Charles Hernu

1923 - 1990

Informations générales
  • Né le 3 juillet 1923 à Quimper (Finistère - France)
  • Décédé le 17 janvier 1990 à Villeurbanne (Rhône - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Seine
Groupe
Républicain radical et radical-socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 19 mars 1978 au 22 mai 1981
Département
Rhône
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 14 juin 1981 au 23 juin 1981
Département
Rhône
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 16 mars 1986 au 14 mai 1988
Département
Rhône
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IXe législature
Mandat
Du 12 juin 1988 au 17 janvier 1990
Département
Rhône
Groupe
Socialiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)


Né le 3 juillet 1923 à Quimper (Finistère)

Décédé le 17 janvier 1990 à Villeurbanne (Rhône)

Député de la Seine de 1956 à 1958

Charles Hemu est né à Quimper en 1923 d'un père qui a été gendarme avant d'être contrôleur des tramways. Si l'appartenance de ce dernier à la famille radicale et au Grand Orient de France est certaine, la filiation avec un Henri Eugène Hemu, qui fut membre du comité central républicain du XXe arrondissement de Paris en 1870 et déporté politique en Nouvelle-Calédonie, l'est beaucoup moins contrairement à ce que prétendit plus tard Charles Hemu. Celui-ci passe l'essentiel de son enfance à Lyon. Il suit les cours de l'Ecole primaire supérieure des Minimes mais n'obtient aucun diplôme. On saura peu de choses sur la vie de Charles Hernu sous l'occupation jusqu'aux élections de 1956. Son adhésion au régime de Vichy est alors évoquée par ses adversaires. En juillet 1943, Charles Hernu avait rejoint les Chantiers de Jeunesse. Mais, contrairement à certains jeunes pour lesquels ils ont été l'antichambre de la Résistance, Charles Hernu devait choisir une autre voie. Après la dissolution de son groupe en décembre 1943, Charles Hernu devient délégué départemental à l'Information sociale du gouvernement de Vichy. Cela lui valut d'être emprisonné quelques semaines à la Libération, jusqu'à ce qu'il s'engage dans la gendarmerie sous une homologation FFI. (Jean Guisnel, Charles Hernu ou la République au cœur, Paris, Fayard, 1993).

Après la Libération et démobilisé, il milite à Lyon dans les rangs du Parti radical et fait paraître des articles dans Le Patriote et Le Démocrate. En 1947, il est vice-président des Jeunesses radicales du Rhône et la même année il obtient la carte de journaliste n° 7283. Installé à Paris à partir de 1947, il est employé par le Centre national du commerce extérieur. Franc-maçon depuis 1950, c'est un an plus tard, au congrès du Parti radical, qu'il se fait remarquer par Pierre Mendès France. Aux élections de juin 1951, il se présente sans illusions sur la liste radicale conduite par Maurice Béné dans la 2e circonscription de la Seine-et-oise. Septième de liste, il n'est pas élu. Il malmène alors l'orientation libérale prise par la Place de Valois. Par réaction et avec le soutien de Pierre Mendès France, il fonde en 1951 le Club des Jacobins et dirige son journal Le Jacobin. A partir de 1953, Charles Hernu milite en faveur de l'union des gauches (à l'exception du PCF), de l'indépendance de l'Indochine et d'un retour aux sources du régime républicain qui serait dévoyé par les gouvernements de Troisième force puis de droite. Ainsi, se trouve-t-il, à bien des égards, à l'unisson des préoccupations de Pierre Mendès France. En janvier 1954, le Club propose la création d'un Comité d'Entente des Gauches. Bien évidemment, il soutient sans réserve l'expérience Mendès France à la tête du gouvernement et participe à la prise en main du Parti radical par le député de l'Eure en 1955. Martinaud-Déplat, jusque-là président administratif, accuse Charles Hernu et ses amis d'avoir truqué les élections. Hostile au gouvernement du radical Edgar Faure qui dissout l'Assemblée nationale le 2 décembre 1955, Charles Hernu contribue pour sa part à la constitution du Front Républicain, coalition électorale lâche conduite par Jacques Chaban-Delmas, Pierre Mendès France, François Mitterrand et Guy Mollet.

En 1956, Charles Hemu se présente dans la 6e circonscription de la Seine à la tête d'une liste radicale-socialiste et d'union pour le progrès et la rénovation du pays. Il fait campagne contre « le syndicat des sortants » et sur le thème « voter Hernu, c'est voter Mendès France ». Sa campagne est d'autant plus active que la liste que Georges Beauchamp conduit au nom de l'UDSR se réclame aussi du Front Républicain. Sa liste a obtenu 42 167 voix sur 371 902 suffrages exprimés et se retrouve derrière la liste communiste qui obtient trois sièges. Charles Hemu est donc élu député à 32 ans.

Charles Hernu est nommé membre de la commission des affaires étrangères dont il devient secrétaire en 1957, de la Commission du travail et de la sécurité sociale et de la Commission de la reconstruction et des dommages de guerre et du logement. Charles Hernu est un parlementaire actif et en vue. Roger Peyrefitte dans son roman, Les fils de la Lumière, fait intervenir Charles Hernu sous les traits du député radical Leblond, maçon des deux obédiences, la Grande Loge et le Grand Orient de France. Le député de la Seine dépose, sur le bureau de l'Assemblée, de nombreuses propositions de loi et de résolution. Ainsi, le 16 mars 1956, une proposition de loi tendant à prévenir la multiplication des avortements criminels par la prophylaxie anticonceptionnelle, le 30 mai 1956 une proposition de loi relative à la réorganisation de la musique de la Garde républicaine de Paris, ou bien encore, le 4 octobre 1956, une proposition de résolution visant à regrouper les services historiques des armées de terre, de mer et de l'air en vue de la création d'un Institut de documentation d'histoire militaire et d'études de la défense nationale à Vincennes. Sa sollicitude pour le sort des militaires et des policiers s'exprime par le dépôt de nombreux textes, mais elle s'adresse aussi aux catégories les plus diverses de la nation. Ainsi, propose-t-il le remboursement par la sécurité sociale de la préparation à l'accouchement sans douleurs (25 juillet et 8 décembre 1956), la lutte contre le bruit provenant des chenils (4 octobre 1956), ou bien encore l'émission en 1958 d'un timbre-poste commémoratif du bicentenaire de la naissance de Maximilien de Robespierre.

Charles Hemu multiplie les interventions en séance publique. On sait que le Président de la République avait désigné Guy Mollet pour former le gouvernement au motif que le groupe socialiste était le plus important. Charles Hemu attendait Pierre Mendès France. Aussi, se place-t-il d'emblée dans une posture protestataire. Il déclarera au journal Combat le 14 avril 1958 : « les députés protestataires sont ceux qui, après deux années de vie parlementaire, ne sont pas entrés dans le système et refusent d'y entrer. Ce mouvement peut assurer l'avenir de la gauche sur le plan parlementaire » (cité par Jean André Faucher, Les Clubs politiques en France, Paris, éd. John Didier, 1965). En d'autres termes, ils ne veulent pas lier leur sort à celui de la IVe République d'autant qu'ils sont convaincus de l'imminent naufrage du régime. Ainsi, le 24 février 1956, est-il entendu sur la loi Barangé d'aides à l'enseignement privé. S'il ne renie pas la formule « A l'école publique, fonds publics. A l'école privée, fonds privés », il souhaite ne pas relancer la querelle scolaire dans le pays et promet la restauration de la laïcité dans un climat de paix. Mais, ses principales interventions portent sur les grands sujets de l'heure et plus particulièrement sur la situation en Algérie. Ainsi, le 1" juin 1956, intervient-il lors des interpellations sur la politique générale du gouvernement. « Tout le monde est d'accord dans cette Assemblée sur la nécessité d'un effort militaire efficace » aussi longtemps que nos adversaires seront en armes, mais, ajoute-t-il, l'armée seule ne pourra régler tous les problèmes, et il faudra envisager une solution politique. Enfin, il pronostique qu'il « reste à la France deux, trois, peut-être quatre mois au plus pour régler l'affaire algérienne. » Et il conclut : « La crise africaine n'est que l'aspect immédiat et sanglant de la crise de ce régime. Prenons garde, si nous n'introduisons pas la démocratie en Algérie, d'avoir à perdre la République en France. » Il avait voté le 12 mars les pouvoirs spéciaux. Le 7 novembre 1956, il intervient à propos du soulèvement populaire en Hongrie qu'il assimile à celui de 1789. Il refuse qu'il soit récupéré par la droite française et ajoute : « il appartient à ceux qui comme moi ont toujours lutté pour l'aménagement de la détente entre l'Est et l'Ouest, à ceux qui comme moi ont franchi le rideau de fer en un temps où cela n'était peut-être pas considéré comme normal, à ceux qui comme moi ont visité cette Hongrie aujourd'hui martyre (...) d 'affirmer avec force notre indignation ». Il regrette que les communistes français par leur attitude de soutien à l'URSS « stérilisent pendant dix ans la gauche française. » Le 24 juin 1957, Charles Hernu prend la parole au cours du débat sur le projet de loi portant assainissement économique et financier présenté par le gouvernement de Maurice Bourgès-Maunoury. Se présentant à nouveau comme l'un des élus protestataires de la nation, Charles Hemu craint que le gouvernement n'ait pas les moyens de gouverner vraiment la France et s'oppose à sa politique économique. « Comme vous, précise-t-il, nous croyons de toutes nos forces que la France doit rester en Algérie (...) et que rien ne doit être épargné dans ce but, pas même le portefeuille des Français ». Charles Hernu regrette les demi-mesures prises en Algérie, « nous n'avons su ni faire la guerre, ni pacifier, ni réformer », et prend la défense des musulmans modestes ainsi que de l'armée en butte à l'hostilité de la police et de l'administration. Le 17 juillet, il interpelle le gouvernement sur les suspects arrêtés près de l'hôtel d'Ali Chekhal à Alger. Le 26 décembre, il réclame un débat sur la politique étrangère du gouvernement après avoir appris que des rampes de lancement pourraient être installées par les forces américaines en France. Le 21 janvier 1958, il développe son interpellation. Il s'élève contre la politique américaine de protection de notre territoire faite à la hâte et sans que l'Assemblée nationale ait été consultée. Il aimerait savoir si le gouvernement a demandé aux Etats-Unis l'installation en France d'engins balistiques de moyenne portée. Par ailleurs, Charles Hernu juge la France trop soumise aux Etats-Unis. Il estime qu'il faut refuser ces rampes car cette question est liée à celle de la réorganisation de l'union française - or l'Otan se désintéresse de la défense des intérêts français outre-mer - et la France deviendrait la cible des batteries russes. Il demande au gouvernement de proposer une conférence au sommet avec les pays membres de l'Otan. « Soyons des alliés, non des satellites » conclut-il. Le 21 février, à nouveau, il regrettera que la politique extérieure échappe par trop au contrôle du Parlement. Le 4 février 1958, Charles Hernu répond au député poujadiste Jean-Marie Le Pen et l'accuse de vouloir dresser l'armée contre la métropole. De même, le 25 février, lors du débat sur la fixation de la date de la discussion de l'interpellation de Jean Dides sur le malaise qui règne dans la police, Charles Hemu qui avait déclaré le 21 qu'il était « inquiétant de penser que certains policiers (...) songent à exploiter la situation actuelle pour armer dans Paris des corps francs qui viendraient appuyer des mouvements extrême droite » dénonce la politisation de la police et pense qu'il est à craindre que certains policiers ne cherchent à « étouffer la gueuse ». Après le 13 mai 1958, il soutient le gouvernement Pflimlin et lors du débat du 27 mai sur une proposition de résolution tendant à réviser la Constitution il demande si le gouvernement va ensuite démissionner car « vous êtes pour nous, le gouvernement de salut public de la France ». Aux côtés de Pierre Mendès France et de François Mitterrand, il participe à la manifestation du 28 mai pour « la défense de la République ».

Le 7 novembre 1957, Charles Hemu aurait été reçu en audience par le général de Gaulle (Jean André Faucher, op. cit., p. 54) car il pressentait la chute prochaine du régime. Pour autant, le 1er juin 1958, il refuse de voter l'investiture du solitaire de Colombey car il estime que l'Assemblée est soumise à la menace des parachutistes. Il milite en faveur du Non au référendum sur le texte constitutionnel. Il est battu aux élections législatives de novembre. Enfin, le 17 décembre 1958, dans une déclaration publiée dans la presse, il estime que les anciens partis doivent disparaître. Dès lors, derrière Pierre Mendès France et surtout François Mitterrand, Charles Hernu va participer dans les années soixante à la reconstruction de la gauche non communiste.



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