Louis, Marc Caussidière

1807 - 1861

Informations générales
  • Né le 17 mai 1807 à Genève (Suisse)
  • Décédé le 27 janvier 1861 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 17 mai 1848
Département
Seine
Groupe
Extrême gauche
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 4 juin 1848 au 26 mai 1849
Département
Seine
Groupe
Extrême gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant du peuple à l’Assemblée constituante de 1848, né à Genève, le 17 mai 1807, mort à Paris, le 27 janvier 1861, il appartenait à une famille d'artisans.

Il travailla jusqu'en 1834 dans les fabriques de Lyon et de Saint-Etienne, s'occupant aussi de courtage en marchandises, et ne se révéla comme révolutionnaire militant que lors des sanglantes collisions qui éclatèrent dans ces deux villes en avril 1834 ; il s'y mêla activement, dans les rangs des républicains, où sa haute stature et l'énergie de son caractère l'avaient vite mis en vue. Le gouvernement ayant résolu de traduire devant un tribunal exceptionnel les chefs des différents mouvements dont Lyon, Saint-Etienne, Grenoble, Besançon, Paris, Marseille, Lunéville et Epinal avaient été simultanément le théâtre, Caussidière, qui avait participé à l'insurrection de Saint-Etienne, comparut, avec 164 coaccusés devant la Cour des pairs, constituée en cour de justice. Il s'associa à toutes les protestations de ses camarades, et, condamné à la détention, fut enfermé au Mont-Saint-Michel. Une tentative d'évasion fut sur le point de réussir; mais un de ses amis, compagnon de sa fuite, s'étant cassé la jambe en franchissant une dernière muraille, Caussidière voulut rester avec lui. Sa captivité prit fin à l'amnistie générale accordée par le ministère Molé en 1837.

Toujours animé de la même ardeur républicaine, Caussidière fut attaché, jusqu'à la révolution de Février, au journal radical la Réforme, en qualité de « voyageur » chargé de recruter à cette feuille des abonnés et des actionnaires ; l'industrie qu'il exerçait depuis l'amnistie, à savoir le courtage des vins et des eaux-de-vie, le rendait particulièrement propre à cette mission, dont il s'acquitta avec succès : il recueillit de la sorte près de deux mille adhérents. Le 24 février 1848, Marc Caussidière, qui avait pris le fusil et avait lutté sur les barricades jusqu'au moment de la victoire de son parti, alla occuper la préfecture de police, dont la direction lui fut bientôt officiellement attribuée par le Gouvernement provisoire. Il montra dans ce poste de l'habileté et de la finesse et résista ouvertement à la démonstration du 17 mars, organisée principalement par Blanqui.

Son attitude dans la journée du 16 avril fut également celle d'un fonctionnaire entièrement dévoué au Gouvernement provisoire. Aussi fut-il, aux élections du 23 avril pour la Constituante, élu représentant du peuple de la Seine, le 20e sur 34, par 133 775 voix (267 888 votants et 399 191 inscrits).

La bourgeoisie, qu'il avait tout à la fois rassurée et amusée pendant les jours de crise grâce au concours des combattants de février improvisés gardiens de la paix (les montagnards de Caussidière), ne prit pas moins de part à son élection que la population ouvrière. Il en résulta que, à l'ouverture des débats de l'Assemblée, lorsqu'elle fut appelée à constituer la « Commission exécutive », Ledru-Rollin obtint sans trop de peine que Caussidière restât à la préfecture de police. Mais celui-ci ne tarda pas à se convaincre que les dispositions de la majorité parlementaire étaient des plus défavorables à la fraction avancée du parti républicain, et que les anciens partis dynastiques allaient reprendre l'avantage.

C'est pourquoi sa conduite, au 15 mai 1848, pendant l'envahissement du Palais Bourbon par les manifestants, fut extrêmement réservée. Il avait d'ailleurs adressé, la veille, à la Commission exécutive et au président des rapports circonstanciés, dans lesquels il affirmait que la démonstration serait pacifique, et répondait formellement du maintien de l'ordre, pourvu qu'on ne fît pas battre le rappel. Mais le 15, à partir de dix heures du matin, les relations de Caussidière avec l'autorité cessèrent absolument.

Dans la nuit qui suivit cette journée, la commission exécutive manda au Petit Luxembourg le préfet de police afin qu'il expliquât son inaction : Caussidière se rendit à cet appel ; fort de la présence de Ledru-Rollin, il n'hésita pas, loin de se justifier, à accuser la majorité modérée du gouvernement. « On n'a rien fait pour la Garde républicaine et les Montagnards; on les a négligés, oubliés à dessein, ils attendent encore la juste récompense des services qu'ils ont rendus à la République ». Et, comme, après deux heures de discussion, on priait le préfet de se retirer un moment pour aller attendre dans la pièce voisine la décision du Conseil, il tira sa montre : « Citoyens, fit-il, il est quatre heures du matin ; si dans un quart d'heure, nous ne sommes pas rentrés à la préfecture de police, on vient nous chercher ici. Vous connaissez nos hommes ; rien ne les fera reculer ; ce qui peut arriver, je l'ignore ; mais vous en serez responsables. » La délibération fut courte : Ledru-Rollin et Lamartine obtinrent de leurs collègues que Caussidière ne serait pas livré à ce que l'on commençait à appeler la réaction. On le laissa partir, et M. Garnier-Pagès lui serra la main, tandis qu'Arago lui promettait pour le lendemain le décret d'organisation de la garde du peuple, à la condition qu'elle admettrait dorénavant la garde nationale à faire concurremment avec elle le service de la préfecture de police.

Auprès de l'Assemblée, Caussidière ne devait pas rencontrer la même bienveillance. Baroche demanda nettement la révocation du préfet de police. Le discours de celui-ci en réponse à l'orateur de la droite, fut, dit Daniel Stern (madame d'Agoult), « d'une verve surprenante et d'une singulière habileté ». Après avoir fait l'apologie de sa police, qu'il appela une police « de bon sens et de conciliation », après avoir exalté le dévouement de ses Montagnards qui, pendant deux mois et demi, avaient fait, sans se plaindre, le service le plus pénible dans les poux et dans la vermine, il s'excusa d'avoir relâché quelques prisonniers, en peignant le zèle excessif des dénonciateurs : « La moitié de Paris voulait emprisonner l'autre, » dit-il ; puis il résuma son propre panégyrique par ce mot resté célèbre : « J'ai fait de l'ordre avec du désordre. »
Arrivant aux causes de l'insurrection, il s'attacha à en réduire l'importance, invoqua le témoignage de Lamartine qui, au commencement de la séance, s'était fait sa caution, et termina sa harangue par ces mots qui ne laissèrent pas que de produire quelque impression sur l'Assemblée : « Oui, je le confesse, s'écria-t-il, mes pensées et mes paroles sont pour le peuple que l'on doit aider. Rappelons à ce peuple qu'il est nous et que nous sommes lui ; ne soyons ni de la réaction, ni de la démagogie ; faisons de la modération et de la politique. »
Mais, pendant que Caussidière réussissait presque à captiver l'attention de ses adversaires, la préfecture de police était cernée par ordre du pouvoir exécutif ; au lieu du décret d'organisation de « la garde du peuple » promis à Caussidière, les généraux Bedeau et Clément Thomas, à la tête de quatre bataillons de ligne et de quelques canons, venaient, accompagnés, du ministre de l'Intérieur, Recurt, sommer M. Mercier, beau-frère du préfet de police et colonel de la garde républicaine, de quitter la place. Le colonel refusa, et se montra tellement résolu à soutenir un siège en règle plutôt que de se rendre, que les généraux préférèrent transiger. Informé de ce qui se passait, Caussidière se plaignit à la tribune de ce que l'on braquait des canons sur la préfecture. Le général Bedeau donna quelques explications. Enfin, Lamartine, prenant Caussidière à part, obtint de lui qu'il donnerait sa démission, pour prévenir un conflit. Dès qu'il l'eut donnée (17 mai), à la fois comme représentant et comme préfet de police, le décret de licenciement des montagnards et de la garde républicaine reçut son application.

Réélu représentant de la Seine, le 1er sur 11, dans l'élection complémentaire du 4 juin, par 147 400 voix (248 392 votants, 414 317 inscrits), il reprit place à la Montagne, vota le 28 juillet, contre le décret sur les clubs, et le 9 août, contre le rétablissement du cautionnement, et dut bientôt reparaître à la tribune pour se défendre à nouveau contre les accusations persistantes et de plus en plus vives de la majorité.

Compris, avec Louis Blanc, dans le réquisitoire du procureur général Corne, comme responsable de « l'attentat du 15 mai », il eut en outre à expliquer le rôle qu'on lui reprochait d'avoir joué dans l'insurrection de juin. Vainement, cette fois encore, il tâcha de remuer les esprits et de les intéresser par sa verve pittoresque ; vainement il s'écria : « Je voudrais vous rappeler à la vraie fraternité que je comprends ; je voudrais que ce ne fût pas seulement une chose écrite sur les murs de Paris, mais gravée dans le cœur de tous les habitants. J'y ai toujours visé ; j'ai passé toute ma vie à pardonner. J'ai passé toute ma vie à être bon. Maintenant punissez-moi d'avoir été bon, vous me rendrez peut-être méchant. Voilà tout. » (Mouvement.)

L'Assemblée accorda par 477 voix contre 268, sur le premier chef d'accusation, les poursuites demandées. Elle les rejeta sur le second chef par 458 voix contre 281 (séance de nuit du 25 au 26 août). Le gouvernement du général Cavaignac ferma les yeux sur le départ de Caussidière et de Louis Blanc pour l'Angleterre.

Réfugié à Londres, Marc Caussidière y fit paraître des Mémoires (1848, 2 vol.) qui contiennent le récit et l'explication de sa conduite. Sorti de la vie politique, il reprit sa profession de courtier en vins et eaux-de-vie, et se fit même, a-t-on dit, une lucrative clientèle dans l'aristocratie britannique, qui accueillit avec empressement les offres de service du proscrit français.

Date de mise à jour: juin 2016