Hubert Ruffe

1899 - 1995

Informations générales
  • Né le 29 août 1899 à Penne-d'agenais (Lot-et-Garonne - France)
  • Décédé le 28 août 1995 à Penne-d'agenais (Lot-et-Garonne - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Lot-et-Garonne
Groupe
Communiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Lot-et-Garonne
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Lot-et-Garonne
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Lot-et-Garonne
Groupe
Communiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Lot-et-Garonne
Groupe
Communiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 12 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Lot-et-Garonne
Groupe
Communiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 11 mars 1973 au 2 avril 1978
Département
Lot-et-Garonne
Groupe
Communiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 19 mars 1978 au 22 mai 1981
Département
Lot-et-Garonne
Groupe
Communiste

Biographies

Biographie de la IVe République

RUFFE (Hubert, Maxime)
Né le 29 août 1899 à Penne-d'Agenais (Lot-et-Garonne)
Décédé le 28 août 1995 à Penne-d'Agenais

Député de Lot-et-Garonne de 1945 à 1951 et de 1956 à 1958

Député durant près d'un quart de siècle, sous les IVème et Vème Républiques dans un des bastions du communisme rural, le Lot-et-Garonne, où il inscrit ses pas sur ceux de Renaud Jean, "premier député communiste de France", Hubert Ruffe est une figure emblématique du PCF. Fils de Justin Ruffe et de Marie Pommiès, Hubert Ruffe est né dans une très modeste famille rurale lot-et-garonnaise. Son père a été métayer, comme son grand-père paternel avant d'ouvrir une épicerie à Penne d'Agenais - profession exercée à la naissance de son fils en 1899 - , puis de devenir limonadier et enfin bouilleur de cru. Dès l'âge de neuf ans, Hubert Ruffe est placé une partie de l'année chez des paysans. Malgré une assiduité limitée à l'école communale, il obtient son certificat d'études primaires. Il continue alors à "travailler chez les autres" selon son expression, comme domestique agricole jusqu'au service militaire, effectué entre 1918 et 1921. Puis il travaille dans une petite usine avant d'être rappelé sous les drapeaux en 1923, lors de l'occupation de la Ruhr. C'est alors pour Hubert Ruffe le temps de l'éveil politique et de l'engagement : au retour, employé comme auxiliaire des chemins de fer, il adhère au parti communiste et devient un lecteur assidu de L'Humanité et de Lénine dont il achète les oeuvres complètes à crédit. Devenu secrétaire de cellule à Penne, puis secrétaire de rayon à Villeneuve-sur-Lot, il acquiert une réputation de propagandiste, doctrinaire ce qui lui donne l'occasion de rencontrer Léonie Vrignon, modiste à Marmande, elle aussi militante et trésorière du sous-rayon, qu'il épouse en 1932.
La même année, il devient permanent du parti, chargé de la région de Bordeaux qui comportait trois départements (Gironde, Lot-et-Garonne et Gers).C'est pour lui le paysan, devenu en même temps, secrétaire fédéral de la Gironde, la découverte de la grande ville, des dockers et des ouvriers métallurgistes et le temps des luttes contre le "fascisme", contre Philippe Henriot, figure de proue de la droite bordelaise. Ce sont les premiers combats électoraux. En 1932, Ruffe est candidat aux élections législatives en Lot-et-Garonne dans la circonscription de Villeneuve-sur-Lot : il n'est pas élu mais avec 1 973 voix sur 21 228 inscrits, il réalise un score supérieur à la moyenne nationale du PCF. En 1934, il est battu aux cantonales dans le premier canton de Bordeaux puis en 1936, aux législatives dans la première circonscription de la Gironde (2 425 voix soit 10,6% des inscrits). En Lot-et-Garonne, le Front populaire amène l'élection de deux députés communistes : Renaud Jean à Marmande et Robert Philippot à Agen.
A la veille des élections de 1936, après avoir suivi pendant trois mois une "Ecole des cadres" du Parti à Ivry, Hubert Ruffe avait été appelé à Paris aux côtés de Jacques Duclos comme collaborateur du Comité central, au sein de la commission de propagande. En 1937, il est chargé d'organiser une nouvelle école du Parti, à Arcueil qu'il dirige jusqu'à la guerre. Mobilisé en 1939, il parvient à échapper aux Allemands en juin 1940. Dès l'automne, à Agen, puis dans la région de Toulouse, il se consacre à la confection et à la diffusion du journal La Terre. En avril 1941, il quitte le Sud-Ouest, appelé à Lyon par la direction du PCF. Il y joue un rôle de premier plan, formant avec Signor, Marc Dupuy (futur député de Gironde) puis Raymond Guyot le triangle de direction de la zone sud c'est-à-dire ceux qui organisent l'action clandestine des militants communistes. Membre du comité de libération de Lyon où il représente le PCF, Hubert Ruffe organise le congrès des CDL de la zone sud à Avignon. Son action pendant la guerre lui vaut de se voir attribuer la Rosette de la Résistance.
A la Libération, Hubert Ruffe continue son ascension dans la hiérarchie du Parti : membre suppléant du comité central élu en juin 1945 (il est un des quarante nouveaux dirigeants), il oeuvre à la reconstruction du PC et devient membre titulaire de juin 1947 à 1956. Mais entre temps, Hubert Ruffe a de nouveau représenté le PCF lors des élections. Dès le 21 octobre 1945, il est élu député de Lot-et-Garonne à l'Assemblée constituante : la liste communiste qu'il conduit avec pour titre "ancien ouvrier agricole" obtient 38 684 voix (33,4% des suffrages exprimés), loin devant le MRP (28,3%) et SFIO (23,8%). Réélu en juin 1946, à la seconde Assemblée constituante à la tête d'une liste communiste d'union républicaine et résistante, Ruffe, "agriculteur", maintient à peu près le score de 1945 (40 816 voix soit 33,1 %). Il est encore réélu le 10 novembre 1946, en tête de la liste du parti communiste et d'union républicaine et résistante qui, avec 42 065 voix (35,8%) est en progression et gagne deux sièges pour Hubert Ruffe et Duprat.
Le système des apparentements en 1951 interrompt ce cycle de victoires. Bien que la liste " d'Union républicaine, résistante et antifasciste pour l'indépendance nationale, le pain, la liberté et la paix " présentée par le PCF et conduite par Hubert Ruffe progresse encore en recueillant 40 123 voix (33,6%) ce qui la place largement en tête devant les listes RGR (28 007 voix), SFIO (12 226 voix), MRP (11 556 voix), elle perd ses deux sièges tandis que sont élus deux radicaux, un socialiste et un républicain populaire apparentés. Aux élections cantonales de l'automne 1951, l'ancien député Hubert Ruffe est élu conseiller général du canton de Lavardac, mandat qu'il garde jusqu'en 1958, date à laquelle les électeurs ne lui renouvellent pas leur confiance. Entre 1951 et 1956, l'ancien député est appelé par Waldeck Rochet à la commission agraire du PCF : il habite Paris mais sillonne la France où il répand le mot d'ordre de Waldeck Rochet "la terre à ceux qui la travaillent".
Malgré le maintien des apparentements lors des élections législatives de 1956, Hubert Ruffe - et Duprat - retrouvent leur fauteuil de député : la liste du PCF, pourtant en léger recul, caracole en tête dans le Lot-et-Garonne avec 39.769 voix (30,4%), loin devant la liste radicale (22 103 voix).
Hubert Ruffe a raconté, plus tard, sa nouvelle vie de député à la Libération : "Nous logions chez l'habitant. C'était sympathique et pas vraiment une vie parlementaire ordinaire...Nous avions en plus des séances de jour de nombreuses séances de nuit. Et lorsque nous rentrions chez le camarade à 4h ou 5h du matin, il se réveillait, il gueulait et il voulait savoir ce qu'on avait discuté ! Il sortait son flacon de mirabelle et disait : "Alors, comment çà s'est passé ? Et nous recommencions nos débats".
A la première Assemblée constituante, Hubert Ruffe est membre de la commission de la presse, de la radio et du cinéma ce qui le rendit furieux car son souhait était d'intégrer la commission de l'agriculture. Ce fut acquis durant la seconde Constituante, puis entre 1946-1951 et 1956-1958 : Hubert Ruffe ne siège alors que dans une seule commission, celle de l'agriculture, ce qui lui paraît conforme à son expérience professionnelle et surtout à la tradition communiste de Lot-et-Garonne, dans la lignée de Renaud Jean. Durant son premier mandat, Hubert Ruffe intervient peu mais uniquement pour "arrêter les procédures et poursuites engagées contre les métayers" et surtout dans le débat du projet de loi relatif au statut du fermage, votée le 13 avril 1946. Il lutte pour obtenir que les métayers étrangers - en Lot-et-Garonne, les Italiens étaient nombreux - disposent des mêmes droits que les Français. Cette victoire explique en grande partie, selon ses souvenirs, ses réélections successives. Hubert Ruffe approuve le premier projet de constitution (voté par l'Assemblée le 19 avril 1946) ainsi que le second (voté par la seconde Assemblée constituante le 30 septembre 1946).
Il poursuit tout au long de ses mandats ultérieurs son activité au service des agriculteurs. Il dépose ainsi vingt-huit textes sous la IVème République, dont l'immense majorité entre 1946 et représente le PCF, Hubert Ruffe organise le congrès des CDL de la zone sud à Avignon. Son action pendant la guerre lui vaut de se voir attribuer la Rosette de la Résistance.
Il poursuit tout au long de ses mandats ultérieurs son activité au service des agriculteurs. Il dépose ainsi vingt-huit textes sous la IVème République, dont l'immense majorité entre 1946 et 1951, presque exclusivement sur des questions agricoles et principalement sur des sujets concernant fermiers et métayers. Il intervient beaucoup - une cinquantaine de fois entre 1946-1951 et 1956-1958 - à la tribune du Palais-Bourbon, à compter de novembre 1946, presque toujours sur les problèmes de l'agriculture et des agriculteurs. Il est souvent désigné comme rapporteur par la commission de l'agriculture.
Il ne prend part au vote des pouvoirs spéciaux attribués au gouvernement sur l'Algérie le 12 mars 1956 et rejette le projet de loi-cadre sur l'Algérie présenté par le gouvernement Bourgès-Maunoury le 30 septembre 1957. Les 1er et 2 juin 1958, il s'oppose, comme ses camarades communistes, à de Gaulle, refusant son investiture et la loi constitutionnelle.
La Cinquième République ne met cependant pas fin à la carrière d'Hubert Ruffe. Battu aux élections législatives de 1958, dans la deuxième circonscription de Lot-et-Garonne, il revient à la section agraire du PCF, habitant encore Arcueil mais se déplaçant toujours beaucoup à travers la France rurale. En 1959, sa candidature au Sénat dans le Lot-et-Garonne échoue. Il retrouve un mandat local en août 1961 quand il est élu conseiller général du Mas d'Agenais à l'occasion d'une élection partielle, réélu en 1964, 1970 et 1976. Il reconquiert son siège de député, dans la deuxième circonscription de Lot-et-Garonne, en 1962, siège conservé en 1967 mais perdu en 1968. Il redevient député en 1973 et il est réélu en 1978. De 1973 à 1981, il a également été membre du Conseil régional d'Aquitaine. Seules les deux vagues gaullistes de 1958 et 1968 lui ont coûté son siège au Parlement. Toutefois, le temps des échecs - lié à l'âge et aux dissensions de la gauche locale - arrive paradoxalement au moment où la gauche accède au pouvoir y compris les communistes. Hubert Ruffe cherche à deux reprises, vainement, à retrouver son siège de député, en 1981 et 1986 et il perd son siège de conseiller général en 1982. Désormais, le vieil homme, veuf, se retire à la maison de retraite de Penne d'Agenais où il finit sa vie, presque centenaire, en 1995.
Comme l'écrit Olivier Dartigolles : "Communiste des champs ...Hubert Ruffe fait fructifier l'héritage légué par Renaud Jean. En Lot-et-Garonne, la mémoire collective conserve le souvenir des jacqueries, des mouvements protestataires, de la solidarité rurale et de l'activité des militants communistes sous l'Occupation ...Hubert Ruffe est un des élus aquitains qui incarnent le mieux le communisme rural".

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