Henri Franklin-Bouillon

1870 - 1937

Informations générales
  • Né le 3 septembre 1870 à Jersey (Royaume-uni)
  • Décédé le 12 septembre 1937 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
Xe législature
Mandat
Du 8 mai 1910 au 31 mai 1914
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Républicains radicaux-socialistes
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIe législature
Mandat
Du 10 mai 1914 au 7 décembre 1919
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Parti républicain radical et radical socialiste
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIIe législature
Mandat
Du 8 juillet 1923 au 31 mai 1924
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Parti radical et radical socialiste
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIIIe législature
Mandat
Du 11 mai 1924 au 31 mai 1928
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Radical et radical-socialiste
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIVe législature
Mandat
Du 29 avril 1928 au 31 mai 1932
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Gauche sociale et radicale
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XVe législature
Mandat
Du 8 mai 1932 au 31 mai 1936
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Non inscrit

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)

Né le 3 septembre 1870 à Saint-Hélier (Île de Jersey, Grande-Bretagne),
mort le 12 novembre 1937 à Paris (7e).

Député de Seine-et-Oise de 1910 à 1919 et de 1923 à 1936.

Ministre d'Etat, membre du Comité de Guerre du 27 septembre au 16 novembre 1917.

Tous, ou presque tous les citoyens ont un foyer d'origine, un coin de terre natale auquel ils restent indéfectiblement attachés. Franklin-Bouillon était né en exil et, ayant passé une grande partie de sa vie en voyages eut le mélancolique privilège d'être un Français déraciné. Il n'en fut que plus Français, avec passion, avec chauvinisme, avec amour !

Il est né le 3 septembre 1870 à Jersey, fils d'un modeste fonctionnaire banni. De ce fait, il grandit dans le milieu des Hugo et des autres exilés de 1852, puis de 1871. Revenu en France en 1878, après d'excellentes études au lycée de Caen, il passa à Paris l'agrégation d'anglais, fit un stage à l'Université de Cambridge et fut professeur à Londres.

De retour à Paris, Franklin-Bouillon entra au Journal et fut correspondant de guerre au Soudan puis pendant la guerre gréco-turque il voyagea beaucoup dans tout le Moyen-Orient.

Rédacteur en chef du Radical de 1905 à 1909, il devint membre du parti radical-socialiste. Il échoua devant le suffrage universel à Caen en 1903 mais put être élu pour la première fois, en 1910, député de la Seine-et-Oise, 2e circonscription de Corbeil, au scrutin de ballottage, avec 8.082 voix sur 15.315 votants contre 6.972 au député sortant Argeliès, qui était en tête au premier tour avec 7.075 voix contre 5.696 à lui-même sur 15.942 votants et fut réélu en 1914, dans les mêmes conditions, avec 8.784 voix sur 17.616 votants contre Reibel en tête au premier tour avec 7.254 voix contre 5.806 sur 17.575 votants.

Dès son entrée à la Chambre, il se consacra presque exclusivement aux questions extérieures, notamment aux rapports franco-allemands. Il pressentait l'agression de 1914 et les angoisses de son patriotisme l'isolaient déjà au sein du parti radical-socialiste.

Quand ce fut la guerre, malgré son mandat, malgré surtout son mauvais état de santé, il s'engagea. Bientôt sous-lieutenant, il fut chargé par le ministre de la Guerre, Messimy, d'assurer la liaison entre l'armée française et le corps expéditionnaire britannique. Malade, évacué, il refuse d'entrer dans le cabinet Briand en 1915. En 1917, Painlevé le fait entrer au gouvernement comme ministre d'Etat, membre du comité de guerre, puis au moment du gouvernement de la victoire de Clemenceau, il remplace Georges Leygues à la présidence de la commission des affaires étrangères de la Chambre. Ici commence vraiment son opposition avec tous les partisans du traité de Versailles, par souci de la sécurité française et par désir d'éviter les erreurs du passé. Abandonner la Rhénanie à l'Allemagne ?... C'était perdre la guerre pour demain ! La Sarre ?... Elle doit nous être immédiatement rendue ! Le traité de Versailles ?... C'est pour la France cinquante années de difficultés, c'est pour le monde le minimum de paix dans le maximum d'anarchie.

Battu aux élections du 16 novembre 1919, la liste républicaine d'union nationale démocratique d'André Tardieu passée tout entière n'ayant laissé aucune chance à la liste d'union des gauches et des combattants républicains qu'il défendait (il réunit 38.472 voix seulement sur 175.817 votants), il prit une confortable revanche à la faveur d'une élection partielle le 8 juillet 1923, avec 77.585 voix sur 141.782 votants. Toujours à la tête de la liste d'union des gauches, il fut réélu le 11 mai 1924 avec 47.641 voix sur 220.879 votants. Choisissant avec le retour du scrutin uninominal en 1928 la 1re circonscription de Pontoise, il fut réélu au scrutin de ballottage par 8.381 voix sur 15.233 votants contre 4.158 à Benoît, après avoir manqué de peu son élection au premier tour : 7.549 voix sur 16.135 votants. La même mésaventure lui arriva en 1932 : les 7.935 voix obtenues le 1er mai sur 16.346 votants ayant été insuffisantes, il l'emporta le 8 mai avec 8.390 voix sur 15.748 votants contre 5.028 à Fonteny.

Il fut l'un des plus ardents champions de l'union nationale et l'un des partisans les plus convaincus de la formation du cabinet Poincaré, sauveur du franc. Son caractère indépendant l'amena alors à secouer le joug de la rue de Valois et ses amis de Seine-et-Oise l'ayant suivi, ils constituèrent ensemble une fédération radicale nationale. En conséquence, à la Chambre, il fonda le groupe de la gauche sociale et radicale.

Pourquoi se battait-il ? car il donnait toujours l'impression « d'en découdre ». Non pas certes contre un homme, car rien n'était moins dans son caractère que les animosités, les jalousies, les rancunes personnelles. Ce gladiateur, ce croisé, se battait contre les idées, contre une politique, celle qu'il appelait la « mystique Briand ». Il se révoltait quand on l'accusait d'être l'adversaire d'une politique de paix. Mais il prétendait voir clairement : « nos ex-alliés dressés contre nos finances, nos ex-ennemis dressés contre nos frontières ».

Il partagea avec le colonel Fabry un pessimisme clairvoyant, mais il le manifesta avec une plume intrépide, en Cassandre, et sans se soucier des sarcasmes, des injures et mêmes des haines. Pendant plusieurs années il intervint à la tribune de la Chambre, inlassablement, pour dénoncer toujours les armements secrets de l'Allemagne, la poussée nationaliste outre-Rhin, les dangers d'un désarmement prématuré. Certes, il avait alors abondance de raisons et de matières pour affirmer ses discours : le plan Young, l'évacuation de Mayence, les manifestations des casques d'acier, la volonté allemande d'obtenir la révision des traités, la tentative d'Anschluss, le moratoire Hoover, la préparation de la Conférence du désarmement, etc.

À la fin de chacun de ses discours, après avoir montré les dangers qui nous entouraient, il adjurait le Parlement de refaire l'union sacrée pour résister victorieusement aux pressions insidieuses ou aux attaques directes du dehors.

C'est ainsi qu'au cours de la dernière législature il fonda « L'Union pour la Nation » et s'il prenait moins souvent la parole à la Chambre, il mena une active campagne dans certaines régions notamment à l'occasion d'élections partielles. Sa dernière grande intervention remonte au débat sur le payement de nos dettes aux Etats-Unis, débat qui amena la chute du 3e cabinet Herriot, le 14 décembre 1932.

Il fut battu aux élections de 1936, au deuxième tour, le 3 mai, n'ayant réuni que 8.536 voix contre un adversaire communiste Prachay qui en obtint 8.898.

Sa santé déclinante réclamait des ménagements. Il mourut le 13 novembre 1937 à Paris dans une clinique où il avait été transporté pour y subir une opération.