Henri Grouès Dit l'Abbé Pierre

1912 - 2007

Informations générales
  • Né le 5 août 1912 à Lyon (Rhône-et-Loire - France)
  • Décédé le 22 janvier 2007 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Meurthe-et-Moselle
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Meurthe-et-Moselle
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Meurthe-et-Moselle
Groupe
Mouvement républicain populaire

Fonds d'archives

Le fonds de l’abbé Pierre, qui représente 27,7 mètres linéaires, est conservé aux Archives nationales du monde du travail sous la cote 2010 018. Il a été déposé entre 2000 et 2010. Les archives, décrites dans un répertoire numérique détaillé, couvrent la période 1912-2007. Leur consultation est soumise à autorisation. De plus amples renseignements sont disponibles sur le site des Archives nationales du monde du travail.

Biographies

Biographie de la IVe République

PIERRE (Henri, Marie, Antoine GROUÈS, dit L’ABBÉ PIERRE)
Né le 5 août 1912 à Lyon (Rhône)
Décédé le 22 janvier 2007 à Paris

Membre de la première et de la seconde Assemblées nationales constituantes (Meurthe-et-Moselle)

Député de la Meurthe-et-Moselle de 1946 à 1951

Henri Grouès naît à Lyon, cinquième de huit enfants, dans une riche famille de soyeux, catholique et très unie. Après ses études secondaires au collège des Jésuites et une année à la Faculté des Lettres, sa vocation le fait entrer dans l’ordre contemplatif des Capucins. Il accomplit ses années de noviciat à Saint-Etienne et à Crest, dans la Drôme, où il étudie la philosophie et la théologie. Mais des raisons de santé l’obligent à quitter la vie monastique. Il est ordonné prêtre le 24 août 1938. Sous-officier pendant la campagne de France, il est nommé vicaire à la cathédrale de Grenoble et aumônier de divers groupements. Son activité pastorale se double rapidement d’une activité clandestine au service d’israélites, de résistants ou de réfractaires qu’il cache ou qu’il aide à passer en Suisse. Ainsi en est-il de Jacques de Gaulle, frère cadet du général de Gaulle, malade et menacé d’arrestation. Il participe également à la création d’un maquis dans le Vercors où il devient l’abbé Pierre. Traqué, il doit passer en Espagne fin mai 1944 et parvient à gagner Alger le 16 juin 1944. Aumônier des troupes de marine de la France libre, il sert d’abord au Maroc, sur le Jean-Bart, puis à Paris quand s’achève la guerre.

En vue de l’élection de l’Assemblée nationale constituante, il est sollicité par Pierre-Henri Teitgen, figure importante du jeune Mouvement républicain populaire (MRP), ainsi que par certains membres de l’entourage du général de Gaulle. Non sans hésitation, il accepte de se présenter et opte pour la Meurthe-et-Moselle, département où Pierre-Henri Teitgen avait des attaches. Il se déclare candidat indépendant, à la tête d’une liste essentiellement composée de militants du MRP. Au terme d’une campagne active, déployée surtout en milieu ouvrier, il est l’unique élu de sa liste qui obtient 41 817 voix sur 231 983 suffrages exprimés.

Membre de la commission de la défense nationale, l’abbé Pierre s’inscrit au groupe MRP auquel il a fini par adhérer, tout en soulignant que la vraie carte pour lui n’est pas celle de son parti, mais celle de sa conscience. Il dépose deux propositions de loi en faveur des combattants volontaires de la Résistance et des Réfractaires au STO dont il souhaite créer le statut. Il intervient à cinq reprises, la plus notable étant une demande d’invalidation des porteurs de la Francisque (1945). Comme l’ensemble de son groupe, il rejette le projet constitutionnel, le 19 avril 1946.

Aux élections du 2 juin, la poussée des voix du MRP (65 008 sur 244 662 suffrages exprimés) permet à sa liste de conquérir un deuxième siège. L’abbé Pierre retrouve la commission de la défense nationale, le 26 juin 1946, mais sa participation à la vie parlementaire est moins importante encore qu’à la première Constituante. De toute évidence, le milieu et les rites parlementaires lui déplaisent, même si, de son propre aveu, il ne cache pas son admiration pour Pierre Mendès France ou Robert Schuman, et si une vive amitié le lie désormais au démocrate-chrétien Robert Buron. A l’inverse, ses relations avec Georges Bidault, principale figure du MRP et alors chef du gouvernement provisoire, manquent d’aménité.

À l’élection de l’Assemblée nationale, le 10 novembre 1946, la liste qu’il conduit à nouveau accuse une nette régression (49 270 voix sur 233 709 suffrages exprimés) qui profite surtout au Parti républicain de la liberté, lequel emporte un troisième siège, alors que le MRP perd son second élu. Nommé, le 17 décembre 1946, à la même commission que précédemment, il siège également à la commission des pensions en 1948 et 1949. Il rejoint la commission de l’intérieur, en 1951 seulement. À partir du 11 février 1947, il appartient à la commission chargée d’enquêter sur les événements survenus en France, de 1933 à 1945. Enfin, il est appelé à figurer sur la liste des jurés de la Haute Cour de justice, le 20 mai 1947.

Tout au long de cette première législature de la Quatrième République, son activité parlementaire est plus soutenue que précédemment. À travers cinq propositions de loi, cinq propositions de résolution et un rapport, sa sollicitude va aux résistants et aux régions touchées par les combats de la Grande guerre. À ce titre, il dépose, le 21 janvier 1947, une proposition de loi tendant à instituer une promotion dans la Légion d’honneur au profit de certaines catégories d’habitants des régions tenues sous le feu de l’ennemi pendant la guerre 1914-1918. Quelques mois plus tard, le 6 août 1947, il rédige un rapport en ce sens, au nom de la commission de la défense nationale.

Ses quinze interventions en séance ne manquent pas d’intérêt ni d’originalité. Ainsi introduit-il un amendement tendant à prévoir une contribution de 1/1000 des dépenses militaires au profit des organisations fédérales mondiales (23 juin 1949), proposition qu’il faut relier à son appartenance au Mouvement fédéraliste universel ; ou une demande d’interpellation sur le scandale de l’incarcération des objecteurs de conscience (13 octobre 1949). Ses votes sont globalement conformes à la discipline du groupe MRP dont il se sépare toutefois sur l’Indochine.

Ayant dénoncé, le 20 novembre 1950, l’absence d’initiative diplomatique française en vue de mettre fin aux combats, il vote contre la politique indochinoise du gouvernement Pleven à laquelle le MRP est étroitement associé. Le 23 juin 1949, il avait déposé une demande d’interpellation sur la publication d’atrocités attribuées aux troupes françaises combattant en Indochine. De même vote-t-il contre la loi sur les apparentements, qu’il juge immorale, le 7 mai 1951. L’année précédente, il a, du reste, quitté le MRP pour fonder, avec quelques autres dissidents - Paul Boudet, député de l’Hérault, et Charles d’Aragon, député des Hautes-Pyrénées -, le groupe de la Gauche indépendante.

C’est sans illusion que l’abbé Pierre se présente aux élections législatives du 17 juin 1951, à la tête d’une liste de Défense des intérêts démocratiques et populaires, composée de gens très humbles dépourvus de toute notoriété. Privé du soutien du MRP et de celui de la hiérarchie catholique, il n’obtient que 7,7 % des suffrages exprimés et perd son siège.

Cette expérience politique et parlementaire n’aura été qu’une parenthèse refermée sans regrets. Depuis 1949, l’abbé Pierre anime une communauté caritative laïque, sise à Neuilly-Plaisance et qui prend le nom, l’année suivante, des Compagnons d’Emmaüs. Son action, tournée vers les plus démunis et les sans-logis, prend véritablement son essor durant l’hiver 1953-54 qui soulève un grand élan de générosité et qui popularise définitivement le nom de son fondateur. Il poursuit son combat contre les injustices, comme pèlerin de l’aide aux femmes et aux hommes en détresse (droit au logement, sans papiers). En 1984, il fait un retour sur la scène médiatique. Il tente d’aider les plus pauvres et les Restaurants du cœur naissent aussi de l’inspiration et de l’action de l’abbé Pierre. Grâce à l’action médiatique, qui l’exaspère tout en l’aidant, puis avec la création de la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés, il devient une « conscience de la société française », devenant une des personnalités les plus populaires de France. En vingt ans (1983-2003), il est élu, à dix-sept reprises, « personnalité préférée des Français ». En 2007, la loi sur le droit opposable au logement porte son nom.

Médaillé de la Résistance, Grand croix de la Légion d’honneur (2004), médaille d’or Albert-Schweitzer, grand prix de l’Académie des sciences morales et politiques, l’abbé Pierre a retracé son action dans L’Abbé Pierre, Emmaüs ou venger l’homme, livre-interview avec Bernard Chevallier, Editions du Centurion, 1979.

Il s’éteint à Paris le 22 janvier 2007.

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