Jules Thiriet

1906 - 1984

Informations générales
  • Né le 30 mars 1906 à Obreck (Moselle - France)
  • Décédé le 6 janvier 1984 à Nancy (Meurthe-et-Moselle - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Moselle
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Moselle
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Moselle
Groupe
Mouvement républicain populaire
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Moselle
Groupe
Rassemblement du peuple français - ARS
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Moselle
Groupe
Indépendants et paysans d'action sociale

Biographies

THIRIET (Jules, Hubert)
Né le 30 mars 1906 à Obreck (Moselle)
Décédé le 6 janvier 1984 à Nancy (Meurthe-et-Moselle)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Moselle)
Député de la Moselle de 1946 à 1958

C'est à la Moselle que Jules Thiriet a consacré sa longue existence publique puisqu'il en a été le représentant de 1945 à 1968. Ses origines plongent dans la paysannerie mosellane. Après des études secondaires et dix-huit mois de campagnes en Syrie en 1925, il reprend la ferme familiale, et fonde une famille de six enfants. Investi dans les questions agricoles locales, il devient conseiller d'arrondissement de 1934 à 1940. Mobilisé en 1939, il est affecté sur la Ligne Maginot avec le grade de maréchal des logis. Revenu à la vie civile, il vit en 1940 la douloureuse expulsion des Mosellans par les Allemands - ils sont 300 000 à subir le même traumatisme - et reprend une ferme dans les Alpes-Maritimes tout en participant à la résistance locale à partir de 1942. En août 1944, il devient agent de renseignements pour la 25ème division de l'armée américaine qui vient de débarquer en Provence. Libéré en novembre 1944, il est chargé par la direction des services du ministère de l'agriculture de la réorganisation de l'agriculture dans la Moselle, où il introduit en 1945 la Confédération générale agricole. Il assure pendant quinze ans la présidence des syndicats et coopératives pour la reconstruction de la Moselle, de 1945 à 1960. 1945 marque également le début d'une belle carrière d'élu local. Il devient maire de sa commune natale, Obreck, et conseiller général. Enfin, il bénéficie du succès de la liste MRP, sur laquelle il se présente en troisième position, en octobre 1945 et siège dans la première Assemblée nationale constituante. En juin et novembre 1946, Jules Thiriet se trouve en deuxième place, derrière Robert Schuman, et se voit ainsi assurer deux réélections faciles. Pourtant, il rompt avec le MRP en janvier 1949 pour se tourner vers son grand rival, le RPF. C'est un ralliement tardif, puisque les autres députés MRP qui ont décidé de siéger dans l'intergroupe gaulliste ont rompu dès 1947. Différents éléments peuvent expliquer le départ de Jules Thiriet. Il aurait été déçu que Robert Schuman, dont il se sent proche, n'a pas pensé à lui pour un secrétariat d'Etat lorsqu'il a formé son gouvernement en novembre 1947. Surtout, il désapprouve la ligne politique du Mouvement qui cherche à maintenir une Troisième Force moribonde alors qu'il pourrait prendre la tête d'une coalition regroupant le centre, les gaullistes et les modérés. En 1951, Jules Thiriet se présente donc sur la liste du RPF, en tant qu'adversaire de ses anciens amis politiques. Robert Schuman a l'habileté de le remplacer par René Peltre, le président départemental de la CGA pour continuer à mobiliser le vote paysan. La situation de Jules Thiriet est difficile car le RPF dispose de deux députés sortants, à savoir deux élus UDSR qui ont été investis en novembre 1946 par l'Union gaulliste et qui ont donc rejoint le RPF dès sa fondation. Aussi Jules Thiriet doit se contenter d'une troisième place derrière Raymond Mondon et Alfred Krieger, alors que le MRP a réalisé une liste d'union avec les Indépendants, renforcés par un apparentement avec la SFIO et le RGR. Le raz-de-marée gaulliste, avec 43,9 % des suffrages permet à la liste RPF de disposer de trois sièges, donc Jules Thiriet est réélu. Sa popularité est forte puisqu'il réussit à réunir sur son nom plus de noms que le colistier qui le précède.
Les succès du MRP puis du RPF ont été le prélude au retour des modérés, la levée de cette double hypothèque permettant aux partis de droite de se retrouver en adéquation avec leur électorat, comme le prouve la naissance du CNIP en 1952 autour de Roger Duchet. Jules Thiriet rejoint cette formation après avoir siégé à l'Action Républicaine et Sociale, formée des gaullistes ayant soutenu Pinay, suivant en cela le parcours de la tête de liste de 1951, Raymond Mondon. L'ancienne liste RPF de 1951 se présente donc en 1956 avec l'étiquette du CNIP. Jules Thiriet se trouve alors en deuxième place et la liste obtient trois sièges avec 22,7 % des voix. Cette élection donne respectivement raison à Jules Thiriet dans ses choix puisque le CNIP est apparenté en Moselle à la liste MRP toujours conduite par Robert Schuman, témoignant ainsi d'une proximité entre le centre et la droite.
A l'Assemblée nationale, malgré ses changements de groupe, Jules Thiriet fait preuve d'une grande stabilité puisqu'il siège sans discontinuer de 1945 à 1958 dans la commission de la reconstruction, dont il est à plusieurs reprises le secrétaire et l'un des vice-présidents (en 1955 et 1957).
Son activité ralentit durant la deuxième législature puisqu'il ne dépose plus que trois textes contre onze dans la première : la conjonction politique liée au RPF puis à l'ARS lui permet moins de s'affirmer. Son activité exprime une sensibilité forte au traumatisme de la seconde guerre mondiale, et, en tant que député d'un département particulièrement touché, il cherche à effacer les cicatrices du conflit. Le 5 janvier 1947, il présente un rapport demandant l'assouplissement des servitudes militaires liées à la ligne Maginot. Il propose le 18 décembre 1948 une loi visant à exonérer de l'impôt sur les bénéfices agricoles les agriculteurs dépossédés de leur exploitation pendant une durée égale à celle du préjudice. De même, il présente le 27 novembre 1952 un rapport pour indemniser les petits commerçants dont les établissements ont été fermés pour des raisons politiques sur ordre des autorités du Reich pendant l'annexion dans les trois départements concernés. Il se prononce le 2 mars 1948 pour que la reconstruction des villages détruits se fasse sur des principes différents de ceux mis en pratique après la Grande Guerre. Il ne faut pas chercher une reconstruction à l'identique, en suivant le cadastre ancien, mais en profiter pour dessiner des exploitations modernes, en confiant un rôle de premier plan aux coopératives qui sont les plus aptes à diffuser les innovations agronomiques. Il attire également l'attention de ses collègues sur l'enjeu de l'enseignement agricole face à une profession qui se trouve à la veille de grandes mutations.
Contrairement à d'autres députés alsaciens ou mosellans, Jules Thiriet, parce qu'il préfère sa patrie nationale à sa petite patrie, juge très inopportun de réintroduire l'enseignement de l'allemand dans le primaire en Moselle, au risque de réveiller des blessures encore très douloureuses (20 avril 1951). Il a, à ce sujet, un vif débat avec le député Maurice Rosenblatt.
Les brûlures de l'histoire n'ont probablement pas été aussi ardentes sous la deuxième législature que lors du procès de Bordeaux, durant lequel sont jugés en 1953 les bourreaux français d'Oradour puisque plusieurs Alsaciens appartenaient à la sinistre division SS Das Reich qui a commis ce crime contre l'humanité. Par souci de réconciliation nationale, plusieurs députés proposent qu'une loi d'amnistie exemptant les jeunes des départements annexés ayant commis des atrocités sous l'uniforme allemand soit votée. Jules Thiriet ne peut rester en dehors du débat et son intervention du 27 janvier 1953 exprime tout l'accablement que peut ressentir un honnête homme face à une tragédie absolue. Il souligne que la meilleure solution est de laisser la justice juger et il préfère parler des victimes plutôt que des bourreaux. Il rappelle notamment que parmi les cadavres calcinés gisant dans l'église d'Oradour se trouvaient quarante-quatre Mosellans expulsés qui pensaient trouver en Limousin un havre loin de la tempête de l'histoire.
Jules Thiriet, maire d'Obreck de 1945 à 1978 et conseiller général de 1945 à 1972 est constamment réélu député de la Moselle jusqu'à ce qu'il se retire de la vie politique nationale en 1968.

THIRIET (Jules, Hubert)
Né le 30 mars 1906 à Obreck (Moselle)
Décédé le 6 janvier 1984 à Nancy (Meurthe-et-Moselle)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Moselle)
Député de la Moselle de 1946 à 1958

C'est à la Moselle que Jules Thiriet a consacré sa longue existence publique puisqu'il en a été le représentant de 1945 à 1968. Ses origines plongent dans la paysannerie mosellane. Après des études secondaires et dix-huit mois de campagnes en Syrie en 1925, il reprend la ferme familiale, et fonde une famille de six enfants. Investi dans les questions agricoles locales, il devient conseiller d'arrondissement de 1934 à 1940. Mobilisé en 1939, il est affecté sur la Ligne Maginot avec le grade de maréchal des logis. Revenu à la vie civile, il vit en 1940 la douloureuse expulsion des Mosellans par les Allemands - ils sont 300 000 à subir le même traumatisme - et reprend une ferme dans les Alpes-Maritimes tout en participant à la résistance locale à partir de 1942. En août 1944, il devient agent de renseignements pour la 25ème division de l'armée américaine qui vient de débarquer en Provence. Libéré en novembre 1944, il est chargé par la direction des services du ministère de l'agriculture de la réorganisation de l'agriculture dans la Moselle, où il introduit en 1945 la Confédération générale agricole. Il assure pendant quinze ans la présidence des syndicats et coopératives pour la reconstruction de la Moselle, de 1945 à 1960. 1945 marque également le début d'une belle carrière d'élu local. Il devient maire de sa commune natale, Obreck, et conseiller général. Enfin, il bénéficie du succès de la liste MRP, sur laquelle il se présente en troisième position, en octobre 1945 et siège dans la première Assemblée nationale constituante. En juin et novembre 1946, Jules Thiriet se trouve en deuxième place, derrière Robert Schuman, et se voit ainsi assurer deux réélections faciles. Pourtant, il rompt avec le MRP en janvier 1949 pour se tourner vers son grand rival, le RPF. C'est un ralliement tardif, puisque les autres députés MRP qui ont décidé de siéger dans l'intergroupe gaulliste ont rompu dès 1947. Différents éléments peuvent expliquer le départ de Jules Thiriet. Il aurait été déçu que Robert Schuman, dont il se sent proche, n'a pas pensé à lui pour un secrétariat d'Etat lorsqu'il a formé son gouvernement en novembre 1947. Surtout, il désapprouve la ligne politique du Mouvement qui cherche à maintenir une Troisième Force moribonde alors qu'il pourrait prendre la tête d'une coalition regroupant le centre, les gaullistes et les modérés. En 1951, Jules Thiriet se présente donc sur la liste du RPF, en tant qu'adversaire de ses anciens amis politiques. Robert Schuman a l'habileté de le remplacer par René Peltre, le président départemental de la CGA pour continuer à mobiliser le vote paysan. La situation de Jules Thiriet est difficile car le RPF dispose de deux députés sortants, à savoir deux élus UDSR qui ont été investis en novembre 1946 par l'Union gaulliste et qui ont donc rejoint le RPF dès sa fondation. Aussi Jules Thiriet doit se contenter d'une troisième place derrière Raymond Mondon et Alfred Krieger, alors que le MRP a réalisé une liste d'union avec les Indépendants, renforcés par un apparentement avec la SFIO et le RGR. Le raz-de-marée gaulliste, avec 43,9 % des suffrages permet à la liste RPF de disposer de trois sièges, donc Jules Thiriet est réélu. Sa popularité est forte puisqu'il réussit à réunir sur son nom plus de noms que le colistier qui le précède.
Les succès du MRP puis du RPF ont été le prélude au retour des modérés, la levée de cette double hypothèque permettant aux partis de droite de se retrouver en adéquation avec leur électorat, comme le prouve la naissance du CNIP en 1952 autour de Roger Duchet. Jules Thiriet rejoint cette formation après avoir siégé à l'Action Républicaine et Sociale, formée des gaullistes ayant soutenu Pinay, suivant en cela le parcours de la tête de liste de 1951, Raymond Mondon. L'ancienne liste RPF de 1951 se présente donc en 1956 avec l'étiquette du CNIP. Jules Thiriet se trouve alors en deuxième place et la liste obtient trois sièges avec 22,7 % des voix. Cette élection donne respectivement raison à Jules Thiriet dans ses choix puisque le CNIP est apparenté en Moselle à la liste MRP toujours conduite par Robert Schuman, témoignant ainsi d'une proximité entre le centre et la droite.
A l'Assemblée nationale, malgré ses changements de groupe, Jules Thiriet fait preuve d'une grande stabilité puisqu'il siège sans discontinuer de 1945 à 1958 dans la commission de la reconstruction, dont il est à plusieurs reprises le secrétaire et l'un des vice-présidents (en 1955 et 1957).
Son activité ralentit durant la deuxième législature puisqu'il ne dépose plus que trois textes contre onze dans la première : la conjonction politique liée au RPF puis à l'ARS lui permet moins de s'affirmer. Son activité exprime une sensibilité forte au traumatisme de la seconde guerre mondiale, et, en tant que député d'un département particulièrement touché, il cherche à effacer les cicatrices du conflit. Le 5 janvier 1947, il présente un rapport demandant l'assouplissement des servitudes militaires liées à la ligne Maginot. Il propose le 18 décembre 1948 une loi visant à exonérer de l'impôt sur les bénéfices agricoles les agriculteurs dépossédés de leur exploitation pendant une durée égale à celle du préjudice. De même, il présente le 27 novembre 1952 un rapport pour indemniser les petits commerçants dont les établissements ont été fermés pour des raisons politiques sur ordre des autorités du Reich pendant l'annexion dans les trois départements concernés. Il se prononce le 2 mars 1948 pour que la reconstruction des villages détruits se fasse sur des principes différents de ceux mis en pratique après la Grande Guerre. Il ne faut pas chercher une reconstruction à l'identique, en suivant le cadastre ancien, mais en profiter pour dessiner des exploitations modernes, en confiant un rôle de premier plan aux coopératives qui sont les plus aptes à diffuser les innovations agronomiques. Il attire également l'attention de ses collègues sur l'enjeu de l'enseignement agricole face à une profession qui se trouve à la veille de grandes mutations.
Contrairement à d'autres députés alsaciens ou mosellans, Jules Thiriet, parce qu'il préfère sa patrie nationale à sa petite patrie, juge très inopportun de réintroduire l'enseignement de l'allemand dans le primaire en Moselle, au risque de réveiller des blessures encore très douloureuses (20 avril 1951). Il a, à ce sujet, un vif débat avec le député Maurice Rosenblatt.
Les brûlures de l'histoire n'ont probablement pas été aussi ardentes sous la deuxième législature que lors du procès de Bordeaux, durant lequel sont jugés en 1953 les bourreaux français d'Oradour puisque plusieurs Alsaciens appartenaient à la sinistre division SS Das Reich qui a commis ce crime contre l'humanité. Par souci de réconciliation nationale, plusieurs députés proposent qu'une loi d'amnistie exemptant les jeunes des départements annexés ayant commis des atrocités sous l'uniforme allemand soit votée. Jules Thiriet ne peut rester en dehors du débat et son intervention du 27 janvier 1953 exprime tout l'accablement que peut ressentir un honnête homme face à une tragédie absolue. Il souligne que la meilleure solution est de laisser la justice juger et il préfère parler des victimes plutôt que des bourreaux. Il rappelle notamment que parmi les cadavres calcinés gisant dans l'église d'Oradour se trouvaient quarante-quatre Mosellans expulsés qui pensaient trouver en Limousin un havre loin de la tempête de l'histoire.
Jules Thiriet, maire d'Obreck de 1945 à 1978 et conseiller général de 1945 à 1972 est constamment réélu député de la Moselle jusqu'à ce qu'il se retire de la vie politique nationale en 1968.

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