Auguste Lecoeur

1911 - 1992

Informations générales
  • Né le 4 septembre 1911 à Lille (Nord - France)
  • Décédé le 26 juillet 1992 à Chalon-sur-saône (Saône-et-Loire - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
Ire Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 21 octobre 1945 au 10 juin 1946
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Communiste
Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Communiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)



Né le 4 septembre 1911 à Lille (Nord)
Décédé le 26 juillet 1992 à Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire)

Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Pas-de-Calais)
Député du Pas-de-Calais de 1946 à 1951 Sous-secrétaire d'Etat à la production industrielle du 27 janvier 1946 au 11 juin 1946
Sous-secrétaire d'Etat à l'économie nationale du 23 juin 1946 au 28 novembre 1946

Issu d'une famille de mineurs du Pas-de-Calais, Auguste Lecœur a connu une enfance nomade liée aux tribulations de la guerre dans le Nord de la France. Au terme d'une scolarité perturbée, il quitte l'école quasi analphabète, et descend dans la mine de Bruay-en-Artois le jour même de ses treize ans. Expérience relativement brève - un an et demi-, mais suffisante pour ancrer en lui l'engagement syndical et politique.

Il entre ensuite comme manœuvre métallurgiste à Paris. C'est à la suite d'une manifestation contre l'exécution de Sacco et Vanzetti, en août 1927, qu'il adhère au Parti communiste français, tout en militant à la CGTU. Moins par vocation militaire que pour conforter son bagage intellectuel, il contracte un engagement de deux ans dans l'armée. Il obtient son certificat d'études primaires et conservera toujours le goût de la lecture et de l'étude.

De 1930 à 1937, il exerce à Lens, où il est devenu ouvrier métallurgiste, des responsabilités politiques et syndicales croissantes. Il participe au développement des grèves de 1936 et à l'élaboration de la convention collective de la métallurgie. C'est en février 1937 que sa vie militante bascule quand le parti lui demande de rallier les Brigades internationales. Il combat notamment dans la XIIIe Brigade lors de l'offensive républicaine de Brunete. De retour en France en octobre, il effectue un séjour de six mois dans l'école centrale du Parti à Arcueil, ce qui annonce une carrière de cadre appointé et d'homme d'appareil.

Secrétaire général du PCF dans le Pas-de-Calais, Auguste Lecœur doit justifier auprès des militants la signature du pacte germano-soviétique auquel il s'est rallié sans états d'âme. Arrêté le 4 septembre 1939, condamné à six mois de prison, il est rendu au front et est fait prisonnier le 20 juin 1940. Evadé, il rejoint Paris où il renoue avec la direction du Parti. Revenu à Lens, il déploie des qualités remarquables d'organisateur d'un appareil clandestin fondé sur une stricte hiérarchie de « groupes de trois » appelée à faire recette. Attentif au mécontentement qui traverse le monde de la mine, il est un des principaux organisateurs de la grande grève, à la fois sociale et politique, qui culmine début juin 1941. Traqué par les polices allemande et française, il assume des responsabilités élargies à l'ensemble du Nord de la France. Puis il est chargé, en mai 1942, à Paris, de l'ensemble de l'organisation clandestine du Parti communiste, tâche immense et dangereuse dans laquelle il confirme ses qualités exceptionnelles de courage et d'efficacité. Il puise volontiers ses collaborateurs parmi les cadres du Pas-de-Calais, tels René Camphin et Nestor Calonne qui seront par la suite ses colistiers aux élections législatives.

A la Libération, Auguste Lecœur est élu maire de Lens et député du Pas-de-Calais. Il est nommé sous secrétaire d'Etat à la production industrielle, chargé des mines de charbon dans les gouvernements Gouin et Bidault, sous la tutelle du ministre communiste Marcel Paul. Comme tel, il promulgue la loi sur les Charbon nages de France (loi du 17 mai 1946) et les décrets du 28 juin sur les Houillères du Bassin. Le statut de mineur reçoit parallèlement diverses améliorations. Dans ses fonctions, Lecœur demeure très proche d'un syndicalisme revendicatif, ce qui le conduit à s'opposer un temps à Maurice Thorez, avant tout soucieux de « bataille de la production », puis au personnel dirigeant des Charbonnages.

Auguste Lecœur épouse sans peine le revirement de 1947 qui voit entrer le PCF dans une stratégie oppositionnelle, voire insurrectionnelle. Ayant lui-même perdu la mairie de Lens, il est le stratège des grandes grèves minières de novembre - décembre 1947 et d'octobre - novembre 1948 qui virent les bassins miniers en état de siège, avec affrontements et batailles rangées. Parallèlement, il est chargé de redonner au parti des structures clandestines au cas où celui-ci viendrait à être dissous. Succédant à Léon Mauvais, en 1950, au poste essentiel de secrétaire à l'organisation, il s'attache à dynamiser les cadres du Parti en créant la fonction d'instructeurs de cellule relevant directement de lui.

Auguste Lecœur a été élu député à quatre reprises : aux deux Assemblées constituantes et à deux Assemblées nationales (novembre 1946 et juin 1951). Tête de liste du Parti communiste dans la deuxième circonscription du Pas-de-Calais, il a régulièrement obtenu plus du tiers des suffrages exprimés, sa liste obtenant trois élus en 1945 et en 1946, quatre en 1951. Mais son activité parlementaire, bien qu'assez soutenue, a toujours été secondaire au regard de ses fonctions d'homme d'appareil. Ses interventions concernent pour la plupart le statut des mines et des mineurs, exigeant plus de sécurité et davantage de droits sociaux. Une proposition de loi du 6 octobre 1953 vise de façon assez démagogique à accorder aux travailleurs de toutes catégories le remboursement intégral des jours de grève. A la tribune, il se montre un orateur souvent incisif, voire emporté, surtout dans le contexte des grèves de 1947 et 1948. Certains affrontements verbaux, notamment le 17 novembre 1948, avec le ministre de l'Intérieur, Jules Moch, ont atteint un degré de rare violence.

La disgrâce politique d'Auguste Lecœur a lieu en mars 1954, peu après le retour de Maurice Thorez de sa longue convalescence en Union soviétique. Les causes en demeurent controversées. Comme secrétaire à l'organisation, ce nouvel « homme fort » du Parti s'était attiré nombre d'inimitiés personnelles dont notamment celle de Jeannette Vermeersch. Maître de l'appareil, il pouvait d'autre part menacer la vieille garde du Parti quand s'opérait, à la faveur de la déstalinisation, une certaine relève dirigeante, tant en URSS que dans les démocraties populaires. Sans attendre une exclusion qui ne sera officielle qu'un an plus tard, Lecœur démissionne de toutes ses fonctions, dont celle de secrétaire à l'organisation, qui revient à Marcel Servin.

Pour autant, Auguste Lecœur demeure député jusqu'à la fin de la législature. René Camphin, son camarade et colistier du Pas-de-Calais s'étant donné la mort le 5 mars 1954 après avoir été contraint de le dénoncer publiquement, l'élection partielle du mois de mai avait été perdue pour le Parti communiste. Peu soucieux de renouveler l'expérience, le parti autorise donc Auguste Lecœur à continuer de siéger à l'Assemblée nationale. Mais s'il participe aux principaux scrutins, il cesse toute intervention publique et, évidemment, ne se présente pas aux élections de janvier 1956.

Privé de toute ressource, Auguste Lecœur réagit courageusement. Avec d'anciens militants communistes issus de la Résistance, il lance la Nation socialiste, adhère à la SFIO en 1958 et se syndique à FO. Il publie divers ouvrages qui retracent son expérience et qui dénoncent les rouages d'un stalinisme qu'il a si longtemps servi. Il mène à partir de 1971, conjointement avec Charles Tillon, une offensive en règle contre le nouveau secrétaire général Georges Marchais qu'il accuse d'avoir volontairement travaillé en Allemagne durant la guerre. La controverse s'achève par le procès que lui intente Georges Marchais au terme duquel il est relaxé.

Auguste Lecœur est décédé le 26 juillet 1992.



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