Gabriel Domenech

1920 - 1990

Informations générales
  • Né le 4 septembre 1920 à Reynès (Pyrénées-Orientales - France)
  • Décédé le 14 mai 1990 à Marseille (Bouches-du-Rhône - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Basses-Alpes
Groupe
Républicains populaires et centre démocratique
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 16 mars 1986 au 14 mai 1988
Département
Bouches-du-Rhône
Groupe
Front national

Biographies

Biographie de la Ve République

DOMENECH (Gabriel, Pierre, Michel)
Né le 4 septembre 1920 à Reynès (Pyrénées-Orientales)
Décédé le 14 mai 1990 à Marseille (6ème)

Député des Basses-Alpes de 1958 à 1962

Député des Bouches-du-Rhône de 1986 à 1988

Gabriel Domenech naît le 4 septembre 1920 à Reynès (Pyrénées-Orientales), dans une famille catalane d’un père mineur et d’une mère cultivatrice. Il grandit à Marseille, dans le quartier de la Catelette et, après sa scolarité à l’Ecole primaire supérieure Pierre-Puget, obtient le brevet élémentaire et le brevet d’enseignement primaire supérieur. Pendant le second conflit mondial, il est d’abord appelé aux Chantiers de Jeunesse en 1941, avant d’être soumis par la suite au Service du travail obligatoire (S.T.O.) pour lequel il passe vingt-six mois à Nuremberg, en Allemagne.

À son retour, il épouse Antoinette Cocordano, union de laquelle naissent ses trois enfants. L’après-guerre accompagne ses premiers pas dans le journalisme, métier qui le passionne et qu’il ne quittera plus. En 1945, il entre à la rédaction du quotidien Le Méridional, pour n’en plus sortir. Billettiste, chroniqueur judiciaire, reporter puis grand reporter, il est rédacteur en chef de cette feuille orientée à droite, à partir du 1er juin 1971. Gabriel Domenech reste quarante ans au Méridional, journal rival du Petit-Provençal de Gaston Defferre, homme fort de la cité phocéenne qu’il dirige de 1944 à 1945 et de 1953 à 1986.

Homme de plume, il est aussi attiré par la vie politique. De novembre 1937 à mars 1943, il a appartenu à la Jeunesse ouvrière chrétienne (J.O.C.) et en a été l’un des secrétaires fédéraux, de 1940 à 1943. Mais c’est avec le retour au pouvoir du général de Gaulle, contre lequel il s’engage, que sa carrière politique commence vraiment. Il parvient à se faire élire au cœur du département de la Haute-Provence, dans le canton de Peyruis, à l’occasion des élections de 1958. Il y est reconduit à chaque scrutin, jusqu’en 1964. Dans la foulée de cette première élection, et fort de cet ancrage local, il est candidat aux élections législatives des 18 et 25 novembre 1958, dans la deuxième circonscription des Basses-Alpes. Cette partie du département regroupe les cantons d’Annot, Banon, Castellane, Colmars, Entrevaux, Forcalquier, Manosque, Moustiers-Sainte-Marie, Noyers-sur-Jabron, Peyruis, Reillanne, Riez, Saint-André-les-Alpes, Saint-Etienne-les-Orgues, Senez et Valensole. Il fait campagne sur le thème de l’Algérie française mais, paradoxalement, prend soin de n’en pas faire un écho trop grand dans sa profession de foi. Sur les terres radicales où il se présente, sa personnalité est appréciée, mais il se déclare indépendant de toute force politique. Il présente un programme national et reproche à ses adversaires, à commencer par les gaullistes, de « servir leur parti, avant de servir leur patrie ». Candidat d’Union nationale, il fonde son engagement sur la famille et ce qui doit la structurer, « les moyens de vivre, les possibilités de grandir, le désir d’être respectée, la volonté de maintenir le patrimoine et de préparer l’avenir. » Accompagné de son suppléant Louis Martel, garagiste à Banon, déporté et fils de déporté à Mauthausen, il obtient un bon résultat au premier tour – 5 517 des 21 321 suffrages exprimés -, mais ne parvient à décrocher que la deuxième place. En effet, Marcel Naegelen, député sortant socialiste, a 1 500 voix d’avance. La semaine suivante, Gabriel Domenech remporte l’élection avec 8 310 voix, soit avec 172 voix d’avance sur son concurrent. Le nouveau député des Basses-Alpes, par nature peu enclin à l’affiliation partisane, s’engage cependant auprès des démocrates chrétiens du Mouvement républicain populaire (M.R.P.), avant tout par anti-gaullisme.

À son arrivée à l’Assemblée nationale, Gabriel Domenech est nommé membre de la Commission de la production et des échanges. Il y siège pour la durée de la législature au cours de laquelle il ne dépose aucune proposition de loi, mais intervient dans deux discussions. Le 24 novembre 1960, il prend part aux débats sur le projet de loi relatif à la participation de l’Etat à la réparation des dommages causés par les inondations. Il souligne notamment les difficultés supportées par les collectivités locales, en de telles situations, à l’instar de la région bas-alpine de Riez. La lavandiculture y subit une crise importante. Par ailleurs, le député de Forcalquier prend la parole dans les débats sur le projet de loi de finances (P.L.F.) pour 1962, relatifs au budget du ministère de l’éducation nationale, le 28 octobre 1961. Il plaide pour l’adaptation de l’équipement scolaire aux transformations économiques du département dont il est l’élu. Il défend la construction de collèges de moyenne altitude en Haute Provence. Quelques jours plus tard, le 7 novembre 1961, il s’exprime sur le budget du ministère de l’information. A cet égard, il met en évidence la situation défavorisée des régions de montagne en matière de télévision. Au plan national, il regrette les inconvénients du monopole de l’information au profit de l’Etat. Il suggère de décentraliser davantage la seconde chaîne de télévision, et de faire une place plus large aux stations d’émissions régionales. Enfin, au cours de la même session budgétaire pour 1962, il intervient dans la discussion du budget pour les affaires algériennes. A cet effet, le 8 novembre 1961, ce défenseur de l’Algérie française reproche au chef de l’Etat les concessions faites par le pouvoir – toutes autorités de décision confondues -, en reniant le principe même de l’autodétermination. Il déclare « la nécessité de réaffirmer l’Algérie française et de désavouer la rébellion ».

Au cours de ce premier mandat, Gabriel Domenech apporte au gouvernement un soutien dont l’intensité est décroissante, au fil de la législature. Le 16 janvier 1959, il vote l’approbation du programme du gouvernement de Michel Debré. Il fait de même le 15 octobre suivant. En revanche, il ne prend pas part au vote sur le projet de loi, relatif aux rapports entre l’Etat et les établissements d’enseignement privés, le 23 décembre de la même année. Le 2 févier 1960, sans surprise, il vote contre le projet de loi relatif aux pouvoirs spéciaux. Il approuve le projet de loi constitutionnelle tendant à compléter les dispositions du titre XII de la Constitution, devant le congrès de Versailles, le 11 mai 1960. Opposé à l’évolution de la politique algérienne, il refuse, le 27 avril 1962, son approbation au programme du gouvernement de Georges Pompidou, nouveau premier ministre du général de Gaulle. Aussi vote-t-il, le jeudi 4 octobre 1962, la motion de censure, déposée en application de l’article 49-2 de la Constitution.

Ses prises de position en faveur de l’Algérie française sont directement responsables de son échec aux élections législatives du mois de novembre 1962. Les gaullistes de l’Union pour la nouvelle République (U.N.R.) investissent Georges Broussine, dans la deuxième circonscription des Basses-Alpes, en face du député sortant. Au soir du premier tour, c’est le président du Conseil général, l’avocat Claude Delorme, soutenu par le Rassemblement démocratique et républicain, qui obtient le meilleur score, avec 6 539 des 20 260 suffrages exprimés. Gabriel Domenech, investi par les Républicains indépendants, arrive en dernière position, derrière le communiste Pierre Girardot (2ème) et Georges Broussine (3ème). Il ne recueille que 3 753 bulletins à son nom.

Conseiller général jusqu’en 1964, il se représente aux élections législatives des 23 et 30 juin 1968, secondé par l’infirmier Paul Isnard. Il est très sévèrement battu dès le premier tour, et arrive en dernière position des quatre candidats en lice, avec 3 413 des 23 794 suffrages exprimés. Il milite alors au Centre démocrate de Jean Lecanuet, sans réelle conviction démocrate chrétienne, semble-t-il. L’opposition qu’il manifeste au régime le porte à une opposition interne à la majorité. Pendant les années 1960 et 1970, il expose ses griefs contre les gaullistes et les Algériens, dans les colonnes de son journal. Il évolue alors nettement vers l’extrême droite, se revendiquant de Léon Daudet et de Charles Maurras. En juillet 1973, un an après la création du Front national, il publie un article extrêmement virulent et dans lequel il appelle à des expéditions punitives contre les travailleurs algériens. Dans un contexte local où, en un mois, une douzaine de personnes sont victimes d’attentats racistes dans l’agglomération marseillaise, Gabriel Domenech, qui dénonce sans relâche « l’invasion maghrébine », est condamné pour incitation à la haine raciale, après le meurtre d’un chauffeur de bus marseillais par un « dément algérien ». La droite marseillaise, dans son ensemble, lui apporte cependant son soutien. Son activité politique est alors assez restreinte jusqu’au milieu des années 1980.

Après avoir pris sa retraite du Méridional au mois de décembre 1985, il s’engage auprès de Jean-Marie Le Pen, souhaitant « lui apporter la caution de quarante ans de journalisme au service de la vérité ». Il quitte alors le Centre des démocrates sociaux (C.D.S.), qui s’est constitué sur les cendres du Centre démocratique, et se rallie, sans y adhérer encore, au Front national (F.N.). En mars 1986, il figure sur les deux listes que le parti d’extrême droite présente dans les Bouches-du-Rhône, aux élections législatives et régionales. Quatrième de liste, il est élu député de ces terres bucco-rhodaniennes où le F.N. prospère et obtient 22,5% des suffrages exprimés et 180 486 voix. Gabriel Domenech entre simultanément à l’Assemblée régionale de Provence-Alpes-Côte-d’Azur (P.A.C.A.). En raison du contrat – officieux – de gestion politique de la région sur lequel la droite victorieuse, menée par Jean-Claude Gaudin, s’entend avec le Front national, le conseiller Domenech est élu vice-président de la région.

Il retrouve alors l’Assemblée nationale et s’inscrit au groupe parlementaire du Front national (FN), formé à la suite de l’entrée de 35 députés frontistes au Palais-Bourbon. Il est nommé membre de la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales et siège, à trois reprises, comme suppléant, dans une commission mixte paritaire. Comme pour son mandat précédent, il ne dépose aucune proposition de loi, mais intervient dans huit discussions différentes, en séance publique. La presse et la liberté de communication constituent son thème de prédilection. A cet effet, le 10 juin 1986, il prend part à la discussion de la proposition de loi, adoptée par le Sénat, portant réforme du régime juridique de la presse. Il déclare que la presse écrite est « la seule véritable garantie d’une totale liberté d’expression », et regrette qu’il n’y ait pas « plus de Robert Hersant en France ». Ancien syndicaliste de la presse et, à ce titre, ancien adhérent de la C.G.T., de F.O., de la C.G.C. et du S.N.J., Gabriel Domenech condamne pourtant le « travail de sabotage » auquel se livre le syndicat du livre C.G.T. Il monte à la tribune, quelques semaines plus tard, dans la discussion du projet de loi, adopté par le Sénat, relatif à la liberté de communication. Le 5 août 1986, il y démontre l’urgence de réformer l’audiovisuel, condamne la « chasse aux sorcières » de 1981, et revendique la nécessité d’un secteur privé de la communication. Il fait part des « aberrations de la politique étatiste de la télévision » en la matière. C’est ce qu’il rappelle dans les débats sur le texte d’initiative gouvernementale, portant réforme du régime juridique de la presse et de la liberté de communication. Le 9 octobre 1986, il vilipende le caractère « outrageusement socialiste » de la télévision pendant cinq ans, conduisant à la désinformation. A cet égard, il met en cause le journaliste Michel Polac.

Son mandat est aussi marqué par ses paroles prononcées dans la discussion du projet de loi modifiant le code du travail, et relatif à la prévention et à la lutte contre le chômage de longue durée. Le 22 mai 1987, il soutient les amendements de son collègue frontiste du Nord, Christian Baeckeroot, limitant aux Français et aux ressortissants de la C.E.E. le financement par l’Etat d’actions de formation en faveur des demandeurs d’emploi rencontrant des difficultés graves d’accès à l’emploi. A titre personnel, Gabriel Domenech défend un amendement, non adopté, qui vise à la suppression pour les organisations syndicales représentatives de la possibilité d’exercer en justice des actions en faveur des travailleurs étrangers. Le 4 juin 1987, il souhaite l’union « nécessaire » du Front national et de la droite pour les futures échéances électorales. Sa dernière intervention est programmée dans la discussion du P.L.F. pour 1988, au chapitre du budget pour la communication, défendu par le ministre Philippe de Villiers.

Comme son parti – auquel il n’adhère qu’en 1987 - et son groupe parlementaire, il s’oppose au gouvernement de cohabitation, dirigé par Jacques Chirac. Ainsi, le 9 avril 1986, ne donne-t-il aucune approbation à la déclaration de politique générale du gouvernement. Dans la deuxième séance du 20 novembre suivant, Gabriel Domenech et les députés F.N. s’abstiennent volontairement sur le projet de loi autorisant la ratification de l’Acte unique européen. Le 7 avril 1987, il vote contre la déclaration de politique générale du gouvernement. Seul Edouard Frédéric-Dupont, député F.N. de Paris, vote « pour ». De même, le groupe F.N. s’abstient volontairement sur l’ensemble du projet de loi relatif à l’exercice de l’autorité parentale, le 7 mai 1987.

Au renouvellement législatif de 1988, qui voit le rétablissement du scrutin majoritaire, Gabriel Domenech manque de peu sa réélection. Candidat dans la cinquième circonscription des Bouches-du-Rhône, il est en tête des sept candidats en lice au premier tour, avec 9 367 des 34 684 suffrages exprimés. La semaine suivante, il n’obtient que 48,6% des voix, soit 18 315 bulletins à son nom, battu par Janine Ecochard, investie par le Parti socialiste. Yann Piat est la seule députée F.N. sortante à être réélue dans le Var. Elle représente la troisième circonscription du département varois à l’Assemblée nationale.

Malgré cette défaite, en raison aussi de résultats électoraux qui, pour le F.N., sont loin d’être déshonorants, Gabriel Domenech est installé, au mois de septembre suivant, à la présidence du parti lepéniste dans les Bouches-du-Rhône. Mais il n’y reste que peu, évincé, en mai 1989, après le mauvais score – 14,14% des voix – obtenu par la liste F.N. qu’il conduit aux élections municipales à Marseille. À compter de cette date, il n’a plus de responsabilités dans l’appareil lepéniste, et disparaît un an plus tard, le 14 mai 1990, sans avoir rompu avec Jean-Marie Le Pen.

Gabriel Domenech est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages écrits au long de sa carrière de journaliste :
- Lurs : Toute l’affaire Dominici (1956) ;
- Comment devenir député ? (1973) ;
- La Provence buissonnière (1975) ;
- Paris, ça suffit (1976) ;
- Provence mienne (1978) ;
- Les 950 000 jours de Marseille (1979-1981) ;
- Lettres ouvertes à M. tout le monde (1982) ;
- Eloge de l’ivresse (1984).

Il est lauréat du prix Scarron, en 1975.

Gaby, comme l’appelaient les Marseillais, ou ce « Français debout », surnom de ses amis frontistes, était titulaire de la médaille du travail.

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