Edouard Thibault

1912 - 1977

Informations générales
  • Né le 27 septembre 1912 à Sablé (Sarthe - France)
  • Décédé le 16 novembre 1977 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Gard
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Gard
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Gard
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Gard
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Gard
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Gard
Groupe
Républicains populaires et centre démocratique

Biographies

THIBAULT (Edouard, Joseph, Marie, Lucien) Né le 27 septembre 1912 à Sablé ( Sarthe) Décédé le 16 novembre 1977 à Paris (15ème) Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Gard) Député du Gard de 1946 à 1958 Secrétaire d’Etat à l’Intérieur du 2 juillet 1953 au 19 juin 1954 Fils d’un professeur de philosophie, militant du Sillon puis de la Jeune République et maire d’Uzés après la libération, Edouard Thibault fréquente le collège de Remiremont, le lycée de Nancy puis les facultés de Dijon et Montpellier où il milite à la Jeune République et au mouvement des Volontaires de la paix. Il obtient une licence en droit, un DES d’histoire-géographie et enseigne au lycée de Nîmes à partir de1936. Il se marie avec Yvonne Borel, professeur agrégé d’histoire-géographie. Mobilisé en 1939, il est réformé après avoir perdu un oeil et reprend ses activités d’enseignant. Ayant fait échapper au STO nombre de ses élèves concernés, il est menacé d’arrestation au printemps 1944 et suspendu de ses fonctions. Réfugié dans la ferme de ses grands-parents en Bourgogne, il entretient de nombreux contacts avec un maquis proche. Après la Libération, il est placé à la tête du MRP dès sa formation dans la cité nîmoise et dirige le journal de la Fédération MRP du Gard, L’Avenir de 1946 à 1965 tout en enseignant notamment à l’Université de Nîmes. Membre de la première Assemblée constituante en octobre 1945, il est élu avec 39 947 suffrages sur 187 100 votants alors que les communistes et les socialistes possèdent deux élus chacun ; il siège à la Commission des territoires d’outre-mer. Durant la seconde Assemblée constituante en juin 1946, il est élu avec sa colistière Henriette Bosquier, exploitante agricole, grâce aux suffrages de 57 440 électeurs. Inscrit également à la Commission de l’intérieur, de l’Algérie, de l’administration générale, départementale et communale, juré à la Haute Cour de justice, il est chargé d’un rapport le 13 septembre 1946 sur la mise à disposition du public des projets, propositions et rapports déposés sur le bureau de l’Assemblée nationale constituante. Il est élu député du Gard à l’Assemblée nationale le 10 novembre 1946 en compagnie de sa colistière en maintenant son score au-dessus de 50 000 voix face aux deux élus communistes et au député socialiste. Toujours présent dans la Commission des TOM, il siège également à celles de la presse et des boissons. Ce dernier choix s’explique par ses liens avec André Farel, vice-président du Comité de salut viticole. Il intervient également sur le statut des fonctionnaires coloniaux et l’Ecole nationale de la France d’outre-mer. L’une des grandes questions qui l’occupe tient au règlement du statut des écoles et des personnels des Houillères des bassins du Gard, de l’Aveyron et de la Loire en 1947 puis, en mai 1948, celle des écoles privées des houillères nationales. Ses combats en faveur de la justice scolaire l’amènent à devenir par la suite, en juin 1951, premier vice-président de l’Association parlementaire pour la liberté de l’enseignement. Il est le seul républicain populaire de son département réélu en juin 1951 avec 32 326 suffrages sur une liste d’union du MRP avec les Républicains indépendants et paysans face aux deux communistes et aux deux socialistes. Il devient vice-président du groupe parlementaire MRP de juillet 1951 à juillet 1953 et à nouveau en janvier 1956. Membre de la Commission des boissons, de l’Education nationale durant la seconde législature, il continue de prendre en charge les questions viticoles et les problèmes d’éducation : la loi Barangé est votée dès septembre 1951. Appelé comme secrétaire d’Etat à l’Intérieur dans le cabinet Laniel du 2 juillet 1953 au 19 juin 1954, il défend le budget de son ministère en décembre 1953, répond à des interpellations sur la réintégration de préfets révoqués, sur des questions liées à l’incapacité et à l’inégibilité électorales. Redevenu député, il pose des questions relatives à l’organisation de la déconcentration industrielle, à la santé scolaire et universitaire, au maintien et au rappel de soldats sous les drapeaux. En janvier 1956, avec 24 692 voix, et, grâce au ralliement d’une partie des Indépendants du Gard, il est réélu avec deux communistes, un socialiste et un poujadiste. Il constate durant sa campagne que le MRP est combattu « à la fois par les tenants du conservatisme et par les marxistes qu’unit le laïcisme ». Il demande, en juillet 1957, lors de la conférence des présidents, l’inscription à l’ordre du jour de la réforme de l’enseignement. Siégeant à la Commission de la production industrielle et de l’énergie, il continue d’être présent à la Commission des boissons où il assure la vice-présidence en 1956. Préoccupé par la question sociale, il intervient sur le projet de loi modifiant les congés payés le 28 février 1956, sur la proposition de loi tendant à réserver les fonds publics à l’enseignement public le 26 octobre 1956. Lors de son intervention sur le projet de loi ratifiant les traités instituant la CEE et l’Euratom, il insiste sur les avantages sociaux résultant du pool charbon-acier pour les salariés français. Elu conseiller général du Gard en 1958 et député de la circonscription d’Alès-Est en novembre de la même année, il est battu en novembre 1962 et décide de ne plus se représenter à la députation mais demeure conseiller général du Gard jusqu’en 1964. Il est élu maire de Saint-Ambroix en 1959 et le demeure jusqu’en 1971. Il réalise le complexe sportif communal composé d’un gymnase, de terrains de tennis, d’une piscine. Il programme également la construction d’une école primaire, du collège de Saint-Ambroix et d’un immeuble HLM. Porté à favoriser les équipements destinés à la jeunesse, il est également à l’origine du jumelage de sa commune avec Asslar, en Allemagne, au nom de ses convictions européennes. En 1971, il choisit de laisser la direction de sa liste à son premier adjoint qui devient alors le premier magistrat de la cité. De 1963 à 1977, ce père de trois enfants, catholique convaincu, assure la fonction de délégué général du comité français contre la Faim dans le monde (FAO) à Paris.

THIBAULT (Edouard, Joseph, Marie, Lucien)
Né le 27 septembre 1912 à Sablé (Sarthe)
Décédé le 16 novembre 1977 à Paris

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Gard)
Député du Gard de 1946 à 1962
Secrétaire d'Etat à l'intérieur du 2 juillet 1953 au 19 juin 1954

(Voir première partie de la biographie dans le Dictionnaire des parlementaires français, 1940-1958, tome 6 à paraître)

Parlementaire MRP sous la IVème République, Edouard Thibault se présente sous cette même étiquette le 23 novembre 1958. Il est député du Gard de manière ininterrompue d’octobre 1945 à novembre 1962. En novembre 1958, il se présente dans la 3ème circonscription du Gard (Alès-Est), traditionnellement ancrée à gauche. Dans le Gard en 1956, le parti communiste avait obtenu 39% des suffrages, la SFIO 17%, tandis que le MRP n’arrivait qu’en troisième position avec 16% des suffrages exprimés. En 1958, Edouard Thibault doit faire face à nouveau à la concurrence communiste même s’il est avantagé par l’absence de candidat gaulliste d’envergure.
Sa profession de foi en 1958 rappelle l’importance de la construction européenne, tout en prônant une politique sociale notamment en faveur de familles, deux thèmes chers au courant démocrate-chrétien. Il fait appel à la morale en général comme guide pour la politique, ainsi qu’à la notion de « dignité de la personne humaine héritée de la civilisation chrétienne ». Sa position sur l’Algérie française semble relativement modérée puisqu’il reconnaît l’existence d’une « personnalité algérienne », il rappelle néanmoins son « indissoluble association avec la métropole ». L’importance accordée dans sa profession de foi aux problèmes sociaux s’inscrit dans la continuité de son engagement démocrate chrétien à la Jeune République puis au MRP, et relève aussi d’une stratégie de conquête électorale d’une circonscription de gauche.
Le 23 novembre 1958, à l’issue du premier tour, le candidat communiste arrive en tête avec 16962 suffrages (soit 34% des suffrages exprimés), tandis qu’Edouard Thibault, sous l’étiquette MRP obtient 15133 suffrages (soit 30,5% des suffrages exprimés). Au premier tour, Thibault ne l’emporte que dans deux des huit cantons, ceux qui sont les plus ruraux.
Au second tour, le candidat MRP bénéficie, au moins en partie, du report sur son nom des voix de la gauche car les candidats socialistes indépendants, SFIO et Rassemblement républicain se sont désistés. Edouard Thibault gagne en effet environ 12 000 voix entre les deux tours, tandis que le candidat communiste n’en gagne que 5000 environ. Il est élu le 30 novembre 1958 avec 52,9% des suffrages exprimés.
Au sein de l’Assemblée, Edouard Thibault est membre de la Commission de la production et des échanges en 1959 à 1962. Il participe également à divers organismes tels que le conseil supérieur des alcools (16 octobre 1959) ou le comité consultatif de l’utilisation d’énergie (1961).
Tout comme la commission à laquelle il appartient, ses interventions à l’Assemblée reflètent des préoccupations liées notamment aux problèmes de sa circonscription. Il s’intéresse à deux sujets principalement : la production viticole et les mines. Or le Gard est à cette époque un département de viticulture, qui détient aussi une spécialisation industrielle dans les mines grâce au bassin houiller des Cévennes. Petit bassin moins rentable que les grands bassins du Nord-Pas-de-Calais, il subit de plein fouet la crise du charbon à partir des années 1950.
Pour le problème de la viticulture comme pour celui de la politique énergétique, Edouard Thibault n’hésite pas à critiquer l’action du gouvernement surtout à partir de 1960. Le député MRP fait preuve de fortes convictions sociales envers les mineurs en difficulté et les viticulteurs en voie d’appauvrissement. Il appartient pleinement en ce sens à la mouvance de gauche du MRP, issue notamment de la Jeune République.
Le député MRP aborde à deux reprises à l’Assemblée nationale les problèmes de la viticulture. Le 13 novembre 1959, lors de la discussion de la politique viticole du gouvernement, il dénonce la détérioration de la condition des viticulteurs des petites exploitations. Il demande au gouvernement de venir en aide à la petite exploitation viticole en difficulté, notamment en Provence. Lors du débat sur les mesures en faveur de la viticulture (16 juin 1961), il n’hésite pas affirmer que « le gouvernement se berce d’illusions » quant au mal profond touchant ce secteur. Il appelle à la création d’une société professionnelle d’intervention et la réduction des taxes touchant les produits viticoles. Il dénonce la paralysie du gouvernement en la matière ; cette paralysie vient selon lui du fait que le gouvernement souhaite reconvertir cette région au lieu de résoudre les problèmes auxquels elle fait face. Edouard Thibault, comme pour les mines, s’oppose à l’idée d’une reconversion de la région, la vocation des terres méridionales étant, selon lui, viticole.
Le problème minier figure au cœur des préoccupations et des interventions d’Edouard Thibault. Sa position sur ce sujet évolue entre 1959 et 1962, à mesure que la politique du gouvernement change elle aussi. Lors d’une discussion relative à la politique de l’énergie le 10 décembre 1959, il salue la politique du gouvernement qui est « inspirée par le souci de l’humain autant que par des facteurs économiques et les impératifs de la technique ». Il fait néanmoins quelques suggestions quant à la crise qui s’annonce dans l’industrie charbonnière à cette époque. S’il salue la création d’un bureau de conversion et développement industriel par le gouvernement, il critique certains points de cette politique énergétique. Edouard Thibault s’élève en effet contre l’idée que le charbon serait une énergie périmée, dépassée par le pétrole. Il demande donc que l’Etat finance le régime de la sécurité sociale des mineurs, afin de baisser le prix du charbon pour le rendre plus compétitif. Edouard Thibault s’insurge contre les possibilités d’abandon de certains bassins houillers, notamment celui des Cévennes. Il en démontre la vitalité et évoque les conséquences désastreuses d’un possible abandon de la production charbonnière dans cette région. Les préoccupations sociales d’un député « qui vit dans la familiarité des travailleurs de la mine » sont omniprésentes dans son discours de défense de petits bassins miniers.
Le 6 mai 1960, il dénonce l’inaction du gouvernement qui, faute de mesures, a laissé la crise minière s’aggraver. Dans des termes assez violents, il critique « le gouvernement qui est coupable d’avoir fait peu (..), gouvernement coupable d’avoir laissé s’installer un climat de désespoir dans les régions minières ». Dans un discours aux résonances presque socialistes, il évoque la condition difficile des mineurs soumis au chômage partiel, demande l’octroi d’une journée de repos payé par quinzaine et défend la récente grève dans le bassin des Cévennes. Il suggère enfin une taxe sur le fuel et la limitation des importations de charbon qui concurrencent les charbonnages français.
Le 21 octobre 1960, Edouard Thibault critique les mesures, prévues par le plan d’assainissement de l’industrie charbonnière, de mise en retraite anticipée des mineurs, qui vont compromettre les conditions de vie des mineurs, de leurs enfants et de leurs veuves. Il évoque en outre la récente grève, dans les bassins du Midi, des mineurs revendiquant une nouvelle politique de l’énergie respectant les « exigences du progrès social et les droits des travailleurs », en l’occurrence une orientation de la production charbonnière vers les centrales thermiques. Il appelle à la levée des sanctions prises contre les mineurs grévistes, autrement dit au rétablissement de leur prime de résultat qui leur avait été enlevée.
Enfin, lors de la discussion du projet de loi de finances pour 1962 (27 octobre 1961) et du projet de loi portant approbation du IVème plan (7 juin 1962), il demande à nouveau un soutien pour l’industrie charbonnière au nom d’impératifs sociaux et d’impératifs de défense nationale. Il dénonce une nouvelle fois ce qu’il perçoit comme de la timidité et un manque de prévoyance de la part du gouvernement. Suggérant que le fuel ne sera pas toujours aussi bon marché qu’en 1961, il conçoit comme une politique de court terme l’arrêt de la production nationale de charbon. D’un point de vue social, Edouard Thibault se prononce pour un maintien des industries existantes plutôt qu’une reconversion systématique. Du point de vue de l’indépendance nationale, il considère que la possession de l’arme atomique est inutile si le pays perd – en arrêtant la production de charbon – son indépendance énergétique.
Les interventions d’Edouard Thibault témoignent donc d’une évolution dans son attitude vis-à-vis de la politique gouvernementale sur les questions viticoles et minières. Ses positions lors des votes importants de la première législature évoluent de même. S’il s’est abstenu lors de l’approbation du programme du gouvernement Debré (16 janvier 1959), il vote néanmoins la confiance à ce même gouvernement le 15 octobre 1959. Fidèle à ses engagements démocrates-chrétiens, il vote le 23 décembre 1959 pour le texte du projet sur l’enseignement privé qui permet et systématise le financement par l’Etat de l’enseignement privé. Le 2 février 1960, après la Semaine des barricades, qu’il décrit, dans son discours du 21 octobre 1960, comme un mouvement de factieux, il accepte d’accorder au gouvernement des pouvoirs spéciaux pour rétablir l’ordre. Absent lors du vote de confiance du gouvernement Pompidou (27 avril 1962), il ne prend pas non plus part au vote concernant la demande de levée de l’immunité parlementaire de Georges Bidault. Comme de nombreux MRP, il n’a vraisemblablement pas voulu condamner un ancien camarade démocrate-chrétien. Enfin, le 4 octobre 1962, il vote, comme de nombreux MRP, la motion de censure contre le gouvernement Pompidou, ce qui marque l’aboutissement de son éloignement de la politique gouvernementale.
Il est battu dans sa circonscription en 1962 par le communiste Roger Roucaute, maire d’Alès qu’il avait déjà affronté en 1956 et 1958 et décide de ne plus se représenter. Il reste conseiller général du Gard jusqu’en 1964 ; élu maire de Saint-Ambroix en 1959, il le reste jusqu’en 1971. Il assure de 1963 à 1977 la fonction de délégué général du comité français contre la faim dans le monde (FAO).

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