La réunion est ouverte à 16h10, au 5ème bureau, en présence de membres du groupe d’études
Mme Clémence Guetté, députée du Val-de-Marne (LFI-NFP), coprésidente du groupe d’études, et M. Jimmy Pahun, député du Morbihan (Les Démocrates), coprésident du groupe d’études arrêtent conjointement la composition suivante du bureau du groupe d’études :
M. Antoine Golliot, député du Pas-de-Calais (RN), vice-président du groupe d’études
M. Pierre-Yves Cadalen, député du Finistère (LFI-NFP), vice-président du groupe d’études
M. Christophe Proença, député du Los (Socialistes), vice-président du groupe d’études
Mme Dominique Voynet, députée du Doubs (écologiste et social), vice-présidente du groupe d’études
M. Bertrand Bouyx, député du Calvados (Horizons), vice-président du groupe d’études
M. Éric Coquerel, député de Seine-Saint-Denis, (LFI-NFP), secrétaire du groupe d’études
M. Mickaël Bouloux, député d’Ille-et-Vilaine (Socialistes), secrétaire du groupe d’études
La réunion est levée à 16h20
La réunion est ouverte à 16h50, en salle Colbert, en présence de près de 150 invités
M. Jimmy Pahun, député du Morbihan (Les Démocrates), coprésident du groupe d’études, remercie la venue de la communauté polaire à ce colloque scientifique, ainsi que leur patience pour le léger retard de cette conférence, expliqué par le vote concomitant de la proposition de résolution tendant à créer un Institut Océan de l'université des Nations unies en France, adoptée à l’unanimité à 16h45.
Sous les applaudissements de l’audience, Monsieur Pahun loue le rôle de la science, en particulier polaire, dans la prise de décisions publiques et la compréhension du monde. Familiarisé par sa visite avec la coprésidente sur le terrain de la base Dumont d’Urville (DDU) et ses rencontres avec des universitaires et chercheurs, il réaffirme l’importance qu’il accorde à la recherche polaire au Parlement, dans son contrôle des lignes budgétaires et ses relations avec le Gouvernement.
Monsieur le président rappelle alors le contexte politique du présent colloque, marqué par la rédaction d’une stratégie polaire à l’horizon 2030 et par les annonces présidentielles de doublement du budget de la recherche polaire à 1 milliard d’euros d’ici 2030 lors du One Planet – Polar Summit. Les grands axes de travail ainsi dressés comprennent la rénovation des stations de recherche antarctiques DDU et Concordia, la construction d’un navire océanographique à capacité glace (le Michel Rocard), la définition d’une programmation scientifique et le renforcement de l’Institut polaire Paul-Émile Victor (IPEV). Ces mesures étaient, pour mémoire, contenues dans la proposition de loi de programmation polaire pour les années 2024-2030, co-construite par le groupe d’études et la communauté polaire et signée par 300 députés et sénateurs.
Dans ce contexte, Monsieur le président réaffirme son engagement sur deux points :
- la demande d’une hausse des moyens budgétaires attribués à la recherche polaire, en adéquation avec les annonces présidentielles, sans laquelle le Gouvernement devra choisir quelle infrastructure de recherche abandonner en milieu polaire ;
- le souhait que soit publié le rapport commandé par la ministre de la recherche, Mme Sylvie Retailleau, au sujet d’un éventuel rapprochement entre l’IPEV et l’IFREMER ou le CNRS, au sujet duquel M. Pahun exprime des doutes et questionnements.
Mme Clémence Guetté, députée du Val-de-Marne (LFI-NFP), coprésidente du groupe d’études, poursuit ces prises de paroles inaugurales en remerciant la participation de l’ensemble de la communauté polaire à ce colloque consacré à la programmation scientifique. Elle réaffirme l’importance de la recherche polaire, dans toute la diversité de ses disciplines, qui permet d’évaluer les causes et effets des crises environnementales contemporaines. Tout récemment, celle-ci a notamment permis de déterminer qu’un minimum historique avait été atteint concernant la surface de banquise cumulée autour de l’Arctique et de l’Antarctique, que l’intensité du courant océanique de l’Amoc pourrait diminuer de 20 % d’ici à 2050 et que la montée du niveau de la mer était plus rapide que prévu. Ces phénomènes régionaux produisent également des effets à l’échelle globale, notamment en matière d’absorption du carbone par les océans.
Or, les restrictions budgétaires ont particulièrement affecté l’enseignement supérieur et la recherche, qui ont vu leurs crédits réduits de 1,5 milliard d’euros pour 2025, malgré des amendements de hausse de crédits adoptés en commission des finances à l’Assemblée nationale mais non retenus par le texte du gouvernement, adopté selon la procédure de l’article 49.3 de la constitution.
La recherche polaire est également menacée au-delà des frontières françaises, tel que le rappelle la censure par la nouvelle administration américaine des articles scientifiques mentionnant le « changement climatique ». Sur ce point, Madame la présidente remercie les 2000 chercheurs français qui, le 7 mars dernier, dans le cadre du mouvement Stand Up for Science, ont défilé dans les rues du pays pour défendre le savoir comme bien commun. Plus généralement, elle salue la poursuite de la recherche scientifique, qui a mis en lumière la présence d’oxygène moléculaire dans les fonds marins, et permis le forage d’une carotte glaciaire sur 3 kilomètres de profondeur afin de déterminer les évolutions du climat sur les 1,2 million années passées.
M. Gaël Durand, directeur de recherche au CNRS, inaugure les échanges sur la programmation scientifique en matière de recherche polaire. Il présente à l’audience la démarche de la rédaction du rapport de prospective polaire, coordonné par le CNRS et l’institut national des sciences de l’univers (INSU) avec la contribution de 50 chercheurs de la communauté polaire et de 18 organismes de recherche. Il rappelle les enjeux géopolitiques majeurs de ces environnements de recherche : inaccessibilité de l’Arctique russe depuis 2022, accélération de l’extraction de ressources en Alaska, prétentions territoriales sur le Groenland, intérêt croissant de la Chine pour la région. Il récapitule les menaces soulevées par le changement climatique, deux à trois fois plus rapide en Arctique que dans le reste du monde (effets sur 4 millions d’habitants locaux, propagation d’une épidémie de grippe aviaire, réduction de l’absorption du carbone par les océans polaires, doublement du rythme de montée des eaux). Même en respectant l’accord de Paris et en stabilisant le réchauffement atmosphérique à 1,5 degré, sur 5000 ans, le niveau des mers pourrait connaître une augmentation de 0,4 m à 4 mètres.
Monsieur Durand appelle en ce sens à une collaboration européenne et internationale accrue, notamment lors de la troisième conférence des NU sur les océans de juin 2025. A l’échelle nationale, il rappelle le rôle fondamental de l’IPEV en matière de recherche polaire. Sa situation financière est toutefois critique, en raison d’un déficit financier annuel moyen de 3,5 millions d’euros depuis 2020.
Concernant les travaux de prospective scientifique, Monsieur Durand propose une typologie des piliers disciplinaires, des défis scientifiques et des caractéristiques méthodologiques de la recherche polaire. Une analyse lexicale des études scientifiques indiquerait une forte interdisciplinarité entre piliers de recherche, appelant à une approche globale et prospective. Il préconise en ce sens un programme de recherche de 100 millions d’euros sur 10 ans, cohérent avec la proposition de loi de programmation budgétaire polaire.
MmeRym Msadek, chargée de recherche au CNRS et représentante du consortium CLIMArcTIC, présente alors les modalités d’action de ce consortium pluridisciplinaire sur 6 ans (2022-2028) regroupant 44 chercheurs et ingénieurs issus de 14 laboratoires et doté d’un budget de 2,5 millions d’euros. Il vise à évaluer les évolutions hétérogènes des régions arctiques, notamment sous l’angle des inégales capacités d’adaptation des populations locales. Le consortium porte également des actions d’information du public (expositions, formations de professeurs, etc.)
Mme Amaelle Landais-Israël, directrice de recherche au CNRS, présente le projet européen Beyond EPICA, qui est parvenu à forer et collecter une carotte de glace de 2800 mètres de long dans la calotte antarctique. Les échantillons collectés, en cours d’acheminement vers l’Europe pour analyse, permettront de déterminer, pour la première fois, la composition de l’atmosphère au-delà de 800 000 ans dans le passé, avec des conséquences majeures pour l’ensemble des études polaires et climatiques.
M. Olivier Poivre d'Arvor, ambassadeur pour les pôles et les océans, commence ces propos en remerciant la nouvelle administration américaine pour avoir rappelé l’importance géostratégique de la région (économie extractive, transport de marchandises, etc.).
Il critique la piste de fusion de l’IPEV et de l’IFREMER, considérant que, dans un contexte d’importance accrue d’une recherche spécialisée dans la recherche polaire et le changement climatique, on ne supprime pas le corps de sapeurs-pompiers lorsqu’il y a un incendie.
Il appelle de ses vœux un renforcement de la coordination interministérielle, par-delà le seul ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, associant notamment le ministère des affaires étrangères, de la transition écologique, de l’économie et de la défense.
Au sujet du projet de rénovation de la station DDU, Monsieur l’ambassadeur affirme que le principal obstacle n’est pas l’importance des crédits budgétaires accordés, mais des défis de pilotage politique au sein et entre l’IPEV et le ministère de tutelle. Interpellé par l’audience, il précise que la lisibilité budgétaire est en effet un enjeu significatif et réaffirme son soutien pour les équipes de l’IPEV, tout en réitérant ses interrogations quant au pilotage technique et politique du projet.
Madame Julie Charrier, doctorante, inaugure la phase du colloque scientifique dédiée aux thèses récentes en matière de recherche polaire. Elle présente ses études relatives au rôle de la fonte des glaces quant à la contamination au mercure des oiseaux marins en Arctique, et souligne la portée globale de ses résultats en matière d’alimentation des populations humaines en Arctique et pour la régulation des émissions de mercure à l’échelle mondiale.
Madame Marine Duc, doctorante et enseignante-chercheuse, présente quant à elle les liens entre le système scolaire groenlandais, la formation des élites locales et la reproduction des inégalités socio-économiques entre populations locales et danoises à la lumière de l’héritage colonial.
Monsieur Nelson Ollard, doctorant, expose à son tour ses travaux relatifs au système juridique du traité sur l’Antarctique, à la lumière d’une étude de cas portant sur les relations entre les systèmes spéciaux, traités spécialisés sur une thématique ou une aire géographique particulière de l’Arctique, et le système général reposant sur des textes juridiques à portée globale.
Monsieur Augustin Clessin, doctorant, conclut ces présentations avec une synthèse de ses travaux sur la grippe aviaire en zone subantarctique, portant sur l’historique de transmission, l’impact sur les populations animales et, de manière globale, sur la modélisation et la compréhension des maladies zoonotiques.
Monsieur Yannick Fagon, chef du projet de la rénovation de la station DDU, présente alors l’avancement des travaux et ses projections budgétaires (40 à 100 millions d’euros, sur une période de 1 à 5 ans). Il rappelle tout d’abord le contexte et la nécessité technique de rénovation de la station, dont le schéma directeur initial date de 1962 (insuffisance des espaces de bureau ; dépendance au carburant pour l’approvisionnement énergétique ; absence de traitement des eaux usées, etc.). Il souligne également que près de 21 projets de rénovation de stations de recherche étrangères sont en cours, dont six constructions à neuf. Il enjoint dès lors au recrutement d’effectifs supplémentaires, au renforcement de la lisibilité budgétaire et à la création d’un comité de pilotage.
M. Jimmy Pahun, coprésident du groupe d’études, remercie ces interventions et apporte des éléments additionnels concernant les crédits budgétaires accordés à la recherche polaire :
- Construction du nouveau navire de recherche : l’Ifremer a bénéficié en 2024 de 10 millions d’euros en autorisation d’engagement et de 2 millions d’euros en crédit de paiement ;
- IPEV : l’institut a obtenu une hausse pour 2024 de 4 millions d’euros de subvention de charge de service public par rapport à son bilan initial 2024, et une nouvelle hausse de 2 millions d’euros pour 2025. Malgré cela, pour l’année 2025, les prévisions de l’IPEV portent à 7 millions d’euros son déficit budgétaire ;
- Rénovation de la station DDU : une première enveloppe de crédits d’investissement de 7,7 millions d’euros a été attribuée à l’IPEV entre 2021 et 2023.
Tout en saluant les efforts budgétaires ponctuels et le lancement des travaux, Monsieur Pahun souligne la faible adéquation entre les moyens accordés et la trajectoire budgétaire annoncée par le Président de la République.
Mme Clémence Guetté, coprésidente du groupe d’études, souligne à nouveau l’importance et la pluridisciplinarité de la recherche polaire, qui porte également sur les domaines de l’épidémiologie, de la biodiversité et de la géopolitique. Dans ce contexte, elle qualifie de criminelles les coupes budgétaires prévues par la loi de finances pour 2025.
M. Éric Coquerel, président de la commission des finances et secrétaire du groupe d’études, condamne les actions en Arctique et Antarctique de la nouvelle administration américaine, et entrevoit à terme une sortie des Etats-Unis du système juridique de l’Antarctique.
M. Coquerel revient sur la programmation budgétaire de la recherche polaire, en rappelant les estimations proposées en matière d’investissements verts (37 milliards d’euros de plus d’ici 2030) et de recettes de la proposition de loi instaurant un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des ultra riches (15 milliards d’euros). Il appelle ainsi de ses vœux l’établissement d’une loi de programmation budgétaire polaire cohérente avec les annonces présidentielles.
Anne Choquet-Sauvin, Présidente du comité national français des recherches arctiques et antarctiques (CNFRA) et membre du public, prend la parole lors d’un échange avec la salle, en remerciant la qualité des interventions des membres présents, rappelant les missions de recherche et de représentation du CNFRA et confirmant son soutien à la consolidation des missions et des moyens de l’IPEV.
Madame Dominique Voynet, députée du Doubs (écologiste et social) et vice-présidente du groupe d’études, salue la vigueur et la ténacité du groupe d’études, et critique la faible adéquation entre les discours et les actes au sujet du changement climatique.
Monsieur Mickaël Bouloux, député d’Ille-et-Vilaine (Socialistes) et secrétaire du groupe d’études, rejoint Madame Voynet et exprime, en tant qu’ancien rapporteur spécial pour les crédits de la mission Recherche, son engagement continu en faveur de la recherche polaire.
Monsieur Pascal Lecamp, député de la Vienne (Les Démocrates) et président du groupe d’amitié France-Norvège, plaide également pour l’adoption d’une loi de programmation budgétaire. Il propose de systématiser l’établissement d’une loi de programmation à la suite de toute annonce budgétaire présidentielle ou gouvernementale. Il enjoint à la coopération franco-norvégienne en matière de recherche polaire, en soulignant les avantages comparatifs de ces deux États en la matière.
Madame Clémence Guetté, coprésidente du groupe d’études, salue le caractère transpartisan du groupe d’études, en soulignant la présence de 6 groupes politiques lors du colloque. Elle rappelle à la communauté scientifique le rôle des députés de contrôle et d’évaluation du gouvernement, qu’elle propose de mettre à leur service.
Monsieur Jimmy Pahun, coprésident du groupe d’études, conclut le colloque en revenant sur les enseignements principaux de la conférence : l’avancement autonome de la communauté polaire sur ses travaux scientifiques et sur la reconstruction de DDU et la nécessité d’une lisibilité budgétaire accrue. Il salue l’engagement continu de la communauté polaire, dont l’ambassadeur pour les pôles et océans qu’il remercie, et le directeur de l’IPEV auquel il remet une médaille in absentia.
La réunion est levée à 19h30