Jacques Garnier dit de Saintes

1755 - 1818

Informations générales
  • Né le 30 mars 1755 à Saintes (Charente-Inférieure - France)
  • Décédé le 1er juillet 1818 (Lieu de décès inconnu)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 6 septembre 1792 au 26 octobre 1795
Département
Charente-Inférieure
Groupe
Montagne
Régime politique
Révolution
Législature
Conseil des Cinq-Cents
Mandat
Du 16 octobre 1795 au 20 mai 1798
Département
Charente-Inférieure
Groupe
Gauche
Régime politique
Cent-Jours
Législature
Chambre des représentants
Mandat
Du 12 mai 1815 au 13 juillet 1815
Département
Charente-Inférieure
Groupe
Bonapartiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre de la Convention, député au Conseil des Cinq-Cents, représentant à la Chambre des Cent-Jours, né à Saintes (Charente-Inférieure) le 30 mars 1755, mort en 1818, « fils de Simon Garnier, procureur au présidial de Saintes, et de Magdelaine Avard, son épouse, » il fit ses études dans sa ville natale.

Avocat à Saintes en 1789, il suivit avec ardeur le parti de la Révolution, et présida dans sa province un comité qui, tenant compte de la disette générale, fit rechercher les grains alors conservés dans la Saintonge, en organisa la vente, les achats, les exportations, et entreprit une guerre acharnée contre les accapareurs : le mauvais vouloir de quelques privilégiés empêcha que cette campagne put porter tous ses fruits.

Mais Garnier fut élu par ses concitoyens procureur-général syndic du département, et, le 6 septembre 1792, il entra à la Convention, comme député de la Charente-Inférieure, le 8e sur 11, avec 273 voix (526 votants). Il s'assit parmi les montagnards, se fit d'abord remarquer par son zèle révolutionnaire, et proposa, des le 22 octobre, une loi qui bannissait les émigrés à perpétuité et les punissait de mort en cas de rentrée en France.

Dans le procès de Louis XVI, il répondit au 1er appel nominal: « Je déclare que je ne prononce pas, comme juge, mais comme homme d'Etat: je dis oui.» A la séance du 16 janvier 1793, il eut une altercation avec le député Chambon, et comme il continuait de parler à la tribune malgré les efforts du président, il fut censuré et puni par l'Assemblée de vingt-quatre heures d'arrêt. Il s'en expliqua lui-même dans son vote, au 3e appel nominal : « Vous m'avez intimé l'ordre de rester vingt-quatre heures aux arrêts; j'ai obéi à votre volonté, car la volonté générale fait la loi; mais je dois à mes concitoyens, à mes collègues, à moi-même, de dire que j'étais loin de méconnaître l'autorité de la Convention, lors même que je paraissais y désobéir. Depuis longtemps des calomnies se pressaient autour de cette tribune; depuis quelques jours on n'y parlait, avec une affectation étudiée, que de poignards et d'assassins, citoyens, la probité est fière, elle est forte d'elle-même, mais elle s'indigne de la calomnie; j'ai monté à la tribune, et le cri de ma sensibilité, plus fort que la voix du président, m'a empêché de l'entendre. L'Assemblée a pris la manifestation récidivée de mon mécontentement pour une désobéissance, et le décret qu'elle a rendu était juste. Je me félicite même de l'avoir encouru, puisqu'il tourne à l'avantage de ma patrie en rappelant à cette tribune des égards et la décence qui doivent honorer des représentants du peuple, et dont je ne me suis écarté en aucun temps, ni dans mes opinions, ni dans mes écrits. Je vote pour la mort de Louis. »

Après la trahison de Dumouriez, il proposa à la Convention de s'emparer de tous les pouvoirs et de les remettre aux mains d'un comité de douze membres. « N'oublions pas, s'écria-t-il le 3 avril 1793, que nous sommes la divinité du peuple français et que nous répondons sur nos têtes du salut public. » Il fit traduire au tribunal révolutionnaire le général Blanchelande, gouverneur de Saint-Domingue, accusé de s'être opposé à l'exécution du décret qui affranchissait les noirs, et d'avoir fait mettre à mort illégalement le mulâtre Ogé; quelques jours après, il agit de même à l'égard du général Marcé. Le 31 mai, il s'éleva avec force contre les Girondins; puis il contribua à l'organisation du comité de salut public. Le 7 août, il proposa de déclarer Pitt ennemi du genre humain. Nommé secrétaire de la Convention le 5 septembre, il fut, le 17, envoyé en mission à l'armée des côtes de la Rochelle avec les représentants Mazade et Goupillean; il n'y resta que deux mois environ, et fut adjoint à Lecarpentier comme commissaire dans la Manche. Le 5 octobre 1793, le ministre de la marine reçut de lui la lettre suivante :

« Le représentant du peuple près l'armée des côtes de Cherbourg au citoyen Dalbarade, ministre de la marine.

« Je vous fais passer, citoyen ministre, une pétition des femmes de ce païs dont les maris ont été faits prisonniers par les féroces Anglais. Elles sollicitent une échange, et vous verrés que ce n'est pas pour elles qu'elles désirent le retour de leurs époux en France, mais pour les offrir de nouveau à la patrie et les voir revoler aux combats pour défendre la cause de la liberté. Hatés le moment de cette échange: l'esclave d'un tiran ne se balance pas avec un homme libre! A Cherbourg, ce 5 octobre 1793, 2e de la République.

GARNIER, de Saintes. »

Il fut ensuite envoyé dans la Sarthe, se trouva à la Flèche le 7 décembre, à Alençon le 19 et au Mans quelques jours après. Très ardent en paroles, en fait il s'acquitta de ses fonctions avec une modération relative. Il disait au tribunal d'Alençon, le 29 frimaire: « Il s'agit d'appliquer la loi aux prisonniers sans formalité ni de procédure; prononcez et prononcez promptement; » et il écrivait à la Convention le même jour: « On nous amène ici des prisonniers par trentaines; dans trois heures on les juge, la quatrième on les fusille. » Les habitants de Château-du-Loir avaient fait une pétition réclamant l'ouverture des églises: Garnier s'y opposa et leur dit: « Le ciel a créé l'homme, le crime a créé les prêtres. L'Etre suprême veut des hommages sans doute; mais, lorsque le vertueux Abel lui fit hommage des prémices de ses troupeaux, se servit-il de l'intermédiaire des prêtres? » Il stimula, au Mans, l'élan affaibli des dons patriotiques par ce curieux arrêté, en date du 12 germinal an II: « Art. I : Les citoyens aisés sont invités à venir présenter leurs offrandes sur l'autel de la patrie. - Art. II : Ces offrandes sont libres et volontaires.....- Art. VI: Il sera tenu une liste de ceux qui, étant à leur aise, n'auront rien offert ou auront fait des offrandes dérisoires. » Le jour de la condamnation de Philippeaux (qui avait été en mission dans la Sarthe) et de Danton à Paris, Garnier dénonça leurs complices au Mans; mais le tribunal révolutionnaire de Paris les acquitta. Garnier s'en plaignit dans une lettre à Billaud-Varennes, du 15 floréal, d'autant plus vivement que les acquittés l'accusaient à leur tour, dans un mémoire, de protéger les aristocrates, et spécialement une comtesse de Saint-Georges, femme d'émigré, prise à l'armée vendéenne : « L'impunité du crime, écrit-il, est le découragement de la vertu. » Il se conduisit d'ailleurs avec beaucoup de courage dans différentes rencontres avec les Vendéens.

En juin de la même année, il obtint, avant d'aller dans la Gironde, un congé de quelques jours qu'il passa à Saintes et dont il profita pour prendre, sous sa propre responsabilité, diverses mesures de clémence. Il demanda notamment la suppression du tribunal révolutionnaire, de Rochefort, « qui jugeait sans dénonciation, et, souvent sans compétence. » Arrivé à Bordeaux dans les premiers jours de juillet, il employa tous ses efforts à rétablir l'ordre, sans répandre le sang. Il commença (24 messidor an II) par supprimer les trois loges maçonniques de Bordeaux, « où, à l'abri du secret, les mécontents et les royalistes auraient pu former des rassemblements dangereux; » et il formula au club national, dès le jour de son arrivée, son opinion économique, un peu confuse: « Le commerce, dit-il, a perdu Tyr et Carthage: tel qu'on le pratique aujourd'hui, je le crois incompatible avec la liberté. »

Le 9 germinal an II, il écrivit à la Convention pour applaudir à la victoire des Jacobins sur les Dantonistes. Malgré la réaction de thermidor, Garnier (de Saintes), revint siéger à la Montagne, défendit plusieurs de ses collègues persécutés, continua à suivre les séances du club des Jacobins, dont il devint le président, et s'attira par son attitude la haine de la nouvelle majorité. Quoiqu'il eût désavoué la conduite de Carrier à Nantes, il essaya de le soustraire à l'échafaud. Mais il parut se rapprocher des thermidoriens par diverses motions qu'il présenta ou qu'il soutint dans les derniers temps de la session, comme celle de rendre aux nobles le libre séjour de la capitale, etc. Le 12 germinal an III, il se déclara contre l'insurrection, et, le 1er prairial suivant, il demanda que la mort de Féraud fût vengée. Il réclama, d'ailleurs, également (vendémiaire an IV) des mesures énergiques contre les sectionnaires royalistes.

Entré au Conseil des Cinq-Cents, le 23 du même mois, comme député de la Charente-Inférieure, il siégea parmi les républicains, appuya, le 18 fructidor an V, la déportation des journalistes contre-révolutionnaires, et, le 27 vendémiaire an VI, l'exclusion des nobles des emplois publics. Le 8 pluviôse, il demanda l'établissement d'une taxe sur les nouveaux enrichis. Secrétaire du Conseil des Cinq-Cents le 30 ventôse an VI, il sortit de cette Assemblée le 1er prairial de la même année, et fut nommé par le Directoire vice-consul aux Etats-Unis; mais il refusa ce poste pour occuper celui de président du tribunal criminel de la Charente-Intérieure, où l'avaient appelé, le 15 avril 1798, les suffrages des électeurs du département.

Un arrêté du premier consul, en date du 20 mai 1800, le maintint dans ces fonctions. Garnier (de Saintes) fut fait, en outre, chevalier de la Légion d'honneur, reçut, le 12 novembre 1809, le brevet de chevalier de l'Empire, et devint, en 1811, président du tribunal des douanes séant à la Rochelle.

La Restauration lui fit perdre cet emploi. Il se fit alors inscrire (1813) au barreau de la Rochelle. Pendant les Cent-Jours, il fut envoyé à la Chambre des représentants, par l'arrondissement de Saintes, le 12 mai 1815, avec 74 voix sur 136 votants, contre 54 à M. Angellier. Il se montra dans cette Assemblée dévoué aux institutions impériales, demanda (juin) que l'Adresse contînt la résolution de l'Assemblée de soutenir l'œuvre et la personne de Napoléon, réclama la répression de la révolte de l'Ouest, s'opposa à toute transaction avec le parti de l'étranger, et appuya vigoureusement (28 juin) la motion d'envoyer des commissaires aux armées : « Rappelez-vous, s'écria-t-il, ces temps où un seul représentant au milieu d'une armée électrisait tous les esprits. Nous irons encore combattre dans les rangs. Pour ceux qui y trouveront la mort, ce jour sera celui de la résurrection. » Au moment où les alliés, vainqueurs à Waterloo, marchaient sur Paris, il écrivit au ministre de la guerre, Davout, le 1er juillet 1815, une lettre dans laquelle, retrouvant toute son énergie de 1792, il demandait à former, avec 50,000 fédérés, une seconde ligne de défense. « Si je pouvais parler de moi, dit-il en terminant, je pourrais dire que, dans le temps de nos guerres civiles, je sauvai la Sarthe, la Manche et Granville, avec le seul élan de mon âme: elle est encore la même aujourd'hui. Salut et attachement respectueux.

GARNIER DE SAINTES, représentant du peuple. »

Compris dans l'ordonnance d'exil du 24 juillet 1815, avec son collègue Regnault (de Saint-Jean-d'Angely), il dut s'éloigner de Paris dans les trois jours, et se réfugia à Bruxelles, où il fonda, dans les premiers jours de septembre, le journal le Surveillant, très hostile au gouvernement français. Sa présence et celle de quelques autres proscrits dans une ville si peu éloignée de la frontière ayant inquiété le gouvernement, celui-ci obtint du roi des Pays-Bas que Garnier (de Saintes) entre autres serait expulsé de son territoire.

Garnier résolut alors de passer aux Etats-Unis, et, après avoir obtenu un délai de quelques semaines, il s'embarqua pour Philadelphie, où il arriva en septembre 1816. Son fils, Athanase Garnier, écrivit de cette ville, le 15 juin 1817, qu'une concession de terrain dans le territoire du Mississipi venait d'être faite par le congrès à une colonie dont Garnier (de Saintes) était le président, et qu'ils partaient pour la Nouvelle-Orléans. Plus tard, on apprit qu'en descendant l'Ohio la frêle embarcation qui les portait avait chaviré et qu'ils avaient péri sans secours.

On a de Garnier (de Saintes), indépendamment de trois comptes rendus de ses missions et de douze rapports imprimés par ordre de la Convention et des Cinq-Cents, sur les postes, les messageries, les domaines nationaux, les élections, etc. : le Retour à la vérité en France (1815); la Dette d'un exilé ou plan nouveau d'éducation nationale basé sur les principes de Socrate (1816).

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