Louis, Marc, Michel de Chappedelaine

1876 - 1939

Informations générales
  • Né le 21 juin 1876 à Saint-just (Ille-et-Vilaine - France)
  • Décédé le 9 décembre 1939 à Ville-d'avray (Hauts-de-Seine - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
Xe législature
Mandat
Du 8 mai 1910 au 31 mai 1914
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Action libérale
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIe législature
Mandat
Du 26 avril 1914 au 7 décembre 1919
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Non inscrit
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIIe législature
Mandat
Du 16 novembre 1919 au 31 mai 1924
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Non inscrit
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIIIe législature
Mandat
Du 11 mai 1924 au 31 mai 1928
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Gauche radicale
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIVe législature
Mandat
Du 22 avril 1928 au 31 mai 1932
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Gauche radicale
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XVe législature
Mandat
Du 1er mai 1932 au 31 mai 1936
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Gauche radicale
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XVIe législature
Mandat
Du 3 mai 1936 au 9 décembre 1939
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Gauche démocratique et radicale indépendante

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)

Né le 21 juin 1876 à Saint-Just (Ille-et-Vilaine), mort le 9 décembre 1939 à Ville-d'Avray (Seine-et-Oise).

Député des Côtes-du-Nord de 1910 à 1939. Sous-Secrétaire d'Etat à l'Agriculture du 23 au 25 février 1930. Ministre de la Marine Marchande du 27 janvier au 16 février 1932. Ministre des Colonies du 20 février au 10 mai 1932. Ministre de la Marine Militaire du 30 janvier au 7 février 1934. Ministre de la Marine Marchande du 24 janvier au 4 juin 1936. Ministre de la Marine Marchande du 10 avril 1938 au 13 septembre 1939.

Louis de Chappedelaine appartenait à une vieille famille de Lamballe (Côtes-du-Nord). Par son père, Edouard, Joseph, Marie de Chappedelaine qui avait été officier de marine, par sa mère, née Anaïs, Marie-Louise du Bouays de Couesbouc, le jeune homme était apparenté à la plus ancienne aristocratie bretonne. Très doué pour les lettres, intelligent et d'esprit ouvert à toutes choses, il fit d'excellentes études secondaires puis supérieures. Devenu avocat, il prit part à la vie locale et politique de sa région. Adjoint au maire, puis maire de Plénée-Jugon, il fut élu conseiller général des Côtes-du-Nord (canton de Jugon) le 18 octobre 1908. Le 24 avril 1910, il se présenta aux élections générales législatives et fut élu, le 8 mai, au scrutin de ballottage, par 9.041 voix contre 626 à M. de Largentaye sur 12.506 votants, député de la deuxième circonscription de l'arrondissement de Dinan. Il s'inscrivit à la Chambre au groupe de l'action libérale. Dans sa profession de foi, il avait demandé le respect des droits de l'Eglise et la liberté d'enseignement « comme étant de droit naturel ». Tout au long de sa carrière, il ne cessera de lutter pour le programme à la fois républicain et libéral qu'il avait exposé.

Membre de la Commission des travaux publics (1910) ; de la Commission de la législation fiscale (1910) ; de la Commission des pensions civiles (1910) ; de la Commission de l'enseignement et des Beaux-arts (1912), il s'attache particulièrement : à la modification de la juridiction de la pêche côtière et de la navigation maritime ; à la conservation de notre patrimoine historique et artistique ; à la manière dont le Gouvernement entend assurer la liberté de l'enseignement primaire ; à la politique extérieure du Gouvernement et à l'organisation de notre protectorat au Maroc (1913). Comme rapporteur, il demande la déclaration de l'urgence d'une proposition de loi relative aux inscrits maritimes (1913).

Aux élections générales du 26 avril 1914, il est réélu, au premier tour de scrutin, par 9.108 voix contre 4.301 à M. Le Chatelier sur 13.614 votants. Membre de la Commission de la législation fiscale (1914) ; de la Commission des pensions civiles et militaires (1914) ; de la Commission des affaires extérieures (1916) ; de la Commission de contrôle des questions et des projets se rattachant au ravitaillement et aux réquisitions (1918); il fait preuve d'une activité considérable et, dès le début de la guerre, son rôle s'élargit encore. Mobilisé comme maréchal des logis au 75e territorial, il est promu sous-lieutenant le 4 février 1915. Combattant plein d'allant et de courage, il est décoré de la croix de guerre à Verdun. A la Chambre, il prend une part très active aux débats, s'intéressant : à la mise en culture des terres abandonnées ; à l'organisation du travail agricole ; à l'achat de navires à l'étranger. Il met tout en œuvre pour concilier les nécessités militaires avec les besoins permanents du pays, s'occupant de la reprise économique, interpellant le Gouvernement sur : la réorganisation du haut commandement (1916) ; l'aviation de l'armée d'Orient (1917) ; la mise en sursis d'appel des cultivateurs appartenant aux classes RAT de 1890 à 1895 ; les modalités de la réquisition de la flotte française (1918) ; la nécessité de faire connaître aux représentants du pays, avant la réunion du Congrès, les principes de la discussion du traité de paix et les applications que le Gouvernement compte en faire (1918) ; l'évacuation d'Odessa (1918). Il est entendu dans la discussion du projet de loi portant application du traité de paix conclu à Versailles le 28 juin 1919.

Aux élections générales du 16 novembre 1919, il est réélu sur la liste d'Union républicaine conduite par M. Henri Servain, par 56.328 voix sur 110.263 votants. Membre de la Commission des finances (1920) ; de la Commission de la marine militaire (1921), il présente une proposition de loi tendant à réformer l'impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux ainsi que l'impôt sur le chiffre d'affaires (1923). Il présente, au nom de la Commission des finances, un avis sur le projet de loi portant : 1° arrêt de la construction de 5 cuirassés du type « Normandie » dont la mise en chantier a été autorisée par les lois du 30 juillet 1913 et du 9 janvier 1914. 2° la mise en chantier de 6 éclaireurs d'escadre prévus par l'Etat. 3° la construction de 12 bâtiments torpilleurs éclaireurs (1921). Mentionnons aussi son rapport sur : 1° le projet de loi portant fixation et affectation des établissements industriels de marine militaire dans la Métropole et l'Afrique du Nord ; 2° la proposition de résolution de M. Goude tendant à inviter le Gouvernement à suspendre toute mesure de licenciement ou de diminution de salaire des ouvriers des arsenaux (1922). Au nom de la Commission des finances, il présente : un avis sur le projet de loi concernant l'organisation du Corps du commissariat de la marine (1923) ; un avis sur le projet de loi autorisant la mise en chantier des unités constituant la deuxième tranche du programme naval et fixant les annuités à inscrire aux budgets de 1924 à 1933 pour la construction desdites unités (1924) ; un avis sur le projet de loi portant attribution d'un pécule à des marins après 10 ans de service. Il demande à interpeller sur : la politique nouvelle que de récents événements politiques permettent d'envisager en Orient (1920) ; la politique française en Asie Mineure (1921) ; les Conférences de Washington et de Gênes (1922). Il prend part à la discussion : d'un projet de loi concernant la taxe sur le chiffre d'affaires (1924) ; d'un projet de loi ayant pour objet de modifier le régime fiscal applicable au petit commerce et à la petite industrie (1924).

Aux élections générales du 11 mai 1924, il est réélu sur la liste d'Union républicaine et nationale conduite par M. Yves Le Trocquer, par 54.809 voix sur 114.422 votants. Membre de la Commission des finances (1924), chargé de rapporter le budget général (1926), il n'est, pour ainsi dire, pas de jour où sa fonction ne l'appelle à la tribune pour y traiter les questions économiques les plus variées, les problèmes financiers les plus ardus. Il s'exprime avec une douceur, une politesse toujours parfaites. Un de ses collègues dira de lui : « C'est un homme de conciliation. Ses interventions visent la même fin que son action à l'intérieur de l'Assemblée. Ce sûr républicain a conservé la parure morale d'un gentilhomme ». Notons, parmi ses nombreuses interventions, celles qui ont trait à : l'amortissement de la dette publique (1926) ; la création de nouvelles ressources fiscales ; la création d'une Caisse de gestion des bons de la défense nationale (1926). Il faut mentionner aussi son rapport sur le projet de loi portant approbation d'une convention signée le 3 février 1927 par M. Raymond Poincaré, Président du Conseil, Ministre des Finances agissant en cette dernière qualité, et M. Emile Moreau, Gouverneur de la Banque de France, en vue de mettre fin au régime du moment, concernant « les bons du Trésor français escomptés pour avances de l'Etat à des Gouvernements étrangers » (1927).

Aux élections générales du 22 avril 1928 (retour au scrutin d'arrondissement), il est réélu dans la deuxième circonscription de Dinan, au premier tour de scrutin, par 7.664 voix contre 4.607 à M. de Pontbriand sur 12.824 votants. Membre de la Commission des finances, il se préoccupe : du problème du logement ; des rapports entre les bailleurs et les locataires ; de la fixation du prix des nouveaux loyers (1929) ; du relèvement du taux des pensions allouées aux victimes de la guerre (1929), de la participation de la Métropole à la célébration du centenaire de l'Algérie (1929) ; du perfectionnement de l'outillage national en vue de la réalisation des travaux nécessaires à l'amélioration de la vie économique et sociale du pays (1930). Le 23 février 1930, il est nommé Sous-Secrétaire d'Etat au Ministère de l'Agriculture dans le premier Cabinet Camille Chautemps formé le 21 février. Ce Cabinet démissionne le 25 février suivant. Reprenant ses fonctions de rapporteur général, Louis de Chappedelaine est entendu au cours de la demande de discussion immédiate d'un projet de loi portant ouverture de crédits sur l'exercice 1929 en conséquences des modifications apportées à la composition du Gouvernement. Il ne cesse de porter intérêt : aux besoins de la défense nationale ; à la réorganisation de l'administration pénitentiaire ; à la réalisation de certaines dépenses relatives aux routes, aux ports maritimes et aux voies navigables (1931). Par décret du 27 janvier 1931, il est nommé Ministre de la Marine Marchande dans le premier Cabinet Pierre Laval. Ce Cabinet démissionne le 13 juin suivant. Mais il retrouve ce même portefeuille dans le deuxième Cabinet Laval formé le même jour. En cette qualité, il prend part à des discussions concernant : l'organisation nouvelle du Ministère ; la crise des constructions navales ; le régime des pensions des pêcheurs qui vont au Groënland ; la Caisse des invalides de la marine ; l'application de la journée de 8 heures dans toutes les marines ; la sécurité et la salubrité des marins à bord des navires ; les conventions avec les Compagnies de navigation ; les mesures à prendre à l'égard des marins du commerce victimes des faillites des Compagnies maritimes et les moyens à envisager afin de remédier à la crise que traversent les chantiers français de constructions navales. II demande la discussion immédiate du projet de loi concernant l'aide de l'Etat à la Compagnie transatlantique (1931).

Le 12 janvier 1932, le deuxième Cabinet Laval démissionne. Le troisième Cabinet Laval est formé le 14 janvier. M. de Chappedelaine est nommé, pour la troisième fois, Ministre de la Marine Marchande. Ce Cabinet démissionne le 16 février suivant et est remplacé par le troisième Cabinet Tardieu le 20 février. Louis de Chappedelaine quitte le Ministère de la Marine Marchande et est nommé Ministre des Colonies (décret du 20 février 1932). A ce titre, il s'intéresse : aux mesures fiscales prises en Indochine et au gaspillage budgétaire, cause d'importants déficits dans le budget de cette colonie ; à l'Ecole coloniale ; aux services maritimes en Océanie ; à la surtaxe sur les rhums coloniaux non contingentés ; à l'octroi de prêts aux planteurs; à l'attribution d'un contingent spécial de croix de l'ordre de la Légion d'honneur à l'occasion de l'Exposition coloniale (1932).

Aux élections générales du 1er mai 1932, il est réélu, au premier tour de scrutin, par 8.025 voix contre 2.894 à M. de Pontbriand, son précédent adversaire sur 13.009 votants. Le Ministère André Tardieu démissionne le 10 mai, pour faire place au troisième Cabinet Edouard Herriot. Louis de Chappedelaine regagne son banc de député et redevient membre de la Commission des finances. Il présente, au nom de cette Commission, un avis sur le projet de loi autorisant la mise en chantier, entre le 1er mars et le 31 décembre 1934, de la tranche 1934 du programme naval. Il s'inquiète de la réalisation de l'assainissement du marché des vins, de celui de la viande et du lait (1934). Le 30 janvier 1934, il est nommé Ministre de la Marine Militaire dans le deuxième Cabinet Daladier. Quelques jours plus tard, à la suite des événements du 6 février ce Cabinet donne sa démission, pour être remplacé, le 9 février par le Cabinet Gaston Doumergue. En qualité de député, Louis de Chappedelaine se préoccupe : des importations des blés étrangers en France, du programme d'outillage national ; de la copropriété des paquebots à construire pour les relations maritimes entre la France, l'Algérie et la Tunisie (1935). Le 24 janvier 1936, il est nommé Ministre de la Marine Marchande dans le deuxième Cabinet Albert Sarraut. Mais ce Cabinet démissionne, à la suite des élections générales du 26 avril 1936 auxquelles Louis de Chappedelaine est réélu, au premier tour de scrutin, par 8.491 voix contre 1.942 à M. Amiot sur 12.453 votants. Pendant cette législature, il semble s'intéresser tout particulièrement aux questions sociales : l'élargissement du cadre des allocations pour l'encouragement à la natalité (1936) ; l'application de la semaine de 40 heures aux pompistes et distributeurs d'essence au détail (1937). Il participe à la discussion d'interpellations sur la politique générale et financière du Gouvernement (1937). Le 10 avril 1938, il est nommé Ministre de la Marine Marchande dans le troisième Cabinet Daladier. En cette qualité, il s'inquiète de la situation difficile des marins et de leurs familles ainsi que de celle des retraités (1938) ; il s'intéresse : au décret-loi concernant la faculté et l'obligation de transport de certaines marchandises sous pavillon français ; au vote des marins, au rajeunissement de notre flotte de commerce, au virement de crédits de la marine militaire à la marine marchande ; au décret-loi sur le cumul des pensions (1938). Le 13 septembre 1939, il donne sa démission de Ministre de la Marine Marchande. Une grave maladie le mine, cependant son apparence reste jeune et son abord affable et cordial. C'est avec la plus grande émotion que, le 9 décembre 1939, le vice-président Louis Buyat annonce à la Chambre le décès de M. de Chappedelaine, survenu à Ville-d'Avray (Seine-et-Oise), à l'âge de 63 ans. « Permettez, dit-il, à l'ami de vieille date de saluer la mémoire de Louis de Chappedelaine, de ce très galant homme, d'un commerce agréable et si sûr. Son exquise courtoisie, sa bonté délicate, son désir d'obliger, lui avaient conquis sur tous les bancs de la Chambre les amitiés les plus fidèles et les plus solides. ». Des approbations unanimes soulignent ces paroles.

A la deuxième séance du mardi 12 décembre 1939, le Président Edouard Herriot prononce l'éloge funèbre du disparu. Il retrace sa longue carrière parlementaire, puis très ému s'attarde sur le caractère de son ami. « Sa bonté naturelle le portait à voter toutes les lois sociales qui avaient pour objet d'améliorer la condition des malheureux, comme il le disait en termes simples et sincères, de protéger les travailleurs, d'assister les vieillards, d'aider les familles nombreuses. Il s'est associé à toute l'œuvre de progrès de la République. » Il parle de « sa cordialité, de sa culture, de cette politesse de tradition qui donnait tant de charme à ses manières, une civilité française, plus que jamais précieuse à garder dans un âge où s'étalent avec cynisme la brutalité, la grossièreté. » Il rappelle « la bonne grâce de ses propos qui donnait à ses avis une force de persuasion dont nous garderons le plus durable souvenir. Ce républicain avait conservé la parure morale d'un gentilhomme. » Le Président Herriot rappelle qu'« après avoir réservé son indépendance, au début de sa carrière parlementaire, Louis de Chappedelaine entra au groupe de la gauche démocratique et radicale indépendante et présida ce groupe ». Il insiste sur le rôle que joua, à cinq reprises, M. de Chappedelaine comme Ministre de la Marine Marchande. « En le choisissant pour ce poste, en l'y maintenant, il semble que l'on ait voulu faire honneur à cette race intrépide de navigateurs qui, depuis tant de siècles, exerce sur les bords tourmentés de la côte jusqu'aux espaces les plus lointains, ses rudes qualités, son héroïque entêtement contre les périls. C'est un privilège historique de la Bretagne d'avoir fourni à la fois de grands terriens et de grands marins, attachés à leur sol et attirés par les grands horizons. Un navire qui porte des marchandises transmet aussi, sous les couleurs de la patrie, une part de son influence. Dans les jours de péril, marine marchande et marine militaire ainsi liées mènent en commun la lutte, d'un tel courage qu'on ne peut séparer l'un de l'autre le marin de l'unité active et le pêcheur du chalutier, sentinelle anonyme de la mer. » C'est dans une atmosphère rendue douloureuse par les événements que le Président prononce ces dernières paroles : « Sa maladie ne l'aura pas dispensé de prendre part à nos angoisses. Au jour du succès qu'il aura contribué à préparer, comme il nous manquera !.. »


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