Paul Ramadier

1888 - 1961

Informations générales
  • Né le 17 mars 1888 à La rochelle (Charente-Inférieure - France)
  • Décédé le 14 octobre 1961 à Rodez (Aveyron - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIVe législature
Mandat
Du 29 avril 1928 au 31 mai 1932
Département
Aveyron
Groupe
Parti socialiste
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XVe législature
Mandat
Du 8 mai 1932 au 31 mai 1936
Département
Aveyron
Groupe
Parti socialiste de France
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XVIe législature
Mandat
Du 3 mai 1936 au 31 mai 1942 *
Département
Aveyron
Groupe
Socialiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Aveyron
Groupe
Socialiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Aveyron
Groupe
Socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Aveyron
Groupe
Socialiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Aveyron
Groupe
Socialiste

* : Un décret de juillet 1939 a prorogé jusqu'au 31 mai 1942 le mandat des députés élus en mai 1936

Gouvernement

Chef du Gouvernement
du 22 janvier 1947 au 19 novembre 1947

Fonds d'archives

Les archives de Paul Ramadier sont conservées aux Archives départementales de l’Aveyron sous la cote 52 J. Ce fonds, couvrant la période 1855-1962, est composé de papiers personnels, de dossiers relatifs à ses mandats électifs, ses fonctions ministérielles et ses autres fonctions, d’articles de presse.
De plus amples renseignements sur ce fonds sont disponibles sur le site Internet des Archives départementales de l’Aveyron.

Biographies

Né le 17 mars 1888 à La Rochelle (Charente-Inférieure).

Député de l'Aveyron de 1928 à 1942. Sous-secrétaire d'Etat aux Travaux publics et aux Mines du 4 juin 1936 au 14 janvier 1938. Ministre du Travail du 18 janvier au 10 mars 1938 et du 10 avril au 21 août 1938.

Né en Charente-Maritime, Paul Ramadier était devenu très tôt Aveyronnais d'adoption. Il fit ses études au lycée de Rodez et aux universités de Toulouse et de Paris. Mais cela ne l'empêche pas de s'intéresser à la politique : il adhère au parti socialiste dès 1904 et, avec une poignée de camarades, il fonde une section socialiste et un journal à Rodez puis organise le mouvement socialiste dans le bassin houiller de l'Aveyron. Il passe ensuite son doctorat en droit et son diplôme d'études supérieures de lettres et s'inscrit en 1909 au barreau de la Cour d'appel de Paris. Il est en même temps coopérateur militant et deviendra secrétaire de la Fédération des coopératives de la région parisienne.

La guerre de 1914 l'arrache à ses activités et le détourne de l'agrégation de droit romain. Dès 1914, il est grièvement blessé comme sergent d'infanterie. Sa brillante conduite lui vaudra la Médaille militaire et la Croix de guerre.

Mais en 1916 il est attaché au cabinet d'Albert Thomas. ministre de l'Armement, et il collabore à l'Humanité, quotidien alors socialiste où il tient la rubrique de politique étrangère.

Après la guerre il est élu successive. ment maire de Decazeville (1919), conseiller général et député (1928). Il conservera la mairie de Decazeville presque jusqu'à sa mort et s'intéressera toujours de près à l'administration de sa ville : la construction des groupes scolaires, la confection du réseau d'égouts, la réfection de l'adduction d'eau, l'organisation d'un service social dynamique, le développement de l'hôpital et beaucoup d'autres œuvres d'intérêt général seront réalisées sous ses auspices.

Ses hautes qualités le vouaient néanmoins à un rôle national : après un premier échec sur une liste de cartel aux élections de 1924 (« Liste de défense républicaine »), il fut élu au second tour, le 29 avril 1928, dans la circonscription de Villefranche-de-Rouergue avec 12.654 voix contre 10.649 au député sortant Coucoureux, « républicain de paix et de progrès », sur un total de 24.026 votants et 28.686 inscrits.

Il sera presque constamment réélu ensuite. En 1932 il obtient 13.221 voix au second tour contre 8.819 à Gazave qui l'avait précédé au premier tour ; en 1936 il obtient, contre le même adversaire, au second tour également, 12.293 voix contre 9.287.

La silhouette trapue de Paul Ramadier, son regard malicieux derrière ses lunettes, sa barbiche, étaient familiers à tous. Son tempérament conciliateur, sa bonhomie, son empirisme, étaient légendaires. Ses proches connaissaient aussi ses qualités profondes d'humaniste qui se plaisait à lire les vieux auteurs : historien, latiniste et lettré, il était, a-t-on dit, aussi familier avec Babeuf qu'avec Saint-Augustin. C'est sa profonde culture qui imprima à son ardeur pour la justice sociale un accent humain et libéral indélébile. Mais ce personnage pittoresque laisse aussi le souvenir d'un travailleur acharné se couchant tard et se levant tôt, animé d'une passion constante pour le bien public et respectant toujours une simplicité et une sobriété extrêmes. Le général de Gaules le qualifiait de « grand honnête homme ». Attaché de tout son esprit aux traditions républicaines, il le fut tout autant à la laïcité de l'Etat et de l'école qui représentait une des constantes de sa vie politique. Et s'il proclamait que l' « on ne commande à la nature qu'en lui obéissant », toute sa vie il s'efforça de mettre ses actes en accord avec son idéal.

Ami de Pierre Renaudel et très tôt favorable à la participation des socialistes à l'exercice du pouvoir, il quitta le parti socialiste lors de la scission du congrès de Paris en 1933, puis adhéra au parti de l'union socialiste et républicaine (« les néo-socialistes »). Mais il devait rejoindre les rangs de la S.F.I.O. pendant l'occupation.

Député, il s'intéresse aux sujets les plus divers : sous la IIIe République, il s'associe aux travaux de la commission de la législation, de la commission des mines et de celle de la réforme de l'Etat ; il rapporte les projets sur les actions à vote plural, sur la protection des obligataires, sur le problème de l'essence synthétique, sur la révision des bilans, sur le Conseil national économique. Il est pendant deux ans rapporteur spécialisé du budget des pensions à la commission des finances.

Sous-secrétaire d'Etat aux Travaux publics et aux Mines dans le premier cabinet Blum en 1936 et dans le 3e cabinet Chautemps (1937), il contribue à la solution des conflits du travail, place temporairement les houillères sous un régime d'économie dirigée, fait entreprendre dans la région de Saint-Gaudens des forages qui seront à l'origine de l'exploitation du gaz et des pétroles du Midi et lance les chantiers d'usines électriques, notamment de Génissiat. Sa vitalité le fait accéder très vite au rang de ministre, avec la charge de ministre du Travail dans le 4e cabinet Chautemps (janvier 1938) et dans le 3e cabinet Daladier (avril 1938).

Ministre, il déploie dans le secteur qui lui est réservé la plus intense activité, et, à ce titre, il fait voter des lois importantes sur le régime des accidents du travail, l'obligation de recourir aux procédures de conciliation et d'arbitrage et prépare un projet sur la retraite des vieux travailleurs qui sera seulement voté par la Chambre : c'est d'ailleurs un conflit avec le président du Conseil sur ce point et sur celui de la semaine de 40 heures qui l'amènera très noblement à démissionner le 21 août 1938.

En juillet 1940, il est parmi les quatre-vingts qui s'opposent au vote des pouvoirs constituants demandés par le maréchal Pétain.

Décès 14 10.61


RAMADIER (Paul)
Né le 17 mars 1888 à La Rochelle (Charente-Inférieure)
Décédé le 14 octobre 1961 à Rodez (Aveyron)

Membre de la première et de la deuxième Assemblée nationale constituante (Aveyron)
Député de l'Aveyron de 1928 à 1942, de 1946 à 1951 et de 1956 à 1958
Sous-secrétaire d'Etat aux travaux publics et aux mines du 4 juin 1936 au 14 janvier 1938
Ministre du travail du 18 janvier au 10 mars 1938 et du 10 avril au 21 août 1938
Ministre du ravitaillement de novembre 1944 à mai 1945
Ministre de la justice du 16 décembre 1946 au 22 janvier 1947
Président du Conseil du 22 janvier 1947 au 24 novembre 1947
Ministre de la défense nationale du 11 septembre 1948 au 28 octobre 1949
Ministre des affaires économiques et sociales du 14 février 1956 au 13 juin 1957

Ancien président du Conseil, ministre à huit reprises, maire de Decazeville pendant une quarantaine d’années et député de l’Aveyron durant près de vingt ans, Paul Ramadier à une longue carrière qui court de la Troisième à la Quatrième République.
Cet avocat de formation, adepte du Grand Orient de France, est venu à la politique avant la première guerre mondiale. Il est élu pour la première fois à la Chambre des députés en 1928, alors qu’il entre au conseil général de Decazeville pour représenter l’arrondissement de Villefranche-de-Rouergue. Dans la tradition jaurésienne et dans le sillage d’Albert Thomas, ce patriote médaillé de la croix de guerre veut concilier socialisme et République, préconisant avec Joseph Paul-Boncour et Pierre Renaudel l’alliance de la SFIO avec les radicaux et l’exercice du pouvoir. Aussi est-ce en plein accord avec ses principes qu’il détient plusieurs portefeuilles ministériels de juin 1936 à août 1938.
Le 10 juillet 1940, il est l’un des quatre-vingts parlementaires qui refusent de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Révoqué de son mandat de maire, ce patriote participe activement à la Résistance en Aveyron sous le pseudonyme de Violette, nouant des contacts avec Jean Moulin et Max Dormoy. Il fait partie de ces élus de la Troisième qui marquent de leur empreinte la République suivante. Délégué à l’Assemblée consultative provisoire, il lui revient, le 14 novembre 1944, d’assumer au sein du Gouvernement provisoire de la République française (novembre 1944-mai 1945), la difficile charge de ministre du ravitaillement qui lui vaut les sobriquets de « Ramadan » ou « Ramadiète ». Son attitude pendant la guerre comme son passé d’élu chevronné lui permettent de retrouver dès 1945 et 1946 ses mandats aveyronnais de maire, de député et de conseiller général. Il préside l’Assemblée départementale. Néanmoins, lors des élections législatives du 21 octobre 1945, il subit la concurrence de quatre autres listes. Arrivée loin derrière la liste républicaine de défense agricole, dirigée par Jean Bastide (52 505 suffrages) et talonnée par la liste du Mouvement républicain populaire (MRP) (31 384 suffrages), la liste SFIO, avec ses 32 759 voix, envoie à l’Assemblée Paul Ramadier. Il siège à la commission de l’équipement national et de la production industrielle et à celle du ravitaillement.
Elu d’un bassin houiller, spécialiste, dès avant-guerre, des questions énergétiques, c’est lui qui, le 13 mars 1946, est le rapporteur du projet de loi relatif au monopole et à la nationalisation du gaz et de l’électricité. Il intervient à cinq reprises en séance publique en défendant deux amendements. Mais il participe aussi activement, au titre de membre de la commission de la Constitution, aux travaux de la deuxième Assemblée constituante, élue en juin 1946. Sa réélection, à cette date, est acquise avec un score inférieur à celui réalisé précédemment (28 689 suffrages), en dépit d’un net recul de l’abstention qui profite surtout au MRP (39 747 suffrages). Le député de l’Aveyron siège à la commission de la Constitution. Le 2 août 1946, Paul Ramadier dépose deux propositions de loi, l’une tendant à modifier et à codifier la législation relative aux coopératives de consommation, l’autre portant sur le statut de la coopération. Il intervient à dix reprises en séance publique, sous la deuxième Constituante. Dans le débat constitutionnel, il intervient plus particulièrement sur la question de la composition du Conseil de la République et sur l’élection de ses membres.
La poussée du Mouvement républicain populaire (MRP) en terre aveyronnaise est confirmée lors du scrutin de novembre 1946. Avec 46 096 voix, il l’emporte sur la liste républicaine d’action sociale et agricole (seulement 37 871 suffrages) naguère en tête. A gauche, les communistes connaissent une remontée lente mais continue (27 031 voix en octobre 1945 et 32 040 en novembre 1946). En revanche, le score des socialistes connaît un léger tassement. Paul Ramadier est élu avec 27 050 suffrages, soit 17,2% des voix contre 29,4% au MRP, 20,4% au PCF et 24,2% à la liste républicaine d’action sociale et agricole. Lorsqu’il n’est pas au gouvernement, où il est appelé de façon récurrente à partir de décembre 1946, le député siège à la commission du règlement et du suffrage universel (1946-1947), à celles des affaires économiques (1946-1947), de la production industrielle (1946-1947 ; 1950-1951) et des finances (1948-1949).
Brièvement Garde des Sceaux (décembre 1946-janvier 1947), il est nommé à la tête du gouvernement le 17 janvier 1947 par son ami Vincent Auriol, rencontré dans les années 1900 sur les bancs de l’université de Toulouse. Premier président du Conseil de la Quatrième République, il joue un rôle crucial en cette année 1947 marquée par des difficultés de tous ordres, tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur. Ses choix ont pesé sur le régime naissant. Désigné par le président de la République, il se présente, conformément à l’article 45 de la Constitution à l’Assemblée nationale, et y expose son programme. Investi à l’unanimité, le 21 janvier 1947, il constitue une équipe qu’il qualifie lui-même de « gouvernement d’accord général », ouverte aux trois partis majoritaires depuis 1945 (PCF, MRP, SFIO) mais aussi, de façon nouvelle, à des radicaux, des membres de l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR) et des Indépendants. Le 28 janvier, restaurant des usages que les constituants avaient condamnés, il accepte la discussion des interpellations sur la composition de son gouvernement, consacrant la pratique de la double investiture, facteur d’affaiblissement des présidents du Conseil. Cette initiative déclenche les foudres de Vincent Auriol qui l’estime contraire à l’esprit de la Constitution. Face au chef de l’Etat qui l’exhorte à ne pas être un « vieux de la Troisième », le président du Conseil se retranche derrière le principe immuable de la souveraineté parlementaire. En dépit de ce désaccord, les deux hommes s’entendent bien pour conduire l’attelage de l’Etat : Paul Ramadier, pourtant partisan de la faiblesse de l’exécutif présidentiel, laisse le chef de l’Etat exercer la plénitude de ses pouvoirs. Vincent Auriol dispense des conseils, mais il joue aussi un rôle essentiel en protégeant Ramadier de l’inquisition du Comité directeur de la SFIO où la nouvelle garde emmenée par Guy Mollet se montre particulièrement critique.
Ramadier, en humaniste tolérant et pragmatique, s’efforce de faire dialoguer démocrates-chrétiens et communistes. Il doit se méfier de son propre camp où ses choix déplaisent aux partisans de la fidélité à l’orthodoxie marxiste. Son ambition est de sauvegarder le régime républicain, en faisant front à la fois contre les gaullistes et contre les communistes. Au discours de Bruneval du 30 mars 1947, dans lequel De Gaulle fustige « les jeux stériles et le cadre mal bâti où s’égare la nation et se disqualifie l’Etat », Paul Ramadier riposte aussitôt par le discours de Capdenac, éloge de la démocratie parlementaire. Ce sont les partis, riches de leurs divergences, qui la structurent et élaborent le programme d’action commun exécuté ensuite par le gouvernement. Déclarant qu’« il n’y a point de sauveur suprême, ni César, ni tribun », Paul Ramadier se rend à Colombey pour annoncer à De Gaulle que désormais les honneurs militaires ne lui seront plus rendus lors de ses prestations publiques à caractère politique. Les débuts du Rassemblement du peuple français (RPF) coïncident avec les dissensions internes de sa majorité. Le 22 mars, les députés communistes s’abstiennent lors du vote des crédits militaires. Au nom de la solidarité ministérielle à laquelle il est très attaché, le président du Conseil obtient le soutien des ministres communistes ; trois semaines plus tard, les événements de Madagascar qui décident le gouvernement à demander la levée de l’immunité parlementaire des députés malgaches, provoquent une nouvelle fêlure : les ministres communistes opposés à cette mesure quittent la salle en plein conseil. L’échec de la Conférence de Moscou, puis les premières grèves chez Renault, motivées par la rigueur de la politique salariale du gouvernement, accentuent le divorce. Paul Ramadier, soucieux de clarifier la situation mais craignant de déclencher une crise qui ferait le jeu du RPF, décide de solliciter l’arbitrage de l’Assemblée sur la question de la solidarité ministérielle. Le 4 mai, il obtient la confiance par 360 voix contre 186. Tous les communistes la refusent, permettant à Paul Ramadier de porter une botte décisive en faisant paraître au Journal Officiel du 5 mai l’annonce de la démission des ministres communistes, sanction logique de leur vote du 4 mai. Il met ainsi un point final au tripartisme et à l’alliance née de la guerre. Il faut souligner son habileté : s’il a sollicité l’approbation de l’Assemblée nationale sur la composition de son équipe ministérielle, il sait revenir à la lettre de la Constitution pour imposer seul un remaniement dont les conséquences politiques sont considérables. Désormais moins hétérogène, son gouvernement est aussi condamné à rechercher ses soutiens toujours plus à droite. Dans le domaine colonial, il se montre aussi plutôt soucieux de sauvegarder le statu quo. Le succès des gaullistes aux élections municipales d’octobre 1947, l’adoption du Plan Marshall auquel il est favorable, les difficultés économiques et sociales qui renforcent l’opposition et des communistes et de l’aile gauche de la SFIO ont raison de ses dernières tentatives pour se maintenir au pouvoir. Après un ultime remaniement d’orientation libérale, il est publiquement désavoué par Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO, et doit démissionner le 19 novembre 1947 sans qu’aucun vote parlementaire n’ait eu lieu.
Il retrouve néanmoins un portefeuille, d’abord comme ministre d’Etat (juillet-septembre 1948) dans le gouvernement d’André Marie, puis de la défense nationale (septembre 1948-octobre 1949) dans celui d’Henri Queuille. Partisan de l’adhésion de la France au traité de Bruxelles puis au Pacte atlantique, il se montre très tôt favorable à la construction de l’Europe en adhérant au Mouvement européen. En 1948, il représente le gouvernement au Bureau International du Travail, marchant dans les pas de son maître Albert Thomas. Au cours de la première législature de la Quatrième République, dans les fonctions de député qu’il exerce par intermittence, Paul Ramadier dépose une proposition de résolution, deux propositions de loi et un rapport sur le projet de loi portant création du bureau de recherches géologiques, géophysiques et minières de la France métropolitaine (28 avril 1951). Le député de l’Aveyron intervient à dix-huit reprises en séance publique, en défendant deux amendements et en faisant un rappel au règlement. Comme ministre, tous postes ministériels confondus (Garde des Sceaux, ministre de la justice, présidence du Conseil, ministre d’Etat et ministre de la défense nationale), il dépose vingt-neuf projets de loi et deux lettres rectificatives à des textes d’initiative gouvernementale. Mais les événements sociaux de 1947-1948, au cours desquels Ramadier a joué, avec Jules Moch, les briseurs de grève ébranlent ses positions électorales dans le bassin minier de Decazeville. Et, en juin 1951, la loi sur les apparentements lui est fatale. En dépit de ses 34 083 voix et de sa nette progression par rapport à 1946, la liste SFIO n’ayant pu bénéficier d’aucun apparentement, il perd son siège de député de l’Aveyron. Il doit céder la place à un élu du Mouvement républicain populaire (MRP) et à trois élus de la liste d’union des républicains indépendants et paysans emmenés par le député sortant Emmanuel Temple. Le 9 novembre 1952, il est candidat à une élection partielle dans le Lot où il échoue à nouveau.
Il ne reconquiert un siège à l’Assemblée qu’en janvier 1956, à la faveur des alliances nouées par le Front Républicain. Toujours conseiller général et maire de Decazeville, il l’emporte en Aveyron avec 37 746 voix sur une liste de Front Républicain qui groupe des candidats de la SFIO et du Parti radical-socialiste, dans un contexte d’offre politique élargie, puisque huit listes sont en présence. Ces élections marquent la percée poujadiste en Aveyron dont la liste obtient un élu et plus de 16% des voix, en troisième position derrière la liste d’union des indépendants et paysans (28,7%), toujours dirigée par Emmanuel Temple. Le député de l’Aveyron siège à la commission de la production industrielle et de l’énergie (janvier-février 1956), puis à la commission des affaires économiques (1957-1958). Il dépose une proposition de résolution. Guy Mollet, devenu président du Conseil, nomme Paul Ramadier ministre des affaires économiques et financières. Concilier une politique sociale ambitieuse avec le rétablissement des grands équilibres n’est pas tâche facile. En créant un Fonds national de solidarité, destiné aux personnes âgées et alimenté en partie par une taxe sur les automobiles (la fameuse « vignette »), Ramadier renoua avec l’impopularité des années 1944-1945 sans parvenir à juguler l’inflation ni les déficits, dans un contexte dominé par la coûteuse guerre menée en Algérie. Comme ministre, Paul Ramadier dépose quatre-vingt-onze projets de loi, trois lettres rectificatives à un projet de loi et un décret, lequel doit être soumis à l’examen du Parlement. Dans ses fonctions ministérielles (cabinet Guy Mollet), il intervient à trente-quatre reprises dans l’hémicycle du Palais-Bourbon, en défendant notamment un amendement, le 26 décembre 1956. Même si, en juin 1958, il soutient le retour au pouvoir du général de Gaulle, la Cinquième République lui est fatale : battu aux élections législatives de novembre 1958, il perd l’année suivante la municipalité de Decazeville, avant de succomber à un cancer deux ans après.
Imprégné de la culture politique de la Troisième République qui place l’Assemblée au cœur du dispositif institutionnel, partisan d’un travaillisme à la française, Paul Ramadier contribua à fixer la pratique constitutionnelle du régime instauré en 1946.
Il disparaît le 14 octobre 1961.















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