ses multiples interventions, Charles Serre a défendu cinquante et un amendements, déposé dix demandes d’interpellation, deux motions préjudicielles et deux ordres du jour. Il a été nommé rapporteur pour avis du projet de loi portant modification du statut de la Banque d’Algérie (9 décembre 1948) et rapporteur du projet de loi portant organisation des services de police dans les départements d’Outre-mer (4 novembre 1949).
Après avoir voté la confiance à Léon Blum (12 décembre 1946), comme l'immense majorité des parlementaires, Charles Serre vote en faveur de départ des ministres communistes du gouvernement Ramadier (4 mai 1947). Comme la plupart des élus algériens, il s'oppose au statut de l'Algérie (20 septembre 1947), valide la confirmation de Ramadier dans ses fonctions (30 octobre 1947). Il ratifie le plan Marshall (7 juillet 1948), vote en faveur du pacte de l'Atlantique (26 juillet 1949), du projet de loi relatif aux conventions collectives de travail (4 janvier 1950). Il s'oppose à la loi sur les apparentements pourtant adoptée le 7 mai 1951. Il vote enfin contre le renouvellement de l'Assemblée nationale (12 mai 1951).
Les élections législatives du 17 juin 1951 sont pour Charles Serre l'occasion d'un double bouleversement, géographique et politique. Désireux de poursuivre et d'approfondir son ancrage en Dordogne, il décide de s'y présenter. La situation politique dans ce département est cependant plus complexe qu'il n'y paraît. Le département est solidement tenu par le radical Yvon Delbos, le socialiste Robert Lacoste et le républicain populaire André Denis. En outre, le Rassemblement du peuple français (RPF) fonde quelques espoirs de succès. L'espace politique dévolu au député sortant d'Oran est donc des plus restreints et sa marge de manœuvre bien mince. Il accepte donc de faire liste commune avec le député communiste de ce département, Yves Péron, essentiellement en raison de leurs passés résistants respectifs. Placé en seconde position d'une liste d'union républicaine, résistante et antifasciste, il milite pour la restauration de l'esprit d'union nationale et le progrès social. Un vaste apparentement conclu entre les partis de troisième force remporte la majorité absolue des voix privant la liste communiste de son seul siège, quoiqu'elle arrivât largement en tête du scrutin avec près de 32 % des 193 274 suffrages exprimés.
Cet échec met un point final à la carrière politique de Charles Serre qui perd dans la foulée son siège de conseiller général. Par la suite, il ne brigue plus aucun mandat, d'autant qu'il est alors physiquement fort diminué par les séquelles de sa déportation et du typhus qu'il y a contracté. Il décède quelques mois plus tard, le 1er avril 1953.

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