René Pleven

1901 - 1993

Informations générales
  • Né le 15 avril 1901 à Rennes (Ille-et-Vilaine - France)
  • Décédé le 13 janvier 1993 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Résistance démocratique et socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Union démocratique et socialiste de la Résistance
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Union démocratique et socialiste de la Résistance
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Union démocratique et socialiste de la Résistance et du RDA
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Entente démocratique
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 18 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Centre démocratique
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 5 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Progrès et démocratie moderne
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 23 juin 1968 au 22 juillet 1969
Département
Côtes-du-Nord
Groupe
Progrès et démocratie moderne

Gouvernement

Chef du Gouvernement
du 12 juillet 1950 au 28 février 1951
Chef du Gouvernement
du 11 août 1951 au 17 janvier 1952

Biographies

Biographie de la IVe République

PLEVEN (René, Jean)
Né le 15 avril 1901 à Rennes (Ille-et-Vilaine)
Décédé le 13 janvier 1993 à Paris

Membre de la première Assemblée nationale constituante (Côtes-du-Nord)

Député des Côtes-du-Nord de 1946 à 1958

Ministre des colonies du 10 septembre 1934 au 16 novembre 1944

Ministre des finances du 16 novembre 1943 au 6 avril 1945 et du 22 novembre 1945 au 20 janvier 1946

Ministre de l’économie et des finances du 6 avril 1945 au 22 novembre 1945

Ministre de la défense nationale du 18 octobre 1949 au 17 juillet 1950 et du 8 mars 1952 au 8 janvier 1953

Président du Conseil du 12 juillet 1950 au 9 mars 1951 et du 11 août 1951 au 20 janvier 1952

Vice-président du Conseil du 10 mars 1951 au 11 août 1951

Ministre de la défense nationale et des forces armées du 8 janvier 1953 au 19 juin 1954

Ministre des affaires étrangères du 14 mai 1958 au 1er juin 1958

La famille paternelle de René Pleven est originaire des Côtes-du-Nord. Le futur président du Conseil grandit dans un milieu catholique, républicain et patriote. Saint-Cyrien, son père Jules Pleven (né en 1875) est en garnison à Rennes au moment de sa naissance. Il est, par la suite, muté à Laval. C’est dans le lycée de cette ville que René Pleven fait de solides études secondaires. A l’automne de 1915, il commence ses études supérieures à Paris. Il suit des cours de droit et fréquente aussi l’Ecole libre des sciences politiques. Son cycle universitaire est interrompu par le service militaire qu’il accomplit à l’état-major du Maréchal Pétain. À la fin de l’année 1924, René Pleven soutient sa thèse de droit intitulée Les Ouvriers de l’agriculture anglaise depuis la guerre. Diplômé de l’Ecole libre des sciences politiques dans la section « finances publiques », il se présente par deux fois en vain au très sélectif concours de l’inspection des finances. En ce début des années 1920, les hasards de la vie mettent le jeune homme en contact avec des personnages que l’Histoire va de nouveau placer sur sa route deux décennies plus tard. Dans l’entourage de Pétain, il fait connaissance de Charles de Gaulle. À la conférence Olivaint comme à la direction de l’ACJF (Association catholique de la jeunesse de France), il côtoie Georges Bidault. Enfin, militant au Groupement universitaire pour la Société des Nations (SDN), il est présenté en 1925 à Jean Monnet. C’est sous la houlette de celui-ci que René Pleven se lance dans les affaires. Il travaille d’abord comme expert financier international aux côtés de Jean Monnet. En 1929, i1 entre dans la société américaine Automatic Telephone Company. Il s’installe à Londres avec sa famille. En 1923, René Pleven a épousé Anne Bompard, fille de l’ancien député radical de la Seine, Raoul Bompard. Deux filles sont nées de cette union.

Au moment où la guerre éclate, René Pleven occupe un poste stratégique et lucratif au sein de sa firme, celui de directeur général pour l’Europe. En septembre 1939, i1 est mobilisé dans l’aviation. En octobre 1939, son ancien mentor Jean Monnet est nommé président du Comité de coordination franco-britannique. Monnet obtient que Pleven soit son adjoint. Ainsi, ce dernier est par deux fois envoyé aux Etats-Unis pour négocier l’achat d’avions de combat. Déjà rompu aux discussions économiques internationales, il fait ainsi son apprentissage des pourparlers diplomatiques. Comme Jean Monnet, René Pleven est hostile à l’armistice. Pour empêcher celui-ci, il tente vainement de convaincre le Gouvernement de Bordeaux de l’intérêt du projet Monnet d’union franco-britannique. Mais contrairement à Jean Monnet, René Pleven se rallie très tôt au général de Gaulle. Il participe au basculement de l’AEF. Il en devient le secrétaire général. En juin-octobre 1941, il conduit une délicate mission aux Etats-Unis. C’est l’occasion de revoir sa famille qui s’y est réfugiée. En septembre 1941, de Gaulle crée un embryon de gouvernement, le Comité national français (CNF). René Pleven y est nommé commissaire à l’économie, aux finances et aux colonies. Premier dans l’ordre protocolaire des commissaires du CNF, il en coordonne les départements civils. Il reste constamment membre du CNF, mais ses attributions varient au gré des vicissitudes politiques. En juin 1943 naît à Alger le Comité français de libération nationale (CFLN), coprésidé par de Gaulle et Giraud. Pleven quitte Londres pour y siéger. Il y est commissaire aux colonies. En octobre 1943, de Gaulle évince Giraud ; le 3 juin 1944, le CFLN se transforme en Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Ces péripéties ne remettent pas en cause les attributions de René Pleven. À son poste, il travaille à réformer l’empire tout en y affirmant la souveraineté française. Tel est l’esprit de la conférence africaine de Brazzaville dont il a lancé l’idée, dès juillet 1943, et qui se réunit le 30 janvier 1944. Il en assure la présidence. Il affirme alors : « Dans la France coloniale, il n’y a ni peuples à affranchir, ni discrimination raciale à abolir. (...) Les populations d’outre-mer n’entendent connaître d’autre indépendance que l’indépendance de la France. » Paris libéré, de Gaulle demande aux membres du GPRF de rejoindre la capitale, ce que fait René Pleven le 31 août. Au début de septembre 1944, le gouvernement est remanié. René Pleven y conserve ses attributions. Mais le titre de commissaire est remplacé par celui de ministre. A l’automne, sa satisfaction de retrouver sa famille rentrée des Etats-Unis est tempérée par la tristesse de perdre son jeune frère qui, ayant choisi une autre voie, meurt en prison.

En novembre 1944, le ministre des finances Aimé Lepercq est tué dans un accident de la route. De Gaulle demande à René Pleven d’assurer la succession. Ainsi, celui-ci abandonne à Paul Giacobbi le dossier colonial qu’il gérait depuis plus de trois ans. Comme Lepercq, René Pleven s’oppose au ministre de l’économie nationale, Pierre Mendès France. Pour juguler l’infIation, ce dernier prône la rigueur. Il propose en ce sens l’échange des billets en circulation avec blocage partiel et temporaire. Soutenu par la plupart de ses collègues du gouvernement, René Pleven refuse cette politique contraignante. De Gaulle finit par pencher en sa faveur, ce qui entraîne la démission de Pierre Mendès France, au mois d’avril 1945. Pleven cumule désormais les deux fonctions. L’opération d’échange des billets a bien lieu en juin 1945, mais sans aucun blocage. René Pleven s’y emploie avec une équipe de jeunes technocrates d’avenir comme Paul Delouvrier. Le ministre affirme alors son talent dans des joutes parlementaires qui ne sont pas pour lui déplaire.

Décidé à poursuivre une carrière politique, René Pleven doit choisir une appartenance politique et une implantation locale. Plutôt que de suivre les conseils du général de Gaulle qui l’engage à devenir un dirigeant du MRP, il préfère mettre sur pied l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR). De 1925 à la Libération, René Pleven avait vécu le plus souvent hors de France. Dans la perspective des élections futures, il a commencé, dès l’automne de 1944, à s’implanter dans les Côtes-du-Nord où il était inconnu, mais où sa famille était enracinée. Nommé membre du conseil général provisoire du département dès février 1945, il a été élu au premier tour conseiller général de Dinan-Est, en septembre 1945. Aux élections nationales du 21 octobre 1945, René Pleven dirige la liste «de la résistance républicaine et socialiste», dont le second est l’ancien député radical Pierre Sérandour. La liste est affrontée à des listes communiste, socialiste et démocrate-chrétienne. Avec 48 350 voix pour 266 950 suffrages exprimés, la liste Pleven arrive en dernière position. Elle n’a qu’un élu.

René Pleven s’inscrit au groupe parlementaire de la Résistance démocratique et socialiste. Dans le nouveau gouvernement de Gaulle qui est alors constitué, il abandonne au communiste Billoux le ministère de l’économie. Comme ministre des finances, il dépose douze projets de loi et conduit la nationalisation du crédit. Il s’oppose avec succès à l’étatisation des banques d’affaires. En décembre, il vient aussi défendre, devant la Constituante, l’adhésion au FMI et la dévaluation du franc. Sous la première Assemblée nationale constituante, il ne rédige que trois propositions de loi. Il est membre de la commission des finances et du contrôle budgétaire.

Le 20 janvier 1946, de Gaulle démissionne. Le pouvoir passe aux trois formations du tripartisme. René Pleven laisse le ministère des finances à André Philip qui l’a critiqué naguère. Il continue à suivre les affaires de son ancien département comme membre de la commission des finances et du contrôle budgétaire. Il rejette le projet de constitution socialo-communiste et appelle à voter « non » au référendum du 5 mai 1946. Le peuple français ayant refusé le texte constitutionnel, René Pleven est de nouveau candidat dans les Côtes-du-Nord. Profondément modifiée, sa liste se présente cette fois-ci sous les couleurs du Rassemblement des gauches républicaines (RGR). La concurrence d’autres listes entraîne l’échec du député des Côtes-du-Nord, le nombre de voix de sa liste étant pratiquement divisé par deux.

Au niveau national, René Pleven n’a plus qu’une fonction, celle de président de la commission des territoires d’outre-mer au sein du Commissariat général au Plan. Mais n’étant plus ni ministre ni député, il a le temps de renforcer son implantation locale. Dans cette tâche, il s’aide du journal qu’il vient de créer et qu’il va diriger pendant 30 ans : Le Petit Bleu des Côtes-du-Nord. Il prend fermement position contre le nouveau projet constitutionnel. Ses arguments ne manquent pas de rappeler ceux du général de Gaulle. La constitution de la Quatrième République adoptée, il se présente aux élections législatives de novembre. Il conserve l’étiquette RGR, mais modifie une nouvelle fois son équipe. La liste de droite ayant disparu, il espère récupérer son électorat en faisant entrer sur sa liste Charles Royer, maire modéré de Saint-Brieuc. Les résultats sont mitigés. Certes, René Pleven réussit à se faire élire ; mais avec 33 989 voix, sa liste est loin d’atteindre le score d’octobre 1945.

René Pleven est nommé à la Commission des finances et du contrôle budgétaire (1946-1950) et siège à la commission de la marine marchande et des pêches (1946-1949). Il est désigné par la première des deux commissions en vue de représenter l’Assemblée nationale au sein de la Caisse autonome de la reconstruction (24 juin 1948) et au sein du Comité national d’épargne (11 mars 1947). Il rédige vingt-trois rapports au nom de la commission des finances et quatre au nom de celle de la marine marchande. De plus, il dépose dix-sept propositions de loi, six propositions de résolution, un rapport supplémentaire et quatre avis. Sa proposition de résolution du 11 août 1947 vise à réviser la constitution par fusion entre l’Assemblée de l’Union française et le Conseil de la République. Sa proposition de résolution du 29 janvier 1948 invite le gouvernement à renoncer à la dévaluation du franc CFA. En séance, ses vastes compétences l’amènent à intervenir sur des questions fort diverses.

René Pleven préside l’UDSR. Réputé gaulliste, il n’adhère pas au Rassemblement du peuple français (RPF), mais ne lui manifeste, au départ, aucune hostilité. Il manifeste la même ambiguïté par rapport au système des partis : sans être au coeur du pouvoir, il est loin de faire figure d’opposant irréductible. En 1948, il tente vainement un rapprochement entre de Gaulle et le régime. Las d’être sur les marges, il franchit le pas en octobre 1949. Il accepte le ministère de la défense que lui propose le nouveau président du Conseil Georges Bidault. Fils de Saint-Cyrien, beau-père d’un officier d’active, René Pleven est amené à gérer un secteur dont il n’est pas spécialiste, mais qu’il n’ignore pas. La question indochinoise est alors la plus délicate, au moment où la proclamation de la République populaire de Chine laisse entrevoir une aggravation de la situation. Un des premiers actes du ministre consiste à limoger le général Revers impliqué dans le scandale des généraux. Ce scandale devient public au début de l’année 1950. Il donne des arguments au PCF dont l’opposition à la «sale guerre» atteint alors son paroxysme. Il appartient à René Pleven de lutter contre cette campagne qui s’en prend notamment à la fabrication et surtout au transport du matériel militaire. À l’Assemblée, il est vivement critiqué par des députés communistes, notamment le 3 mars 1950, lors du débat concernant le projet de loi relatif à la répression des atteintes à la sûreté extérieure de l’Etat. René Pleven doit aussi négocier la mise en place des structures de l’OTAN et procéder, dans ce cadre, au réarmement du pays. Partisan de la solidarité atlantique, il est un tenant de l’intégration européenne. Il soutient avec conviction le plan Monnet-Schuman de pool charbon-acier. Après la chute du gouvernement Bidault, Henri Queuille est investi, lequel maintient René Pleven à la défense. Mais le nouveau cabinet n’obtient pas la confiance. Comme ministre ou président du Conseil, il dépose dix-sept projets de loi, entre 1949 et 1951.

Le 11 juillet 1950, René Pleven est largement investi par l’Assemblée nationale. Il obtient la participation des socialistes qui viennent de la refuser à Henri Queuille. Le 13 juillet, par 329 voix contre 224, la représentation nationale vote la confiance à ce gouvernement de trente-trois membres. Du fait de la situation internationale, le président du Conseil doit continuer de s’intéresser de près aux questions militaires. Le début de la guerre de Corée pousse les Américains à réarmer la RFA. Or l’opinion française demeure très hostile à la renaissance de l’armée allemande. Monnet saisit l’occasion pour proposer au président du Conseil un plan d’Europe militaire sur le modèle de son Europe du charbon et de l’acier. Pleven fait sien ce projet d’armée européenne qu’il présente à l’Assemblée nationale, le 24 octobre 1950. Deux jours après, il défend, devant les députés, le principe de l’allongement du service militaire. En Indochine, le Viet Minh, désormais soutenu par la Chine communiste, a infligé au corps expéditionnaire la défaite de Cao Ban (3-8 octobre 1950). Le gouvernement Pleven est interpellé et doit s’expliquer le 19 octobre. Le président du Conseil doit s’expliquer. Il promet aux députés un débat plus approfondi au retour de la mission Letourneau-Juin. Ce débat a lieu le 27 novembre. Pleven y intervient à nouveau. Cao Bang, en montrant la gravité de la situation, a contraint la classe politique à s’interroger sur le bien-fondé de l’engagement de la France en Indochine. Pierre Mendès France a troublé l’Assemblée en préconisant, à l’instar du PC, la fin du conflit par la négociation avec l’adversaire. Mais la Troisième force, tenue par la logique de ses choix, récuse cette solution. Le gouvernement Pleven décide de poursuivre la guerre, mais en l’américanisant et en la vietnamisant. Et pour montrer sa détermination, René Pleven fait appel à un chef prestigieux, le général de Lattre de Tassigny. Dans son discours du 22 novembre, le président du Conseil a cependant laissé percer quelques doutes en forme d’ouverture : « Le Viet Minh est-il un mouvement composé de patriotes convaincus qui luttent pour l’indépendance, ou bien le Viet Minh constitue-t-il un mouvement interposé entre nous et d’autres pays ou d’autres forces qui, pour l’accomplissement d’un grand dessein, ont besoin de fixer en Indochine, comme dans d’autres parties de l’Asie, le maximum de forces ? Voici le point d’interrogation. Je prétends que personne à l’heure actuelle ne peut répondre totalement à cette question et je dirai que la réponse ne peut venir que du Viet Minh. » En ces temps paroxystiques de la guerre froide, l’anticommunisme permet au président du Conseil de trouver aisément des majorités pour sa politique extérieure. Au plan intérieur, le jeu est plus délicat. La classe politique se passionne alors pour la réforme électorale. Les hommes de la Troisième force sont bien d’accord pour trouver un système minorant la représentation du PC et accessoirement celle du RPF, mais ils divergent sur la nature de ce système. Partisan du scrutin uninominal à deux tours, René Pleven s’épuise dans la conciliation. Après des journées de débats confus, la nouvelle loi électorale n’est toujours pas adoptée. Le 9 mars 1951, estimant son ministère à bout de souffle, René Pleven démissionne.

Henri Queuille dirige un gouvernement peu différent du précédent. René Pleven devient vice-président du Conseil, mais sans affectation particulière. Cette situation lui laisse du temps pour préparer les législatives. Président du Conseil général des Côtes-du-Nord depuis 1949, participant activement à la création d’un Comité d’études et de liaison des intérêts bretons (CELIB) qu’il va présider dès sa fondation officielle (en août 1951), René Pleven ne cesse de confirmer son implantation et son autorité sur les Côtes-du-Nord. Aux élections législatives de 1951, il constitue une liste de large union qui associe radicaux, UDSR et CNI. Cette liste est apparentée aux listes socialiste et démocrate-chrétienne. René Pleven mène une campagne résolument anticommuniste. L’alliance obtient 133 095 voix pour 260 610 suffrages exprimés. La majorité absolue étant atteinte, les sept sièges du département vont à l’apparentement. Avec 23,2% des suffrages exprimés, la liste Pleven devance largement celles du MRP et de la SFIO et obtient trois sièges. L’ancien président du Conseil recueille dix mille voix de plus que son colistier le mieux placé.

René Pleven s’inscrit au groupe UDSR. Celui-ci retrouve les effectifs qu’il avait à la fin de la précédente législature, une fois les gaullistes partis, c’est-à-dire treize membres. Henri Queuille a succédé à René Pleven, lequel succède au premier. Après un mois de crise ministérielle, le leader de l’UDSR est investi, à une large majorité, le 9 août 1951. La SFIO promet le soutien, mais refuse la participation. En matière extérieure, le second cabinet Pleven est moins fécond que le premier. Il s’agit essentiellement de poursuivre les politiques engagées. Le gouvernement fait adopter le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). En matière coloniale, la principale initiative est conservatrice. La lettre du 15 décembre 1951 répond par une fin de non-recevoir aux concessions demandées par le premier ministre tunisien Chenik. Cette lettre a été élaborée par un comité interministériel où siègent René Pleven, Georges Bidault, René Mayer, Robert Schuman et Maurice Schumann. Par la même occasion est limogé le résident général Périllier, réputé libéral. Mais, une nouvelle fois, c’est sur les problèmes internes que le ministère est menacé. Afin de déstabiliser la Troisième force, le RPF a relancé la querelle scolaire. Le gouvernement défend la loi Marie mais, pour ne pas envenimer la situation, les ministres ne prennent pas part au vote de la loi Barangé. René Pleven doit affronter d’autres débats aussi difficiles sur la hausse des prix, l’échelle mobile, le budget. Au début de janvier 1952, le président du Conseil est amené à poser la question de confiance, à plusieurs reprises, pour faire adopter les articles de la loi de finances. Le 7 janvier, en joignant leurs voix à celles des communistes et des gaullistes, les socialistes font tomber le gouvernement. Celui-ci, pour le coup, est renversé dans les formes constitutionnelles, par 331 voix contre 243.

René Pleven ne participe pas à l’éphémère gouvernement Edgar Faure. Redevenu simple député, il est nommé à la commission des affaires étrangères. Le 13 février 1952, il vient défendre, devant l’Assemblée, le projet de Communauté européenne de défense (CED), bien que celle-ci diffère de l’armée européenne dont il a proposé le plan en octobre 1950. Antoine Pinay est investi le 8 mars 1952. René Pleven revient au gouvernement. Il souhaitait le Quai d’Orsay. On lui offre la défense nationale. Il va demeurer à ce poste dans les gouvernements suivants, ceux de René Mayer et de Joseph Laniel. Selon la tradition, il est flanqué de trois secrétaires d’Etat : Pierre de Chevigné à la guerre, Jacques Gavini à la marine, Pierre Montel, puis Louis Christiaens, à l’air.

À l’occasion du « procès d’Oradour », il fait adopter un projet de loi portant amnistie des Alsaciens-Lorrains incorporés dans l’armée allemande. Le 13 février 1953, devant l’Assemblée nationale, il défend son texte avec éloquence. Communauté européenne de défense et Indochine : tels sont les dossiers les plus importants que le ministre de la défense nationale doit gérer. Or, avec le temps, ces deux problèmes ns cessent de s’envenimer. René Pleven prépare la création de la CED, mais parallèlement, milite pour l’union politique de l’Europe. Au congrès de I’UDSR qui se tient en 1952, il fait adopter une motion en faveur de la fédération européenne. Inquiet de l’évolution de la situation militaire, le ministre se rend en Indochine en février 1954. Il y visite notamment la base de Dien Bien Phu. Il écrit dans son rapport : « Je n’ai trouvé personne pour mettre en doute la solidité du camp retranché. » Il tente alors d’organiser des contacts exploratoires et secrets avec le Viet Minh. Il sollicite, pour cette mission, Alain Savary. Mais Georges Bidault oppose son veto et n’accepte le départ du député socialiste qu’une fois la bataille de Diên Biên Phu engagée et virtuellement perdue. La fin du gouvernement Laniel est pénible. Le ministre de la défense doit affronter une sorte de fronde militaire, mais surtout les critiques liées à la défaite de Dien Bien Phu. Sortant de son devoir de réserve, le maréchal Juin s’en prend vivement à la CED. Pleven se décide à le sanctionner en le privant d’une partie de ses fonctions. Le 4 avril 1954, lors d’une cérémonie à l’Arc de Triomphe, le chef du gouvernement et le ministre de la défense sont conspués et bousculés par des officiers, dont certains crient « Vive Juin ». Les 1er et 8 juin 1954, René Pleven répond aux interpellations sur la situation en Indochine. Il doit notamment s’expliquer sur sa décision de faire saisir le journal L’Express. Il souligne que les attaques contre sa personne visent en fait indirectement la CED. Le 13 juin, le cabinet Laniel est renversé. Emportés par le désastre indochinois, le président du Conseil et le ministre des affaires étrangères Georges Bidault voient ainsi se terminer leur carrière ministérielle. Moins compromis, René Pleven ne va connaître qu’une période de purgatoire. Pour l’heure, sa position est d’autant plus affaiblie qu’il a perdu la présidence de l’UDSR. En novembre 1953, il a été évincé par François Mitterrand. Celui-ci a pris la tête du parti par des manœuvres d’appareil, mais aussi en se marquant, à gauche et en se différenciant systématiquement du député breton, notamment sur la question indochinoise. Si le ministre Pleven a déposé quarante-deux projets de loi en presque trois années, le député, lui, ne chôme pas non plus. Il rédige sept propositions de loi et une proposition de résolution. Il se distingue en défendant la proposition de loi du 24 juin 1955 qui vise à accorder aux artisans les mêmes allocations de logements qu’aux salariés.

Lors de la première tentative d’investiture de Pierre Mendès France, en juin 1953, René Pleven n’a pas pris part au vote. Le 13 juin 1954, il s’abstient lors de l’investiture, réussie cette fois-ci, du dirigeant radical.

Le 23 juillet 1951, il ne participe pas au scrutin relatif à l’approbation des accords de Genève sur l’Indochine. Initiateur de l’armée européenne, il reproche au président du Conseil l’échec de la CED. Avec d’autres anciens chefs de gouvernement (Reynaud, Bidault, Schuman et Laniel), il signe une Déclaration sur l’Europe où il est précisé : « Nous ne voterons jamais la création d’une nouvelle armée allemande, quelle que soit l’étiquette sous laquelle on la camouflera. » De fait, il s’abstient lors des scrutins du 12 octobre et des 29 et 30 décembre 1954 (approbation des accords de Londres et de Paris sur le réarmement de la RFA dans le cadre de l’UEO et de l’OTAN). Le 5 février 1955, René Pleven fait partie de la majorité qui fait tomber le cabinet Mendès France. Il vote l’investiture du ministère Edgar Faure et le soutient encore le 29 novembre 1955, jour où il est renversé. Durant cette fin de législature, René Pleven a siégé à la Commission des affaires étrangères.

Aux législatives du 2 janvier 1956 René Pleven dirige une liste de centre droit (CDSR, RGR, CNIP). Celle-ci affronte sept autres listes (PC, SFIO, Jeune République, radicaux mendésistes, MRP, néogaulliste, poujadiste). Les radicaux sont divisés : Pierre Bourdellès est le second de René Pleven, mais son ancien colistier Pierre Sérandour dirige la liste mendésiste. Aucun apparentement n’est conclu. La liste Pleven arrive en quatrième position, derrière les communistes, les républicains populaires et les socialistes. Avec 14,9% des suffrages exprimés, elle n’a qu’un élu. L’UDSR n’a obtenu que 6 députés en métropole. Mais grâce à l’appui colonial, le groupe compte 18 membres. Il s’appelle d’ailleurs UDSR-RDA. Cette « africanisation » résulte de la politique menée à la fin de 1950 par René Pleven et son ministre de la France d’Outre-mer, François Mitterrand. Tous deux ont su amener Félix Houphouët-Boigny, principal dirigeant du Rassemblement démocratique africain (RDA), à prendre ses distances d’avec le parti communiste et à se rapprocher de leur propre formation.

René Pleven est membre de la commission des affaires étrangères (1956-1958) et de la commission de la reconstruction, des dommages de guerre et du logement. Il fait partie de la représentation française à 1’Assemblée de la CECA, puis à l’Assemblée des Communautés européennes (1956-1958). Le 13 mars 1958, il est nommé à l’Assemblée unique des communautés européennes. Durant cette courte législature, il dépose trois propositions de résolution et treize propositions de loi au contenu hétérogène. Il prend une part active aux grands débats européens (débat sur l’Euratom en juillet 1956, débat sur le Marché commun en janvier 1957, débat de ratification des traités de Rome en juillet 1957). Membre du Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe fondé par Jean Monnet, René Pleven n’a cessé, depuis 1955, de prôner la relance européenne. Dans une de ses professions de foi de décembre 1955, il affirme qu’il « fallait aller vers les Etats-Unis d’Europe ». Le 17 janvier de la même année, il a déclaré, devant l’Assemblée nationale : « Ne faites pas trop de concessions aux adversaires du supranational. Ils ne vous en sauront aucun gré. Nous n’avons pas à être des européens honteux. » Il défend parallèlement l’idée d’« Eurafrique ».

René Pleven soutient les différents gouvernements de la législature. De même qu’il approuve l’investiture des ministères Mollet, Bourgès-Maunoury et Gaillard, il vote la confiance le jour où ils sont renversés. Il défend vigoureusement l’expédition de Suez et appuie de ses suffrages la politique algérienne. Dès 1957, son retour à l’Hôtel Matignon paraît possible, mais ne se réalise pas. Après la chute de Guy Mollet comme après celui de Maurice Bourgès-Maunoury, le président Coty lui confie une mission d’information. La crise ministérielle du printemps 1958 semble particulièrement délicate. René Coty appelle d’abord Georges Bidault. Il s’agit de lever l’hypothèque d’un gouvernement « Algérie française ». Le dirigeant MRP y a renoncé. Pleven, dont on sait les talents de conciliateur, est sollicité par le Président de la République, le 23 avril 1958. Les partis « gouvernementaux » s’opposent sur la crise financière ; la dramatique question algérienne les traverse de divisions internes ; de plus, la famille radicale se trouve dans la plus grande confusion. Après avoir mené de longues tractations, René Pleven abandonne la partie. Mais, dans l’éphémère gouvernement Pflimlin, il obtient un ministère depuis longtemps convoité, les affaires étrangères. René Pleven se résigne au retour au pouvoir du général de Gaulle. Au gouvernement formé par l’ancien chef de la France libre, il vote l’investiture, les pleins pouvoirs et la dévolution du pouvoir constituant.

René Pleven se prononce pour l’adoption de la nouvelle constitution. Ainsi la rupture avec François Mitterrand est-elle consommée. Le député des Côtes-du-Nord quitte l’UDSR. En octobre 1958, il se félicite du rétablissement du scrutin uninominal à deux tours qu’il prône depuis le début de la Quatrième République. Aux législatives du 23 novembre 1958, il se présente sous l’étiquette de « républicain d’union », dans la deuxième circonscription des Côtes-du-Nord (Dinan). Il n’a contre lui ni candidat UNR, ni candidat CNIP, ni candidat MRP. Il est facilement élu, dès le premier tour, avec près de 70% des suffrages exprimés. Il est arrivé en tête dans tous les cantons de la circonscription. Au milieu des échecs des caciques de la Quatrième République, ce succès est d’autant plus remarquable. René Pleven poursuit sa carrière politique sous la nouvelle République.




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