Onglet actif : Les premiers congés payés
Onglet actif : De la revendication de second plan au progrès moral incontesté
Considérée comme la plus symbolique des avancées sociales du Front populaire, la loi du 20 juin 1936 sur les congés payés, ne figurait pourtant pas dans le programme électoral des partis de gauche. Elle n’était pas, non plus, une revendication prioritaire des salariés, comme en témoigne un journaliste de France Soir, le 27 juillet 1936 : « Le plus curieux, c’est que lorsqu’ils [les ouvriers] déposèrent leur cahier de revendications, au moment de l’occupation des usines, beaucoup avaient oublié de mentionner les vacances payées. Ils n’y pensaient pas ».
Avec les congés payés, c’est la question du statut du travail et sa fonction même au sein de la société qui se trouvent posée: « Le loisir devient presque plus important que le travail […] Le loisir, au lieu d’être un court moment de repos, de récupération des forces, deviendra au contraire la part la plus importante de la vie », déclare Léon Blum, dès 1934. Plusieurs pays dont l’Allemagne, en 1905, avaient déjà inscrit le droit à des congés rémunérés dans leurs législations. D’ailleurs, le principe même de vacances payées existait, dans les faits, avant 1936 en France, mais seuls les fonctionnaires, certains employés de bureau et de commerce ainsi que les salariés d’entreprises subventionnées par l’État, pouvaient en bénéficier.
Lors des grèves de 1936, la revendication pour un droit à des congés payés fait, peu à peu, son chemin jusqu’à devenir une revendication de premier plan, notamment dans le nord de la France et en région parisienne. Dès le lendemain de son élection, Léon Blum annonce, à l’occasion de sa première allocution radiodiffusée, le dépôt immédiat du projet de loi dans l’espoir de mettre un terme à l’occupation des usines. Les congés payés figurent ainsi dans la série des textes à voter avant les vacances parlementaires, au côté d'autres lois emblématiques du Front populaire : la semaine de quarante heures, les conventions collectives et la prolongation de la scolarité jusqu’à 14 ans. La Chambre des députés adopte le projet de loi sur les congés payés, le 11 juin 1936, par 563 voix pour contre une.
La loi est promulguée le 20 juin 1936 et les décrets d’application sont pris dès le 1er août.
