1918-1945 De l'entre deux-guerres à l'effondrement de la IIIe République

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Onglet actif : Les faits

Les conquêtes sociales du Front populaire

Les premières élections après la fin de la guerre ont lieu en novembre 1919. Elles voient une très nette victoire de la droite. C'est la chambre « bleu horizon ». L'échec de la gauche conduit à une scission du parti socialiste lors du congrès de Tours en décembre 1920 : la majorité opte pour l'adhésion à l'Internationale communiste, la tendance minoritaire conserve la SFIO (Section française de l'Internationale socialiste).

Le Gouvernement de Raymond Poincaré est confronté entre 1922 et 1924 au refus allemand de continuer à verser les réparations matérielles et financières imposées par le traité de Versailles - refus auquel il réplique en envahissant la Ruhr - puis à une spéculation contre le franc. Il entend mener une politique d'économies mais les mesures de redressement (augmentation des impôts, diminution des emplois de fonctionnaires) sont impopulaires.

Aux élections de mai 1924, la droite est très nettement battue par le Cartel des gauches mais aucun des chefs de file du Cartel n'accepte d'être nommé Président du Conseil par le Président de la République Alexandre Millerand. Ce dernier est alors contraint à la démission par la « grève des ministres »; il est remplacé par Gaston Doumergue. Edouard Herriot, président du parti radical, est nommé Président du Conseil le 15 juin 1924. Il forme un Gouvernement de centre-gauche qui reconnaît l'Union soviétique et fait voter l'abrogation des mesures d'austérité de Poincaré. Mais il est confronté à une crise de trésorerie et est renversé par le Sénat qui rejette un projet d'impôt sur la fortune. Par la suite, les Gouvernements Painlevé et Briand échouent dans le lancement d'un emprunt, puis sont confrontés à un risque de faillite. Sept ministres des Finances en quatorze mois ne parviennent pas à enrayer la panique financière ; les petits épargnants retirent leurs dépôts des caisses d'épargne ; le franc chute. C'est la fin du Cartel des gauches.

Raymond Poincaré constitue en juillet 1926 un cabinet d'Union nationale pour sauver le franc. La confiance revient et on assiste à un retour des capitaux de l'étranger. Les élections d'avril 1928 sont un succès personnel pour Poincaré mais rapidement la majorité se disloque, les ministres radicaux décidant de quitter le Gouvernement. C'est finalement sur une « concentration républicaine » (centre et droite républicaine) que Poincaré s'appuie avant de se retirer, malade, en juillet 1929.

S'ensuivent de nouveau trois années d'instabilité, les Gouvernements tombant successivement sur des questions parfois secondaires.

Les élections de mai 1932 voient la victoire de la gauche (le « nouveau Cartel des gauches »). Herriot redevient Président du Conseil dans un Gouvernement à dominante radicale. Il présente des mesures d'économies budgétaires votées par la droite et certains radicaux. Mais il est renversé au bout de six mois. Cinq Gouvernements se suivent jusqu'au 6 février 1934 ; la Chambre des députés compte alors seize groupes parlementaires et les alliances sont fluctuantes, notamment de la part des radicaux. Dans le même temps, les ligues antiparlementaires sont réactivées ou créées : « les  Croix de feu» du colonel de la Roque, les Volontaires nationaux, la Fédération des contribuables, la Solidarité française, les Francistes.

Une nouvelle crise secoue le pays en décembre 1933 : l'affaire Stavisky. Dénoncé par la presse, le scandale des faux bons de caisse du Crédit municipal de Bayonne et la corruption provoquent le renversement du Gouvernement Chautemps remplacé par Daladier. Des manifestations de rue ont lieu. Daladier renvoie le préfet de police tenu pour complice de l'agitation, ce qui suscite le 6 février 1934 une manifestation qui tourne à l'émeute. Dans la soirée, celle-ci est à son comble place de la Concorde, face au Palais Bourbon, au moment où se prolonge le débat sur la confiance au Gouvernement. La police est débordée. Des coups de feu sont tirés. On dénombre 15 morts et 1 500 blessés. Alors que le Gouvernement Daladier vient, dans la soirée, d'obtenir la confiance de la Chambre par 360 voix contre 220, il démissionne le lendemain. Le 8 février, le Président de la République Albert Lebrun rappelle de sa retraite Gaston Doumergue.

Gaston Doumergue, constitue un ministère d'Union nationale mais il démissionne en novembre de la même année après la défection de ministres radicaux. Tandis que la crise financière et monétaire internationale, arrivée en France en 1931, s'aggrave, Laval devient Président du Conseil en juin 1935 ; il obtient les pleins pouvoirs et réduit les dépenses publiques et les traitements des fonctionnaires de 10%. Mais sa politique de concessions à l'égard de l'Italie mussolinienne est contestée et, une nouvelle fois, des ministres radicaux démissionnent, entraînant sa chute.

Face à cette situation d’instabilité chronique et surtout à la crainte d’une montée du fascisme, crainte alimentée par le regain d’activité des ligues et l’arrivée au pouvoir de Mussolini en Italie puis d’Hitler en Allemagne, socialistes, communistes et radicaux se rapprochent, sous la pression de la base. Maurice Thorez lance le 13 novembre 1934 la formule du « Front populaire du travail, de la liberté et de la paix ». Le mouvement se structure et adopte en janvier 1936 un programme.

Les 26 avril et 3 mai 1936, le Front populaire remporte une très large victoire aux élections législatives. Il obtient 386 élus sur 608 : 149 socialistes, 72 communistes (au lieu de 11 en 1932), 56 divers gauche et 109 radicaux. Dans les jours qui suivent, avant même la nomination du Gouvernement, un vaste mouvement de grèves s’organise. Parti de quelques usines en province, ce mouvement, d’espoir autant que de contestation, s’étend rapidement à toute la France. On compte jusqu’à 12 000 grèves et plus de 1,8 million de  grévistes, souvent avec occupation des lieux de travail.

Léon Blum est nommé président du Conseil le 4 juin 1936. Il choisit de n’avoir aucun portefeuille pour se consacrer entièrement à la direction du Gouvernement. Les radicaux participent au Gouvernement tandis que les communistes pratiquent « le soutien sans participation ». Pour la première fois, trois femmes (Cécile Brunschvicg, Irène Joliot-Curie et Suzanne Lacore) sont nommées sous-secrétaires d'État, alors même que les femmes n’ont pas encore le droit de vote ni d’éligibilité.

Le 5 juin 1936, Blum, assisté des ministres Roger Salengro et Max Dormoy et du secrétaire général du Gouvernement Jules Moch, réunit à Matignon les représentants du patronat (la CGPF) et la CGT. Dans la nuit du 7 au 8 juin sont signés les accords Matignon, qui prévoient une revalorisation des salaires, l'exercice du droit syndical, l'élection de délégués ouvriers dans les établissements de plus de dix salariés et l'engagement des ouvriers de mettre fin aux grèves. Le 6 juin 1936, Blum présente son programme de réformes devant la Chambre des députés. La confiance est votée par 384 voix contre 210. Au cours de cette séance, il annonce un certain nombre de mesures sociales destinées à compléter les accords de Matignon. Trois jours plus tard, le Gouvernement dépose les projets de loi « instituant un congé annuel payé dans l'industrie, le commerce, les professions libérales, les services domestiques et l'agriculture » (15 jours) et « instituant la semaine de quarante heures dans les établissements industriels et commerciaux et fixant la durée du travail dans les mines souterraines », qui sont très rapidement adoptés à la Chambre des députés puis au Sénat ; les lois sont promulguées respectivement les 20 et 21 juin 1936.

D'autres lois viennent compléter les réformes sociales engagées : amélioration des assurances sociales et de certaines allocations de chômage, retraites des mineurs, suppression des prélèvements de 10% sur les salaires et les pensions…

Mais l'embellie de l'été fait place aux difficultés de l'automne. Le Front populaire se fissure sur la question de la Guerre d’Espagne, les communistes étant favorables à une intervention. De plus, la situation économique continue de se dégrader (le franc est dévalué, les capitaux fuient) et Léon Blum annonce en février 1937 une « pause » dans les réformes qui heurte ses alliés communistes. En juin 1937, le Gouvernement demande les pleins pouvoirs financiers au Parlement. Acceptés par la Chambre des députés, ils sont rejetés par le Sénat. Léon Blum démissionne le 22 juin 1937.

La formule du Front populaire se poursuit néanmoins sous les Gouvernements Chautemps jusqu'au 10 mars 1938. Hitler envahit l'Autriche le 12 mars et réalise l'Anschluss. Blum constitue un deuxième Gouvernement qu'il souhaite d'Union nationale, mais la droite républicaine refuse d'y participer. Ce Gouvernement chute une nouvelle fois, le 10 avril 1938, suite au refus du Sénat de lui accorder les pleins pouvoirs financiers.

Désigné Président du Conseil le 10 avril 1938, Édouard Daladier, président du parti radical, obtient les pleins pouvoirs refusés à Blum. Il dévalue le franc qui a perdu 57% de sa valeur de 1926. Le 30 septembre 1938, Hitler, Daladier, Mussolini et Chamberlain signent les accords de Munich qui prévoient l'annexion des Sudètes par l'Allemagne et garantissent les nouvelles frontières de la Tchécoslovaquie, placée devant le fait accompli. La Chambre, réunie en session extraordinaire, autorise la ratification des accords de Munich le 4 octobre 1938, par 535 voix contre 75. Les députés communistes votent unanimement contre ces accords. L'annonce de la remise en cause de la loi des 40 heures achève de disloquer le Front populaire. Le 15 mars 1939, la Tchécoslovaquie est envahie par les troupes hitlériennes et rayée de la carte. Le 1er septembre 1939 commence l'invasion allemande de la Pologne. Les nouvelles exigences d’Hitler sont jugées inacceptables par la France et la Grande Bretagne. Daladier annonce à la Chambre la mobilisation générale. Le 3 septembre 1939, la France entre en guerre.

Après la « drôle de guerre » puis la déroute de mai 1940, partisans de la poursuite de la lutte (Charles de Gaulle, sous-secrétaire d’État à la Guerre, et le Président du Conseil Paul Reynaud) et partisans de l’armistice s’opposent. Les seconds l’emportent : Paul Reynaud démissionne et est remplacé le 16 juin 1940 par le maréchal Pétain, qui installe le Gouvernement à Bordeaux puis à Vichy. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940, Pierre Laval, vice-président du Conseil, présente à la Chambre des députés et au Sénat, réunis en Assemblée nationale dans le Casino de Vichy, un projet de loi constitutionnelle visant à donner « tous pouvoirs au Gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain, à l'effet de promulguer (...) une nouvelle Constitution de l'État français ». Au terme d’un simulacre de débat, les pleins pouvoirs sont votés à une écrasante majorité. Il se trouve néanmoins 80 parlementaires, toujours connus sous ce nom des « quatre-vingts », pour dire non. Malgré leur courage, la République est morte.