Guillaume Delfau

1766 - 1815

Informations générales
  • Né le 20 août 1766 à Grives (Dordogne - France)
  • Décédé le 1er juillet 1815 (Lieu de décès inconnu)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 10 septembre 1791 au 20 septembre 1792
Département
Dordogne
Groupe
Modérés

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député à l'Assemblée législative de 1791, né à Grives (Dordogne) le 20 août 1766, mort en 1815, neveu de Guillaume Delfau - député du clergé aux Etats généraux de 1789 et victime du massacre des prisons le 3 septembre 1792 -, il était homme de lettres, lorsqu'il fut élu, le 10 septembre 1791, député de la Dordogue à l'Assemblée législative, le 7e sur 10, à la pluralité des voix.

Il fit partie des modérés de la majorité, présenta (13 mai 1792) une motion contre les prêtres perturbateurs, et dénonça (12 juin) on ces termes, un libelle contre le roi : « Hier au soir, à une heure et demie, je passais dans les Tuileries, j'aperçus un orateur qui, monté sur une chaise, parlait avec beaucoup de véhémence. Je me mêlai dans la foule pour l'écouter et j'entendis la lecture d'un libelle, où l'on provoque hautement l'assassinat du roi. Ce libelle est intitulé : La chute de l'idole des Français. »

Le 24 juin, il attaqua énergiquement les sociétés populaires :

« Vous ne pouvez plus vous dissimuler, dit-il, que les sociétés populaires sont un monstre politique, qui ne peut exister dans le système d'un bon gouvernement. C'est là, c'est dans leur soin que quelques séditieux, sous le masque du patriotisme, à l'aide de quelques talents oratoires, égarent la multitude ; c'est là que, sous prétexte de bien public, on entretient un système perpétuel de dénonciations; c'est là qu'on ose dire que les succès de nos généraux sont plus à craindre que leurs revers (Violents murmures). »

L'Assemblée ayant passé à l'ordre du jour, les tribunes applaudirent.

Au sujet de la suspension de Pétion, il commença (13 juillet) un discours très violent, que le tumulte ne lui permit pas d'achever; le 23 juillet, il s'opposa à la levée de la suspension de Manuel (Voy. ce nom).

Après la session, il fut décrété d'arrestation comme suspect, s'engagea dans l'armée pour se soustraire aux poursuites, y resta du 17 nivôse an II au 28 fructidor an III, y fut arrêté, fut interné au Luxembourg, et mis en liberté au 9 thermidor.

Ses tendances modérées le rendirent favorable au coup d'Etat de brumaire, et le gouvernement consulaire le nomma (15 floréal an VIII) secrétaire-général de la préfecture de la Dordogne. Il occupait encore ce poste en 1814 sous la Restauration. La lettre qui suit donne sur sa carrière et sur son unique ambition, qui ne fut jamais satisfaite, d'assez curieux détails.

« Périgueux le 29 mai 1814.

À Son Excellence le ministre de l'Intérieur Monseigneur,

Je viens, après 13 ans révolus et pour la quatrième fois, solliciter la sous-préfecture de Bergerac dans mon département. Je l'ai demandée dès la création. Dès l'an VIII, j'ai paru sur les rangs pour cette sous-préfecture. Lorsqu'elle a été vaquante, il y a quatre ans, M. le préfet de la Dordogne voulut bien parler lui-même en ma faveur ; il le fera encore si votre excellence, désire avoir de lui de nouveaux garants de ma conduite et de mes titres.

Peut être vous trouverez inconvenant, monseigneur, que je sollicite une place ayant sa vacance. Monsieur le sous-préfet, il est vrai, n'a pas quitté son emploi, mais il a éprouvé pondant son exercice, des désagréments si nombreux et si pénibles, que je ne puis guères penser qu'il puisse, ni qu'il veuille y rentrer. Je suis porté à croire qu'il désirerait permuter. Je pourrais, avec votre agrément, lui donner une place en échange de la sienne, et je crois qu'il y aurait pour lui des avantages.

Le travail que j'ai suivi depuis longtemps, n'est pas étranger à la place que je demande, et peut-être, j'ai prouvé dans ma carrière assez ingrate, que je pourrais être plus utile dans une autre. J'ai employé mes loisirs à un travail qui n'a pas été perdu pour mon pays. L'accueil qu'un de vos prédécesseurs et mes concitoyens out fait aux ouvrages statistiques que j'ai publiés dans mon département, qui n'en a pas encore d'autres, pourraient être un titre en ma faveur.

J'en trouverais aussi peut-être des titres pour moi, monseigneur, dans l'exercice d'une autre place qui ne m'offrait qu'une gloire assaisonnée de maux. Je fus nommé par le département de la Dordogne à la première législature. Je succédais à un oncle, porteur de mon nom, qui fut, avec vous, député du clergé à l'Assemblée constituante et périt victime de sa fidélité inébranlable à sa religion et à son prince, dans les horribles massacres de septembre à Paris. Je combattis comme lui, comme vous, les factieux qui attaquaient le trône. Je dénonçai les régicides de la terrasse des Feuillants. Je demandai, la loi à la main la dissolution des sociétés populaires prononcée par votre décret du 29 septembre 1791, et si l'affreuse journée du 10 août n'eut prévenu la grande question de la déchéance pour laquelle je fus inscrit des premiers, certes j'étais du nombre de ceux, qui, dans cette dernière circonstance, voulaient vaincre ou mourir. Je publiai l'opinion que je n'avais pu faire entendre et fus proscrit. Je crus pouvoir me sauver dans les rangs militaires. J'y fus arrêté et traîné dans les cachots. Je vis, dans une prison du Luxembourg, la plus malheureuse comme la plus vertueuse des femmes confondue avec les plus vils scélérats.

Si vous voulez, monseigneur, vous assurer, par d'antres témoignages que les miens, des titres que je puis avoir à la place que j'ai l'honneur de vous demander, vous en trouverez autour de vous d'assez recommandables. Messieurs de Jaucourt et de Vimar, sénateurs, mes anciens collègues, pourraient me faire connaître; ils diraient que, dans le haut rang où leur mérite les a élevés, ils n'ont pas oublié leur camarade. Vous pourriez encore consulter à mon égard, la députation de la Dordogne au corps législatif. Je pense que ces divers témoignages pourraient vous engager à demander à sa Majesté, une place que je tâcherais de remplir comme elle doit l'être et comme elle a droit de l'attendre.

Je prie votre excellence d'agréer l'hommage de mon profond respect.

G. DELFAU, Secrétaire général de la préfecture de la Dordogne. »

Il mourut l'année d'après.



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