Pierre Rossignol

1908 - 1986

Informations générales
  • Né le 19 juillet 1908 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 14 mars 1986 à Monaco (Monaco)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Madagascar

Biographies

Biographie de la IVe République

ROSSIGNOL (Pierre)
Né le juillet 1908 à Paris
Décédé le 14 mars 1986 à Monaco

Membre de la seconde Assemblée nationale constituante (Madagascar)

Pierre Rossignol, député de Madagascar à la seconde Assemblée constituante, a été à l’image des colons français de l’ouest de Madagascar : une énergie de pionnier, mais aussi une conception archaïque de l’activité économique et des rapports sociaux, un aveuglement complet sur les évolutions en cours, une propension à la violence verbale et parfois physique contre ceux, Malgaches ou Européens, qui ne partageaient pas sa manière de voir. Son extrémisme naturel est donc la première explication de la brièveté de sa carrière politique.
D’ascendance auvergnate, il naît à Paris en juillet 1908. De sa famille, il tient une solide tradition de mobilité et d’esprit d’entreprise : un grand-père petit industriel à Paris, l’autre commerçant en Espagne, et un père entrepreneur, qui tombe au champ d’honneur en 1918. Après une scolarité au collège Chaptal à Paris et le baccalauréat obtenu en 1926, le jeune homme s’inscrit en faculté de droit et prépare l’Ecole coloniale (1926-1928). Mais ces études sont un échec et, après son service militaire, il s’engage dans les services civils de Madagascar comme simple commis en 1931. Il quitte bientôt l’administration pour s’établir, en mars 1933, comme colon planteur de tabac dans le Betsiriry, dépression alluviale qui borde les Hautes-Terres de Madagascar à l’Ouest, un vrai Far-West malgache aux débuts des années Trente.
Cet itinéraire, surprenant en apparence, était en fait assez courant. Rares étaient les colons, à Madagascar, qui avaient une formation agronomique. Pour le tabac, elle n’était pas nécessaire, car les paysans du Betsiriry en connaissaient la culture qu’ils avaient développée dans les années 1924-1930. Pour un colon, mieux valait connaître les arcanes de l’administration pour résoudre les deux grands problèmes rencontrés : comment mettre la main sur le maximum de terre de baiboho (alluvions fertiles des vallées) et comment rassembler le maximum de bras pour les travailler, dans le cadre d’un système extensif fondé sur un métayage archaïque, aux méthodes culturales sommaires, et dans lequel le rendement du sol comme la productivité du travail restent très bas.
La solution au premier problème dépend de la capacité du colon à se faire concéder des terres considérées comme domaniales, puisque sans propriétaire reconnu, puis à les faire immatriculer à son nom une fois leur mise en valeur constatée par l’administration. La solution du second problème exige tout autant la bienveillance de celle-ci, pour faire venir, dans une région peu peuplée, des immigrants du sud-est et du sud de l’île. Cette bienveillance tourne à la complaisance quand les colons parviennent à s’ériger en féodaux sur des concessions qui attirent à elles tous les hors-la-loi, réfractaires de l’impôt ou voleurs de boeufs, qui y trouvent une protection contre le fisc et la justice coloniale. La très mauvaise considération, par les colons, d’une administration qui, par son laxisme, a fait leur fortune, n’est donc pas le moindre des paradoxes.
C’est donc dans un contexte de spoliations, et parfois de violence, que, vers 1935, les colons établissent leur monopole sur le tabac qui durera jusqu’aux années 1970. Un monopole qu’ils défendent bec et ongles lorsqu’une crise vient les menacer, comme en 1937 ou 1941-1942. Parmi ces colons, Pierre Rossignol s’impose comme le plus énergique et le plus violent. En témoignent les quatre condamnations qu’il subit en 1937 et 1941-1942, dont les motifs vont de « coups et blessures sur un Malgache » (16 francs d’amende) et « outrage à magistrat » (deux condamnations dont une à la prison avec sursis) et même « coups et blessures sur la personne de l’administrateur chef de district » (2 400 francs d’amende, la justice coloniale était décidément compréhensive). De telles méthodes semblent aider à la réussite du planteur qui, de 1933 à 1958, créera au total neuf exploitations tabacoles et rizicoles, et acquiert aux dires du gouverneur général en 1946, « une situation des plus aisées ».
Après 1940, Pierre Rossignol affiche ses opinions en faveur de L’Action française et « durant Vichy, son zèle pour le régime s’affirma en toutes occasions », suivant le gouverneur général de Coppet, qui dénonce aussi son « caractère emporté et hostile à l’administration ». En fait, les démêlés judiciaires et administratifs de Pierre Rossignol sont la raison même de sa popularité parmi ses pairs, qui l’élisent président des planteurs de tabac de Madagascar, de 1944 à 1952, et président du Syndicat des planteurs de Morondava, de 1946 à 1968. Il se présente en novembre 1945 aux élections de l’Assemblée constituante comme candidat dans la deuxième circonscription (collège européen – collège des citoyens) qui couvre l’ouest et le sud de Madagascar. Il est battu, d’assez peu, par Boussenot, un vieux routier de la politique coloniale, recueillant 921 voix contre 1 067. Mais l’année suivante, le 2 juin 1946, aux élections à la seconde Constituante, il l’emporte sur l’avocat Descomps, par 1 866 voix contre 1 522. La faiblesse de ces chiffres montre bien l’étroitesse du milieu colonial de la Grande île. La raison du succès, pour le gouverneur de Coppet, est simple : « les Européens ont voté pour le candidat le plus violent contre la politique coloniale de la France ». C’est un point de vue que confirment les trois objectifs exprimés par le nouveau député qui, sans doute faute de parti suffisamment extrémiste, choisit de rester sans étiquette. Il fallait, écrira-t-il, réprimer toute possibilité de troubles « par la mise hors d’état de nuire d’une poignée d’agitateurs stipendiés (en particulier Raseta) ». Ensuite, il s’agissait de rappeler le gouverneur général de Coppet « méprisé, incapable, démagogue ». Enfin, il fallait appliquer strictement la « politique des races » anti-merina, « chacune des 18 ethnies devant bénéficier d’une équitable répartition des emplois administratifs ». « Malheureusement, écrira Pierre Rossignol, l’urgence de telles mesures n’a pas été comprise par le ministre des colonies, Marius Moutet, dont le comportement imbécile, aberrant, criminel et antinational a été responsable de la rébellion de 1947 ». La violence de Pierre Rossignol dépasse le simple stade verbal, et lors de sa visite de nouvel élu au gouverneur général, il ne s’embarrasse pas des menaces à peine voilées qu’il adresse à ce dernier. « Pierre Rossignol me pressa de démissionner et ajouta : vous feriez mieux, afin d’éviter des attentats contre votre personne » signale de Coppet au ministre le 2 juillet 1946.
Campé sur ses positions négatives, et foncièrement hostile au régime parlementaire, Pierre Rossignol n’effectue au Palais Bourbons aucune intervention, ni ne dépose aucun projet de loi. Son élection est validée le 26 juillet 1946, mais le député de Madagascar n’est nommé à aucune des commissions de l’Assemblée nationale. Son principal titre de gloire, dira-t-il dans son style populiste, c’est « d’avoir fait partie des 150 députés d’intelligence moyenne, mais ayant du bon sens, ayant voté contre la Constitution de 1946, qui était mauvaise. Toutes les grosses têtes ont voté pour !!! ».
Mais Pierre Rossignol est, en fait, plus extrémiste que son électorat soucieux de ne pas se couper d’une administration dispensatrice de faveurs et alliée dans la lutte contre les nationalistes malgaches. Aussi, aux élections législatives du 10 novembre 1946, Pierre Rossignol subit une nette défaite (880 voix contre 1 717), par un avocat libéral et fin politique, Roger Duveau qui, en 1956, réussira même à se faire élire par le collège malgache. A vrai dire, la situation du député battu ne s’en trouve guère affectée. Lors de l’insurrection de 1947, l’Ouest ne bouge pas. Il voit même affluer des migrants venus des régions troublées et toute contestation locale disparaît. Et surtout, c’est alors que commence l’âge d’or du tabac Maryland, le « roi Maryland », acheté aux colons par la SEITA de métropole à des prix que l’on ne reverra jamais plus après 1960, même en francs courants : 316 francs le kilo en 1952, 298 francs en 1958, 140 en 1967. Certes, le tonnage produit reste médiocre, au-dessous même de son niveau de 1935. Mais les marges de profit sont énormes, vu la faiblesse des dépenses engagées, et la production se concentre entre les mains de quelques colons dont Pierre Rossignol est de loin le plus important : en 1955, il produit (« collecte » serait le mot juste) 252 tonnes, soit le quart de la production du district de Miandrivazo, fournies par quelque 735 métayers, livrant un peu plus de 340 kg chacun. Il emploie 16 européens comme gérants et possède un avion personnel. C’est l’opulence du latifundiaire, propriétaire également du Grand Hôtel de Morondava. Il a d’ailleurs les moyens d’une politique paternaliste : il crée et prend intégralement à sa charge deux écoles de trois classes chacune, à Manambina et Ankilibe. Chacun de ses neufs domaines a son infirmerie pourvue de médicaments. On se tromperait, au surplus, en croyant que le « gros colon » suscite un rejet unanime des Malgaches. Son mélange de rudesse et de paternalisme vaut à Pierre Rossignol d’être qualifié de masiaka beronomo (le méchant qui donne beaucoup de lait). Il est craint, mais aussi respecté et admiré. De plus, et surtout, il s’est enraciné dans le pays. En 1940, il a épousé une jeune malgache de 20 ans, Marie-Marguerite Zafera, dite Blandine, dont il a sept enfants, entre 1945 et 1956. Or, heureux hasard, les Zafera sont des Timangaro, un « clan » Vezo-Sakalava depuis longtemps métissé de Français, d’Allemand et de Comoriens qui passe, non sans raisons, pour détenir le véritable pouvoir social dans le centre-ouest de Madagascar et qui, par ailleurs, a toujours réussi à être présent au plus haut niveau de l’Etat, quel que soit le gouvernement ou le président en place. Pierre Rossignol entretient donc des relations cordiales avec les notables malgaches francophiles de l’Ouest qui eux aussi, à l’époque, tendent à se transformer en féodaux rentiers du sol.
Sa fortune lui permet en 1955 d’établir sa famille à Monaco, où il devient résident privilégié. Mais à la fin des années 1950, la situation se gâte. Le statut du métayage de 1957 laisse les coudées moins franches aux colons. La monoculture du tabac imprudente et peu soignée débouche sur un effondrement des rendements et de la qualité, donc des prix. D’ailleurs, la SEITA cesse les achats de Maryland et demande des variétés plus exigeantes en soins et moins rentables. La belle époque des surprix de la zone franc se termine.
Bien que le nouveau gouvernement malgache se montre fort tolérant vis-à-vis des colons, les années 1960-1973 seront celles d’une longue agonie pour les planteurs de tabac. Pierre Rossignol essaie de se reconvertir dans la culture des agrumes, mais la tâche est au-dessus de ses moyens. En 1967, il se fixe définitivement à Monaco. La crise politique malgache de 1972-1975 porte le dernier coup à son patrimoine foncier et il constate en 1975, avec sa verdeur coutumière, que « l’inertie imbécile et le masochisme de notre minable diplomatie hâteront [mon] dépouillement complet ». A cette date, ayant dû vendre sa villa de Monaco, il vit essentiellement de la petite retraite que lui sert l’Assemblée nationale pour le bref séjour qu’il y a fait en 1946.
Il décède à Monaco le 14 mars 1986.

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