Audition de Mme Alice GUITTON, Directrice générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées

Communiqué de presse

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Communiqué de presse
Lundi 25 mai 2020

 

Audition d’Alice GUITTON :

« Nous devrons tirer les conséquences de cette crise sanitaire sur la sécurité et la défense en Europe, ainsi que sur notre résilience collective face à ce type de menaces. (…)

Nous devrons réfléchir collectivement et nous donner les moyens de créer une cohésion et une souveraineté européennes effectives et robustes. »

 

Alice GUITTON, Directrice générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère des Armées, a été auditionnée mercredi 20 mai en visio-conférence par la Commission de la Défense et des Forces armées. Elle a présenté un premier bilan de l’impact de la crise sur l’action internationale du ministère et a évoqué les enjeux internationaux immédiats de la crise.

Françoise DUMAS, Présidente de la Commission, a tenu à rappeler en propos liminaires que le risque sanitaire avait été clairement identifié depuis de nombreuses années, déjà dans le Livre blanc de 2008 et qu’il convient donc de s’interroger sur le décalage entre ces avertissements et la situation d’impréparation de la communauté internationale. Alice GUITTON a confirmé que, « cette pandémie n’est pas un « black swan », un phénomène totalement imprévisible ».

La DGRIS a suivi les évolutions internationales liées à la crise, en s’appuyant notamment sur la contribution des personnels en poste à l’étranger. Les attachés de défense ont été parties prenantes des cellules de crise mises en place dans les ambassades et ont œuvré au rapatriement des ressortissants français.

La crise sanitaire a donné lieu à une réaction initiale en ordre dispersé des pays européens qui ont pris des mesures unilatérales et non coordonnées (fermetures des frontières, restriction des déplacements, confinement…). Par la suite des gestes de solidarité bilatéraux se sont multipliés (transport et accueil de patients étrangers, dons d’équipement, partage et échanges d’informations…) et les institutions multilatérales se sont mobilisées (OMS, G20 et Conseil de sécurité des Nations-Unies). Au niveau européen, deux réunions de crise des ministres de la défense dans le cadre de l’Initiative européenne d’intervention ont permis de partager les analyses et de coordonner certaines actions. L’Union européenne a mis en place une Task Force pour partager des informations entre Etats européens et assurer l’interface avec les entités chargées de la gestion de crise et l’OTAN. Cette dernière s'est elle aussi mobilisée, en mettant à disposition ses capacités de soutien logistique, d'analyse et de planification. Cette crise est un parfait exemple de l'importance de la coopération entre l'OTAN et l'UE dans une perspective d'optimisation des résultats et des moyens.

La situation est différente en Afrique. Si le continent n'a pas connu la propagation fulgurante redoutée, les vulnérabilités et le risque de cumul de difficultés sanitaires, sécuritaires ou de gouvernance, associés aux effets de la crise économique qui s'annonce, appellent notre plus grande vigilance. La France, qui est engagée aux côtés des pays du Sahel pour combattre les groupes armés terroristes avec l’opération Barkhane, a maintenu la totalité de ses activités et opérations, indépendamment du contexte sanitaire. Elle a aussi mobilisé ses partenaires européens pour lancer la Task Force Takuba.

Alice GUITTON a évoqué en outre les enjeux liés à la « diplomatie du masque » et à la désinformation. Les batailles d’influence se traduisent par des stratégies de communication actives et par des aides médiatisées vers les pays touchés. La crise sanitaire est devenue un enjeu stratégique dans la compétition ouverte entre les Etats-Unis et la Chine.

Le premier risque du Covid est celui d’une exacerbation des tensions, à présent mises à nu, et d’une aggravation des désordres mondiaux. La crise a agi comme un catalyseur des grandes menaces préexistantes, dont le terrorisme. Il existe un risque réel d’une réimplantation durable de l’Etat islamique au Levant et de la reconstitution de sa capacité à frapper à grande distance. La prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs demeure également une menace grave, d’autant que les pays proliférants sont moins surveillés depuis que l’attention de la communauté internationale est concentrée sur le Covid. Enfin, la compétition stratégique entre les grandes puissances continue à s’exercer dans tous les domaines (cyber, spatial et champ informationnel).

La DGRIS a conclu en insistant sur la nécessité de préserver les moyens des Armées. L’ambition prévue par la loi de programmation militaire 2019-2025, comme celle par ailleurs du fonds européen de défense, doit être maintenue pour faire face aux défis et aux surprises stratégiques d’aujourd’hui et de demain et contribuer à la relance de l’industrie française et européenne.

Après avoir été longuement interrogée par les députés de la Commission, Alice GUITTON a été remerciée par Françoise DUMAS qui a souligné le rôle de révélateur et d’accélérateur joué par la crise du Covid 19, qui amplifie les tendances déjà observées : rivalité américano-chinoise, renforcement des menaces hybrides, mise en cause du multilatéralisme. Notant que le monde issu de cette crise est susceptible d’être encore plus dangereux que naguère, elle a rejoint la conclusion de la directrice générale sur la nécessité pour la France et l’Europe de se doter des moyens d’y répondre efficacement.

 

 

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