Emmanuel, Raoul, Maurice d'Astier de la Vigerie

1900 - 1969

Informations générales
  • Né le 6 janvier 1900 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 22 juin 1969 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Ille-et-Vilaine
Groupe
Républicains et Résistants
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Ille-et-Vilaine
Groupe
Union républicaine et résistante
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Ille-et-Vilaine
Groupe
Union républicaine et résistante
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Ille-et-Vilaine
Groupe
Républicains progressistes
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Ille-et-Vilaine
Groupe
Républicain progressiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)



Né le 6 janvier 1900 à Paris VIIe

Décédé le 22 juin 1969 à Paris XVe

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale Constituante (Ille-et-Vilaine)

Député d'Ille-et-Vilaine de 1946 à 1958

Emmanuel d'Astier de la Vigerie était issu d'une famille de propriétaires terriens de l'Ardèche. Son arrière grand-père, le baron Emmanuel d'Astier, ancien élève de l'Ecole polytechnique, avait fini sa carrière comme inspecteur général des ponts et chaussées ; à la suite de son mariage avec Mlle Huguet de la Vigerie, il avait ajouté le patronyme de celle-ci au sien. Par sa mère, Emmanuel d'Astier descendait de la famille de Montalivet qui donna deux ministres de l'Intérieur à la France, sous Napoléon Ier et Louis-Philippe. Emmanuel d'Astier était le dernier d'une famille de huit enfants. Son frère aîné, François (1886-1956), général de corps aérien rejoint le général de Gaulle et sera ambassadeur et compagnon de la Libération. Un autre de ses frères, Henri (1897-1952), engagé volontaire à 17 ans, fera également une carrière politique.

Jusqu'à l'âge de 13 ans, Emmanuel d'Astier a son père comme précepteur ; puis il est élève du lycée Condorcet de la 3e à la 1re. Il est alors placé chez les Eudistes de Versailles et prépare l'Ecole navale au collège Sainte Geneviève. Reçu en janvier 1918, Emmanuel d'Astier est affecté à Lorient et Toulon et se spécialise dans l'aviation maritime. Toutefois au bout de six ans, il quitte la marine pour tenter sa chance dans le journalisme et en littérature. Il fréquente notamment les surréalistes, et les éditions du Sans Pareil. Pour vivre, il accepte les fonctions de secrétaire du Chauffage Urbain et réalise des opérations immobilières pour le magnat de l'électricité, Ernest Mercier. Uni, dans un premier mariage, à une américaine, il se remariera, après son divorce, en 1947, avec Mlle Lubov Krassin, fille d'un révolutionnaire soviétique. A 33 ans, Emmanuel d'Astier entre à l'hebdomadaire Marianne. Il effectue divers reportages en Allemagne et en Espagne pour Vu et Lu, qui le font rompre définitivement avec son milieu d'origine. Il est mobilisé en 1939, comme chef d'un centre de renseignements maritimes à Lorient. Démobilisé à Marseille, il organise, dès octobre 1940, un petit groupe de résistants, « La dernière colonne », qui effectue des sabotages.

En janvier 1941, Emmanuel d'Astier entre dans la clandestinité et il fonde le mensuel Libération, où s'exprime notamment une volonté de transformation sociale après la libération du pays. Au début de 1942, ayant gagné Londres, il rencontre le général de Gaulle qui le charge d'une mission auprès du Président Roosevelt. De retour en France, il se rallie à Jean Moulin avec son mouvement, Libération sud, et entre au Conseil national de la Résistance.

En 1943, après la libération de l'Algérie, il entre à l'Assemblée consultative provisoire d'Alger. Nommé commissaire à l'Intérieur du Comité français de libération nationale par le général de Gaulle, il occupe ce poste du 9 novembre 1943 au 9 septembre 1944. De nouveau en France en août 1944, pour rétablir l'ordre dans le sud, il doit quitter ses fonctions à la suite d'un désaccord avec le général de Gaulle. Il refuse alors l'ambassade qui lui était proposée. Il fait cependant partie de l'Assemblée consultative provisoire de 1944 à 1945 et fonde le quotidien Libération. A l'issue de la guerre, il sera chevalier de la Légion d'honneur, croix de guerre 1939-1945, et compagnon de la Libération. Membre de la minorité d'extrême gauche du Mouvement de libération nationale (MLN), il souhaite en vain la fusion de ce mouvement avec le Front national d'obédience communiste, afin de maintenir l'unité de la Résistance après la guerre. En juin 1945, il signe un appel en faveur d'un Comité d'initiative pour le mouvement unifié de la Renaissance française, qui défend ces thèses. Ce Comité constitué, il y figure aux côtés de Pierre Cot et Pierre Meunier : c'est l'embryon du futur courant « progressiste ».

Sa carrière parlementaire commence avec les élections à la première Assemblée nationale Constituante, en octobre 1945. Emmanuel d'Astier prend la tête d'une liste d'Union républicaine et résistante, présentée par le Parti communiste, le Front national et des non-communistes en Ille-et-Vilaine. Elle recueille 35 182 voix (9,7 %) et arrive en quatrième position. Emmanuel d'Astier remporte ainsi le sixième siège à pourvoir, à la plus forte moyenne. A l'Assemblée, l'ancien commissaire à l'Intérieur siège à la Commission de l'Intérieur dont il avait déjà occupé la présidence à l'Assemblée consultative provisoire. Le 18 décembre 1945, il invite le Gouvernement, dans une proposition de résolution, à rompre les relations diplomatiques avec le Gouvernement du général Franco. Ses interventions dans les débats portent également sur les problèmes électoraux.

Aux élections pour la seconde Assemblée nationale Constituante, Emmanuel d'Astier conduit de nouveau, dans l'Ille-et-Vilaine, une liste intitulée « communiste et d'union républicaine et résistante » qui remporte 43 752 voix mais dont il est encore une fois le seul élu. Cette même année 1946, il publie un livre de souvenirs sur la période de la Résistance, Sept fois sept jours, aux éditions de Minuit. A l'Assemblée, il crée le groupe des républicains résistants, qui prendra en 1950 le nom d'« Union progressiste » et dont les effectifs oscillent entre 9 et 16 membres : pour pouvoir être élus dans les commissions, certains députés africains s'apparentent en effet au Parti communiste le temps du vote. Pendant la seconde Assemblée Constituante, Emmanuel d'Astier siège à la Commission de l'Intérieur, qu'il préside, et à celle de la presse, de la radio et du cinéma. Son activité est consacrée avant tout à dénoncer l'insuffisance de l'épuration.

Le 10 novembre 1946, il conduit de nouveau la liste du parti communiste et d'union républicaine et résistante dont le score s'améliore (49 198 suffrages) mais dont il est toujours le seul élu. Il est nommé membre des mêmes commissions que dans l'assemblée précédente. Emmanuel d'Astier intervient dans la discussion de plusieurs propositions de loi, notamment celle de Robert Bichet, relative à la distribution des journaux (27-29 mars 1947), celle de Rachel Lempereur sur la limite d'âge et la retraite des fonctionnaires (17 juin 1947) ou celle du projet de loi portant statut organique de l'Algérie (août 1947). A ce propos, il critique la composition des collèges électoraux de l'Assemblée algérienne. Il participe aussi aux violents débats qui marquent la fin de l'année 1947 à la suite des mouvements de grève et s'associe aux attaques que le parti communiste adresse au Gouvernement, ce qui lui vaut d'être pris à partie par le ministre de l'Intérieur, Jules Moch. Pendant toute la législature, il joint ses votes à ceux des communistes, mais ses positions en politique extérieure se différencient sur un point, celui du neutralisme, c'est-à-dire le refus des blocs. Le 7 février 1950, après le départ des ministres socialistes du gouvernement, Emmanuel d'Astier dresse un violent réquisitoire contre la politique extérieure et intérieure du gouvernement Bidault. Cette attitude se traduit par de nombreuses demandes d'interpellation : sur les poursuites lancées par le parquet de Rennes contre le quotidien Ouest-matin (24 mars 1950), sur les propositions de la Commission nationale des économies (27 avril 1950), sur la dissolution de la Chambre des métiers de la Seine (30 mai), sur la composition du gouvernement Pleven (13 juillet), sur la saisie de son journal, Libération (31 janvier 1951), etc.

En dehors de son activité parlementaire ou de directeur de journal, Emmanuel d'Astier participe à cette époque au Mouvement de la Paix et à la constitution de l'Union progressiste qui, au-delà des parlementaires se réclamant de cette tendance, veut mobiliser des adhérents et des sympathisants dans tout le pays, sans pour autant former un véritable parti. Il prononce notamment le discours d'ouverture de la première conférence nationale des progressistes français qui se tient les 9 et 10 décembre 1950 à Paris. Mais le contexte international (début de la guerre de Corée) rend difficile la popularisation de ces thèses qui vont à l'encontre de l'opinion dominante.

Contre l'avis de certains progressistes, partisans de listes homogènes, Emmanuel d'Astier maintient, aux élections du 17 juin 1951, sa tactique de la liste commune avec les communistes. En dépit d'un recul de 4 000 voix (45 122 suffrages contre 49 198 en 1946), il sauve son siège. Pendant la seconde législature, il appartient aux mêmes commissions que dans l'assemblée précédente. Son activité consiste en de multiples demandes d'interpellation, par exemple sur l'incident qui s'est terminé par la mort d'un ouvrier, liée à la présence de troupes américaines en France (mars 1952), sur l'interdiction d'une pièce de Roger Vaillant et l'arrestation d'André Stil (29 mai 1952), sur la saisie de son journal Libération (30 mai) ou encore sur les incidents qui ont ensanglanté le défilé du 14 juillet 1953. Le 24 novembre suivant, il dénonce le projet de la CED à l'occasion de la discussion d'une interpellation sur la politique européenne. A l'égard du gouvernement Mendès France, Emmanuel d'Astier exprime, lors du débat d'investiture, une appréciation mitigée : son vote favorable, comme celui de ses alliés communistes, exprimera selon lui, leur espoir d'un règlement politique en Indochine. Le dernier épisode important de la législature où Emmanuel d'Astier intervient est fourni par l'affaire des « fuites » : le 3 décembre 1954, il dément les allégations du député Legendre qui l'accuse d'avoir eu des liens avec des personnes mises en cause dans cette affaire. Son soutien tactique à Mendès France explique que, lors du vote de confiance du 5 février 1955, qui marque la fin de ce Gouvernement, il fasse partie de la minorité en sa faveur.

Aux élections du 2 janvier 1956, Emmanuel d'Astier est une fois de plus à la tête de la liste présentée par l'Union progressiste et le parti communiste. Ses positions s'affaiblissent encore par rapport à 1951 (41 111 voix), mais l'application de la représentation proportionnelle et la multiplicité des listes assurent sa réélection. Dans la nouvelle Assemblée, le député d'Ille-et-Vilaine fait partie de la Commission des Affaires étrangères et de celle de l'Éducation nationale. A ce dernier titre, il dépose deux propositions de loi tendant, l'une, à inviter le Gouvernement à respecter intégralement l'article 2 de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'autre, à réserver les fonds publics à l'enseignement public. Ses interventions se limitent aux problèmes d'outre-mer (maintien de l'ordre en Algérie, élections contestées à la Réunion, saisie du livre d'Henri Alleg, La Question). S'il vote, avec les communistes, les pouvoirs spéciaux en Algérie (12 mars 1956), approuve le rapport Khrouchtchev et la déstalinisation, il se sépare d'eux à propos de l'intervention soviétique à Budapest contre laquelle il proteste publiquement, mais dénonce aussi l'expédition de Suez. Hostile à la ratification du traité de Rome, il vote la confiance au gouvernement Pflimlin le 13 mai 1958, l'état d'urgence en Algérie (16 mai) et la révision constitutionnelle, mais il refuse la confiance au général de Gaulle, le 1er juin.


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