Jean-Jacques Juglas

1904 - 1982

Informations générales
  • Né le 10 juin 1904 à Bergerac (Dordogne - France)
  • Décédé le 17 août 1982 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Seine
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Seine
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Seine
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Lot-et-Garonne
Groupe
Mouvement républicain populaire

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)


Né le 10 juin 1904 à Bergerac (Dordogne)

Décédé le 17 août 1982 à Paris

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Seine)

Député de la Seine de 1946 à 1951

Député du Lot-et-Garonne de 1951 à 1955

Ministre de la France d'outre-mer du 20 janvier au 23 février 1955

Jean-Jacques Juglas appartient à une famille originaire de Dordogne. Fils d'un employé de commerce, il fréquenta le lycée et la faculté de lettres de Bordeaux. Il fut professeur aux lycées de Béziers, Rennes, Poitiers, Bordeaux puis Paris et intégra le corps des professeurs agrégés d'histoire et géographie. Il fut notamment professeur de géographie économique au lycée Louis-le-Grand assurant la préparation du concours d'entrée à l'Ecole de la France d'outre-mer. Il publia un traité de géographie économique. Il a aussi enseigné au Conservatoire national des arts et métiers et à l'Ecole normale supérieure de l'enseignement technique. Jeune professeur, Jean-Jacques Juglas avait travaillé sur l'histoire de la renaissance religieuse du XIe siècle. Il publia en 1931 dans les mélanges Albert Dufourcq une étude des lettres d'Yves de Chartres qui complétait son mémoire d'Etudes supérieures sur le Tractatus adversus simoniacos du Cardinal Humbert. Puis, compte tenu de ses charges d'enseignement, Jean-Jacques Juglas orienta ses travaux vers l'histoire coloniale. A la veille de la seconde guerre mondiale, il préparait une thèse de doctorat d'Etat sur la politique indigène en Afrique Occidentale Française de 1878 à 1902. Mobilisé en 1939, Jean-Jacques Juglas fait campagne avec la 1re division marocaine sur le front de Lorraine puis participe à l'expédition de Norvège. Rentré en France le 2 juin 1940, il est blessé à Beauvais le 8 juin. Pendant l'occupation, Jean-Jacques Juglas participe aux activités du mouvement Résistance et plus particulièrement de ce qu'on pourrait appeler la Résistance chrétienne. Jean-Jacques Juglas, en effet, était un militant chrétien, inscrit à la Jeune République puis à partir de 1936 au Parti Démocrate Populaire. Il fut en 1944 l'un des fondateurs du Mouvement Républicain Populaire concevant son engagement dans la résistance comme patriotique et politique.

En 1944, Jean-Jacques Juglas représente les démocrates chrétiens au Comité de libération du 16e arrondissement de Paris et en devient maire adjoint. Il est élu, en 1945, conseiller municipal de Paris et conseiller général de la Seine. Le 21 octobre 1945, aux élections à la première Assemblée nationale constituante, il occupe la deuxième place sur la liste conduite par Robert Lecourt dans la deuxième circonscription de la Seine. Avec 133 702 voix sur 443 058 suffrages exprimés, elle arrive en tête et décroche quatre des dix sièges. Le 2 juin 1946, la liste MRP (107 796 voix sur 452 255 suffrages exprimés) recule et perd deux sièges. Seuls Robert Lecourt et Jean-Jacques Juglas sont réélus. Ce dernier est nommé membre de la Commission des territoires d'outre-mer et le reste jusqu'en 1955. Fort d'une bonne connaissance des réalités coloniales, Jean-Jacques Juglas, quoique novice au Parlement, intervient en séance publique sur les principaux dossiers qui concernent la place des territoires d'outre-mer dans les institutions françaises. Ainsi, en 1946, sur la départementalisation des quatre vieilles colonies ou bien encore sur l'élection des représentants des colonies à ce qui était encore appelée dans les débats la Chambre des députés. Au cours de la seconde Assemblée nationale constituante, Jean-Jacques Juglas dépose plusieurs propositions de loi visant pour la plupart à fixer le régime électoral, la composition et la compétence des conseils des territoires d'outre-mer. Le 23 août 1946, il dépose une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à préparer la commémoration du centenaire de la Révolution de 1848, de l'établissement du suffrage universel et de la Seconde République. Il intervient aussi dans le débat sur la constitution de la Quatrième République. A l'unisson du groupe MRP, il repoussa le premier projet constitutionnel et accepta le second, fruit d'un compromis entre son parti et les partis socialiste et communiste.

Le 10 novembre 1946, Jean-Jacques Juglas est réélu député de la Seine. La liste MRP, toujours conduite par Robert Lecourt, obtient 109 407 voix sur 452 158 suffrages exprimés et trois sièges. Au cours de la première législature de la Quatrième République, Jean-Jacques Juglas s'affirme au Parlement comme l'un des spécialistes des questions touchant à l'Union française. Il est porté dès 1946 à la présidence de la Commission des territoires d'outre-mer qu'il conserve jusqu'en 1955 presque sans interruption. Il est, en outre, désigné par cette commission pour représenter l'Assemblée nationale au sein du Conseil de surveillance chargé de suivre la gestion de la Caisse centrale de la France d'outre-mer et en 1950 de la sous-commission chargée de suivre et de contrôler l'emploi des crédits affectés à la défense nationale.

Comme président de la Commission des territoires d'outre-mer, Jean-Jacques Juglas est un parlementaire actif. Il joue un rôle important dans l'adoption du Fonds d'investissement pour le développement économique et social des territoires d'outre-mer (FIDES). Il exerce, en outre, un contrôle vigilant sur la politique des ministres de la France d'outre-mer qui se succèdent au gouvernement. Ainsi, est-il amené à prendre position sur les événements de Côte-d'Ivoire.

De janvier 1949 à février 1950, des incidents violents eurent lieu en Côte d'Ivoire et l'administration tint le Rassemblement démocratique africain (RDA) pour responsable. Il y eut plusieurs morts et l'affaire fut politisée par les partis métropolitains. L'Assemblée nationale décida le 28 mars 1950 d'envoyer sur place une commission d'enquête parlementaire présidée par Jean-Jacques Juglas. Elle séjourna du 18 au 25 août 1950 en Côte d'Ivoire et publia en trois volumes les documents rassemblés sans qu'une synthèse en soit faite. Le 5 février 1952, une nouvelle commission d'enquête fut élue pour achever le travail de la précédente mais elle jugea qu'il était trop tard pour revenir sur ces événements. Il faut dire que la situation en Afrique noire avait considérablement évolué. Le président du conseil René Pleven et son ministre de la France d'outre-mer, François Mitterrand, avaient pris l'initiative, qui n'était pas sans risques politiques, d'entamer des pourparlers avec le RDA. Son leader, Félix Houphouët-Boigny accepta de faire valoir ses attentes au sein de l'Union française et, en 1952, les députés du RDA s'apparentèrent au groupe de l'UDSR. La politique de François Mitterrand en ce domaine suscita la vive opposition de Jean-Jacques Juglas dont le parti, le MRP, estimait ses intérêts lésés en Afrique. Juglas reprocha à Mitterrand de traiter avec un allié du Parti communiste, Houphouët-Boigny. Il reprocha aussi au ministre de ne pas avoir empêché la condamnation à Dakar de Pères Blancs qui avaient contrevenu aux lois sur la presse. Juglas contribua à monter en épingle cette affaire, se posant en défenseur des intérêts des missionnaires catholiques en Afrique.

En qualité de président de la Commission des territoires d'outre-mer, Jean-Jacques Juglas intervient aussi dans le long et difficile débat de la réforme de la loi électorale pour les législatives de 1951. Faute de trouver une solution, sur sa proposition l'Assemblée décida en mars 1951 d'ajourner le débat en décidant qu'une loi spéciale réglerait le mode de scrutin dans les territoires d'outre-mer.

Le 17 juin 1951, Jean-Jacques Juglas quitte le département de la Seine pour se présenter aux élections législatives en Lot-et-Garonne à la tête d'une liste apparentée à toutes les autres à l'exception des listes communiste et gaulliste. Avec 11 556 voix sur 119 346 exprimés, la liste républicaine populaire obtient un siège au titre de l'apparentement.

Au cours de cette législature, Jean-Jacques Juglas est intervenu à plusieurs reprises pour représenter les intérêts de son département métropolitain et rural. Ainsi le 20 octobre 1953, intervient-il dans l'important débat concernant la politique agricole du gouvernement. Après avoir souligné le malaise de l'agriculture française, Jean-Jacques Juglas apporte son soutien à la politique de Joseph Laniel mais non sans quelques réserves. S'il approuve le développement de l'enseignement professionnel, l'augmentation de l'étendue des terres cultivables, les mesures d'aide à l'exportation et à l'équilibre des marchés, il estime qu'il faut davantage lutter contre le malthusianisme français et le protectionnisme. Il souhaiterait que le ministère de l'agriculture soit moins passif face à celui de l'économie, établisse un bilan des besoins et étudie la nouvelle orientation à donner à la production agricole. Certes, dit-il, des comités nationaux interprofessionnels ont été mis en place mais ils sont lourds à réunir et la coordination fait défaut. Il demande au gouvernement de réfléchir aux raisons pour lesquelles le prix à la production et celui à la consommation souffrent d'écarts aussi grands et de tenir compte des spécificités régionales. Dans le sud-ouest, il voit émerger une « élite paysanne ». « Cette paysannerie dont je me suis fait, bien imparfaitement, l'avocat est celle qui constitua l'infanterie de nos guerres, elle fait encore la base et la solidité sociale de ce pays » conclut-il. Le 3 août 1954, Jean-Jacques Juglas se pose à nouveau en défenseur des agriculteurs de sa région. Il est opposé au projet de loi relatif aux prestations viniques et demande au gouvernement de ne pas inquiéter les producteurs, notamment ceux des régions de polyculture qui sont mal représentées à Paris. Il met le gouvernement en garde quant aux conséquences politiques du grave malaise social des campagnes.

Mais c'est avant tout sur l'outre-mer et notamment sur l'Indochine que Jean-Jacques Juglas intervient le plus souvent. Il avait été en 1946 délégué de l'Assemblée à la conférence de Fontainebleau avec le Vietminh. Les 9 et 10 avril 1952, Jean-Jacques Juglas intervient dans le débat sur l'Indochine et précise qu'il votera les crédits militaires, approuvant ainsi la politique du gouvernement et du ministre des Etats associés, Jean Letourneau. Le 2 juillet 1953, il se rallie à la proposition de résolution instituant une commission d'enquête parlementaire sur le trafic des piastres indochinoises. A ses yeux, il eût été préférable de recourir à la Cour des comptes. Quant à la composition de la commission d'enquête, Juglas estime qu'il faut l'élargir à des membres de l'Assemblée de l'Union française dans la mesure où la France a reconnu l'indépendance des Etats associés. Le président de la Commission des Territoires d'outre-mer intervient dans l'important débat sur la politique indochinoise du gouvernement le 28 octobre 1953. Juglas se fait le défenseur de l'œuvre des ministres MRP en la matière et rappelle la ligne de son parti. Le MRP plaide en faveur d'une indépendance effective des Etats associés. La France ne combat pas pour défendre uniquement la présence française mais aussi un Vietnam libre. Or, compte tenu des difficultés de l'armée vietnamienne, Juglas réclame une aide accrue des puissances alliées. Quant aux négociations, le MRP ne les refuse pas mais il lui semble que l'internationalisation du dossier n'est pas une bonne solution. Il faut négocier « dans la dignité » ajoute-t-il et appelle en guise de péroraison à l'unité du Parlement. Il fait savoir que le MRP votera l'ordre du jour déposé par René Kuehn en conclusion des débats, manifestant ainsi son soutien au gouvernement. Quelques jours plus tard, le 6 novembre, Jean-Jacques Juglas a failli, bien malgré lui, compromettre l'assise du gouvernement. Au cours des discussions budgétaires, en effet, le député du Lot-et-Garonne critique l'administration de la France d'outre-mer et notamment le nombre élevé de ses fonctionnaires (1000 au lieu de 300 avant la guerre) alors que la rue Oudinot n'administre ni les départements d'outre-mer ni l'Indochine. Le gaulliste Raymond Dronne reprend les critiques qui viennent d'être formulées par le président MRP de la Commission et fait voter une réduction massive des crédits contre l'avis du ministre de la France d'outre-mer, le MRP Pierre Pflimlin, qui remet sa démission. Le gouvernement demande une seconde lecture et parvient à faire voter le budget de ce ministère après que Pierre Pflimlin a pris l'engagement de procéder à une réforme de ses services.

Jean-Jacques Juglas apporte à nouveau son soutien au gouvernement Laniel au cours de la séance du 11 mai 1954 qui suit l'annonce de la défaite de Dien-Bien-Phu. Pour éviter une interpellation immédiate, le président du Conseil demande le renvoi à la suite des huit interpellations déposées et, en compensation, propose d'adopter une proposition de résolution déposée en novembre 1953 par Juglas, Koenig et Daniel Mayer respectivement présidents des commissions des territoires d'outre mer, de la défense et des affaires étrangères, résolution qui visait à constituer une Commission spéciale chargée d'exercer le contrôle parlementaire. En vain, car le débat a bien lieu. Le groupe MRP apporte son soutien total « au gouvernement de la France qui négocie et qui se bat » et propose une motion qui n'est adoptée qu'à deux voix de majorité.

Le 5 août 1954, Jean-Jacques Juglas intervient comme rapporteur pour avis sur le projet de loi visant à conférer au gouvernement des pouvoirs spéciaux en matière économique. Il met en garde le gouvernement contre les dangers qui résulteraient de la libéralisation des échanges car l'économie des territoires d'outre-mer est fragile, précise-t-il. Plutôt que de juxtaposer une économie métropolitaine et une économie d'outre-mer, Juglas propose d'instituer un régime douanier commun à la zone franc. Il rappelle à cette occasion son attachement ancien et puissant au principe du FIDES qui constitue une charte du développement économique et social qui lie la France à ces territoires. « Le mieux-être des populations doit être notre but principal », or des problèmes alimentaires subsistent en Afrique. Aussi, faut-il encourager les cultures vivrières et élever le niveau de vie des populations urbaines mais Juglas regrette que le budget du ministère de la France d'outre-mer soit l'un des plus faibles de l'Etat et pour l'essentiel un budget de fonctionnement. Le 3 novembre 1954, Jean-Jacques Juglas en qualité de rapporteur présente la proposition de loi relative aux institutions territoriales et régionales du Togo. Prenant à témoin l'Assemblée et au-delà l'ONU qui a confié ce territoire à la France, comme il l'avait déjà fait en qualité de délégué aux Nations Unis en 1950 et 1951, Juglas insiste sur la nouveauté de ce projet : « notre projet représente un énorme pas en avant ». Un Conseil de gouvernement se verrait investi du soin d'administrer le Togo. Il invite l'Assemblée à adopter le texte rapidement car, ajoute-t-il, il faut que la République montre aux Togolais qu'elle tient ses promesses et « qu'elle sait faire avancer les populations qui vivent à l'ombre de son drapeau sur la voie du progrès politique comme du progrès social ».

Le 20 janvier 1955, Jean-Jacques Juglas est appelé à siéger au gouvernement en qualité de ministre de la France d'outre-mer en lieu et place de Robert Buron qui prend le portefeuille des finances à l'occasion de ce remaniement. Jean-Jacques Juglas, qui avait soutenu tous les gouvernements de droite de la législature, avait voté l'investiture de Mendès France en 1953 mais s'était abstenu en 1954. Il avait adopté la même attitude lors du scrutin sur les accords de Genève. On peut s'interroger sur le sens de la nomination de Juglas qui lui vaut du reste d'être exclu du groupe MRP. Robert Buron a-t-il convaincu le président du Conseil de confier l'Outre-Mer à un proche dans l'espoir qu'il continuera sa politique ? C'est du moins ce qu'il laisse entendre dans ses Carnets Politiques. Ou bien, Mendès France, alors qu'il était accusé de « brader » l'Empire, voyait-il dans cette nomination le moyen de calmer les alarmes des uns et de se concilier les votes des autres ? En vain, car le MRP nullement flatté par la promotion de ses deux députés, Buron et Juglas, campa sur ses oppositions. La nomination de Juglas entraîna la démission du gouvernement du radical Henri Caillavet, député lui aussi du Lot-et-Garonne, qui apprécia peu la nomination du clérical Juglas au poste de ministre quand lui-même n'était que secrétaire d'Etat, et ceci quelques mois avant les élections législatives. Ces querelles minuscules furent montées en épingle et exploités par les adversaires du gouvernement. Quelques jours plus tard, le 5 février 1955, Pierre Mendès France fut renversé. Juglas expédia les affaires courantes jusqu'au 23 février. Il aura occupé la rue Oudinot, couronnement de sa carrière parlementaire, moins d'un mois.

Le 2 janvier 1956, Jean-Jacques Juglas est battu. Avec 17 525 voix, il améliore son score par rapport à 1951 mais les apparentements cette fois n'ont pas joué. Sans mandat parlementaire, Jean-Jacques Juglas renoue avec l'enseignement. Il enseigne au Conservatoire national des Arts et Métiers et à l'Institut des hautes études d'outre-mer. Il fut, en outre, directeur puis président de l'ORSTOM de 1956 à 1963 et directeur de l'Institut d'études de développement économique et social de 1970 à 1972. Jean-Jacques Juglas était membre de l'Académie des sciences d'outre-mer.

Il meurt à Paris le 17 août 1982.



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