Robert Salmon

1918 - 2013

Informations générales
  • Né le 6 avril 1918 à Marseille (Bouches-du-Rhône - France)
  • Décédé le 23 octobre 2013 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Seine
Groupe
Socialiste

Biographies

Biographie de la IVe République

SALMON (Robert)
Né le 6 avril 1918 à Marseille (Bouches-du-Rhône)

Membre de la première Assemblée nationale constituante (Seine)

Robert Salmon appartient à un milieu aisé de centre-droit, très marqué par l’affaire Dreyfus. La famille, juive non pratiquante, s’installe à Paris en 1920. Six ans plus tard, la crise du franc la ruine partiellement, mais elle est soucieuse de sauvegarder les apparences bourgeoises. Le jeune homme suit des études au lycée Buffon. Lauréat du concours général, il entre en khâgne au lycée Louis-le-Grand.
Robert Salmon est mobilisé en septembre 1939, à vingt-et-un ans, comme aspirant observateur d’artillerie dans la Sarre. Fait prisonnier en juin 1940, il s’évade et reprend alors ses études. Reçu à l’Ecole normale supérieure en 1941, il sort de l’Ecole libre de sciences politiques en 1942, avec le rang de major de la section « économie ».
Depuis l’automne 1940, Salmon s’est engagé dans la Résistance en fondant, avec Philippe Viannay, « Défense de la France ». Ce mouvement de la zone occupée, dont il trouve le nom, publie un journal dans lequel le jeune homme écrit jusqu’à la Libération sous la signature de Robert Tenaille. Conçu essentiellement « comme un journal d’opinion et même un journal de convictions », Défense de la France entend « faire rentrer moralement la France dans la guerre, […] donc faire de la propagande au bon sens du terme ». De sensibilité démocrate, Salmon souhaite que le mouvement s’oppose certes aux nazis, mais aussi au gouvernement de Vichy, alors que d’autres fondateurs étaient moins hostiles au maréchal Pétain au départ. Il écrit la plupart des articles politiques du journal avec Jean-Daniel Jurgensen. Avec ce dernier, il rédige les Cahiers de Défense de la France, et notamment, au cours de l’hiver 1943-1944, un projet de Constitution qui envisage un renforcement de l’exécutif, accepte l’élection d’un président de la République aux pouvoirs étendus élu pour quatre ans par un collège de notables et suggère la création d’une cour suprême chargée de vérifier la constitutionnalité des lois. Il prône aussi le droit de vote pour les femmes.
Au comité directeur de Défense de la France, fondé à la fin 1942, Robert Salmon s’efforce de renforcer la tendance gaulliste. Il siège, dans l’été 1943, à la commission des Désignations, chargée de procéder à la nomination des fonctionnaires d’autorité, et surtout à la commission de la presse clandestine, formée en septembre 1943. Il organise la représentation du Mouvement de libération nationale (MLN) dans les Comités départementaux de Libération de la zone nord et représente encore Défense de la France au Comité Parisien de la Libération, créé en septembre 1943. Cette même année, lors de la création du Mouvement de Libération Nationale, Salmon est désigné à son Comité directeur. Jusqu’à la Libération de Paris, il y siège comme responsable pour la région parisienne. Il représente par ailleurs le MLN à la Commission des Comités de Libération, créée par le Conseil national de la Résistance (CNR), et à la Commission de la justice du CNR.
En août 1944, Salmon, avec Blank et Jean-Daniel Jurgensen, prend possession de l’immeuble du 100, rue Réaumur. Directeur politique de Défense de la France durant l’insurrection parisienne, il conserve cette fonction lorsque ce dernier journal change de titre et devient France-Soir, en novembre 1944. Mais, en juillet 1946, Robert Salmon et Jean-Daniel Jurgensen, sont contraints de quitter le journal.
La victoire venue, Robert Salmon, membre du comité directeur et du bureau politique du Mouvement de Libération nationale, cumule les fonctions dans les instances du nouveau régime. Désigné pour siéger comme délégué à l’Assemblée consultative provisoire le 8 novembre 1944, il appartient à la commission de l’équipement national, de la production et des communications, à la commission des finances et, enfin, à la commission permanente de coordination. Toujours membre du Comité parisien de Libération (CPL), il est élu conseiller municipal de Paris et conseiller général de la Seine en mai 1945, fonctions qu’il conserve jusqu’en octobre 1947. Il appartient encore à la commission de Justice du Conseil national de la Résistance. Il y a été désigné comme membre de l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) dont il est un des fondateurs.
Surtout, à partir de ce moment, Robert Salmon occupe une place essentielle dans le monde de la presse. Administrateur de La Tribune économique et de la Société France-éditions et publications, éditrice de France-Soir, il est membre du comité de rédaction de France et Monde, dirigée par Jean-Daniel Jurgensen et, en 1946, il fonde la revue Réalités. Il préside aussi le comité des papiers de presse qui joue un rôle essentiel dans une période caractérisée par la pénurie de matières premières.
Dans l’UDSR, Robert Salmon, contrairement à René Pleven et François Mitterrand, se montre partisan du rapprochement avec la SFIO, en continuité avec ses positions adoptées durant l’Occupation. Hostile au communisme stalinien déjà dans la clandestinité - il écrivait que « la conception stalinienne de l’Etat ressemble étrangement à la conception hitlérienne » -, il se prononce, dans Défense de la France, pour « un socialisme qui sache être audacieux sans être utopique, ferme sans être agressif ». Il prône alors un « rassemblement des gauches », une sorte de « Parti travailliste » pour élaborer et faire appliquer la nouvelle doctrine économique, comportant notamment nationalisations et planification.
Aussi, pour les élections à la première Assemblée nationale constituante, en octobre 1945, Robert Salmon se présente-t-il sur la liste commune SFIO-UDSR dans le troisième secteur de Paris. Elle obtient 111 153 suffrages sur 550 611 inscrits et 488 644 votants et trois élus : Robert Salmon, André Le Troquer, premier de la liste, et Henri Barré, troisième. Salmon siège à la commission de la Constitution et intervient, à une occasion au cours de son mandat, sur cette question et sur la déclaration des droits, défendant les positions de la SFIO pour l’Assemblée unique et pour laisser à l’Assemblée nationale le soin d’élire, seule, le président de la République et de désigner le président du Conseil. Il ne dépose aucun texte durant son mandat parlementaire. Avec Jean-Daniel Jurgensen, il adhère au groupe socialiste au début 1946. Mais, en juin 1946, les militants socialistes du secteur le placent en troisième position sur la liste SFIO, derrière André Le Troquer. Il n’est pas réélu. Il ne se représente plus aux élections législatives par la suite. Un an plus tard, il perd ses derniers mandats locaux. A nouveau candidat aux municipales de 1947, mal placé sur une liste socialiste du troisième secteur de Paris (IIIème, IVème et Xème arrondissements), il ne retrouve pas son siège de conseiller municipal.
Robert Salmon se consacre désormais totalement à la presse. Déjà gérant de la société, il devient en 1949 président-directeur général de la société France Éditions et Publications. Celle-ci édite France-Soir, Le Journal du Dimanche, Elle et France-Dimanche. Toujours administrateur de La Tribune économique, il préside, à partir de 1962, la Société d’études et de publications économiques qui édite Réalités, Connaissance des arts et Entreprise. Responsable d’un des plus grands groupes de presse français, il participe aux instances qui organisent la profession. Il est secrétaire général de la Fédération nationale de la presse française, de 1951 à 1977, président du Comité français de l’Institut International de la Presse, de 1952 à 1973, et administrateur de la Régie Française de Publicité, de 1968 à 1979. Par l’Association "Le Siècle", dont il est membre du conseil, l’ancien député de Paris participe aux réseaux d’influence et d’information au carrefour de la politique, de la presse et des milieux économiques et sociaux. Il est enfin désigné dans les organismes officiels de régulation ou de représentation sociale : membre du Haut conseil de l’audiovisuel, de 1973 à 1982 ; il appartient également au Conseil économique et social de 1959 à 1969.
Robert Salmon est commandeur de la Légion d’honneur, décoré de la croix de guerre 1939-1945, de la médaille de la Résistance et de la médaille des évadés.
En 2004, Robert Salmon a publié deux volumes de mémoires aux éditions LBM (Little Big Man), sous le titre commun Chemin faisant. Le premier volume s’intitule « vers la Résistance, du lycée à Défense de la France », le second, « L’épopée France-Soir ».

Retour haut de page