Alfred Malleret-Joinville

1911 - 1960

Informations générales
  • Né le 15 décembre 1911 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 20 février 1960 à Arcueil (Val-de-Marne - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Seine
Groupe
Communiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Seine
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Seine
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Seine
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Seine
Groupe
Communiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)



Né le 15 décembre 1911 à Paris (XIVème)
Décédé le 20 février 1960 à Arcueil (Seine)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Seine)
Député de la Seine de 1946 à 1958

Alfred Malleret est né le 15 décembre 1911 à Paris ; son père est un ancien mineur qui a gagné la capitale pour y devenir chauffeur de taxi. A quinze ans, titulaire du brevet d'enseignement primaire supérieur, il entre comme employé à la Barclay's Bank, qu'il quittera quelques années plus tard pour rejoindre la compagnie d'assurances La Nationale ; mais ses goûts le portent plutôt vers la littérature, l'art et surtout la musique. C'est également en autodidacte, et sous l'influence de son ami Maurice Kriegel, qu'il fait la découverte de Marx et des penseurs communistes ; ces lectures le conduisent à adhérer en juin 1937 au Parti communiste.

Mobilisé en septembre 1939 au 21e régiment de marche des volontaires étrangers, Alfred Malleret est fait prisonnier le 23 juin 1940 dans les Ardennes. Il parvient à s'évader en avril 1942, et, par l'intermédiaire de Maurice Kriegel, rejoint la Résistance à Limoges. Excellent organisateur, courageux et discret, il devient au début de l'année 1943, sous le nom de Joinville, chef de région du mouvement Libération, dirigé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie.

Lorsque les Mouvements unis de résistance (MUR) naissent en janvier 1943 de la fusion des trois grands mouvements de résistance de la zone sud (Combat, Libération et Franc Tireur), Alfred Malleret en devient le chef pour la région Rhône-Alpes ; épaulé par Marc Bloch, il dirige et coordonne l'action des maquis, alors que s'intensifie la répression allemande.

En mai 1944, après l'arrestation du général de Jussieu, « Joinville » prend la tête de l'état-major national des Forces française de l'intérieur (FFI) ; à ce titre, il prend une part déterminante aux combats pour la libération de Paris. A la fin du mois d'août 1944, nommé au grade de général, il installe son quartier général rue Saint-Dominique, au ministère de la guerre. De là, il suit la fusion difficile entre les troupes de la résistance intérieure et celles des Forces françaises libres ; simultanément, il supervise les opérations militaires que mènent les FFI pour libérer l'Est de la France et les « poches » de l'Atlantique.

Le 15 mai 1945, une semaine après la capitulation de l'Allemagne, Alfred Malleret est démobilisé ; dans la foulée, il se présente sous le nom de Malleret-Joinville aux élections pour la première Assemblée constituante du 21 octobre 1945, en deuxième position sur la liste conduite par Maurice Thorez dans la 4e circonscription de la Seine. La liste remporte un succès remarquable : avec 150 567 voix sur 376 209 suffrages exprimés, elle s'octroie quatre des huit sièges à pourvoir. Derrière Maurice Thorez, Alfred Malleret-Joinville, Marie-Claude Vaillant-Couturier et Albert Petit font leur entrée à l'Assemblée nationale constituante ; les autres élus de la circonscription sont les chrétiens-démocrates Paul Bacon et Simone Rollin et les socialistes Edouard Depreux et Jean-Daniel Jurgensen.

Fort de sa légitimité dans le domaine militaire, Alfred Malleret-Joinville est nommé membre de la Commission de la défense nationale. Il dépose le 7 février 1946 une proposition de loi tendant à établir une procédure rapide d'acquisition de la nationalité française au profit des étrangers engagés volontaires. Il intervient en outre au cours de la discussion du projet de budget pour le premier trimestre 1946, pour déplorer notamment que soient « maintenus en place trop d'officiers vichyssois ».

Avec ses collègues du groupe communiste, Alfred Malleret-Joinville vote les nationalisations et approuve, le 19 avril 1946, le premier projet de Constitution de la IVe République ; le texte est cependant rejeté par le référendum du 5 mai, ce qui entraîne la convocation d'une nouvelle Assemblée constituante.

Les élections se tiennent le 2 juin ; Alfred Malleret-Joinville figure toujours en deuxième position derrière Maurice Thorez dans le 4e secteur de la Seine. Malgré un très léger recul, avec 147 921 voix sur 377 267 suffrages exprimés, la liste communiste emporte de nouveau quatre sièges.

Siégeant à nouveau à la Commission de la défense nationale, Alfred Malleret-Joinville approuve le second projet de Constitution, voté par l'Assemblée le 28 septembre 1946 et ratifié par référendum le 13 octobre. Lors des élections législatives qui suivent, le 10 novembre, ce sont cette fois neuf sièges qui sont à pourvoir. La liste communiste, sur laquelle Alfred Malleret-Joinville occupe toujours la deuxième place derrière Maurice Thorez, obtient son meilleur résultat, avec 154 696 voix sur 371 575 suffrages exprimés. Les équilibres électoraux de la 4e circonscription de la Seine sont modifiés par l'émergence d'une liste gaulliste « d'union contre le tripartisme », conduite par Etienne-André de Raulin et Michel-Maurice Peytel, qui obtient deux élus ; pour la SFIO, seul Edouard Depreux sauve son siège.

Alfred Malleret-Joinville retrouve la Commission de la défense nationale, dont il est élu secrétaire, puis, le 1er mars 1947, président. Il est aussi nommé membre de la Commission chargée d'enquêter sur les événements survenus en France de 1933 à 1945. Son activité parlementaire est tout entière tournée vers les questions militaires. Il intervient à de nombreuses reprises pour dénoncer la politique militaire du gouvernement, le niveau exagéré des dépenses militaires, et l'adhésion de la France à la « politique belliqueuse » menée par les Etats-Unis en Europe : « le gouvernement présente le pacte Atlantique comme un instrument international capable d'assurer la sécurité française et de maintenir la paix. Depuis Munich, on n'avait pas encore aussi grossièrement tenté de tromper l'opinion », assure-t-il le 25 juillet 1949.

Aux élections du 17 juin 1951, Alfred Malleret-Joinville figure toujours en deuxième position sur la liste conduite par Maurice Thorez dans la 4e circonscription de la Seine. Avec 140 458 voix sur 366 132 suffrages exprimés, la liste communiste accuse un léger repli, mais retrouve ses quatre élus. Le scrutin est marqué par le succès de la liste RPF, qui obtient trois élus : Louis Vallon, Michel Peytel et Irène de Lipkowski.

Alfred Malleret-Joinville est nommé membre de la Commission de la défense nationale. Il est l'un des plus virulents adversaires de la politique coloniale menée par les gouvernements successifs, n'ayant de cesse d'exiger le retour du corps expéditionnaire français d'Indochine et l'abandon par la France de ses positions dans la région. Il dénonce aussi avec véhémence, à plusieurs reprises, « l'inféodation de l'armée française au commandement de l'OTAN », et le danger que fait peser selon lui le réarmement de l'Allemagne sur la sécurité de l'Europe.

Aux élections du 2 janvier 1956 Alfred Malleret-Joinville occupe cette fois la troisième place sur la liste conduite par Maurice Thorez. Dans un scrutin marqué par une très forte participation, la liste recueille 174 393 voix sur 465 075 suffrages exprimés, et emporte quatre des neuf sièges à pourvoir.

Alfred Malleret-Joinville retrouve une nouvelle fois la Commission de la défense nationale. Au cours de la législature, il dénonce la politique menée par le gouvernement en Algérie, exigeant la reconnaissance du « fait national algérien » ; il commente la crise de Suez en déplorant l'alliance entre la France et Israël, et en soulignant la menace que fait peser d'après lui la politique du cabinet Mollet sur la sécurité du territoire national.

Alfred Malleret-Joinville est par ailleurs l'un des premiers à se faire l'écho, au Parlement, des activités plus que douteuses menées en Algérie par les services d'« action psychologique » de l'armée française. Il intervient longuement sur ce thème le 27 février 1958 à la tribune de l'Assemblée : « il faudrait que chaque député lise les cent pages du livre de Henri Alleg, que ses amis viennent de faire paraître. Il a pour titre La Question, au sens médiéval du mot. Tout homme digne de ce nom ne pourra manquer de se sentir brûlé comme par un fer rouge à chacune de ses pages. En les parcourant, en voyant agir les tortionnaires de Henri Alleg, chacun aura envie de crier, il faut l'espérer : Non, ce n'est pas vrai ! Non, il est impossible que des officiers français aient fait cela, aient dit cela ! ».

Avec ses collègues du groupe communiste il s'oppose au retour du général de Gaulle (scrutins des 1er et 2 juin 1958).

Parlementaire sans interruption depuis octobre 1945, Alfred Malleret-Joinville ne sollicite pas le renouvellement de son mandat aux élections législatives de novembre 1958.

Il décède à Arcueil un peu plus d'un an après, le 20 février 1960.



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