Jean-Baptiste Carrier

1756 - 1794

Informations générales
  • Né le 16 mars 1756 à Yolet (Cantal - France)
  • Décédé le 16 décembre 1794 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 5 septembre 1792 au 16 décembre 1794
Département
Cantal
Groupe
Montagne

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre de la Convention, né à Yolet, près d'Aurillac (Cantal) le 16 mars 1756, exécuté à Paris le 16 décembre 1794, il était, en 1789, procureur du roi à Yolet.

Elu, le 5 septembre 1792, par le département du Cantal, avec 194 voix sur 370 votants, membre de la Convention nationale, il vota la mort de Louis XVI en disant : « Les preuves que j'ai sous les yeux démontrent que Louis est un conspirateur ; je le condamne à la mort. »

Il contribua à la formation du tribunal révolutionnaire, demanda l'arrestation du duc d'Orléans, la destitution de Biron, réclama des mesures de rigueur contre Pétion et contre les membres du côté droit de l'Assemblée, et fut un des promoteurs de la journée du 31 mai 1793.

Dans une première mission dont il fut chargé, dans les Côtes-du-Nord (septembre 1793), il préluda au rôle atroce qu'il devait jouer plus tard, en emplissant de suspects les prisons et les couvents.

La Convention l'envoya à Nantes (8 octobre 1793), et là il s'abandonna à la fureur de sang qui le possédait. Les circonstances étaient exceptionnellement graves : la guerre civile embrasait les départements de l'Ouest ; l'accaparement, l'agiotage se disputaient, à Nantes, l'agonie d'une population mourant de faim. Les royalistes du dedans entretenaient avec les Vendéens armés une correspondance suivie, et les révolutionnaires étaient en proie aux terreurs les plus vives. Mais la dictature de Carrier acheva de tout embraser. Outrepassant, dès le premier jour, les instructions qu'il avait reçues, il s'entoura d'énergumènes, d'un Grand-Maison, d'un Pinard, forma une « compagnie » chargée d'opérer des visites domiciliaires et d'arrêter les suspects, encombra les prisons, et fut le pourvoyeur implacable de la guillotine. « La frénésie de cet homme était-elle de la démence ? » a écrit Louis Blanc (Histoire de la Révolution française, tome X). On serait tenté de le croire. Il prononça des paroles et il eut des emportements qui ramènent la pensée à Caligula et à Commode. Il parlait de jeter à la mer la moitié de la ville de Lorient... Qu'il ait appelé le meurtre au secours de ses débauches ; qu'il ait fait fusiller sans jugement des maris qui gênaient ses amours ; qu'il ait autorisé ou ordonné les mariages républicains, supplice qui aurait consisté à lier ensemble un jeune homme et une jeune fille et à les précipiter ainsi dans les flots, c'est ce qui ne fut nullement établi au procès.

Une fois Carrier mis en jugement, toutes les haines, toutes les passions, toutes les terreurs, prirent à la fois la parole pour l'accabler ; et on le calomnia, comme si cela eut été nécessaire ! Contre lui, ce qui est certain suffit, et au-delà. »

« Quel torrent révolutionnaire que la Loire ! » écrivait-il le 20 frimaire an II à la Convention ; et, dans ce torrent, il inventa « les déportations verticales », « les baignades ».

L'échafaud lui ayant paru un moyen trop lent, il organisa à la fin de brumaire, la noyade de 94 prêtres, jetés par ses ordres sur un bateau à soupape et coulés à fond dans la Loire.

Le 13 frimaire (3 décembre), les Vendéens ayant attaqué Angers, l'alarme fut vive à Nantes. L'encombrement des prisons y avait produit une épidémie qui déjà envahissait la ville. Dans cette extrémité, un seul remède se présenta à l'esprit de Carrier : il fit assembler les corps administratifs de Nantes et les appela à délibérer sur la question de savoir si l'on procéderait, oui ou non, à une exécution en masse des prisonniers. Mais, cette fois, les victimes désignées en furent quitte pour la menace. Carrier ressaisit, dans la nuit du 24 au 25 frimaire, la Proie qui lui échappait : 159 prisonniers furent fusillés en masse. Cependant la ville était aux abois. Le typhus, sorti des prisons, l'avait envahie, et la Loire rejetait continuellement les cadavres noyés.

Les membres du comité de salut public informés par Jullian, venu en mission à Nantes, se hâtèrent de rappeler Carrier (20 pluviôse an II) ; ce fut Robespierre qui provoqua ce rappel.

Le décret de mise en accusation de Carrier fut voté, le 23 novembre 1794, par 498 voix sur 500 votants.

Déjà le jour de sa mise en jugement était proche, quand il pensa être sauvé par la journée du neuf thermidor. Mais la réprobation publique réclamait avec trop d'énergie le châtiment du « proconsul » ; il fut traduit devant le tribunal révolutionnaire, et après un long débat, condamné à mort et exécuté, le 16 décembre 1794.

Le Moniteur a publié les détails de son procès, qui a été reproduit aussi dans un ouvrage de Gracchus Babeuf : le Système de dépopulation, ou la vie et les crimes de Carrier.


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